BOURBON
L'origine de ce nom nous est donnée par Flacourt, second gouverneur des établissements français à Madagascar, qui, en octobre 1649^ envoya le capitaine Lebourg prendre possession de Tile Mascarenhas, et changea ce nom en celui de Bourbon, « ne pouvant, dit-il, trouver de nom qui pût mieux quadrer à sa bonté et fertilité et qui convint mieux que celui-là. »
Le peu de concordance dans les positions données primitivement à celte île, a fait que pendant longtemps beaucoup de caries, au lieu de trois îles, en ont représenté quatre; deux d'entre elles, ÀpoUonia et Mascarenhas se rapportent à Bourbon.
Voici un certain nombre d'ouvrages compris dans cette catégorie ; nous y joignons les noms des quatre iles^ ce qui nous permettra ensuite , pour plus de simplicité, de renvoyer à la lettre d'ordre de ces documents.
A. Une carte du Recueil (16, reg. B, 2624) de la Bibliothèque impériale de Paris : S. Apollonia — do Mascar enhas — do Cime — D^ Roiz.
B. L'Atlas de Gérard et de Léonard Walck : Âpolloni
— Mascarenhas^ île Bourbon — Cirne^ Mauritim — Diego Rodrigues.
G. Le grand Atlas de Frédéric de Witt : Apollonia — Mascarenhas — Cime, Mauritius — /. Diego Roiz.
D. La Tabula Africse de Jacobus Meursius, insérée dans l'édition (traduction française) de Dapper : S. Apollonia
— Mascarenhas — do Cirne/Hollandis Mauritius — /. de Diego Roiz.
E. L'Atlas des Sanson de 1667 : S. Apollonia — Mascarenhas — Maurice — Diego Roiz.
F. Géographie moderne d'Abraham Dubois (en 1736) ; S. Apolline — Bourbon ou Mascareigne — Cime ou Maurice — Diego Ruiz.
G. Une mappemonde dressée par ordre du roi de France Henri II, reproduite dans T Atlas Jomard, n* 19 : S. Apolline — /. de Mascaréhas ^ de Domigo Fiz — /. de
D^ Reiz — /. de Lopo Cyares.
H. Une mappemonde publiée dans le voyage de Jean Hugues de Linschot : S. Polonia — do Mascarenhas — do Cime — /. de Diego Roiz.
L La Mappemonde de Texeira de 1649, insérée dans la collection des voyages de Melchisedec Thévenot : S. Apollonia — de Mascarenhas — do Cime, Mauritius — /. Diego Rodrigues.
J. Un portulan portugais de 1546 : S. Opelonia — do Masquarenhas — do Sime — Roiz.
K. La mappemonde de Nicolao Visscher, insérée dans l'Atlas de Van-Kuelen : Apollonia — Mascarenhas — do Cime, Mauritius — Diego Roiz.
L. La carte de la mer des Indes de Yan-Kuelen : S. Apolloni — do Mascarenhas — do Cieme, Mauritius — Diego Rodrigus,
Des textes désignent simultanément ces quatre îles; ainsi le capitaine Alexandre Hamilton (1) en 1720, dit : « L'île Sainte-Apolline est inhabitée ; celle de Mascarenhas, dont les Anglais étaient autrefois en possession, et qu'ils nommaient Forest, est peuplée aujourd'hui par les Français^ qui lui ont donné le nom de Bourbon ; l'île Maurice, après avoir été habitée par les Hollandais, qui reçurent ordre de l'abandonner en 1703, et de se retirer à fiatavia, est passée aussi entre les mains des Français, qui la nomment l'île de France; celle do Diego- Rais qui la suit, etc. »
D'après les documents précédents, l'île la plus à l'Ouest est unanimement appelée S. Apollonia. Ce nom convient donc à Tîle Bourbon.
Souchu de Rennefort dit dans son Histoire des Indes- Orientales : u Le Taureau , parti du Fort-Dauphin le 23 octobre, vogua huit jours pour trouver l'île de Mascareigne devant laquelle il mouilla et demeura quatre jours. II est à observer ici que l'île que les cosmographes mettent entre Madagascar et Mascareigne, et qu'ils nomment Sainte-ApoUonie, n'a pu jamais être trouvée par les pilo-
(1) Prévost, Histoire générale des Voyages, t. v, p. 216.
tes qui ont Ml celte route^ quoiqu'ils l'afent exactement ^
cherchée, ce qui donne lieu de croire qu^elle est imagi* naire ou flottante. »
Cette île n'est autre que l'ile Mascarenhas; en etfet^ la carte d'Afrique de Gueudeville, de 1 74 3 , porte : Âpollofm^ Gallis île Bourbon, indication qui se trouve sur d'autres cartes, ainsi que sur une mappemonde insérée dans le voyage de Mandelslo, oii on lit : Âpollonia, Gallis île Bourbon, avec les détails suivants : cap Bernard, Assomp- HoUj Montagne rouge. Pointe des Grands-Bois, SaifU-- Paulf Saint-Gilles; noms bien connus de tous les voyageurs qui ont visité cette île.
S. Âpollonia et Mascarenhas étant la même ile^ les noms qui suivent Mascarenhas dans la liste précédente des cartes sont donc des noms qui conviennent à Maurice et à Rodrigue.
Voici un certain nombre de cartes qui ne portent que trois Iles :
M. La mappemonde de Diego Ribero, de 1^29 : Apollonia — Mascarenhas — Domigo F riz.
N. L'Atlas de Corneille Danckertz et Melchior Tavernier, de 1 642 : S. Âpollonia — /• Mascarenhas — Ide Diego-Roiz.
0. Atlas d'Ortelius, de 1570 : Apollonia — Minsca-renhas — don Galopes.
P. Atlas de Mercator, de 1613 : Apollonia — Mascarenhas — don Galopes.
Q. Supplément à l'Atlas de Joannis Janssonius : 5. ;
Apolloniu — do Mascarenhas — /. de Diego Ruiz,
kt
R. ÙÀtlas noTus de Matthœo Seutter: Mascareigne ou Bourbon — Cime ou Maurice — /. de Diego-Rodrigue " ^ ou flfe BiegO'Muiz . a
S. Le Nouveau théâtre iu Monde, de Gueudeville^ de 1 7 i 3 ; Apollonia — do Cime^ Mauritius — Diego-Rodrigue. %'J^
T. Le Spéculum orbis terrarum de CiorneliuS': Mascarénas — do Sirne — /. de Diego Roiz. ^,
U. À System of Geography deHerman MoU, de 170i : Apolonia — Mascarenas — Diego Roiz.
Y. La mappemonde de Petrus Plancius, de 1594, insérée dans Jean Hugues de Linschot : Apolonia — Mascar en has — don Galopes.
X. La carte de la mer des Indes de Bellin : Bourbon — Maurice — Rodrigue ou Cime.
Ces caries établissent également que Bourbon a été appelée S. ÀpoUonia et Mascarenhas.
D'après la carte 6, elle a aussi été appelée Domigo Fiz, altération d'un nom que la carte de Ribero (M) donne à Rodrigue sous une autre altération Domigo Friz.
Elle a été aussi appelée : Forêt d'Angleterre : Castleton, revenant des Indes sur le navire la P^r/^, rencontre le 24 mars 1614 l'ile Mascarenhas; émerveillé de la beauté de ses bois^ il lui donne le nom d'Ëngland's forest qui n'est guère produit que dans les auteurs an« glais.
Elle a aussi été appelée Pulo-puar, selon le voyageur anglais Herbert, qui ne relate pas ses autorités. On trouve
ce nom sur Hfuelques cartes, ainsi sur la carte du voyage de Vander-Hagen, édition de 1M2; sur la carte d'Asie des Sanson, de 1669; sur un portulan portugais de 1546, sous les modifications Polu-oro, Polu-eru, polu-ara ; elle est placée en pleine mer des Indes et au sud des Maldives ; elle n'existe pas^ et son nom indique qu'elle n'est figurée que comme un débris des cartes antérieures aux découvertes des Portugais.
Enfin, indépendamment des noms et de leurs altérations que nous avons vus attribués à Bourbon , on peut citer d'autres corruptions : Mascarin, Masquarenhas, Dascayenas par Dudley dans XArcano del Mare de 1661.