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durant les années 1759 el 1760. 517
Je dois dire qu'il n’y eut nullement de la faute de nos troupes,
si elles ne se trouvèrent pas à portée de charger l'ennemi dans sa retraite; elles s’y portèrent avec beaucoup d'ardeur ; elles firent pour s’y rendre une diligence prodigieuse, mais le commandant anglais qui s'était bien attendu à en être attaqué, les avait fait observer soigneusement par ses vaisseaux, et ce fut sur leurs signaux qu'il régla ses mouvemens,.
Il nous vint de ce corps deux déserteurs, il nous arriva un troisième qui sortait du camp de M. Wolfe, par lequel nous apprîmes que ce général étant dans les dispositions de se rembarquer dans peu, envoyait de tous côtés des détachemens pour brûler tous les bâtimens et ravager les campagnes; il nous ajouta qu'il régnait de la mésintelligence entre les généraux de terre ct de mer. Nous l'avions déjà oui-dire et celà se confirma depuis.
Les 21, 22, 23, et 24 ne furent remarquables que par des pluies presque continuelles, qui, en nous causant les plus vives inquiétudes pour la récolte, rendaient nos transports de vivres d’une difficulté extrême.
Les ennemis brûlaient dans toutes les parties; on voyait en même tems des maisons en feu à la côte de Beaupré ( depuis le Sault de Montmoreacy jusqu’à Ste. Anne ) à l'Isle d'Orléans et le long de la rive droite du fleuve.
Le 25, on remarqua que l'ennemi diminuait au Sault son artillerie et qu'il la rembarquait. Deux bâtimens qu'ils avaient à la Pointe aux Trembles descendirent à St. Michel, d'où, après avoir débarqué des troupes à la côte du Sud, ils retournèrent à leur premier poste.
Nous apprîmes le même jour, que les Abénaquis de St. François avaient arrêtés deux officiers anglais ( MM. Hamilton ct Kennedy ) accompagnés de 7 sauvages que M. Ambherst avait dépêchés à M. Wolfe par les bois; il paraissait par les lettres qui leur furent surprises, que les opérations de M. Amherst devraient désormais dépendre des succès qu'aurait M. Wolfe du côié de Québec ; nous vîmes aussi par des lettres écrites à différens colonels, que l'on aurait été dans l’armée de M. Amherst dans un étonnement singulier de l'évacuation de Carillon; on y exagérait un peu la force des fortifications de ce fort et l’on plaisantait beaucoup sur la précipitation avec laquelle nous nous en étions retirés,
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Les vaisseaux ennemis mouillés audessus de Québec génant beaucoup nos transports de vivres, on forma le projet de les faire enlever par nos frégatos, M. de Vaudreuil à qui on présenta cette entreprise sous un jour flatteur l'approuva, et on ne s'oceupa plus que de son exécution ; les marins jugeront s'il était facile d'enlever à l'abordage dans un fleuve dont le courant est rapide, des bâtimens bien armés dont il y en avait un de 50 canons, commandés par des hommes qui nous faisait admirer tous les jours la légèreté de leurs manœuvres, mais il se trouvait encore un grand inconvénient à ceci.
C'est que pour complêter les équipages des frégates destinées dopérer, il fallut dégurnir considérablement nos batteries des matelots qui y faisaient le service de canonniers.
Le 26, il nous vint un nouveau déserteur du camp du Sault.
Le 27, il nous en vint un second qui était sergent dans le régiment Royal Américain; celui-ci en nous annonçant le prochain départ de la flotte nous assura que M. Wolfe ldverait sous 8 jours son camp du Sault ; il nous ajouta que l'abbé de Portneuf, curé de St. Joachim, ayant été pris par les coureurs de bois avait été massacré par eux, ainsi que 9 habitans qu'il avait avec lui, après avoir mis les armes bas, et que les chevelures de ces malheureux avaient été portées au camp. Ce fait à été depuis vérifié par le rapport d’un 10e habitant qui était dans ce détachement et qui s'échappa.
La nuit du 27 au 28, cinq nouvelles frégattes ou transports ennemis, montèrent audessus de Québec ; ils n’essuyèrent des batteries de la place qu'un faible feu ; ces bâtiments en se réunissant avec les premiers vis-à-vis de St. Augustin firent avorter notre projet et les matelots furent rappelés.
La nuit du 29 au 30, la mer étant haute, les bâtiments qui étaient à St. Augustin canonnèrent et fusillèrent vivement une petite isle déserte voisine de leur mouillage ; ils y avaient vü, le jour précédent, de basse mer, du monde qui y était passé à pied sec pour y faire du foin et qui au retour de la marée s'était retiré.
Il nous vint le 29, 3 nouveaux déserteurs qui confirmèrent ce que nous avait annoncé le sergent ; ils nous dirent aussi que M. Wolfe attaqué d'une grosse fièvre était allité depuis 6 jours.
Le 30, l'ennemi démasqua à la Pointe de Levy une nouvelle batterie de canons. Il s'y en trouva alors 21 pièces.
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Le 31, il y eut dans le camp de la Pointe de Levy beaucoup de
mouvemens ; il s'en fit aussi dans la flotte qui nous donna lieu de juger que l'ennemi se disposait encore à faire passer des bâtiments
audessus de Québec. Ceux qui y étaient déjà, remontèrent de St. Augustin à la Pointe aux Trembles, d'où l'on pensa qu'ils avaient intention d'essayer de monter le Richelieu pour aller attaquer notre flotte; nous savions depuis 2 jours qu'un vaisseau quelque gros qu’il fut, pourrait passer aisément ce rapide, celà nous inquiéta d'autant plus, que la veille une des plus fortes frégates munitionnaire s'était échouée aux Grondines; nos petites forces navales se trouvaient par cette perte réduites à trois autres de ces bâtimens et aux deux frégates du Roy qui e‘irent tous ordre de se mettre à porté de s'opposer vu passage des Anglais.
La nuit du 31 Août au ‘er Septembre, cinq nouveaux bâtimens ennemis remontèrent audessus de Québec.
On ne pût plus douter, par les r'ouvemens que faisaient les Anglais du côté du Sault de Montmorency, qu'ils ne fussent résolus d'abandonner ce camp; on voyait critarquer une grande quantité d'effets dans des chaloupes, sr lesquelles n°: batteries tirèrent, sans que celles de l'ennemi répcndirent, elles étaient déjà démontées.
Les nouvelles que nous reçumes ce même jour calmèrent un peu les inquiétudes où nous étions pour Montréal. D'un côté nous apprîmes par les déserteurs venus de l’armée de M. Amherst, que ce général était dans les dispositions de borner les opérations de cette cumpagne à la réparation des forts de Carillon et de St. Frédéric (ce dernier avait été entièrement détruit.) Et de l’autre, M. de Bourlamaque assurait que le poste avantageux qu'il avait pris à l'Isle aux Noix, les retranchemens qu'il y avait fait élever et l'artillerie formiduble ‘xl y avait fait placer, le mettaient dans le cas de n’y pas craindie ies ennemis en quelque nombre qu'ils pussent s’y présenter ; on sçait que cette isle est dans la rivière de Sorel, qu’elle divise en deux bras fort étroits; on en avait barré le passag- aux berges par de bonnes estacades que l’on se flattait que l'ennemi ne tenterait point de tourner par terre. Les deux bords de la rivière n’offrent qne des marais profonds et couverts de bois où les portages ne pourraient se faire qu'avec d’extrêmes difficultés, et l’on sent qu’en allongeant le circuit pour aller
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chercher plus loin un terrain plus solide, on serait obligé d’augmenter très-considérablement le travail, et tout ensemble les risques d’être continuellement harcelés.
Le 2, la nouvelle que nous reçumes du retour à St. Michel de Sillerie de la flotte ennemie qui était à la Pointe aux Trembles, dissipa l’appréhension où nous étions qu’elle ne montât jusqu’à Batiscan.
Les ennemis continuaient à évacuer leur camp du Sault d’où deux colonnes passèrent vers le soir à l'Isle d'Orléans ; il y eut encore des mouvemens dans la flotte qui firent croire que l'ennemi pouvait avoir l'intention d'attaquer nos retranchemens ; ce qui semblait confirmer dans cette opinion, c’est que l’on avait trouvé mouillé vis-à-vis de la rivière de Beauport six berges que nous fîmes enlever; bien des gens pensèrent que ce n’était qu’une feinte, on verra qu'ils n'avaient pas tort.
Le 3, dès les 6 heures du matin on apperçut un grand mouvement dans les camps et dans la flotte de l'ennemi. Une centaine de berges ou canots, chargés de monde, partirent de la Pointe de Levy pour s’aller mettre en panne au milieu de la flotte; on remarqua en même temps qu’il y en avait encore une cinquantaine qui faisaient une semblable manœuvre du côté du Sault de Montmorency; on ne douta plus que l'ennemi ne voulût effectuer l’attaque que les berges de la veille avaient semblé annoncer ; on fit prendre les armes à toute l’armée. Les différens corps se tinrent en bataille, chacun à la tête de leurs camps, et dans cet état l’on attendit le flôt à la faveur duquel on comptait que les Anglais exécuteraient leur débarquement ; le temps était beau, quoique les vents fussent au Nord Est ; ils fraichirent vers les 10 heures et les berges parties de la Pointe de Levy, y retournèrent ; où pensa d’abord que la seule agitation de la mer les y avait obligés, mais les berges du Sault qui s'étaient avancées au large ayant pris la même route, nous ouvrirent les yeux en ramenant notre attention au camp de L'Ange Gardien qui se trouva entièrement évacué.
Alors, ceux qui avaient ouï blâmer en secret à M. de Montcalm la conduite de M. le Chevalier de Levis pour n’avoir point attaqué les Anglais lorsqu'ils descendirent au Sault de Montmorency, quoique celui-ci pour s'appuyer sur les ordres qu’il avait de ne
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rien hasarder, le traitèrent avec la même rigueur pour n'être point tombé sur leur arrière garde dans le même terrain et dans une circonstance infiniment plus favorable ( j'ai déjà parlé ailleurs de ce terrain.)
M. de Montcalm et ses principaux officiers, pour tâcher de se justifier sur la perte d’une occasion si belle, répondirent que s'ils n'avaient point chargés l'ennemi à son rembarquement, ce n'avait été que parcequ’au moment où on l'avait crû repassé à l'Isle d'Orléans on avait apperçu, ventre à terre, plus de 2,000 hommes sous les retranchemens de son camp, et qu’on avait été retenu par la crainte de donner dans quelque piége.
Il est digne de remarque que l’on s’efforça dans notre camp de persuader qu’il n’y avait rien que de fort ordinaire dans la manœuvre de M. Wolfe, et que M. de Montcalm au coztraire, s'était conduit dans cette circonstance en général consommé: le lecteur peut juger.
Une partie des troupes sorties du camp de L'Ange Gardien resta à l'Isle d'Orléans, et l’autre alla prendre poste audessus des batteries de la Pointe de Levy.
Des ingénieurs, et plusieurs autres officiers, qui allèrent depuis voir le camp de M. Wolfe convinrent unanimement que rien n'était plus désavantageux que la position que ce général avait été obligé de prendre; ce fut par cette raison qu'il borda son camp d'onze redoutes, presque toutes environnées de fossés fraisés et puissadés.
Le quatre, M. de Montcalm mesurant ses mouvemens avec ceux de l'ennemi, dégarnit un peu sa gauche et porta la principale partie de ses forces à la droite de son camp.
Ïl envoya même camper le batailion de Guyenne sur les hauteurs de Québec d’où il pouvait au besoin se porter également soit du côté de Sillerie, soit dans la place, soit du côté de la Rivière St. Charles; notre malheur voulut, comme on le verra bientôt, qu’on le retira deux jours après de ce poste.
Les batteries de la Pointe de Levy, augmentées de l'artillerie
que l’ennemi avait retirée de son camp du Sault, faisaient sur la ville un feu continuel.
Le cinq, un corps d'environ trois mille hummes Anglais ayant
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