VALE
(1) Le lecteur pourra faire disparaître ranachronisme de lliucription de» Portugais en mettant en tète Joannes III, au lieu de Joannes IV.
« Remarquons que lorsque Flacourt écrit le passage que nous allons reproduire, il est à la veille d'entreprendre cette traversée aventureuse (son retour en France sur une frêle embarcation) dont nous avons parlé précédemment. Il est au fort Dauphin.
« Avant que de partir, je fis dresser dans mon jardin » une grande pierre de marbre blanc que j'avais fait ap- » porter de l'islet des Portugais, sur laquelle étaient tail- » lées les armes de Portugal, et de l'autre côté j'y avais » gravé les armes de Sa Majesté Très-Chrétienne, et sur » la base ces mots qui sont dans cette figure »
(Suit l'inscription des Français portant le millésime 1653^.
« Pour que l'explication de du Quesne, de Léguât et de ceux qui les ont copiés, fût plausible, il faudrait que l'islet des Portugais fût l'île Mascareigne ; ce que ces auteurs ont supposé, n'ayant porté à Touvrage de Flacourt qu'une attention très-superficielle. Or l'islet des Portugais n'est pas dans cet historien une dénomination vague pouvant s'appliquer à tel ou tel endroit, et surtout à une île très-éloignée de Madagascar ; c'est un lieu bien déterminé situé à quelques heures de marche seulement du Fort-Dauphin, et dont Flacourt parle à plusieurs reprises, notamment dans le chapitre XXXIV de sa relation, et dans le chapitre XII de sa description de Madagascar; cet ancien gouverneur des établissements français dans cette île, en a levé le plan qu'il a inséré dans son ouvrage; enfin l'islet des Portugais figure également dans sa carte générale de Madagascar ; le sort des Portugais qui l'ont choisi pour y faire un établissement en 1645, et qui l'ont
habité peu de temps, est raconté en détail, et Ton peut dire que Tislet des Portugais est l'endroit de Madagascar le mieux décrit et sur la position duquel il est impossible de se méprendre. Ainsi la description. des Portugais et le millésime 1545 sont étrangers à l'île Mascarenhas ou Mascareigne.
» Quant à l'inscription des Français et au millésime 1653, le texte de Flacon rt est assez clair; cette pierre a été placée par lui dans son jardin, au Fort-Dauphin. Pour que cette inscription fût faite à l'occasion de la prise de possession de l'ile Mascareigne, il faudrait que le millésime fût 1649, année de la prise de possession par Lebourg, sur l'ordre de Flacourt; et Flacourt n'eût pas omis dans son récit un détail aussi intéressant que celui de cette pierre, au lieu de dire simplement : « la prise de possession fut attachée sur un arbre au-dessous des armes du Roi. » Mais ce n'est là qu'une supposition gratuite; le millésime 1653 est conforme au texte et à la pensée de Flacourt. Les derniers mots de l'inscription qui seraient bien étranges s'il s'agissait d'une île déserte comme Mascareigne, en sont une preuve incontestable : advena^ lege moni(a nostra, tibi, tuis, vitaeque tuae profutura ; cave ab incolis ^ vale ; et Flacourt termine le chapitre LXVII par l'explication suivante sur cette inscription : « Ce que » j'en ai fait a esté pour advertir les premiers capitaines » des navires chrétiens qui viendroient d'Europe, de se » donner de garde de la trahison de cette nation, en cas » qu'il arrivât, faute de nous et de la barque, et que les » Français ennuyez s'en allassent demeurer avant dans » les terres. »
» Gomme conséquence de cette discussion, faisons remarquer que Terreur si accréditée de la découverte de Tîle de la Réunion, en 1545, erreur dont nous avons fait justice au chapitre P', provient de la fausse application de la pierre dont nous venons de parler à Tîle Mascareigne.
» En jetant un regard sur la planche de Léguât représentant : au milieu la carte de l'île Mascareigue; à droite, l'inscription des Portugais avec le millésime 1545; à gauche, l'inscription des Français et le millésime 1653; et le tout dans un même encadrement, on comprend sans peine la facilité avec laquelle l'œil peut tromper l'esprit, même sans la connaissance d'un texte fautif dont la planche n'est que la reproduction matérielle. »
L'erreur de la date 1545 est péremptoirement démontrée par la carte du pilote Diego Ribero (1) de 1529. Elle porte les trois îles Bourbon,, Maurice, Rodrigue, sous les dénominations : Apolonia, Mascarenas ^ Domigo Friz.
Ces îles ont sur quelques cartes le nom générique îles Mascarenhas. Ce nom générique a été aussi donné à des îles situées par la latitude de 5* sud environ et dont parle le Père Hardouin, (voir la fin de notre précédent chapitre) d'une manière si inattendue, comme étant les Colonnes d'Ephore. En effet, en examinant les cartes du seizième et du dix-septième siècle, on voit un groupe d'îles situées à l'est de l'Amirante, avec le nom isles Mascarenhas. Il y a des textes à l'appui de ces cartes ;
(l) Atlas ScmUurem.
c'est ainsi qu'on lit dans le voyage de Davis aux Indes- Orientales (1) : a En quittant les îles Gomores (en 1599) on traversa les iles de Mascarenhas, sans crainte des sables de rAmirante, et la navigation n'ayant pas cessé d'être favorable, on tomba le 23 de mai à la vue des îles Maldives. » Il y a encore d'autres îles qui ont porté le nom de Mascarenhas ; ainsi, dans la carte donnée par de Rry (2), en 1601, ce nom est appliqué aux îles placées entre Diego-Garcia et les Maldives ; il en est de même dans la carte jointe au voyage de Van-der-Hagen (3).
Gependant^ c'est surtout au groupe des Seychelles que cette dénomination a été donnée, etc'est ainsi que Bellin^ sursa carte de l'océan Oriental ou mer des Indes, en 1 756, a désigné ce groupe d'îles: îles Mascarenhas. Or, Mascarenhas partant de Mozambique, comme nous le verrons plus loin, n'a pas pu prendre en même temps la direction de Tîle Amirante et celle des îles Bourbon, Maurice. Rodrigue. Nous trancherons la difficulté avec la carte d'Ortelius, de 1570, où ces îles Mascarenhas situées à l'est de l'Amirante, sont désignées ainsi : îles deVasco (TAcugna'^ et nous trouvons un texte à l'appui de la carte d'Ortelius ; Martinez de laPuente dit (4) : « A cent quarante lieues au nord de Madagascar sont cinq petites îles que découvrit Vasco dAcugna et qui portent son nom. »
Admettons donc que les îles découvertes par Pierre
(t) Prévost, Histoire générale des voyagestt. i.
(2) De Bry, Inde Orientale, 3« partie.
(3) Voyage de Tan der Hagen, ]6t2, in-12.
(4) Martinez de la PneDte, Compendio de las historias, de los descubrimientos, y guerrtu de la India Oriental, etc., p. 79.
Mascarenhas sont les !Ies la Réunion ou Bourbon, Maurice, Rodrigue.
Il est important de connaître Tépoque à laquelle Mascarenhas parut dans la mer des Indes, celle où il la quitta, les routes qu'il y suivit soit à sa venue, soilà son retour. Nous n'avons que peu de renseignements sur ces points.
Pierre Mascarenhas arriva pour la première fois dans cette mer en 1512; son nom ne figure sur aucun dénombrement des capitaines des flottes antérieures ; il commandait un des vaisseaux de la flotte de Garcia de Noronha. Celte flotte eut une navigation malheureuse; fut obligée de renolfcer^ malgré les instructions qu'elle avait reçues, à se rendre dans l'Inde par l'est de Madagascar, et arriva à Mozambique le H mars 1512. Un navire portugais venu des Indes apprit à l'amiral que le vice-roi, Âffonso d'Alboquerque, ne le voyant pas arriver, croyait sa flotte détruite. Garcia de Noronha (1) ne jugeant pas la saison convenable pour continuer son voyage, expédia aussitôt dans l'Inde Pierre Mascarenhas. Les quinze années que ce capitaine passa en Asie furent occupées dans des gouvernements ou des entreprises militaires, dont les succès le firent désigner comme successeur de Henri deMenezesau gouvernement des fndes. traversa une seconde fois la mer des Indes pour se rendre en Portugal, et mit à la voile de Cochin dans les derniers jours de décembre 1527, après la signification qui lui fut faite (2) le 21 décembre^du jugement du Conseil des Indes qui, statuant sur ses prétentions et celles de Lopo
(1) Barros, Décade^ ii, liv. vu, ch. 2.
(2) Id., Décade, iv, liv. ii, ch. 6. — Osorius, li?. xvii.— Maflée, liv* ix.
Yaz de Sampaio, se prononça en faveur de ce dernier.
Est-ce dans ce voyage de retour que Mascarenhas aurait découvert nos trois îles? Cela n'est pas probable, car il n'est arrivé en Portugal qu'à une date assez rapprochée de celle de la publication de la mappemonde de 1529 de Diego Ribero ; de plus, cette mappemonde porte non-seulement le nom de Mascarenhas, mais encore celui d'un autre découvreur : Domigo Friz; c'est un indice que ces deux noms datent dans la cartographie d'une époque antérieure (1); de plus, il y a sur cette mappemonde une troisième appellation Santa-Apollonia justifiée par une mappemonde de 1 527 : carta universalis, etc., conservée à Weimar, dont on trouve une copie dans Tatlas Santarem et sur laquelle les trois iles portent le nom générique Santa-Apollonia.
Excluant donc l'année 1528, nous sommes reporté au premier voyage de Mascarenhas en 1512. Nous avons dit ci-dessus pour quel motif ce capitaine fut expédié de Mozambique dans Flnde. Ce Yi'est pas la première fois où on puisse mentionner un navire dépêché au vice-roi, dans le même but. En 1507, des flottes parties de Portugal vers le mois d'avril arrivèrent à Mozambique au mois de septembre, au moment où allait commencer la
(1) Notre conclusion serait démontrée par une carte insérée dans VAtlas Lelewely sous ce titre : Àfrica, segmentum excerptum e charta universali ab anonymo Cosmographo 1527 et e mappa mundi a Diego Rihero 1529 confecti, {In Bibliotheca Weimar servatis) ; et cette carte produit les noms : Y. de S. Apolonia; Y. de Mascarenas; Y. de Domigo Fritz. Mais nous croyons que cette carte de 1527 citée par Lelewel est la même que celle citée dans notre texte, et qu'il y a erreur quant à la communauté d'appellations de nos trois lies dans Tune et l'autre carte.
mousson contraire ; tout d'abord Ruy Soares, commandeur de Rhodes, fut envoyé dans Tlnde sur un navire commandé par Pero Quaresma, annoncer au vice-roi François d'Almeida l'arrivée prochaine de ce renfort. Ruy Soares prit sa route vers le nord jusque près du cap Gardafui (1); de là il traversa la mer de l'Inde et fut poussé par un mauvais temps au cap Comorin, ne sachant où il était ; et il est impossible de supposer, vu son point de départ (le cap Gardafui), que le mauvais temps Fait conduit dans les parages de nos îles.
Pierre Mascarenhas ayant une mission semblable à accomplir, ne put, sans doute à ôause de la mousson contraire, s'élever vers le nord, et tenta, par une navigation hasardée, une route où il savait pouvoir rencontrer des îles déjà portées sur les cartes et sur lesquelles il avait probablement recueilli des renseignements de ses prédécesseurs.
La flotte de Garcia de Noronha étant arrivée à Mozambique le 1 2 mars 1 51 2, ce n'est qu'à la fin de ce mois (2) , ou au mois d'avril^ que Mascarenhas put reconnaître peutêtre deux de nos îles^ comme l'indique la carte 10 de la géographie de Livio Sanuto de 1 588, où Bourbon et Maurice sont désignées ainsi : Mascaregnœ insulœ duœ, peut-être nos trois îles dont la plus à l'ouest, Santa-Apollonia, avait déjà été reconnue par les Portugais. En effet,
(1) Barros, Décade, ii, liv. m, ch. 1.
(2) Gastanheda indique le mois de février pour rarrlvée de Garcia de Norogna à Mozambique; même en admettant Farrivée à Mozambique dans les premiers jours de ce mois, Mascarenhas n'aurait pu être dans les para^ de nos îles le 9 février.
ce nom indique que l'ile qui le porte fut ainsi nommée ou d'un navire de ce nom qui l'aurait découverte, et alors le jour de cette découverte serait incertain, ou de ce que le navire qui la découvrit y serait arrivé le 9 février, jour où l'Église fête la commémoration de cette sainte. Ne trouvant dans aucun historien un navire de ce nom, nous admettrons que l'île Santa-ApoUonia fut découverte le 9 février, d'une année qui ne peut être que -1512 ou une année antérieure à 1512, jusqu'en 1506, année de la découverte de Madagascar.
Ce n'est pas l'année 1512. La flotte de Garcia de Noronha, partie de Lisbonne en 15H, arrive après une longue et mauvaise navigation à l'île Saint-Thomas ; elle en part le T' août 1511 ; s'étant élevée par la latitude de 40 degrés, pour doubler le cap de Bonne-Espérance et passer ensuite par l'est de Madagascar, suivant les instructions qu'elle avait reçues (1), les équipages souffrirent d'un froid très-vif ; les jours étaient si courts, dit Barros, que le dîner était près du souper. Il y avait trois mois qu'on avait quitté l'île Saint-Thomas; le pilote s'imaginant avoir doublé le cap de Bonne-Espérance fît prendre la route au nord-est, et on aborda sur la côte occidentale de l'Afrique qu'on côtoya pendant un mois et demi avant de doubler ce cap ; l'historien portugais.
(1) C'est la troisième eipéditioD dans l*Inde^ où les historiens portugais mentionnent une navigation assez méridionale pour que le froid se fit cnit^llement sentir à bord des navires, ce qui peut ne pas impliquer une latitude tirésélevée; on sait que Thémlsphère austral est relativement plus froid que Thémisphère boréal. La première de ces expéditions est celle de François d'AlmeidA ; la secondo, celle de Tristan da Gmiha.
relatanl les tristes vicissitudes de celte navigation, nous montre la flotte passant à moitié perdue entre Sofala et l'île Saint-Laurent, et prenant terre, pour la première fois depuis son départ de l'île Saint-Thomas, à Mozambique, où elle arriva le 11 mars 1 51 2 ; s'y répara; et lorsque commença la mousson favorable, continuason voyage dans l'Inde. A la relâche de cette flotte à Mozambique se rattache ce que nous avons dit de Pierre Mascarenhas. En remontant aux années antérteures nous pouvons éUminer les flottes de Gonçalo de Siqueira et de Diogo Mendes de Vasconcellos^ qui, parties de Lisbonne le 16 mars 1510, suivirent la route ordinaire ; et la flotte de Joâo Serrâo, partie de Lisbonne le 8 août de la même année, dont le voyage n'offre aucun incident utile à nos recherches, puisque Joâo Serrào, après avoir, suivant ses instructions, parcouru la côte est de Tîle Saint-Laurent, prit sa route pour Goa, par le nord de cette île, route pendant laquelle Payo de Sa, allant de conserve avec Joâo Serrâo, fût poussé par un mauvais temps à Mozambique. Nous pouvons, par les mêmes raisons, éliminer l'année 1509 où, le 10 mars, partit de Lisbonne la flotte commandée par le maréchal Dom Fernando Coutinho, qui, muni de pouvoirs extraordinaires, avait pour mission de mettre un terme aux divisions existantes entre Affonso d'Alboquerque, appelé depuis longtemps à la vice-royauté de Tlnde, et le vice-roi François d'Almeida, qui ne voulait pas se dessaisir de son pouvoir. Nous sommes ainsi ramené à cette tradition : que les îles dont nous nous occupons ont été découvertes sous le gouvernement du vice-roi François d'Almeyda.
Nous relevons trois circonstances où des vaisseaux portugais peuvent, par la date de leur itinéraire, satisfaire à la condition ou de se trouver dans les parages de nos îles au mois de février, ou d'avoir traversé la mer de rinde par l'est de Madagascar.
Si jusqu'en 1511, toutes les flottes portugaises eurent pour instruction^ soit en allant dans Tlnde, soit à leur retour, de suivre la côte orientale de l'Afrique où elles visitaient leurs établissements et entretenaient des relations avec les souverains du pays, il y eut cependant des infractions à cette règle ; c'est à ces infractions et aux renseignements qui en résultèrent, que doivent être attribuées les instructions nouvelles données en 15< 4 à Garcia de Noronha ; c'est aussi à ces infractions qu'est due la découverte qui nous occupe, découverte qui ellemême contribua à l'adoption de ces instructions.
Les trois circonstances dont nous avons parlé sont les suivantes :
Première circonstance.
Diogo Lopes de Siqueira part de Lisbonne le 5 avril 1508, et arrive à Madagascar le 4 août. Il emploie la fin de l'année à en parcourir la côte est, s' arrêtant dans tous les ports afin de se procurer des informations précises sur les productions de cette île. Après s'être assuré qu'il y avait peu de profits à en titer, il part pour l'Inde et mouille à Cochin le 20 avril 1 509.
Barros (1) donne sur la route que suivit Diogo Lopes
(1) Barros, Décade^ ii. liv. iv, ch. 3.
une indication à remarquer; c'est que ce capitaine n'arriva à Cochin, qu'après avoir passé au cap Comorin, et il ajoute qu'il n'atteignit ce cap qu'avec beaucoup de peine. Il est donc évident que Diogo Lopes ne pouvant^ à cause de la mousson du nord-est, qui dure jusque vers Je 1* mai, se rendre dans l'Inde par le nord de Madagascar pour prendre ensuite la roule ordinaire, se dirigea plus directement de Madagascar au cap Comorin et fit ainsi de l'ouest à l'est une route semblable à celle qu'en janvier 1506 (voir le chapitre précédent) Fernand Soares avait faite de l'est à Touest. Lopez deCastanheda ne laisse aucune incertitude à ce sujet lorsqu'il dit (liv. II, ch. cvii) que Diogo Lopes, en partant de l'île Saint- Laurent, prit sa route vers l'ile de Ceylan.
Dans cette route, Diogo Lopes eut pu, avec un peu de bonheur, rencontrer nos trois îles ; cependant son nom est porté sur les cartes du seizième siècle, sous les corruptions don Galopes et don Galope que l'on voit sur les cartes de Mercator, d'Ortelius, de Petrus Plancius, et sur celle jointe à l'India Orientalis de Bry, et ne s'appliquant qu'à l'île Rodrigues. Comme nous n'avons vu aucune carte où son nom soit appliqué à plusieurs de nos îles, nous concluons que Diogo Lopes ne découvrit réellement que l'île Rodrigues. Peut-être même, la revitil ou la découvrit-il à son retour de l'Inde, car lorsqu'il se disposait à revenir en Portugal et arrivé de Sumatra au cap Cory (1), apprenant que François D'Almeyda, dont il avait tenu le parti contre Affonso d'Albo-
(1) Maflée, liv. iy, ch. 5.
querque, avait pris la route du Portugal, et craignant l'indignation du nouveau vice-roi, Maffée dit : « il met à la voile de Travancore, en janvier 1510 et tire du côté de l'Occident ; il laisse à main droite l'Inde et l'Arabie et passe le cap de Bonne-Espérance. »Castanheda (1) dit également que Diogo Lopes se rendit directement au cap de Bonne-Espérance, en passant par le sud des Maldives.
Si nous n'avions pour Tîle Rodrigues, dans une des deux autres circonstances que nous avons à examiner, des motifs de conclusion plus valables encore que ceux que nous venons de présenter, nous dirions que cette île fut, selon toute probabilité, découverte par Diogo Lopes de Siqueira au commencement de l'année 1509, ou au commencement de l'année 1510.
Malgré cette conclusion exclusive de toute autre île, nous ne pouvons nous empêcher de remarquer que le 9 février, jour de sainte Apolline, peut-être compris dans le temps de la navigation de Diogo Lopes^ soit de Madagascar au cap Comorin, soit de Travancore au cap de Bonne-Espérance .
Deuxième circonstance.
La flotte de Fernand Soares, comme nous l'avons dit, partie de Cochin en décembre 1505, aborde fortuitement à l'île Madagascar, le T' février 1506. Durant le trajet, elle aurait pu rencontrer nos îles ; mais le 9 février est en dehors de la Umitedu temps indiqué, et d'après le
(1) Fernand Lopez de Castanheda, liy. ii, cb. 107,
récit de Fernand topez de Castanheda(l),Fernand Soares et Ruy Freirio, arrivés à Madagascar le 1" février, étaient encore sur la côte sud de cette île, qu'ils n'avaient pas quittée le 17 de ce mois.
Serait-ce un navire relardàtaire qui, séparé de ses conserves, aurait découvert l'île Santa-ApoUonia, le 9 février, et aurait ensuite rejoint Fernand Soares en route pour Lisbonne? Car on peut se rappeler que Gastanheda et Osorius, dans leur récit de la découverte de Madagascar, ne mentionnent que deux navires : celui de Fernand Soares et celui de Roderic Freirio ; tandis que, d'après Barros, il y eu aurait eu trois dont il nomme les capitaines, et le nom de Frédéric Freirio n'y figure pas.
Le silence des historiens, dont nous extrayons tout ce qu'ils peuvent donner sur l'objet qui nous occupe, ne permet de rien préciser ; mais c'est là une conjecture où pourrait se trouver la vérité, car l'année de cette découverte se trouve resserrée entre l'année 1506, par le voyage (Je Fernand Soares dont nous venons de parler, et l'année 1507, par le voyage de Tristan da Gunha, qui est la troisième circonstance à examiner.
Troisième circonstance.
La flotte de quatorze voiles de Tristan da Cunha et d'Affonso d'Alboquerque arrive à Mozambique en novembre 1506, par conséquent au commencement de la mousson contraire de Nord-Est, ce qui Tempèche de poursuivre sa route. Nous retrouvons une partie de ces
(1) /d., liv. II, ch. 2Q.
quatorze navires à Madagascar le 8 décembre 1806. Quelques jours après, Affonso d'Alboquerque, puis Tristan da Cunha, reviennent à Mozambique. Les dates manquent pour apprécier le temps que chacun d'eux y séjourna avant de se rendre à Mélinde pour commencer ensemble leurs opérations. Le texte d'Osorius nous servira à trouver une date utile ; ils arrivèrent à Brava « au temps où s'élève un vent et un tourbillon impétueux, » ce qui indique le temps du renversement de la mousson vers le l"mai 1507. Si on en retranche, avant le 1** mai, le temps nécessaire pour la visite au roi de Mélinde et l'expédition contre les cités d'Oja et de Lamo, en estimant largement ce temps à deux mois, on voit qu'on ne peut suivre la flotte portugaise qu'à partir du mois de mars. Castanheda dit qu' Affonso d'Alboquerque quitta Mozambique en février; et^ vu la mousson contraire, plus nous éloignerons ce moment^ plus nous serons dans le vrai; admettons donc la tin de février. Jusqu'au mois de mars, les historiens portugais n'ont relaté que les plus importantes des excursions de quelques navires, entre autres l'exploration des côtes de Madagascar ; ils n'ont rien dit des incidents moins importants qui nous font défaut. En l'absence de textes précis, il y a quelques rapprochements à faire, qui guideront nos recherches.
Barros mentionne trois navires nommés : Galega^ Santa-Marîa^ Cirné.
Le navire Galega^ est mentionné décade 2, Hvre 7, chapitre 2 ; arrivé de l'Inde à Mozambique en 1512, il y était resté dans l'impossibilité de naviguer. Ce navire était peut-être de la flotte de Tristan da (kinha.
La SantOrMaria dos virtudes étdMle navire commandé par Jean Gonies d'Âbreu. Il y avait encore dans cette flotte un autre navire, la Santa-Maria, commandé par Alvaro Fernandes;
Le Cirne était le vaisseau commandé par Affonso d'AIboquerque. Il avait pour pilote Diogo Fernandes Pereira, qui en i 503, capitaine du navire le Setubal ddnis la flotte d'Antonio de Saldanha s'était illustré par de nombreuses prises et par la découverte de Tîle Socotora.
En regard de ces trois noms de navires, plaçons les trois îles de la mer des Indes qui portent ou ont porté les mêmes noms : Galega^ Santa-Maria ou Sainte-Marie, et Cirné.
Les îles Galega et Sainte-Marie figurent encore sur nos cartes modernes. Cirne est le nom qu'ont porté plusieurs îles, à savoir Maurice, Rodrigue, puis une petite île située au nord de Madagascar, et qui correspond à l'île nommée Jean de Nova.
Peut-on admettre qu'il y ait dans ce triple rapprochement le simple effet du hasard? N'est-il pas, au contraire, naturel de supposer que ces îles ont été découvertes par les navires Galega, Santa-Maria, Cirne, qui leur ont donné leurs noms?
Rodrigue est figurée sur la carte de 1529 de Diego Ribero sous le nom Domigo Friz. D'après M. d' Avezac (1), Friz est une forme abréviative de Fernandes ; en adoptant l'abréviation pour Friz, et l'altération Domigo au
(1) D'Âvezac, Introduction atix îles Africaines de la mer des Indes , dans le volume : Iki de V^riçme^ de la collection de V Univers pittoresque.
lieu de Diogo, on peut conjecturer que les deux dénominations Girne et Domigo Friz, appliquées à l'île Maurice et à l'île Rodrigue, proviennent de la même circonstance de découverte. Le navire Cime les ayant découvertes toutes les deux, Maurice a été nommée Girne, du nom du navire ; et Tîle Rodrigues a été nommée Diogo Fernandes, du nom du pilote célèbre du navire Cime.
On peut objecter que le vaisseau le Cim,e était monté par Afifonso d'Alboquerque, capitaine général d'une des deux escadres placées jusqu'après l'expédition projetée contre l'île Socotora, sous les ordres supérieurs de Tristan da Gunha ; qu'Affonso d'Alboquerque partit de Mozambique avec Tristan da Gunha qu'il accompagna à Madagascar, et qu'il ne quitta que pour retourner à Mozambique où il attendit jusqu'au mois de mars un moment favorable pour continuer sa route au nord, et le long de la côte orientale de l'Afrique.
Or, Barros (1) fournit un renseignement à utiliser. Tristan da Gunha avait appVis, sans doute par les renseignements de Ruy Pereira que les côtes de Madagascar étaient très-accidentées, que les eaux de ses ports étaient peu profondes; jugeant alors que son vaisseau \eSan-Iago était trop grand pour l'exploration qu'il projetait, il en remit lé commandement à Antonio de Saldanha et monta sur le Santo- Antonio y commandé par Joâo daVeiga.
Gette particularité a été produite par Barros, parce qu'elle concernait le principal personnage de l'expédition y mais il est évident que la même mesure motivée
(1) Barros. Décade^ ii, Uv. i, ch. 1.
par la même raison aura été prise pour le vaisseau d'Âffonso d'Alboquerque, le Cirne, dont, à diverses reprises, il est question dans cet historien.
Dès lors, l'objection que nous avons soulevée n'existe plus, et il n'y a rien que de possible dans la supposition de quelques courses tentées par Diogo Fernaudes Pereira, demeuré capitaine du Cime.
D'après ce que nous avons dit de la date de l'hivernage de la flotte de Tristan da Cunha et d'Afl*onso d'Alboquerque à Mozambique, on voit que l'île Santa-ApoUonia put être découverte le 9 février 4507.
Ainsi donc, si l'ile Santa-ApoUonia ne fut pas vue en 1506, les îles la Réunion, Maurice, Rodrigues, furent, selon toute probabilité, découvertes par Diogo Fernandes Pereira; la Réunion, le 9 février 1507, et fut appelée Santa-ApoUonia ; Maurice et Rodrigues, à quelques jours d'intervalle du 9 février 1507; de cette année 1507 date le nom de Cime donné à Maurice, et celui de Diogo Fernandes donné à l'île Rodrigues sous l'altération Domigo Friz.
Au commencement de 1509, Diogo Lopes de Siqueira vit l'île Rodrigue, à laquelle son nom est resté appliqué sous l'altération Don Galopes ou Don Galope.
En avril 1512, Pierre Mascarenhas, muni des renseignements fournis parles expéditions précédentes, les découvrit à nouveau.
Enfin, elles furent encore reconnues par d'autres marins, entre autres par le pilote Jean de Lisboa et par le frère de ce pilote, comme nous le diront quelques caries.