‹ Mémoire de la baronne d'OberkirchChapitre 76 sur 220 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

rompus. Madame de Warlensleben s'était fait excuser de descendre sous prétexte de migraine. Le prince Louis sortait à cliaque instant; il ne pouvait tenir en place. Ses parents n'avaient pas l'air de s'en apercevoir. Madame la princesse leva le siège de bonne heure et me fit signe de la suivre. Dès que nous fûmes seules dans son appartement :

— Eh bien, me dit-elle, de quoi ces malheureux enfants vous ont-ils chargée? Où est cette jeune femme?

J'hésitai à répondre.

— Où est-elle ? Ne craignez pas de me fâcher.

— Elle est ici, madame.

La princesse fit un^ouvement.

— Ici, chez moi ! sans que je l'aie permis ! Qui donc a eu l'audace de la recevoir ?

— Moi, madame.

— Vous, Lane 1 Et vous n'avez pas craint de ra'irriter, de m'affliger?

— Madame, le duc Louis est votre fils, la princesse Marianne est sa femme maintenant; vous avez un trop bon esprit, un trop grand cœur pour ne pas reconnaître un fait accompli. A quoi servirait la résistance? au malheur de vos enfants, et vous ne voulez pas le malheur de vos enfants.

La princesse ne répondit pas.

— Croyez-vous que le duc régnant, croyez-vous que le roi de Prusse approuveront cette escapade; le croyez-vous, baronne?

— Approuveront, je ne le crois pas; accepteront y j'en suis sûre.

Marianne a du nom et sort du sang des dieux.

La princesse sourit imperceptiblement. Elle aimait les vers et les citations faites à propos.

— Les Czartorisky descendent des Jagellons, madame, et les Jagellons sont une race souveraine. Le roi de Pologne, Poniatowsky, est le cousin germain de la princesse; ce sont là de nobles alliances, madame, on ne peut le nier.

— Oui, on ne peut le nier; mais les Czartorisky sont des particuliers cependant...

— Quels particuliers! les plus grands seigneurs de la Pologne !

— Cela est vrai, pourtant...

— La princesse est charmante.

— Sans doute, je le sais.

— Eh bien, madame, que voulez-vous de plus? Ils sont heureux , ils s'aiment. Cela fait plaisir à voir !

La princesse commençait à s'émouvoir beaucoup.

— Elle est bien jeune !

— Le duc Louis est fort jeune aussi.

— Voilà où est le mal, deux enfants ensemble! Et puis, mon oncle, le grand Frédéric, n'est pas disposé à la tendresse ; les amours le touchent peu. Il veut avant toutes choses du respect, de la déférence. Il ne pardonnera pas.

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