CHAPITRE XXV
OU à peu près. Elle reçoit dans son cabinet, et fort souvent, M. de Saint-Martin, l'auteur des rapports entre DieUy V homme et V Univers. Ce livre a fait sensation dans les sectes. Une chose très-étrange à étudier, mais très-vraie , c'est combien ce siècle-ci, le plus immoral qui ait existé, le plus incrédule, le plus philosophiquement fanfaron, tourne, vers sa fin, non pas à la foi, mais à la crédulité, à la superstition, à l'amour du merveilleux. Ne serait-ce pas que, comme les vieux pécheurs, il a peur de l'enfer, et croit se repentir parce qu'il craint? En regardant autour de nous, nous ne voyons que des sorciers, des adeptes, des nécromanciens et des prophètes. Chacun a le sien, sur lequel il compte; chacun a ses visions, ses pressentiments, et tous lugubres, tous sanglants. Quelles seront donc les dernières années de ce centenaire qui commença si brillamment, qui usa tant de papier pour prouver ses utopies matérialistes, et qui maintenant ne s'occupe plus que de l'àme, de sa suprématie sur le corps et sur les instincts ? On n'ose y penser. Ce que peut, ce que doit faire un esprit impartial, essayant de peindre ce qu'il voit, c'est de tout dire, de tout montrer, laissant à la postérité le jugement que nous ne pouvons rendre; nous serions, sans cela, à la fois juges et parties.
Quant à moi, je ne puis m'empêcher de croire aux effets du magnétisme après tout ce que j'ai vu et entendu, que je raconterai en son lieu. J'ai assisté
104 MÉMOIRES DE LA BARONNE d'OBERKIRCH.
à des expériences les plus extraordinaires. Le somiiambulisine est un fait que des millions d'épreuves attestent. Cela n'empêche pas les épigrammes; en voici une, la moins plate peut-être! Jugez des autres :
Le magnétisme est aux abois !
La Faculté, l'Académie, L'ont condamné tout d'une voix Et l'ont couvert d'ignominie.
Après ce jugement bien sage et bien légal, Si quelque esprit original Persiste encor dans son délire, 11 sera permis de lui dire : Crois au magnétisme... animal.
M. Mesmer reçut madame la duchesse de Bourbon, comme on peut le penser. Il nous promit des séances spéciales, et nous en donna constamment. Nous sortîmes de là enthousiasmées, et nous ne cessâmes d'en parler pendant tout le dîner , après lequel S. M. le roi de Suède vint faire une nouvelle visite à Son Altesse sérénissime, dont la tournure d'esprit lui plaisait infiniment. 11 nous quitta pour se rendre à l'Opéra, où nous allions aussi, dans la loge du maréchal de Biron.
Le comte de Haga faillit être la cause innocente d'un grand événement : la perte, pour l'Opéra, du célèbre Vestris. Revenu de Londres avec un effort au pied, il ne put danser le jour où la reine et le roi de Suède devaient aller l'applaudir. Le baron de