CHAPITRE XXVlll
— Il pardonnera, si vous pardonnez.
— Le prince, mon mari, est bien irrité.
— Madame ! . . .
— Eh bien?
— Parlez-lui beaucoup des Jagellons, des charmes de la princesse Marianne, de l'amour de vos jeunes années, de sa tendresse pour ses enfants; il cédera.
— Lanele, vous êtes un bon avocat.
— Et puis, madame, c'est une chose faite, Votre Altesse royale ne peut désunir ce que Dieu a uni; ce ne serait ni chrétien ni paternel.
— Il ne fallait pas amener cette jeune femme ici; c'est trop oser, madame, et vous mériteriez tous que je la fisse partir.
— La femme de votre fils, de votre fils que vous chérissez! Quoi! une famille si unie, si heureuse, se séparerait ainsi d'un de ses membres, parce qu'il a cherché le bonheur tout seul. Songez-y, madame, est-ce possible?
— Que dit la grande-duchesse? sait-elle tout cela?
— Madame la grande-duchesse dit que vous êtes la meilleure des mères, madame.
Une larme roula sous la paupière de Son Altesse royale.
— Lanele, je parlerai ce soir au prince; demain matin, de très-bonne heure, revenez ici; je vous dirai ce que j'aurai obtenu.
Je m'estimai heureuse d'avoir obtenu cela, moi; je me retirai, et j'allai rendre compte au jeune couple
de ma conversation. J'étais pleine d'espérance, je l'avoue. Je ne dormis guère, et le lendemain, avant le jour, j'étais dans l'antichambre de la princesse. Celleci me fît entrer avant de sortir de son lit, et je lus sur son visage, un attendrissement de bon augure.
— Lanele, me dit-elle, asseyez-vous là, et écoutez-moi; vous redirez ensuite mes paroles avec votre prudence ordinaire. J'ai parlé au prince; la nuit presque entière s'est écoulée dans cette conversation. Nous sommes profondément affligés, mais cependant vous l'avez dit, c'est une chose faite, nous ne fermerons pas nos bras à nos enfants; c'est à eux, parleur conduite, par leur affection, par leur bonheur surtout, à mériter, à justifier notre indulgence. Ce qui m'effraye le plus, je ne vous le cache pas, c'est leur jeunesse extrême, c'est leur amour même. Presque jamais ces mariages-là, faits en dépit de tout, ne réussissent. On a un bandeau épais sur les yeux et sur le cœur, on ne se connaît pas, et quand le temps arrive, on se voit tout autrement qu'on était, on se refroidit, on se querelle, on se déteste, on se sépare. Dieu veuille épargner ces malheurs aux enfants de ma tendresse! Mes bénédictions ne leur manqueront pas pour les écarter.
J'étais aussi émue que la princesse; je lui baisai la main, elle pleurait, j'avais grande envie d'en faire autant.
— Aussitôt que je serai habillée je me rendrai chez mon mari, poursuivit laprincesse, vous pourrez