‹ Mémoire de la baronne d'OberkirchChapitre 7 sur 220 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

naissait ses mauvais penchants. Depuis l'éclat du duel dont nous parlerons tout à l'heure et sa séparation, madan>e la duchesse de Bourbon est entrée dans des idées mystiques qui me paraissent fort exaltées. En politique elle a adopté des principes démocratiques, ou qui en approchent, et très-singuliers chez une princesse de son sang. Pour ceux qui la connaissent bien, cela n'a rien d'extraordinaire. Elle ne Yoit rien qu'avec passion; elle tombera toujours d'un extrême dans l'autre, ce qui est une triste disposition à une époque comme la nôtre.

M. le duc de Bourbon partit au mois d'août 1782 pour l'Espagne, avec M. le comte d'Artois, qu'il accompagna sous le nom de comte de Dammartin. Il se rendit au camp de Saint-Uoch, devant Gibraltar, et s'y battit comme un Condé : c'est tout dire. A son retour, le roi le reçut chevalier de Saint-Louis et le nomma maréchal de camp.

Pendant son séjour à Étupes, madame la duchesse de Bourbon me fit l'honneur de m'emmener chaque jour avec elle dans des promenades solitaires, qu'elle entreprenait autour du château. Nous restions quelquefois plus de trois heures, tête à tête, à causer de toutes choses et de tous gens ; mais sa conversation la plus habituelle était de vouloir me persuader de son innocence à l'endroit des calomnies, dont elle souffrait infiniment plus qu'on ne le supposait. Un matin, elle me dit, avec une sorte d'embarras qui m'étonna :

22 MEMUIBES DE LA BARONNE U'OBEKKIUCII.

— Ma chère baronne, vous ne nie connaissez que par les aventures qu'on me prête, et vous me prenez certainement pour une extravagante, en vous supposant une grande dose d'indulgence. M 'allez pas dire non; je ne vous croirais plus.

— Mais, madame, vous me placez dans une position étrange.

— Je vous place dans la position d'une femme que je veux éclairer, si elle a la patience et la volonté de l'être. Voyons, laquelle de mes trois énormités voulez-vous que je vous explique? cela ne sera pas plus diflicile pour l'une que pour l'autre.

— Si Votre Altesse veut bien m'iionorer de sa confiance, il ne me reste qu'à attendre son bon plaisir et à l'en remercier; j'en suis digne par mon dévouement, et je le serai par ma discrétion.

— Je sais tout cela. Vous ignorez combien j'ai été malheureuse et combien je le suis encore. J'ai aimé mon mari; quelquefois, il me semble que je l'aime toujours; je l'ai aimé d'une passion sans bornes, sans raison; il m'en a récompensée par un mépris sans raison et peut-être aussi sans bornes, comme mon amour. Écoulez-moi bien, écoutez bien les détails circonstanciés que je vous donnerai; vous verrez que je n'ai pas tous les torts. M. le duc de Bourbon, au lieu déménager mon sentiment si tendre pour lui et mon âme si sensible, m'a donné l'exemple de la légèreté, de l'infidélité surtout. Il s'est vivement et uniquement attaché, après deux ans de mariage, à ma-

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