CHAPITRE VIII
Causes de la confusion dans Tapplication des divers noms qn'ont portés les iles
Bourbon, Maurice, Rodrigue.
Bourbon, diverses dénominations attribuées à cette île.
Lorsque les Portugais dressèrent leurs premières cartes de la mer des Indes, la cartographie moderne était déjà en possession de mappemondes, où nos iles étaient représentées d'après des documents arabes ; de ces mappemondes, ces îles arabes, dont les noms étrangers furent insensiblement supprimés et remplacés par dés noms portugais, continuèrent à figurer sur les cartes modernes.
A cette première cause de confusion, les Portugais en ajoutèrent d'autres. Leurs marins n'indiquant pas toujours des situations exactes de longitude et de latitude, il advint que d'autres marins leurs compatriotes, rencontrant une île qui ne leur paraissait pas avoir été produite , s'imaginèrent faire une découverte et la baptisèrent d'un nom nouveau. Aussi tous les pilotes portugais auteurs de Routiers de la mer des Indes, ontils soin de prévenir les navigateurs que les cartes portent plus d'îles et de basses qu'il n'en existe réellement.
D'un autre côté, les géographes, pour ne pas perdre
un renseignement qui, bien que défectueux, pourrait a^oir son utilité, réunissaient sur la même carte, sinon toutes les dénominations jusqu'alors données, du moins celles qui leur paraissaient les plus dignes d'attention. Aussi ces cartes portent-elles trois, quatre, cinq ou un plus grand nombre d'iles, au lieu des trois doat nous nous occupons. Ces erreurs persistèrent longtemps après que des ouvrages compétents les eurent signalées.
Parmi les dénominations génériques employées pour les désigner^ on trouve d'abord Santa-Àpollonia, puis Mascarenhas, puis Jean de Lisboa, comme on peut le voir dans une carte du Recueil B 2625 de la Bibliothèque Impériale de Paris^ où la situation de ces îles est assez mal indiquée comme dans presque toutes les cartes anciennes ; elles y sont nommées dans un langage hybride Y. che de discobrio il fra dil piloto ; et Y. di Joan di Lisboa padro. Barrois (1) parle de ce pilote dans une circonstance qui ne peut fournir aucun renseignement sur l'époque de cette découverte.
Indépendamment de ces dénominations génériques, on trouve ces dénominations, deux par deux, sur plusieurs cartes. Dans la carte de Sébastien Cabot (atlas Jomard), la plus à l'ouest qui est aussi la plus au nord, est appelée Santa-Apollina ; les deux autres y sont nommées Mascarenas. Dans le Recueil B 2624 de la Bibliothèque Impériale de Paris, une carte porte pour Vîle la plus è l'ouest et aussi la plus au sud^ le nom S. Polonia; et pour les deux autres, dans le langage ci-dessus men-
(i) Barros, Décade l\, Uv. ai, eb. 3.
tionné : Y. che discobrio fia tri fpiloto ; sous entendu Jean de Lisboa ; c'e«t, parmi les plus anciennes cartes, celle où nos lies ont la situation relative la plus satisfaisante. Une {autre carte du même Recueil porte Y. Polonia pour la plus à l'ouest ; et pour les deux autres, dans le même langage Y. che discobrio frato piloto; toujours sous-entendu Jean de Lisboa. Enfin une autre carte de la même Bibliothèque^ n*" 5627, porte pour la plus à l'ouest le nom Y. de Lixboa, et pour les deux autres Ilhas Mascarenhas.
Dans le plus grand nombre des cartes, chaque ile a un nom, et les noms varient de l'une à l'autre. Au milieu de la confusion qui en résulte, il peut être intéressant de savoir quels noms ont porté chacune de ces trois îles avant l'application des dénominations aujourd'hui bien connues Bourbon ou la Réunion^ Maurice, Rodrigue.
Terminons par une dernière observation : quant à la situation relative donnée à ces trois îles dans les cartes anciennes, entre autres dans les mappemondes de 1527, par un anonyme, et de 1529, de Diego Ribero, et qu'on a continué de leur donner dans des cartes postérieures à celles-là, une première erreur des géographes provient de ce qu'ils ont conservé tes représentations diverses des mappemondes de Nicolas Garnerio, de Ruysch, et du globe de Francfort-sur-le-Mein ; une seconde erreur a été de supposer que ces îles représentaient Bourbon, Maurice, Rodrigue; tandis que, comme nous Tavons dit au chapitre Y, elles représentent les îles Bourbon, Maurice et la partie sud du banc de Nazareth. Pour donner un exemple de la manière dont nos îles ont été portées
sur quelques cartes, citons l'Arcano del mare de Dudiey de 1661 : Maurice y est nommée Maurizio, altération de Mauritius ou Maurice ; au sud-ouest de Maurizio sont deux îles : l'une, Santa- Apollonia, où est marqué un port sur la côte nord, avec ces mots : Per far aqua; Tautre, Dascaienas; à Test de Maurizio, à la dislance de 3 ou 4 degrés, le géographe marque deux autres petites îles, Tune par 20"" 40' de latitude sud, qu'il nomme Englands Forest scoperta dinglesi, et l'autre par 22* 20' de latitude sud, qu'il nomme Scoperta iln^ glesi.