CHAPITRE XXX, 2l
chez madame de Montesson; le père jouait également et fort bien, et avait fait représenter quelques années auparavant un opéra comique intitulé le Trèbuchet.
Le dernier des frères', le vicomte de Chastenay- Puységur, était officier de marine. MM. de Puységur sont très-liés avec miadame la duchesse de Bourbon, et vont sans cesse chez elle.
Il y a encore un Puységur ancien colonel de Normandie, depuis maréchal de camp, qui est oncle de ces messieurs.
Notre dîner fut charmant. On causa et on rit beaucoup. La princesse eut un joli mot; on parlait d'une dame chez laquelle on disait un mal affreux de tout le monde.
— Mon Dieu ! que voulez-vous, disait madame la duchesse de Bourbon, on y dîne si mal ! on y mourrait de faim si on n'y mangeait pas un peu son prochain.
Nous allâmes ensuite faire une visite à madame de La Yallière, et de chez elle à l'Opéra, où on donnait D^c/o/i. J'étais avec j\L et madame de Bose; je les ramenai souper chez moi. Nous nous remîmes à causer longuement, et madame de Bose, qui fait admirablement bien les cartes, me dit ma bonne aventure. Elle fut véritablement étonnante, me racontant des choses qu'il était impossible qu'elle sût. Elle m'annonça pour l'avenir des choses qui se sont réalisées, et d'autres qui ne le sont pas en-
214 MÉMOIRES DE LA BARONNE d'OBERKIRCH.
core el que j'ai la faiblesse de craindre. J'ai un peu de tendance au merveilleux, et les phénomènes du magnétisme confirment encore quelquefois ces idées.
1" février. — A onze heures il y avait une séance de magnétisme chez madame la duchesse de Bourbon. ^BI. de Puységur devaient y amener plusieurs somnambules et les endormir. De l'aveu même du docteur .Mesmer, le marquis de Puységur est plus habile que lui. Après avoir endormi les malades el les avoir jetés dans un somnambulisme complet, il les fait obéir à sa volonté, à ses gestes et au mouvement de la baguette. M. de Chasteuay-Puységur, son frère, qui, comme je l'ai dit, sert dans la marine, a le même succès, tellement qu'on le regarde comme un personnage surnaturel. Ces messieurs obtiennent, des sujets qu'ils endorment, non-seulement la connaissance du présent dans des lieux éloignés, mais encore la prescience de l'avenir. D'autres fois ils mettent, en le magnétisant, un homme en rapport avec une fille en état de somnambulisme. Alors celle-ci exécute ses pensées et le suit partout. Cela ne dure que pendant le sommeil magnétique et la somnambule ne se souvient de rien. Une fois éveils lée, elle reste parfaitement indifférente pour celui avec lequel elle a été mise en rapport.
Ce fut ce qui arriva ce matin là. M. de Puységur mit en rapport une de ses somnambules avec un jeune secrétaire de l'ambassade d'Espagne ; ils ne