CHAPITRE XXV. JOl
Bourbon, à l'hôtel Mazarin, voir la procession de Saint-Sulpice : c'était fort beau; l'hôtel était tendu et pavoisé du haut en bas, et la princesse descendit dans la rue pour adorer le Saint-Sacrement et baiser la patène du même côté que le prêtre, prérogative de la race de saint Louis. J'eus l'honneur de dîner avec elle et de l'accompagner chez le roi de Suède. Nous le trouvâmes encore plus remarquable que la veille. Il déploya une variété de connaissances inouïes, un désir de s'instruire encore davantage et de travailler au bonheur de ses peuples, bien louable et bien rare. Il nous dit avoir vu déjà plusieurs savants, beaux-esprits et artistes. Pendant le temps qu'il resta à Paris, les dames qu'il fréquenta le plus furent la princesse de Croi, la duchesse de la Yallière, la comtesse de la Marck et madame de Boufflers. Ce choix prouve qu'il appréciait au-dessus de tout l'esprit et ses agréments.
Nous nous rendîmes au beau boulevard, c'est-àdire au boulevard du Temple. Il était d'une gaieté, d'une animation qui faisait plaisir à voir. Nous nous arrêtâmes à tous les spectacles en plein vent, aux fantoccini venus d'Italie, aux figures de cire; nous ne manquâmes pas une toile. C'est sur ce boulevard qu'on a vu longtemps Fanchon la vielleuse si à la mode, et qui a gagné tant d'argent avec ses chansons, sa vielle et sa marmotte. Qui ne sait pas son histoire? Ne l'a-t-on pas mise en vaudevilles de toutes les façons.
11 juin. — Je fus charmée d'une visite que nous fîmes à Mesmer, le chef et le père du magnétisme. Je l'avais connu en Alsace, et j'ai oublié de le dire, ne tenant un journal qu'à Paris. Je l'admirais depuis longtemps et je fus enchantée de le retrouver. Il demeurait place Vendôme, dans la maison Bouret, et son appartement ne désemplissait pas du matin au soir. Le fameux baquet attirait la cour et la ville. Le fait est que ses cures sont innombrables, et que l'on ne peut nier les effets positifs du magnétisme. Le somnambulisme est encore plus extraordinaire et tout aussi positif . M. de Montjoie, qui a été guéri par M. Mesmer d'une maladie grave, en fut si reconnaissant qu'il publia une brochure à sa louange. Le magnétisme devint tout à fait à la mode; ce fut, comme toutes les modes, une rage, une furie. On publia ses merveilles et on les augmenta.
Après M. Mesmer, MM. Ledru et Destin, le docteur Thouvenel, le docteur Deslou se partagèrent la vogue. On courut chez eux comme à la fontaine de Jouvence; pourtant cette fontaine-là fut peut-être la seule qu'ils ne surent point ouvrir.
Madame la duchesse de Bourbon croyait nonseulement au magnétisme, mais à la sympathie et aux pressentiments.
La princesse parlait souvent de Martinez Pasqualis, ce théosophe, ce chef d'illuminés, qui a établi une secte et qui se trouvait à Paris en 1778. Elle l'a beaucoup vu, beaucoup écouté; elle est mari mis fe