‹ Mémoire de la baronne d'OberkirchChapitre 81 sur 220 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

On est autour de lui comme on est au conseil, Faisant beaucoup de bruit et fort peu de besogne. Telles étaient jadis les diètes en Pologne. Muse aimable d'Étupes, apprête mes pinceaux, Et toi daigne, Momus, égayer mes tableaux. La nuit couvre les cieux et la table est dressée; Alors vient à la file une troupe empressée. Comme on était la veille on s'arrange soudain. Et c'est encore ainsi que l'on sera demain. Vous, héros bienfaisant, adorable princesse. De ce jeu vous savez écarter la tristesse.

Plus loin est un trio * qui reçut en partage Tout ce qui des humains doit mériter l'hommage. L'amour lui prodigua grâces, esprit, beauté. Mais l'amitié l'enlève à la société.

Ensuite est un marquis 2, pour plaire à ses voisines. Faisant à tour de bras de l'esprit et des quines ; Sans être toujours neuf, toujours aimable et gai.

Suivent plusieurs autres portraits que j'ai déjà tracés en prose : celui du vicomte de Wargemont luimême, du comte de Baleuze, de madame de Damitz, de mademoiselle de Schack, enfin du capitaine Parrot. Voici celui du conseiller Rossel, qui amena une réponse assez piquante et assez piquée:

Plus loin est gravement le père de Louise;

C'est un grand Grec, savant, profond dans l'analyse.

' Son Altesse madame sérénissime la princesse Louis de Wurtemberg, la comtesse de Wartcnsleben et mademoiselle de Domsdorff. ^ Le marquis de Vernouillct.

184 MÉMOIRES DE LA BARONNE D'oBERKIRCH.

Plus que personne il a le compliment facile; 11 faut, pour s'en tirer d'une manière habile. Être avec lui ferré sur la civilité.

Ce n'est pas le seul point où sa dextérité, Dans son malin plaisir souvent nous embarrasse. C'est le Fréron en titre et chéri du Parnasse. 11 juge sans pitié ses nombreux nourrissons ; De français, aux Français il donne des leçons. Hélas! il faut pourtant, comme dit La Fontaine, Toujours payer tribut à la faiblesse humaine. Amis, convenons-en, Rossel n'est pas parfait, Je ne peux vous cacher que Rossel est distrait.

Voici la réponse de M. Rossel :

Pour peindre avec tant d'art et d'ingénuité Un jeu dont vos seuls vers font la célébrité. Il ne fallait pas moins, ingénieux vicomte. Que ces rares talents dont vous êtes doué. Talents dont aujourd'hui l'on est fort engoué. Et qui de vos rivaux feront toujours la honte.

Mais permettez qu'ici je vous observe,

Peut-être en dépit de Minerve, Que du pauvre Rossel votre esprit a manqué

Le portrait et le caractère.

11 n'est, comme chacun peut l'avoir observé. Pas plus Grec ni Fréron, que vous n'êtes Voltaire.

Comme on le voit, on se lardait assez joliment dans notre petit cercle. Ce qui fit un peu taire les muses du crû, ce furent les vers suivants adressés par M. de Ségur à madame de Luxembourg et qu'on nous envoya ;

Page 1