CHAPITRE XXVF
ne songeait point; jusqu'à Caucherau, son maître à danser, qu'on l'accusa d'avoir choisi. La vérité, la voilà. Madame même se gardade l'écrire, ainsi qu'elle faisait du reste. Elle était en trop grande furie, et la peur de la mésalliance l'avait trop tourmentée. Pauvre Saint-Maixent ! il méritait bien qu'on l'aimât; je n'ai plus retrouvé son pareil après lui.
M. de Mornay racontait ainsi mille choses curieuses; j'ai retenu celle-ci, parce qu'elle tient à l'histoire, et qu'elle n'est point malhonnête. On ne pourrait dire autant de presque toutes les autres. Cette régence fut un temps si immonde !
Nous racontâmes au chevalier que nous avions l'honneur de souper à Monceaux, avec madame la duchesse de Chartres; il nous pria d'emporter pour elle an magnifique bouquet de fleurs rares, qu'il lui envoyait chaque jour. Elle les aimait beaucoup. Cette galanterie allait bien à cette belle tête dépouillée, à cet air d'autrefois qu'on ne rencontre plus chez les hommes du jour.
La princesse nous accueillit à merveille, nous et notre présent. Le cercle était, comme de coutume, aussi distingué qu'agréable. La comtesse de Clermont-Tonnerre, la baronne de Talleyrand, mesdames deSégur, deBoufflers, de Beauvau, de Luxembourg, et quelques hommes. Madame la duchesse de Chartres tenait entièrement aux convenances; bonne et indulgente pour les autres, elle ne se passait pas la plus petite légèreté. Elle aimait M. le duc de Char-
très avec une de ces afi'ections qui résistent à tout; il lui a fait verser bien des larmes. Dans ce temps-là elle se montrait heureuse et gaie, elle faisait de bons rires d'enfants avec madame de Tonnerre, d'une vivacité si spirituelle, d'une originalité si piquante; on ne pouvait rester sérieux en les écoutant.
Je me souviens qu'à ce souper-là madame la duchesse de Chartres nous raconta une anecdote assez drôle qui peint bien les mœurs de la cour, et le caractère de M. le duc de Chartres dans sa jeunesse. J'aime à me rappeler tout cela, et je regarde les anecdotes comme le complément de l'histoire; elles sont souvent plus véridiques et plus significatives que de longues pages.
Un jour (en 1774), madame la duchesse de Bourbon engagea madame la duchesse de Chartres et madame la princesse de Lamballe à passer la journée chez elle, à Yanvres, dans une petite maison qu'elle y possédait, et qui a été habitée depuis par mademoiselle de Condé. M. le duc de Chartres désira en être. La princesse refusa, elle ne voulut accepter ni frère ni mari, et déclara qu'elle n'aurait que des femmes. M. le duc de Chartres fit semblant de se rendre à cette observation et de respecter la défense. Pendant que les dames dînaient, on vint leur annoncer une ménagerie de bêtes savantes qui demandaient à danser devant Leurs Altesses. Madame la duchesse de Bourbon donna ordre de les introduire dans la cour, et proposa de se mettre aux fenêtres