II
194 MÉMOIRES DE LA BARONNE d'OBERKIRCH,
siriez; maintenant, vous êtes ma femme, votre fils a un nom, sinon illustre, du moins sans tache; vous n'avez plus rien à exiger de moi, nous allons nous séparer. Soyez heureuse, je le désire vivement, sans pouvoir y contribuer en rien; du moins je n'ajouterai pas à vos chagrins celui de vous imposer ma présence.
— Monsieur...
— Je pars, madame, je vais voyager, voyager toujours. jMa patrie m'est interdite après ce que je viens de faire, la vôtre m'est odieuse, vous le concevez; je m'enfuis au bout du monde. Si jamais mon fils vous embarrasse, envoyez-le à Genève; je connais assez mes parents pour être sûr qu'ils l'accueilleront. Adieu encore, ne me maudissez pas, je tacherai de vous oublier.
Cet homme avait soif de liberté. Il s'élança dehors, la princesse le suivit.
— Un instant, monsieur, dit-elle en l'arrêtant. Yousèlesdécidéàme quitter, décidéirrévocablement?
— Oui, madame, irrévocablement.
— Sans espoir de retour?
— Sans espoir de retour.
— Eh bien, moi, je suis décidée aussi, j'entre dans un couvent; je m'y enferme à jamais, priant le ciel de m'envoyer l'oubli, d'abord, la mort ensuite, et à vous le pardon.
— Et mon fils, madame, je ne veux point qu'on en fasse un moine.