CHAPITRE XXIX
peut en être surpris; mais ce qui est tout aussi facile à comprendre, l'amour était éteint dans son cœur. Il ne voyait plus dans la princesse que la cause de son malheur, de ces trois années passées dans une douleur inexprimable; non-seulement il ne l'aimait plus, mais il la haïssait; aussi lorsqu'on lui annonça qu'après l'abjuration viendrait le mariage, il refusa de toute sa volonté. On lui parla alors, seulement, du petit être venu au monde pendant sa retraite, de cet innocent qui ne demandait point à naître, et à qui son père devait protection, secours et appui. On le lui montra, il ne s'attendrit pas, les murailles du cachot avaient resserré et comme scellé le cœur de cet homme ; cependant son honnêteté n'était point morte, la voix du devoir se fit entendre où l'affection était muette, et il consentit enfin à épouser la mère pour donner son nom à l'enfant.
Le jour fixé on l'amena à la chapelle, il embrassa la religion catholique, et donna sa main de marbre à celle qui l'aimait encore. La cérémonie faite on les laissa seuls.
— Madame, dit l'époux, je n'ai jamais trompé personne, et je ne commencerai pas par celle à qui je viens de donner mon nom. Il me serait impossible désormais de vous voir et de vivre avec vous. Je sais tout ce que je vous coûte; je sais qu'à cause de moi vous avez perdu la tendresse de votre famille et tout espoir d'avenir; je sais que vous avez bien souffert aussi; c'est pourquoi j'ai consenti à ce que vous dé-