CHAPITRE VIL
Incertitude sur Tépoque de la découverte des iles Bourbon, Maurice, Rodrigueiii par les Portugais. — Limitation successivement restreinte pour l'époque de cette découverte depuis 1545. — Conjectures.
Aucun auteur portugais ne nous a transmis ni l'époque ni les circonstances de la découverte des trois îles : la Réunion ou Bourbon, Maurice, Rodrigue. Ces renseignements ont dû faire partie des itinéraires particuliers de quelques expéditions portugaises. Ces itinéraires n'ont pas été publiés. Les historiens portugais y ont puisé selon rétendue qu'ils ont donnée à leurs travaux ou Timportance qu'ils ont attachée à certains détails; des faits intéressants cités par les uns, ont été omis par les autres ; et pour le sujet qui nous occupe, la découverte de quelques îles inhabitées, n'a été jugée ni par les uns, ni par les autres, digne d'attention au milieu de la multitude d'événements plus glorieux et plus profitables qu'ils avaient à enregistrer.
A défaut d'un texte précis et authentique, celui qui veut s'éclairer sur cette origine ne peut que se référer à quelques traditions consignées dans certains ouvrages ; aussi des auteurs qui ont écrit sur ces trois îles ou sur l'une d'elles, soit spécialement, soit accidentellement, réunissent ces diverses traditions et attribuent leur découverte à Pierre Mascarenhas ; en même temps ils mettent
cette découverte sous le gouvernement du premier vice-roi François d'Almeida^ sans se rendre compte de l'impossibilité qui existe entre ces indications ; enfin la date de cette découverte est pour les uns, l'année 1505, et pour d'autres en très-grand nombre l'année 1 545. Ce ne sont pas les seules dates qui aient été données. Parmi les meilleures mais non justifiées par leurs auteurs, sont : celle de 1513 de Saraiva (1), et surtout celle de 1507, de Robert Montgomery (2), qui, à côté d'une vérité, place deux erreurs en disant : L'île Maurice fut découverte en 1507 sous le gouvernement d'Almeida, par Pierre Mascorenhas, qui la nomma Cerné.
Nous insisterons sur la date de 1545, parce qu'elle a été adoptée dans les Notices statistiques publiées par ordre du Ministère de la marine et des colonies, et qu'elle a été consignée par des hommes très-inslruits et par de savants astronomes dans des ouvrages remarquables, à tout autre point de vue que celui de l'histoire de la géographie. Cette préférence n'ajamais reposé sur une étude spéciale, approfondie de la question, et n'a fait que perpétuer une erreur accréditée.
Deux erreurs manifestes ont propagé la date de 1545 : 1® ràne d'elles est due au peu de vulgarisation de l'histoire des établissements portugais dans llnde. Le nom Mascarenbas a été illustré en Asie par plusieurs personnages. Jean Mascarenbas, gouverneur de Diu, lorsque cette place fut assiégée en 1545 parle roi de Cambaie, est
(1) Indice chronologico das navegacoes, viagens descobrimentos, e conquistas, etc., etc., par D. Francisco de Luiz Saraiva. Lisboa, 1841.
(2) Statistics of tbe Colonies of the British Empire, etc., etc., by Robert Montgomery Martin, Esq., London, 1839.
un des plus renommes entre tous ; non que ses exploits soient supérieurs à ceux de Pierre Mascarenhas ; mais sa longue et héroïque résistance permit au vice-roi Jean de Castro d'amener de Goa des forces considérables et de couronner sa y\e par un succès dont Jean Mascarenhas recueillit une bonne part de gloire. Quelques auteurs faisant abstraction du prénom Pierre ou Jean, ont pensé que, puisque ce Mascarenhas était en 1545 dans la mer des Indes, il put en cette année découvrir les trois îles qui portent son nom. Or, Jean Mascarenhas ne quitta pas Diu pendant celte année, et ne put par conséquent faire cette découverte.
2* L'erreur de la date de 1545 a été surtout propagée par la fausse interprétation qu'un voyageur a donnée aux inscriptions d'une pierre dont parle Flacourt dans son histoire de Madagascar.
Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire à ce sujet, le passage suivant d'un travail sur les origines de l'île B,ourbon, jusqu'en 1674, que nous avons publié dans le Journal du Commerce delà Réunion, à partir du 31 janvier jusqu'au 18 avril 1865, veille du jour où nous avons quitté cette belle et regrettée colonie.
<c Quant au dernier point que nous avons à exaa|Nier, on en retrouve la trace dans le passage suivant de la relation du marquis du Quesne (1). Flacourt donna à l'île Mascarenhas l'illustre nom de Bourbon, il posa les
(1) Léguât, foyages et aventures de François Léguai; p. 50.
En 1689, quatre ans après la révocation de Tédit de Nantes, le marquis du Quesne, autorisé par les Etats- généraux de Hollande et par les directeurs de la Compagnie des Indes-Orientales» faisait des préparatiià pour un établissement à File Mascarenhas; afin d'inciter les esprits à le favoriser, il fit publier une relation de cette lie, que Léguât a reproduite.
armes de France sur le monument même où il trouva celles de Portugal après avoir fait la même chose à Madagascar. » Du Quesne ajoute : « On peut voir ce que Flacourt en a écrit, » mais on ne trouve dans cet historien rien de semblable.
« Léguât qui reproduit ces assertions de du Quesne, en donne pour preuve une pierre sur laquelle se trouvent, d'un côté une inscription des Portugais, de l'autre une inscription des Français, et rattache chacune de ces inscriptions à la prise de possession de l'ile de Madagascar par chacune de ces nations.
Voici ces inscriptions fidèlement reproduites :