CHAPITRE XXIX
connue et qui m'a été racontée ces jours derniers, par un des amis de sa famille , auquel j'ai promis de ne pas le nommer. C'est un vrai épisode de roman, malheureusement j'en ignore le dénoûment, et je ne sais pas s'il en aura jamais '.
11 est question d'un parent de M. Huber (des abeilles) , mais ne portant pas le même nom, artiste aussi, je crois, du moins très-pelit compagnon, voyageant en Italie, pour s'instruire ou pour s'amuser. Il n'avait aucune fortune et point d'état, mais il était assez joli garçon , spirituel et doué d'une de ces imaginations qui poétisent, et rendent les autres poètes bon gré mal gré. Introduit dans une grande famille romaine, il y trouva une jeune fille, belle et tendre, à laquelle il adressa ses vœux, ce qui n'a rien d'extraordinaire, laquelle, se souciant peu des distances, les accepta, les accueillit, aima comme elle était aimée. Ce fut une de ces passions profondes, brûlantes, qui rendent les amants célèbres, et rendent parfois des folies excusables aux yeux des cœurs indulgents. Ils se virent d'abord devant tout le monde, ils trouvaient moyen de s'écrire et de se parler sans qu'on s'en aperçût; mais bientôt ces entretiens ne leur suffirent plus, ils avaient besoin de communication plus intime , l'imprudence s'en
' Cette histoire a été ajoutée en note par madame tl'Oberkirch, peu do temps avant sa mort. Je la place dans le texte, elle est trop longue pour être laissée en note et trop intéressante pour être supprimée. Je prie le lecteur de se souvenir (ju'elle est postérieure de treize années aux Mémoires.
mêla. La jeune princesse gagna une de ses femmes, qui consentit à la servir, et introduisit pendant la nuit le jeune homme dans les jardins du palais, ensuite dans la chambre de la princesse; l'amour chez les Italiennes est presque toujours le plus fort , la résistance fut assez longue, mais enfin la malheureuse enfant céda.
A dater de ce jour , les entrevues devinrent plus fréquentes. La sécurité fit oublier les précautions. Une autre femme de service , jalouse de la faveur de sa compagne, soupçonna un secret, elle épia et découvrit bien vite toute lintrigue qu'elle se hâta de dévoiler aux parents. On juge de leur furie. Cependant avant de punir, ils voulurent être sûrs de leur fait, ce qui n'était pas difficile, les jeunes gens ne se gênant guère; on les surprit dans un bosquet; la faiblesse de la jeune princesse était impossible à nier.
On avait aposté des sbires , on fit arrêter M***, et sans autre forme de procès, on le conduisit dans les prisons de l'inquisition. Il était protestant et Genevois.
Pendant ce temps, la princesse fut enfermée dans une chambre, sévèrement admonestée, traitée de Turc à Maure par la puissante famille; à tant de cruels traitements, elle n'opposa que le silence et la résignation; c'était une âme forte et résolue. Un mois ou deux se passèrent ainsi, on la tenait toujours au secret, sans qu'elle s'humiliât, ou cessât de