‹ Mémoire du Sieur de Ramezay, commandant à Québec, au sujet de la reddition de cette ville, le 18e septembre 1759 [microforme]Chapitre 6 sur 27 · LE © OS · texte numérisé non relu

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trop tard et n’arriva sur le chemin de St. Foix, en présence des ennemis, que deux heures après la perte du combat qui commença à dix heures; si M. de Montcalm avoit tardé d’un instant à marcher aux ennemis, ils eussent été inattaquables par la position favorable dont ils alloïent s'emparer, ayant même commencé des retranchemens sur leurs derrières. Le détachement de M. de Bougainville auroit eu plus que le temps de venir à notre secours s’il avoit été averti de bonne heure, comme on devoit l'espérer, par la disposition de ses postes depuis Québec jusqu'au Cap Rouge où il étoit pour lors de sa personne. M. le Marquis de Montcalm ne le voyant point arriver, ne put que penser qu'il n’avoit pas été averti du tout, et se détermina à attaquer, voyant sa perte certaine s’il attendoit plus longtems, et l'impossibilité de déposter les ennemis s'ils s’étoient rendus maîtres une fois de la hauteur nommée la Côte d'Abraham, à une demi portée de canon de Québec. On ne manquera pas de vous rendre compte verbalement ou par écrit, de même qu’au ministre de la marine, qu’il s’est trop précipité pour attaquer ; qu’il devoit attendre le secours de M. de Bougainville et disputer le terrain par des fusillades. Tous ces moyens n’auroient pas empêché l’ennemi de s'établir sur la Côte d'Abraham dès qu’on lui auroit donné du temps. Quoique je regardois M. le Marquis de Montcalm trop lumineux pour ôser luy donner aucun conseil, je pris cependant la liberté de luy dire, avant qu'il eut donné l’ordre du combat, qu’il n'étoit pas en état d'attaquer les ennemis vu le petit nombre de son armée. Na: qu'indépendamment des 2,000 hommes détachés avec M. de Bougainville, on en avoit envoyé 800 dans les pays d'en haut, dont cent soldats choisis sur les cinq bataillons présens à l'affaire du 13 de ce mois. Permettez-moi, s’il vous plait, Monseigneur, de vous exprimer la vive douleur que je ressens de cet événement fâcheux, et de la perte de M. le Marquis de Montcalm. Je servirai avec le même zèle et la même application sous les ordres de M. le Chevalier de Lévis; je me flatte retrouver en lui les même bontés que ce premier avoit pour moy, et jüse faire serment devant vous, que quelques jours avant sa mort, il me fit l'honneur de me dire qu’il vous supplieroit de vouloir bien m'honorer du grade de Brigadier, de préférence à tout autre de cette armée, Vous m'avez fait espérer, Monseigneur, par la lettre que vous avez écrite à M. le Marquis de Montcaln à

durant les années 1759 et 1760. 27

mon sujet l’année dernière que j'aurois le bonheur d’être décoré de } ce grade dans peu. Honorez-moi à présent, je vous supplie, de | votre protection et bonté.

Je suis avec le plus profond respect, |

Monseigneur, 14! |

Votre très humble et très-obéissant serviteur. CHEvaALIER DE MONTREUIL.

Lerrre de M. Daine au Ministre. — Québec, 9 Octobre, 1759.

MONSEIGNEUR

Occupé sans relache depuis l’arrivée des Anglois devant Québec, jusqu’au jour de sa reddition, je n’ay pu tenir un journal exact de ce qui s’est passé ; ainsi, je n’enverray aucun détail à cet égard.

Je vais seulement avoir l’honneur de vous rendre compte de ce qui a donné lieu à la capitulation que M. de Ramezay, qui y commandoit, a fait le 18 du mois passé, après la tenue d’un conseil de guerre où tous les officiers de la garnison ont donné leur avis par écrit.

J'ay aussi eu l'honneur de vous informer par ma précédente, que le 13 du même mois, nous avions perdu une bataille, presque sous les murs de la ville, et beaucoup d'officiers des différens bataillons qui étoient à cette action, du nombre desquels étoient M. le Marquis de Montcalm et M. de Senezergues, brigadier; que le reste de l’armée qui avoit échappé devoit se replier sur la ville ; qu'au lieu de cela, elle avoit pris la fuite en désordre et avec confusion, et avoit abandonné cette malheureuse ville à elle-même, sans deffenses, sans vivres et sans un nombre suffisant d'hommes en état de la deffendre, comme vous avez pu en juger, Monsei- | gneur, par le détail que j'ai eu l’honneur de vous en faire sans partialité ; mais comme ma lettre pourroit avoir été interceptée, permettez-moi de vous renouveller ce détail.

Après la bataille du 13, M. le Marquis de Vaudreuil fit dire au commandant de tenir bon ; qu’il alloit envoyer des secours de

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toutes espèces, co qui engagou ce commandant de différer à capituler ; voyant, après avoir attendu 4 jours sans effet, il se détermina enfin à capituler du consentement unanime de ceux qui composoient le conseil de guerre; et sur les demandes réitérées de tous les officiers qui avoient une parfaite connaissance de la résistance que pourroit faire une aussi mauvaise place, avec d'autant plus de raison qu'il p’avoit pour nourrir 800 hommes, employés aux batteries de la haute et basse ville, 5 à 600 combattans, la plupart exténués et de mauvaise volonté et 2,676 personnes, femmes et enfans, suivant les renseignements que j'en pris en ma qualité de Lieutenant Général de police de la ville, que 18 quarts de farine, 23 de blé d'inde et 25 de riz, peu de lard et quelques autres raffraichissements ; de manière qu'il avoit tout au plus pour un jour et demy de vivres en réduisant même la ration. Dans cette extrémité, et pour ne pas exposer la garnison et le peuplo à un assault général, et par là à la fureur du vainqueur, suivant les lois de la guerre, le commandant jugea qu'il n'y avoit plus à reculer. Il fit donc la capitulation la plus honorable qui ait jamais été faite.

Je ne vous entretiendrai plus, Monseigneur, de la défectuosité des fortifications de cette place, ouverte de tous les côtés, n'étant fermée que par une simple palissade en différens endroits, parce que je l’ay fait par une de mes précédentes.

Dans une pareille position peut-on dire avec justice que le Commandant s’est trop pressé et Qu'il auroit pu attendre; non sans doute, à moins d'exposer se garnison et le peuple à être passé au fil de l'épée, ce qui seroit indubitablement arrivé.

Jamais déroute n’a été plus complête que celle de notre armée. La posterité aura peine à le croire.

Le centre de la Colonie est encore au Roy, et il n’y a pas d'apparence, la saison étant trop avancée, que l’ennemy puisse pénétrer ni par les rapides, ni par l'Isle aux Noix. Nous ne pouvons avoir aucunes nouvelles de ces continens, la communication étant bouchée.

Les habitants de Québec, et ceux des paroisses des environs ne pouvant pas être transportés en France aux termes de l’article 5, de la capitulation, ils n’ont pu se dispenser pour conserver leurs possesssions de prêter serment de ne point porter les armes contre le Roy d'Angleterre, et de promettre de ne donner aucun avis

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