‹ Mémoire de la baronne d'OberkirchChapitre 8 sur 220 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

dame de Canilhao, mon ancienne dame pour accompagner. Ce scandale fut poussé à un tel point, qu'il devint impossible de le tolérer sous mes yeux, et que je priai madame de Canilhac de se retirer. C'est cette action digne, honorable, je puis le dire, qui m'a valu depuis l'insulte que j'ai reçue au bal de l'Upéra, le duel qui s'en suivit, et toutes mes épreuves. Yoyez à quoi tient l'avenir.

Elle me raconta ensuite qu'en 1780, lors d'une brouillerie entre eux, madame de Monaco, autre maîtresse du prince, engagea M. le duc de Bourbon à écrire à sa femme qu'elle lui ferait plaisir, ainsi qu'au prince de Condé, en ne venant pas avec eux aux courses de Chantilly. Ce procédé l'exaspéra, sachant surtout d'oii il parlait.

Le prince s'est épris plus tard de madame de Courtebonne, aussi attachée à la princesse, sa femme , et il prit si peu de soin de cacher cette intrigue, qu'il se battit par jalousie avec M. d'Agoult, son capitaine des gardes et son rival .

Ce n'est pas tout, la liste est loin d'être épuisée: elle commence à peine. M. le duc de Bourbon a eu longtemps pour maîtresse, et cela peu d'années après son mariage, mademoiselle jMichelot de l'Opéra, dont d a eu un enfant. Il fut non-seulement baptisé sous le nom de Bourbon, mais, d'après l'ordre du roi, tenu sur les fonts par mademoiselle de Condé et le prince de Soubise. Toutes ces histoires ont été publiques, et la princesse n'a pu contenir son indigna-

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tion en se voyant, en ce moment-là même, en butte à de cruels reproches et d'injurieux soupçons. D'ailleurs la séparation n'est pas de son fait, elle ne s'est point opposée aux démarches concluantes faites par M. le duc d'Orléans, son père ; c'est au contraire M. le duc de Bourbon qui a écrit au roi une lettre vraiment révoltante et incroyable.

Quant au duel, en voici la cause : M. le comte d'Artois était fort épris de madame de Canilhac, dont M. le duc de Bourbon ne voulait plus; ce qui n'empêchait pas cette dame d'être fraîche et gracieuse. Au bal du mardi-gras 1778, madame la duchesse de Bourbon donnait le bras au beau-frère de cette jeune femme. Ils rencontrèrent M. le comte d'Artois et madame de Canilhac; celle-ci montra la duchesse au comte d'Artois et le pria d'êti'e particulièrement désagréable à Son Altesse sérénissime.Bon petit cœur ! Le prince est étourdi, chacun le sait; il était des plus épris; il fît semblant de prendre madame la duchesse de Bourbon pour une créature comme il s'en rencontre au bal de l'Opéra, et prononça les mots les plus incroyables. Madame la duchesse n'étant pas maîtresse d'un premier mouvement, arracha le masque du prince, et celui-ci, furieux, lui écrasa le sien sur le visage, sans cependant la démasquer. La princesse eut la prudence de ne rien dire. D'un caractère facile, elle oublia l'insulte et n'attacha le lendemain aucune importance à cet événement. Mais M. le comte d'Artois raconta cette

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