‹ Mémoire du Sieur de Ramezay, commandant à Québec, au sujet de la reddition de cette ville, le 18e septembre 1759 [microforme]Chapitre 12 sur 27 · RE · texte numérisé non relu

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62 Evénements de la guerre en Canada

marché vers la rivière des Etchemins, M. de Montcalm renforça le corps de M. de Bougainville des piquets de l’armée, de presque tous les sauvages et du reste des volontaires.

Une frégate ennemie remonta ou Cap Rouge, où elle canonna une de nos goëlettes qui y était arrivée la veille de Montréal, avec un chargement de farine; nous y avions deux chaloupes canonnières, qui l’obligèrent à se retirer.

Cette farine provenait des blés que l’on avait pu ramasser dans le gouvernement de Montréal à la faveur d'espèces sonnantes ; sans cet appas, on eut certainement manqué de vivres à l’armée, que l’on eut été obligé de licencier en grande partie.

Le six, les ennemis continuèrent à faire audessus de Québec des mouvemens qui ne laissaient pas de nous inquiéter.

Il passa en plein jour, devant la place, une de leurs goëlettes remorquant deux longues berges que le feu de nos batteries, qui ne fut à la vérité pas fort vif, ne pût arrêter; celles de l’ennemi profitèrent de ce mouvement pour canonner les nôtres, où nous eûmes 5 hommes tués, ou dangéreusement blessés.

Le sept, la flotte qui était audessus de Sillerie (elle était alors de 18 bâtimens,) remonta au Cap Rouge accompagnée d’une soixantaine de berges, chargées de troupes, qui après avoir fait mine de vouloir descendre, reprirent le large et allèrent aborder à la droite du fleuve; M. de Bougainville suivait leurs mouvemens,.

La nuit du 7 au 8, quatre nouveaux petits bâtimens passèrent audessus de Québec et se joignirent à la flotte mouillée au Cap Rouge ; ils essuyèrent un fort grand feu des batteries de la ville sans en être incommodés; on crût dans le camp que l'ennemi voulait tenter un débarquement vers la Canardière (près de la rivière St. Charles,) toute l’armée malgré un très-mauvais temps passa la nuit au bivouac.

Les farines d'Europe et celles qu'avaient produites les blés achetés, comme il a été dit, étant toutes consommées, l’armée ne tirait plus depuis quelques jours sa subsistance que de la récolte du souvernement de Montréal, qui heureusement se trouvait être d’une beauté extraordinaire; mais on manquait de bras pour la recueillir ; M. de Rigaud avait déjà détaché 200 miliciens pour y travailler ; ce secours ne suffisait point, M. de Vaudreuil manda à M. le Chevalier de Levis, qui était venu des rapides à l'Isle aux

durant les années 1759 et 1760. 63

Noix, de les augmenter ; cet officier général avait quitté les rapides sans cependant les dégarnir, sur ce qu'il s'était assuré par le rapport de ces découvreurs revenus de Chouaguen que les ennemis y étasent tranquilles.

Les pluies continuaient de rendre nos transports de vivres très pénibles, et nous faisaient beaucoup craindre pour les moissons des gouvernemens de Québec et des Trois Rivières, qui ne le cédaient cependant point en beauté à celles du gouvernement de Montréal.

Le neuf, les ennemis jugeant vraisemblablement les maisons de la ville assez endommagées, dirigèrent la plus grande partie de leur feu sur le faubourg St, Roch.

Le 10, les ennemis parurent construire un nouveau retranchement audessus de leurs batteries de la Pointe de Levy; nous ne comprîimes pas quel en pouvait être le véritable objet. Leur petite floite s’étendait depuis le Cap Rouge jusqu’à la Pointe aux Trembles.

Le onze, on vit tout le jour sur le chemin qui conduisait aux batteries de l'ennemi un grand mouvement de chariots d'artillerie, et la flotte mouillée audessus de Québec, reçut toutes les troupes répandue dans cette partie.

Le douze, l’ennemi fit tout le jour sur la place un très grand feu, la flotte mouillée depuis le Cap Rouge jusqu’à la Pointe aux Trembles, fut continuellement en mouvement; il s'en détacha vers le soir quelques bâtimens qui vinrent mouiller à Sillerie.

Les mouvemens que nous voyions faire depuis quelques jours à l'ennemi audessus de Québec, et la connaissance que nous avions du caractère de M. Wolfe, ce guerrier impétueux, hardi et intrépide nous préparait une dernière attaque. La résolution en était effectivement bien prise dans l’armée anglaise. On y avait tenu ainsi que nous l'avons appris depuis par différens officiers anglais, après la levée du camp du Sault, un conseil de guerre où tous les officiers généraux opinèrent unanimement pour la levée du siége ; les officiers de mer observaient que la saison déjà avancée rendait de jour en jour la navigation du fleuve plus périlleuse, et les officiers de terre dégoûtés par la longueur d’une campagne, aussi infructueuse que pénible, regardaient comme inutile de rester plus longtems devant des retranchemens qui leur paraissaient inatte-

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