CHAPITRE XXVIII
riannc et moi nous irions à Belfort ou à La Chapelle, attendre le prince qui essuierait seul la première bordée de la colère paternelle. M. d'Oberkirch me permit de me mêler de cette affaire en me recommandant la plus grande prudence, afin de ne blesser en rien. madame la princesse de Montbéliard, qui m'avait toujours comblée de bontés.
Nous partîmes le lendemain de bonne heure. Je fis ce voyage dans le carrosse du prince, seule avec ces jeunes tourtereaux qui s'aimaient à faire plaisir. La princesse avait grand'peur, son mari la rassurait.
— Ma mère est si bonne ! répétait-il.
— Appuyez bien sur les Jagellons, mon prince, lui disais-je, c'est votre branche de salut.
— Ils ont plusieurs fois sauvé leurs sujets et la chrétienté, répondait fièrement la jeune femme.
Nous arrivâmes le soir. Je voulais envoyer aussitôt le prince Louis à Montbéliard; il me demanda en grâce jusqu'au lendemain matin.
— Il me faut bien la nuit pour me préparer, madame, et ce premier moment me fait peur.
Il partit donc le lendemain. La jeune femme pleura beaucoup. J'eus beau essayer de la distraire, je ne pus y réussir. Elle ne quitta pas la fenêtre, et ne put parler d'autre chose que de son mari et de ce qu'il était allé faire.
— S'il revient de suite, c'est mauvais signe, madame, et pourtant je voudrais qu'il revînt.