‹ Mémoire géographique sur la mer des IndesChapitre 14 sur 16 · MAURICE · texte numérisé non relu

MAURICE

Le succès de la première expédition des Hollandais en 1595, à l'est du cap de Bonne-Espérance, en fit organiser une seconde en 1598. Elle se composait de huit vaisseaux sous le commandement de l'amiral Van Necq et du vice-amiral Wibrant de Warwick ; près du cap de Bonne-Espérance, cinq de ces vaisseaux furent séparés de l'amiral ; de ce nombre était celui monté par le viceamiral; ils faisaient route pour Java, lorsque, le 17 septembre 1598, ils se trouvèrent en vue d'une île que les Hollandais croyaient être Dom Galopes (de Bry, India orientalis, pars IV), mais qu'ils reconnurent ensuite êtce Tîle nommée par les Portugais do Cirne. (de Bry, India orientalis, pars V.)

Wibrant de Warwick donna à l'île Cirne le nom Mauritius en l'honneur de Maurice, prince d'Orange, stathouder de Hollande.

Malgré les textes formels des Relations des premiers

voyages des Hollandais, voici un fragment de Herbert qui n'est pas inutile pour tenir en éveil contre les assertions des voyageurs réputés érudits :

« Je ne veux point importuner le lecteur de ce que j'ai trouvé dans les autres relations ; mais je lui feraijun rapport très-fidèle de ce que j'ai vu moi-même ou de ce que j*ep ai appris par Texpérience. Elle a été premièrement découverte par les Portugais, lesquels faisant connaître, par leur esprit et par leurs peines, plusieurs choses que l'Europe ne connaissait point avant que Colomb eût fait le premier le voyage du Nouveau-Monde, se trouvèrent obligés de donner des noms à celles qui n'en avaient point, au moins à l'égard des Européens ; de ce nombre était cette ile à laquelle ils donnèrent le nom de Do Cerné, mais improprement, parce que l'ile que Pline, en son Histoire, liv. 6, ch. 31, nomme Cerne, est située auprès du golfe de Perse, quoiqu'il y en ait qui donnent ce nom à l'une des Açores. Depuis ce temps-là, elle a souvent changé de nom, car on lui a donné celui de Rodrigue, et après cela, celui de Cygnée. Depuis quelques années, les Hollandais l'ont nommée l'ile Maurice, du nom du prince Maurice de Nassau, amiral des Provinces-Unies, ou bien celui de quelque navire qui y a le premier pris ses rafraîchissements. C'est une question que je ne déciderai point ; mais qu'il me soit permis en cette incertitude de chercher l'étymologie de ce nom dans l'ancienne langue cambrique, dont l'on trouve plusieurs restes en une infinité de mots en ces plus éloignées parties du monde, et de dire que Maur- Gnisus signifie en cette langue île plus grasse, puisqu'en

effet on la peut bien appeler ainsi en comparaison des

îles Digarrois, la Forêt d Angleterre, Dozimo, Sainte-

Apollonie et autres, et qu'à cause de cela, elle était

nommée Maur-Isius. »

L'île Maurice a été appelée Mascarenhas d'après les cartes N, 0, P, Q, U, V, précédemment énoncées.

Maurice a porté Iç nom Sainte-Apolline.

C'est en effet sous ce nom que l'île Maurice est décrite par Gauche (1), qui était sur le navire Saint- Alexis, commandé par le capitaine François Goubert. Ge capitaine, après avoir reconnu l'île Diego-Rois (Rodrigues), dont il prit possession au nom de la France, le 25 juin 1638, vient à l'île Mascarenhas, dont il prend également possession au même titre, puis se rend à l'île Sainte- Apolline, « qui est à un degré plus haut, tirant vers la ligne. » La description sommaire que Gauche fait de cette île Sainte-Apolline est celle de Maurice : c Les Bollandais y sont établis au port sud-est; il y a un autre port au nord-est, gardé par un détachement hollandais, etc., » circonstances très-caractéristiques.

Maurice a porté le nom Diego-Roiz, comme l'indique la carte G, et comme nous le verrons dans des fragments de relations de voyages de Lancaster et de Michelburne, que nous produirons dans le chapitre suivant, consacré aux diverses dénominations de l'île Rodrigue. Maurice a porté le nom Girne.

Gela ressort des cartes A, B, G, D, F, H, I, J, K, L, R,

(1) Morisot (Claude-Bartholin), Belations véritables et curieuses de VUe Madagtucar et du Brésil,

S, T, et aussi de quelques textes, comme la relation du voyage de Van-Neck produite par de Bry (1), dont nous avons relaté une indication au début de ce chapitre, et le Routier portugais, d'Alexis d'Almota. Voici en effet la route que ce Routier indique pour aller du cap de Bonne-Espérance à la côte Malabar : on gouverne de manière à se trouver par 27" de latitude sud et par 5* est de l'île Saint-Laurent ; là, suivant la direction des vents, on peut prendre deux routes : Tune consiste à se rendre vers Diego-Roys, nommée aussi Diego-Rodrigues ; Tautre à Cirne (en marge : Maurice) . Le détail qui suit de chacune de ces routes ne laisse aucune incertitude sur l'identité de Cirne et de Maurice.

Nous terminerons ce que nous avons à dire au sujet de cette dénomination^ par quelques observations sur une seconde origine du nom Cirne appliqué à Maurice, et par confusion à Tîle Rodrigue. A l'époque où les Hollandais donnèrent à Tîle do Cirne le nom de Maurice, l'origine de cette appellation n'était plus connue; aucun ouvrage ne Tavait relatée; le nom seul était resté. Clusius^ qui avait suivi avec un intérêt particulier, pour sa description du Dronte, les relations de l'expédition de Van-lNecq, essaie d'expliquer cette appellation : « Istam autem insulam Batavi appellabant^ Mauritii insulam à principe Mauritio ante à Lusitanis ilha do Cirne, vel Cisne , nuncupatam , ut ante diximus ; id est insulam Cygnaeam forsitan ob conspectam in ipsà|am commemoratam avem, quam Cygnum esse existimassent. »

(0 Bry (Joan-Theod et J. Is. de), India OrientaliSf pars. iv.

Cette explication nous paraît être le point de départ de cette opinion, qui \eut que Maurice ait été appelée Girne par les Portugais, à cause de l'oiseau auquel ils donnèrent le nom dodo, que les Hollandais, à leur tour, nommèrent wdck-wogel, oiseaux de dégoût, de nausée, oiseau qui, dit-on, leur aurait rappelé le cygne.

On ne trouve nulle part que les Portugais aient pris le dodo pour un cygne. Il n'était pas nécessaire d'avoir de grandes connaissances ornilhologiques , même à cette époque, pour ne pas confondre l'apparence massive, stupide de cet oiseau, et surtout sa tête durement caractérisée si énorme et si laide, avec les formes élégantes du cygne.

On peut observer que les Hollandais en décrivant le dodo ou le Walck-Vogel^ emploient les comparaisons suivantes : tantôt il surpasse le cygne en grandeur, tani6\, il est aussi grand que deux cygnes.

Lors donc que la véritable cause de l'appellation Cime était oubliée, il nest pas douteux que les comparaisons du Walck-Vogel avec le cygne, quant à sa grandeur, n'aient servi à établir l'explicaiion de Clusius. Une circonstance contribua peut-être à propager cette explication, c'est que le nom de Cirne a également été appliqué à Rodrigue, et, que ce qui serait inadmissible pour Maurice, cesserait de l'être pour Rodrigue, à cause du charmant brévipenne, le Solitaire^ que Léguât (1) a décrit si gracieusement dans le récit de son exil et de ses infortunes,

(1) Voyages et a/ceniures de François Léguât et de ses compagnons en deux lies désertes des In^es-Orientales.

De là vient aussi l'appellation de : île aux Cygnes, ile Cygnée, que quelques auteurs, entre autres Herbert, donnent à l'île Maurice; mais cette origine est supposée. Comment expliquer par ce moyen que le nom Cime ait été donné sur une carte de 1567, de Jean Martinez, à une ile située un peu au nord de Madagascar, ile où il n'a jamais été relaté qu'il y eût des dodo, et qui proba* blement, ainsi que -Maurice et Rodrigue , fut découverte parle navire Cime?

L'île Maurice a aussi été appelée Cerné , nom qu'elle porte sur quelques cartes , et qui ne peut être interprété que comme une altération de Cirne. Nous avons longuement parlé de l'île Cerné au chapitre de Madagascar.

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