‹ Mémoire du maréchal de Vauban sur les fortifications de CherbourgChapitre 12 sur 15 · APRES CE DESSIN EXECUTE · texte numérisé non relu

APRES CE DESSIN EXECUTE

La supposant achevée dans toute la perfection requise tant en ce qui regarde la marine, que la fortification, abondamment munie et d'une garnison de 5000 hommes de pied, et 300 chevaux ou dragons, le château de Valognes occupé par une compagnie ou deux d'infanterie , Cai"entan en état de faire quelque résistence et gu^^rre déclarée avec la Hollande, l'Espagne, l'Angleterre, ou tous les trois ensemble, voici sur quoy on pourra très-assur('>ment compter. Il a été prouvé d'une manière claire, évidente dans le commencement de ce mémoire que de toutes les côtes de ce royaume exposées aux descentes, aucune ne convient mieux à l'Angleterre que celle-ci eu égard à la proximité

de ses meilleurs poils, et à la facilité de pouvoir mettre à terre eu plusieurs endroits et par de grands espaces , à l'abondance du pays, l'un des meilleurs de l'Europe pour la tsubsisteuce des armées, à sa disposition faite exprès pour l'infanterie ; et la facilité de s'y pouvoir maintenir par qui auroit occupé la pres- ([u'isle. Joint à l'éloignement des secours, à la faiblesse présente de ce pays ; à l'épouvantable diversion que causeroit une telle descente par l'abandon de nos frontières, aux ravages qu'une armée de secours qui auroit à traverser les meilleurs pays du royaume y feroil, et enlin au désavantage d'avoir une guerre chez soi et dans son propre pays , sont toutes raisons d'une véi'ité incontestable et qui se louchent au doigt et à l'œil sans qu'il y ait d'autre moyen d"y remédier, que par lu fortification d'une place si forte qu'elle puisse donner vigueur au soutien des descentes, le temps nécessaire aux secours de s'en pouvoh* approcher, et occuper cependant l'ennemi, et l'affoiblir par une longue résistance. Or c'est ce qui se trouvera pleinement par l'exécution du dessin proposé pour la fortification de Cherbourg, que l'on peut assurer être telle qu'il la faut pour faire échouer leur desseins , et il est vrai de dire que jamais place ne fut mieux en état de produire cet effet qu'elle le seroit, il y a même bien de l'apparence que pour peu que l'ennemi en fut informé il perdroit la pensée des descentes ou que s'il y persistoit il n'y réussiroit qu'à son dommage, et à sa grande perte. Supposé toutes fois qu'il ait résolu de faire descente dans la presqu'isle à dessein d'y prendre établissement et de porter la guerre chez nous. Il est premièrement certain qu'il trouveroit de l'opposition à la descente, et les communes, même les troupes réglées s'il y en avoit dans la place, se présenleroient dans la place beaucoup plus hardiment si elles étoienl assurées d'une telle retraite, ce qui leur causeroit de la perte pour peu que les gens s'entendissent et qu'il y eût du feu et des retranchements,

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sans qu'il y eut grand risque pour ceux qui la souliendroienl , attendu que l'ennemi n'ayant que de l'infanterie à mettre à liM'rc, toute mouillée et en désordre, ne seroit pus en étal de pousser des troupes de cavalerie et d'infanterie qui se retireroienl devant elles par des pays à lui inconnus et où l'on pourroit à tous moments l'arrêter et le couper.

2nient Qyg gj l'eimeuii met à terre il se donnera bien de garde de s'evaltonner ni de courrir le pays tout d'abord , encore moins de laisser Cherbourg derrière lui : ne le laissant point, il sera obligé de l'assiéger, et de faire tout de ses pieds et de ses mains, c'est-à-dire camper, faire les ligne?, aller au bois le sac au cou, mettre le canon à terre et le voiturer à bras d'hommes aux parcs et aux batteries, y conduire toutes les munitions et outils et aller aux fascines une grande lieue et demie delà, toutes choses qui paroissent moralement impossibles à une armée qui n'auroit que de l'infanterie. Je suis bien persuadé que par les suites ils mettroient des équipages et de la cavalerie à terre, mais cela ne se feroit pas du premier jour ni en assez grande quantité pour pouvoir bien diligenter les affaires d'un siège. Il y faudroit donc employer bien des allées et des venues, pendant quoy cette armée ne feroit pas grand progrès, et il est certain qu'il se passeroit plus de quinze jours de temps avant qu'elle se piît présenter devant la place , et bien autant avant l'ouverture de la tranchée qui ne pourroit aller bien vite s'il n'y avoit que peu de cavalerie et de voilures à la servir.

D'ailleurs cette cavalerie étant peu nombreuse et fort fatiguée seroit bientôt sur les dénis, ou le siège lireroit de toute nécessité à longueur. Cependant l'armée s'affoibliroit de jour en jour par les occasions et fatigues du siège , par les maladies, par les sorties que l'on feroit sur les fourrageurs, et par la disette de toute chose, spécialement si on avoit soin de faire retirer les paysans et les bestiaux dans le dedans du pays, de sorte que

les secours approchant et trouvant un ennemi recru et tout harassé en auroientbien bon marché. Toutes ces difficultés prévues par un ennemi sage et avisé, il est à présumer qu'il ne s'y commettra pas ; ou que, s'il le fait, il en aura le démenti pour peu que nous nous acquittions de notre devoir , s'entend à condition d'une bonne fortification à Cherbourg, bien complelte et non à demi , parce que si elle étoit telle que l'ennemi la put prendre en d 2 ou 45 jours, elle ne nous serviroit de rien, attendu l'éloignement des secours, et cependant l'ennemi y trouveroit les mêmes avantages après sa prise que si elle étoit la meilleure du monde.

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