‹ Mémoire du Sieur de Ramezay, commandant à Québec, au sujet de la reddition de cette ville, le 18e septembre 1759 [microforme]Chapitre 13 sur 27 · RÉ US A · texte numérisé non relu

RÉ US A

64 Evénements de la guerre en Canada

quables ; d’ailleurs, les uns et les autres ajoutaient que leur armée toujours en proie aux maladies se fondait insensiblement ; alors M. Wolfe voyant qu'il ne pourrait rien gagner en heurtant de front l'opinion générale, prit adroitement les choses d’un autre côté ; il déclara aux membres du conseil que bien éloigné de penser autrement qu'eux, il était au contraire de leur avis sur l’inutilité de prolonger le siége de Québec ; qu’aussi dans la proposition qu’il allait faire, il voulait se dépouiller de la qualité de général pour ne rien attendre que de leur opinion pour lui.

Enfin, Messieurs, leur dit-il, la gloire de nos armes me semblant exiger que nous ne nous retirions point sans faire une dernière tentative, je vous demande avec instance de vouloir bien ne vous y point refuser. Je veux que dans cette circonstance, il faut que notre premier pas nous mette aux portes de la ville.

Je vais dans cette vue essayer de faire pénétrer par les bois de willerie un détachement de 150 hommes seulement; que toute l'armée se prépare à suivre; si ce premier détachement rencontre de la part de l'ennemi quelque résistance, je vous donne ma parole d'honneur que regardant alors notre réputation comme à l’abri de toute espèce de reproche, je n’hésiterai plus à me rembarquer. Le zèle qui animait un si brave général passa chez tous les officiers qui l’entendaient, et l’on ne s’occupa plus dans son armée que des dispositions nécessaires pour l'exécution d’un si noble projet.

M. de Montcalm, de son côté inquiet pour la partie que l’ennemi paraissait menacer, craignant surtout qu’il n’eut intention de nous couper les vivres, envoya de nouveaux renforts au corps de M. de Bougainville; ce colonel se trouva alors avoir à ses ordres, en y comprenant les sauvages environ 3,000 hommes répandus dans différens postes depuis KSillerie jusqu’à la Pointe aux Trembles; c'était l'élite de l’armée; on y avait réunis tous les grenadiers, tous les piquets, tous les volontaires de l’armée et la cavalerie ; on lui réitéra l’ordre de continuer à suivre attentivement tous les mouvemens des ennemis, son centre était au Cap Rouge,

Les choses étaient de part et d’autre dans cet état, lorsque la nuit du 12 au 13, M. Wolfe, après avoir par différens mouvemens tâché d'attirer notre attention du côté de St. Augustin, envoya vers minuit tâter par ses berges les postes voisins de Sillerie;

durant les années 1759 et 1760. 65

la fortune sembla dans cette occurence s’accorder avec le peu d'ordre qui régnait parmi nos troupes, pour leur en faciliter l'accès,

Il devait descendre la même nuit par eau à Québec.un convoi de vivres; on en avait fait courir le bruit dans tous les postes devant lesquels il devait passer, sans convenir avec eux d'aucun mot de ralliement; mais quelque événement imprévu ayant empêché nos bâteaux de profiter de la marée du soir pour se mettre en marche, on en remit le départ au lendemain, et l’on n'eut pas encore l'attention d’en prévenir ces mêmes postes; il résulta de cette double négligence que nos sentinelles en voyant avancer les berges ennemies les prirent pour les nôtres, et se contentant du mot France qu’elles répondirent à leur cris, elles les laissèrent passer sans se donner la peine de les reconnaître,

Trois capitaines commandaient dans ces postes : M. le Chevalier de Rumigny, du régiment de la Sarre, M. Duglas de Languedoc, et M. de Vergor, de la Uolonie.

Les Anglais profitèrent de cette sécurité, abordèrent entre deux de nos postes et gravissant contre l’escarpement de la côte qu'ils avaient à monter, ils parvinrent à force de travail a en gagner la crête où ils ne trouvèrent personne.

Ce mélange de malheurs et de désordre dans notre service prépara la fatale catastrophe qui, par une suite de nouvelles fautes en nous faisant perdre le fruit de tant de fatigues et de dépenses, mit le comble à, notre humiliation.

La correspondance était si mal établie de lun à l’autre des postes de M. de Bougainville, et entre ceux-ci et le camp de M. de Montcalm, que les Anglais avaient vers les cinq heures du matin tourné et dissipé les détachemens que commandait M. de Vergor à l’'Anse du Foulon, et étaient déjà en bataille sur les hauteurs dé Québec où ils avaient même quelques pièces de canons de campagne, de petit calibre; que l’on ignorait encore dans nos camps qu'ils voulussent nous attaquer de ce côté là; M. de Bougainville qui n’en était éloigné que de deux lieues ne l’apprit, à ce qu'il dit, qu’à huit heures du matin, et M. de Vaudreuil qui en était à beaucoup moins que la moitié de cette distance n’en fut-exactement informé que vers les six heures et demie. L'armée qui, sur un mouvement que l’on avait vu faire aux berges ennemies à la Pointe de Levy, rentrait dans ses tentes.

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