CHAPITRE XXIX
regretter celui qu'elle aimait. Elle s'aperçut qu'elle allait deveuir mère, et cette certitude lui donna un nouveau courage. Elle demanda à voir son père, auquel elle fit, non sans trembler, l'aveu qui devait pousser sa colère au plus haut point.
— Vous comprenez, monsieur, ajouta-t-elle avec résolution, que c'est maintenant entre nous à la vie et à la mort, que jamais je n'appartiendrai à un autre homme, et que le père de mon enfant sera mon mari.
Je laisse à penser quelles furent la douleur et la colère du prince à une déclaration aussi précise. Les rigueurs devinrent de plus en plus terribles, on lui refusa presque le nécessaire, mais rien ne put l'ébranler. Elle accoucha ainsi, dans cette espèce de prison domestique, d'un garçon c|ui, malgré les pleurs de sa mère, malgré ses souffrances, vint au monde très-viable et très-bien constitué. La famille de la jeune femme pouvait être orgueilleuse et hère, mais elle était incapable d'un crime; l'enfant fut soigné et nourri comme s'il eût été légitime. La résistance et la volonté ferme de la princesse ne touchèrent pas ses parents, mais les désarmèrent. On lui dit que, si M*** voulait abjurer le protestantisme, on ne s'opposerait plus à leur union, sans toutefois s'y prêter; qu'on la laisserait liijre, qu'elle ne compterait plus parmi eux, et qu'elle deviendrait la maîtresse de son avenir.
L'inquisition tenait M*" dans ses cachots. Il com-
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meDça par résister avec courage, non pas aux tortures, on ne lui en infligea pas, mais aux sollicitations, aux privations, aux prières; on le laissa seul des mois entiers, sans échanger une parole, sans sortir, recevant sa nourriture par un trou ; il n'y a point de force morale qui résiste à cela. D'abord l'amour, la croyance dominèrent tout. Les craintes les plus vives l'assaillirent pour la sûreté de celle qu'il aimait; il ne sut point ce qu'elle était devenue; en vain la demanda-t-il, nul ne lui répondit. Ensuite, ces craintes s'émoussèrent, le désespoir arriva, mais le désespoir personnel^ la rage de se voir, à son âge, enfermé, perdu, mort bientôt, sans doute, pour un amour qu'il n'avait pas su dominer. On le catécliisa alors, on lui montra la liberté pour prix de son abjuration; les premières tentations furent inutiles, il tenait d'autant plus à sa foi qu'on chercbait à la lui faire perdre. Assez peu fervent avant son martyre, il le devint alors.
La patience monacale ne se découragea pas, on reprit le système d'isolement, on le continua pendant des mois entiers, pendant une année; les forces morales de M*** y cédèrent, il se sentait plus que mourir; il sentait son intelligence succomber. Après quelque temps encore de résistance, il promit tout ce qu'on voulut pour de l'air, pour la liberté, pour renaître à la vie de tout le monde. Une fois cette promesse faite, il ne songea plus à la reprendre, et il attendit impatiemment l'heure de l'exécuter. On ne