CHAPITRE XXV
la reine le fît prévenir en toute hàle, Sa Majesté se hâta ainsi de revenir et sans suite, pour ne pas être retardée. Les valets de chambre ne se rencontrèrent point là quand il le fallut; ils avaient emporté les clefs, on ne savait où rien prendre. Le comte de Haga était déjà chez la reine ; le roi, dans sa bonté, ne voulait point le remettre; des gens de la cour aidèrent Sa Majesté à s'habiller, tant bien que mal, et de la façon la plus singulière, à ce qu'il paraît. On était si pressé, que tout fut fait de travers sans qu'on s'en aperçût. Il avait une de ses boucles de souliers en or et l'autre blanche, une veste en velours au mois de juin ! et ses ordres tout à rebours; il n'était bien poudré que d'un côté, et le nœud de son épée ne tenait pas. La reine en fut frappée et s'en contraria. Quant au roi, au contraire, il en rit beaucoup et en fit rire le comte de Haga, qai put juger ainsi de la bonté et de la sérénité de son âme.
— Louis XVI, ajouta-t-il après nous avoir raconté tout cela, Louis XYI est le prince le meilleur, le plus bienveillant qui existe. Son âme a une sérénité qui rayonne. J'en suis dans l'admiration.
S. M. le roi de Suède comptait aller et alla, en effet, ce soir-là, au Mariage (le Figaro. Il arriva tard, le premier acte était joué presque en entier. Le public applaudit le comte de Haga à tout rompre, et il exigea que la pièce fût recommencée, ce dont le prince se montra très-reconnaissant. On a
100 MÉMOIRES DE LA BARONNE d'OBERKIRCH.
même répété l'ouverture. Le roi remercia par toute la politesse qu'il put imaginer.
Après celte visite, j'allai, je l'ai dit, au jardin lioutin mais je n'ai pas dit, je crois, que mademoiselle Boutin a épousé depuis, en 1786, le vicomte de Balincourt, capitaine au régiment de Bourbon). Chez la duchesse de la Yallière, où je me rendis ensuite, je trouvai, comme chez la princesse de Chimay, un cercle d'esprits brillants et aimables, et la conversation la plus variée. Il y avait entre autres une charmante jeune personne dont j'ai oublié le nom, et qui était nièce de madame d'Houdetot. Elle rappela un impromptu de sa tante, qui avait eu beaucoup de succès et qui était réellement fort joli. Il s'agissait de la beauté de madame de la Yallière, admirablement conservée à cinquante ans.
La nature prudente et sage Force le temps à respecter Les charmes de ce beau visage. Qu'elle n'aurait pu r.' péter.
Madame de la Yallière méritait cette flatterie, qui n'en était pas une. Elle était, en outre, pleine de bonté, et l'avait poussée envers moi jusqu'à vouloir être ma marraine, à ma présentation. En la voyant si belle encore, au milieu de ce cercle dont elle était la reine, on se demandait ce qu'elle avait dû être dans sa jeunesse.
10 juin. — J'allai avec madame la duchesse de