CHAPITRE XXVI. l4l
et si pleine d'instincts admirables ! Elle annonce tant de raison, tant d'intelligence et de caractère ! Ah ! quelle princesse cela fera! M. le dauphin avait trois ans à cette époque, il parlait très-facilement. Nous eûmes l'honneur de lui faire notre cour. 11 était d'une charmante figure, plein d'esprit; il avait des mots charmants et une soumission aveugle aux ordres de la reine. Je n'ai pas connu d'enfant d'une humeur plus sereine et plus égale. On le reprenait quand il disait je vevx.
— Le voi à\X nous voulons , luirépétait sa berceuse.
— Eh bien ! oui, répondait-il, le roi et moi, nous voulons tous les deux; vous voyez donc bien que j'ai raison. Mon papa ne dirait pas nous pour lui tout seul.
C'est à sept ans qu'il a répondu cela devant madame de Mackau, de qui je le tiens.
En 1784, il était vêtu en matelot, avec une ceinture; c'était la grande mode pour les petits garçons. Il portait le cordon bleu et la croix de Saint-Louis. La duchesse de Polignac ne le quittait pas plus que son ombre ! Elle a été admirable pour lui ; la reine nepouvait mieux confier son fils. Cette année-ci, avant les tristes événements qui se sont accomplis', il a eu encore une bien jolie réponse. Il avait tourmenté toute la journée son valet de chambre pour qu'il lui prêtât de l'argent, sa somme de menus plaisirs étant épuisée, et la reine ayant défendu qu'on lui en don-
' Le premier dauphin est nioil à Mi'iidoii le 4 juin l'sa.
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nàt davantage, afin de raccoutumer à l'économie dont il ne voulait pas entendre parler. On lui avait montré, le matin, un superbe pnntin mécanifjne qu'il désirait vivement acheter; il y fallait bien re- Jioncer, faute de pouvoir se satisfaire. Le soir, il jiriait Dieu comme de coutume; le vieux serviteur jdacé près de lui par le roi, dont il avait servi le père, lui dictait ses prières, qu'il oubliait avec l'étourderie de son âge.
— Monseigneur, il faut demander à Dieu la sagesse plutôt que la richesse.
— Mon cher Joseph, pendant que je suis en train, je vas les lui demander toutes les deux, répliqua-til en le regardant d'un air futé.
C'est digne d'un homme et d'un homme d'esprit.
Le soir, nousallàmes, dans la loge du maréchal de Biron, voir Atys à l'Opéra. C'est un charmant spectacle, les ballets en sont délicieux. Il y a surtout une certaine entrée avec des guirlandes qui ravit. Nous y regrettâmes le fameux Yestris qui y paraît ordinairement ; il est en Angleterre où il gagne beaucoup d'argent.