‹ Mémoire géographique sur la mer des IndesChapitre 15 sur 16 · L ILE JEAN DE LISBOA · texte numérisé non relu

L ILE JEAN DE LISBOA

Cette île a eu, au dix-huitième siècle, et au commencement du siècle présent^ la bonne fortune d'occuper des savants, des navigateurs^ Tadministration des îles de France et de Bourbon et le Gouvernement français.

Aujourd'hui, on ne la cherche plus. La mer à l'est de nos trois îles, et par la latitude que. les auteurs ont cru devoir donner à Jean de Lisboa, a été et est encore parcourue en tous sens. C'est une mer libre jusqu'à la Nouvelle-Hollande. Nous pourrions donc entrer immédiatement dans l'examen des documents qui établissent l'identité de Jean de Lisboa avec Maurice. Mais peut-être ne trouvera-t-on pas hors de propos de parcourir les divers extraits des journaux de navigation qui ont fait pen^

ser à divers marins et géographes que cette île était réel^ lement à découvrir.

Un mémoire lu à Plnstitut national, en l'an IX, par le géographe Buache, contient à ce sujet tous les documents à recueillir, et l'auteur, après leur examen, conclut à la nécessité de rechercher à nouveau cette île.

À part les on dit, dont on ne manque jamais d'appuyer des raisons peu décisives, les docuntents fournis par le mémoire sont au nombre de trois : Tun d'eux est en dehors de la question, le second n'a pour fondement qu'un mirage ou un effet de nuages , le troisième est le seul à considérer, et il mène à conclure, indépendamment des preuves que nous produirons ensuite, que l'île Jean de Lisboa est Tile Maurice.

Premier document

C'est l'extrait d'une navigation du capitaine Sornin. Pour n'affaiblir en rien la déposition de Buache, nous transcrirons les lignes dont il fait précéder et suivre l'extrait, et l'extrait lui-même.

«La découverte faite le !•' mai 1772 par le capitaine Sornin en passant du cap de Bonne-Espérance à l'île de France a excité l'attention du Gouvernement , et il a été expédié aussitôt un bâtiment pour aller la reconnaître et fixer sa position. Cette découverte est donc authentique. Le journal du'capitaine Sornin n'ayant pas été envoyé en France, je ne puis exposer ici qu'un extrait très-suecinct et peu circonstancié de ce journal qui m'a été remis en 1780 par un officier de la marine fort instruit et jaloux

de conserver à la France l'honneur de cette découverte. J'observe, au reste, que cet extrait est absolument conforme, pour les faits principaux à un autre extrait du même journal qui a été publié par le capitaine Rochon, et qu'on trouvera ici poitr que Fon puisse eh faire la comparaison. L'extrait qui m'a été fourni est conçu comme il suit :

Extrait du journal du sieur S^min, eommandant le navire le ..... et faisant son retour du cap de Bonne-Espé-rame à Mie de France.

« Le vendredi 1*' mai 1772.

ï» Variation occase nord-ouest. >I5* 21'

» Latitude sud 26" 30'

» Longitude dé Paris ... 63° 50' » Depuis hier à midi jusqu'à ce jour, les vents ont fait le tour du compas par grains, pluie, tonnerre et éclairs, la mer très-grosse, l'air enflaitimé. Nous voyons quantité de dorades, baleines, oiseaux, cocos et morceaux de bois. A dix heures du matin, nous avons vu la terre trèsdistinctement qui nous restait dans le nord-ouest quart ouest et ouest nord-ou^st du compas ; au même instant nous avons viré de bord pour aller la reconnaître sous les quatre voiles majeures ; il ventait pour lors du sud-ouest, nous gouvernions du nord-ouest au nord-ouest quart ouest. A onze heures, étant assuré que c'était la terre, et voyant que le temps» et la mer étaient trop mauvais, j'ai fait virer de bord vent arrière et pris la bordée du sudest; au même instant les vents ont passé au nord-est et

nord-est quart est^ ce qui nous obligeait de courir daitt l'est ; dans ce cas, j'ai relevé la terre comme il suit :

» La pointe la plus nord au nord^uest quart ouest.

9 La poiate la plus sud à ouest 5* sud.

» Les plus proches terres à 10 ou 11 lieues ouest quart nord-ouest.

» Voyant que ce pouvait être la pointe du sud de Ma*dagascar, et que nous étions à court de vivres, nous étions obligés de courir cinquante lieues dans Test^ pour ensuite prendre la bordée du nord pour aller à Fouipointe, ce qui nous aurait donné une différence à l'ouest de 362 lieues. Le samedi 2, le temps a été mauvais, avec orage, grand frais du nord-est au nordniord-ouest. Le lundi i, les vents du nord-ouest ^ au ouest-sud-ouest, bon frais, beau temps; on a observé la variation de 12^ 52'; on a vu quantité de paille-en-*quei]fô ; le mardi 12, on a vu l'île Rodrigue, où nous avons relâché. J'ai eu trois lieues de jdifférence à l'est ; ces ferres, suivant mon points restent dans le sud-sud^uest du monde de Rodri'* gue, distantes de 142 lieues, n^

» Âla suite de cet extrait^ se .trouvent quelques obser^ vations sur le peu de détails qu'il donne, sur Tincerti-^ tude du capitaine Sorniu dans ses opinions et sur sa né^ gligence. « Néanmoins, dit l'auteur de ces observations, l'ensemble du journal, tout mal rédigé qu'il me pardt être , me confirme dans mon opinion de l'existence de Saint-Jean de Lisboa.

On ne peut que s'étonner que Buache ait vu dans cet extrait la reconnaissance par Sornin d'une terre anté« rieurement connue, puis perdue et puis retrouvée. Les

faits de la navigation y sont produitis dans leur ordre naturel. Où y a-t-il dans cet extrait soupçon d'une terre inconnue? Est-ce dans la longilude de 63*? N'est-il pas facile de voir que dans cette indication : longitude est du méridien de Paris 63^, il y a erreur du copiste du manuscrit de la navigation en question? Car cette longitude de 63* est feeHe de la partie méridionale de Madagascar prise du méridien de l'île de Fer. L'extrait luimême ôte toute incertitude sur l'appréciation du copiste, puisque Sornin dit : a Voyant que ce pouvait être la pointe sud de Madagascar, etc. » Un marin digne de la confiance que lui prêté Buache aurait-il parlé ainsi s'il avait été par 63* longitude est de Paris? Sornin ne doute pas qu'il ne soit à ce moment à la pointe sud de Madagascar, puisqu'il veut courir 50 lieues à l'est pour pouvoir ensuite se rendre à Foulpointé, où il s'approvisionnera de vivres qui lui manquent, et où les vents du sud-est le conduiront faciFement , itinéraire qu'il abandonne lorsque les vents devenant contraires pour gagner Fouipointe, lui font continuer sa route à l'est et gagner Hodrigue.

Cette navigation du capitaine Sornm, qui n'est connue que par cet extrait^ est hors de cause ; et rien, pas même leê fautes du copiste que les parties vraies du texte permettent de relever, ne peut faire soupçonner que Sornin ait vu l'île lean de Lîsboa ou une terre inconnue.

Du reste, le vice-amiral Thévenard (1), qui a écrit un

(1) Thévenard, Mémoires relatifs à la JfaWne, Paris, Laurens an vii 4 vol. in-8°.

article sur l'île Jean de Lisboa, n'a point parlé de Sornin, et c'est sans doute par les raisons que nous venons de donner.

Second Document.

C'est l'extrait d'une navigation faite par Donjon^ second d'un navire dont le nom n'est pas plus connu que celui du capitaine. Voici les observations de Buache sur cette navigation et les pièces fournies par Donjon :

c< La découverte faite par le capitaine Donjon de l'île de France le 27 avril 1772, n'est connue en France, pas plus que celle du capitaine Sornin, que par des extraits de son journal qui ont été communiqués à quelques officiers de la marine. Le vice-amiral Thévenard vient d'en publier un dans ses Mémoires relatifs à la marine^ t. IV, p. 428; il y a joint une vue de la terre découverte et diverses considérations tenijant à prouve^ l'existence de l'île Jean de Lisboa et à provoquer de nouvelles recherches à ce sujet. Un extrait à peu près semblable avec la même vue de terre, et une lettre particulière du capitaine Donjon, avaient été remis à M. d'Entrecasteaux pendant son séjour à l'île de France. Ce navigateur si digne de nos regrets a bien voulu me communiquer toutes ces pièces avec la permission d'en faire usage, si elles pouvaient être utiles. Je vais exposer de suite et littéralement ce que chacune contient, renvoyant aux Mémoires du vice-amiral Thévenard pour plus ample information et pour preuve de leur authenticité. L'extrait du journal du capitaine Donjon est conçu ainsi :

« Le 27 avril 1772, à neuf heures et demie du matin, » faisant roule à Fest-sud-est avec dea vents de nord-est » au nord-nord-est cinglant sous la misaine, grand frais » avec un orage très-violent, pluie abondante, éclairs » et tonnerre tombant fréquemment^ la partie du nord- » ouest au sud-ouest étant très-belle, j'ai vu la terre et » relevé la plus nord au nord-ouest quart ouest 2' nord » et la pointe la plus sud à l'ouest 2'' sud. A la distance^ » par mon estime, de dix à douze lieues au plus^ j'ai » toujours continué le relèvement, et à onze heures, D après avoir déterminé le capitaine à virer dessus pour » nous en assurer, j'ai fait prendre les amarres à tribord, D appareiller la grande voile et les deux huniers, tous les » ris pris, gouvernant à ouest-nord-ouest; mais, après » trois quarts d'heure, le capitaine, trouvant que le vais- » seau fatiguait beaucoup, m'a obligé de reprendre la » bordée de Test-sud-est, ce que je n'ai fait qu'apès lui » avoir représenté le tort qu'il se faisait en ne s*assurant » pas parfaitement de la terre. En reprenant la bordée » de l'est-sud-est, nous étions par 76' 34' de longitude » est estimée, et 27" 26' de latitude sud, observée à » ibidi.

» Nous avftis toujours vu l'île dans la même position » jusqu'à la nuit, le soleil ne l'ayant endommagée en » rien à son coucher. Les vents, dans les vingt-quatre » heures, nous ont enfin obligés de courir nord et ouest, » Nous sommes arrivés le douzième jour de la vue de » cette terre à Rodrigue avec quarante-sept lieues de » différence à Test, ce qui me fait croire que cette île » existe dans les parages de 76 à SO"" de longitude est, et

n par 27» 30' de latitude sud. La variation ortive obser- D vée par l'amplitude était de 1 4'' 24' ; mais je la crois » douteuse, vu la grande agitation du vaisseau» »

» Dans la lettre signée Donjon qui accompagne l'extrait de son journal, cet officier s'exprime ainsi :

<c Saint-Jean de Lisboa est par la latitude de 2?*" 26'

» (le milieu de l'île), et par la longitude estimée lorsque

» nous l'avons vue/ de 73* 36. Nous avons été de ce pohit

» nous rendre à Rodrigue, onze jours; et à la vue de

» cette dernière ile^ j'ai eu quarante-sept lieues de diffé-

D rence à Test ; ce qui me fait croire que Saint-Jean de

» Lisboa est entre 76 et SO"" de longitude. Je l'ai relevée

» avec exactitude à huit lieues de distance. Sa pointe du

» nord qui se présente en cap au nord-ouest quart ouest

» est à 4'' nord, celle du sud qui est beaucoup plus allon-

» gée à l'ouest quart nord-ouest 4Vsud^ et le milieu de

» l'ile à ouest-nord-ouest; il m'a paru dans le nord-est

» une grande baie dans laquelle il se trouve un gros îlot

» qui est aux deux tiers de la baie ; cette île n'est pas^bso-

>i lument élevée ; il y a de remarquable un morne qui a la

» forme du pouce, la tête penchée vers le sud ; cette terre

» parait hachée vers l'est ; au coucher du soleil, nous

t> avons fait les mêmes relèvements, étant ftslés à capoyer

» toute la journée ; nous étions couverts de goélettes

» grises et de beaucoup de petites blanches, et toutes

» ont fait route après le coucher du soleil sur ladite

» île. Ce qui me fait assurer que ce ne peut être que la

» terre, c'est que le soleil qui s'est couché dessus n'a

x> rien changé à sa forme, ni aux relèvements du cours

»' de la journée. »

» Cette lettre est en général conforme à l'extrait du journal que nous avons rapporté, ainsi qu'à celui qui a été publié par le vice-amiral Thévenard ; mais elle renferme des détails particuliers et assez remarquables qui ne se trouvent point dans les deux extraits du journal du navigateur.

» La vue de terre qui se trouve jointe aux deux pièces communiquées pat M. d'Entrecasteaux a été copiée le 17 avril 1785 sur Toriginal fait par M. Donjon, officier de marine^ en avril 1772; c'est ce qu'indique une note insérée sur cette vue; il y est dit aussi que cette vue est la vue d'une île crue celle de Saint-Jean de Lisboa, située par la latitude sud 27' 30', et longitude est 76'» 30' à 80\ La variation y est indiquée comme observée par l'amplitude et de 14'' 24' environ, vu le mouvement du vaisseau. Les relèvements y sont tracés, et ce sont ceux que donne Textrait du journal au moment où Ton a aperçu la terre. Enfin, d'après l'échelle qui se trouve tracée sur cette vue, l'étendue de l'île, ou du moins de la partie de terre que l'on a vue, serait d'environ dix lieues ; et comme il est dit que la pointe du sud est une terre basse et allongée, il peut se faire que la vue ne s'étende pas jusqu'à la véritable pointe sud, et que l'île soit un peu plus longue qu'elle n'est représentée d'après les relèvements.

» Tels sont les renseignements donnés par le capitaine Donjon sur sa découverte. On voit par le mémoire du vice-amiral Thévenard que ce capitaine était officier en second du bâtiment auquel on doit cette découverte; mais on n'y trouve point le nom de ce bâtiment, ni celui du capitaine qui le commandait. En rapprochant l'extrait

du capitaine Donjon de celui du capitaine Sornin, on est bien tenté de supposer que ces deux officiers étaient ensemble sur le même bâtiment, qui serait le Senaut^le-- Bougainville, suivant la note du capitaine Rochon. Tous les deux voient la terre à la même époque, la relèvent sous les mêmes aires de vent, observent la même variation^ éprouvent les mêmes contrariétés^ les mêmes orages^ et emploient le même nombre de jours pour se rendre de la vue de cette île à l'île Rodrigue ; mais l'un date sa découverte du 1" mai, et l'autre du 27 avril 1772; l'un indique la latitude de 26*" 30', et l'autre la donne de 27' 30' ; l'un l'estime à 63' de longitude à la vue de la terre, et l'autre à 73* : Tun ne trouve que trois lieues de différence à Test, à l'atterrage de l'île Rodrigue, et l'autre en trouve 47 . Toutes ces différences ne permettent guère de supposer que ce soient les officiers d'un même bâti» ment qui aient rédigé les journaux dont on a vu les extraits.

» Quoi qu^il en soit de ces différences, le téqaoignage de

ces deux officiers^ joint à celui du capitaine Roinot, permet au moins de croire à l'existence d'une île dans le sud-est de l'île de France, et parla latitude de l'ancienne île Jean de Lisboa. »

Les renseignements fournis par Donjon se composent donc de deux pièces : 1** un extrait du journal de la navigation, dont deux copies furent remises, l'une au viceamiral Thévenard par l'intermédiaire de M. Aubert, employé à Tîle de France; l'autre à l'amiral d'Entrecasteaux pendant son gouvernement des lies de France et de Rourbon, en 1787, et communiquée à Buache; copies

qui ne sont pas exactement semblables ; 2*» une lettre de Donjon dans laquelle sont consignés des détails importants qui ne se trouventtpas dans l'extrait du journal.

Au premier abord, ces renseignements attirent l'attention ; l'île Jean de Lisboa est celle que croit avoir vue Donjon ; des observations nautiques, les unes estimées, les autres calculées, donnent à cette vue des conditions de probabilité.

Cependant cette première impression s'affaiblit insensiblement lorsqu'on vient à les examiner de plus près ; ils ne sont pas fournis par l'extrait toujours invariable d un journal. Comment était rédigé cet extrait en 4772, année de la découverte supposée de Donjon? L'extrait transmis au vice-amiral Thévenard est daté du 19 avril 1785, et bien que conforme en général à celui transmis à l'amiral d'Entrecasteaux en 1787, il y a cependant quelques nuances de rédaction plus favorables à la cause de Donjon dans celui de 4 787 que dans celui de 1785; il semble qu'il se soit persuadé d'autant plus de la réalité de sa découverte, qu'il s'éloignait plus de Tannée 1772, et que les recherches Infructueuses faites après cette année excitaient en lui le désir de la retrouver, au point de lui faire transformer en certitude ce qui n'avait été qu'une impression profonde sans doute, mais pas assez pour la préciser primitivement dans son journal. De plus, il n'y a pas toujours concordance dans l'extrait et dans la lettre; dans l'extrait, la distance la plus rapprochée à laquelle il voit la terre est dix à douze lieues ; dans la lettre, elle est de huit lieues. Y a-t-il plus de concordance dans r^tppréciation des longitudes? Lorsqu'il se

trouve le plus rapproché de cette terre, à dix ou douze lieues, Tile est dans l'ouest et le navire par 76* 34' de longitude^ d'après l'extrait ; d'après la lettre et les notes qui y sont jointes, le milieu de Tile est par 73** 36', et l'Ile peut avoir une longueur de dix lieues; et de différentes appréciations d'erreurs, il conclut qu'il faut chercher l'île de 76 à 80' de longitude.

Remarquons que cette longitude de 73** 36' est à peu près celle qui conviendrait à l'île de la Réunion, en partant du méridien de l'île de Fer, et que celle de 76* par laquelle il est dit qu'il faut chercher l'ile Jean de Lisboa, est encore celle qui convient à l'île Maurice, en partant du même méridien de l'île de Fer : et le méridien de départ n'est indiqué ni sur Fextrait ni sur la lettre. Il ne nous vient pas à l'esprit de soutenir que le bâtiment agité par les mauvais temps ne savait où il était, parce qu'il est probable que Donjon, marin de l'île de France, devait connaître son île, et par conséquent la reconnaître quel que fût le point de vue sous lequel il l'aurait aperçue ; mais que de renseignements manquent à son extrait de journal ! D'où venait le navire î où allait-il î Dans l'extrait, Donjon est-il bien sûr d'avoir vu la terre, lorsqu'il blâme le capitaine de ne pas s'en être assuré parfaitement? « Le temps était assez mauvais, dit-il, pour que le capitaine ait fait virer de bord. » Gomment Donjon n'a-t-il pas pris à son arrivée à l'île de France le témoignage si important du capitaine ? Pourquoi n'a-t-il pas donné son nom ni celui du navire? Le capitaine reconnaissait sans doute que celte île en vue n'était qu^une chimère. U était alors midi. «Le «oir, dit Donjon dans

l'extrait fourni par Buache, on voit Fila dans la même position et sans que le soleil à son coucher en eût modifié les relèvements. » L'extrait fourni par l'amiral Thévenard est différent : « On \it cette même île sous un même aspect et les mêmes formes jusqu'à la nuit, le coucher du soleil n'ayant rien changé à \état de V atmosphère. » Le vice-amiral Thévenard continue ainsi : « Les vents obligèrent, dans les vingt-quatre heures suivantes, à courir nord et ouest; sans cet incident^ on aurait pu découvrir des terres australes; le journaliste ne dit pas si son expédition avait cet objet pour but. y> Au sujet de nuages persistants dans leur forme au coucher du soleil, nous pourrions invoquer les souvenirs de tous ceux qui ont fait. un voyage au long cours ; nous nous bornerons à dire dans la circonstance que le commandant et plus tard amiral Saint-Félix, dans la recherche qu'il fit en 1772 de l'île vue par Donjon, dit que a plusieurs fois dans cette navigation on cria : terre ! et qu'on fut toujours désabusé, la terre s'évanouissant aussitôt qu'on en approchait. » Bochon dit aussi : « En revenant de Madagascar sur la flûte la Normande, nous crûmes un moment que nous apercevions File Saint-Jean de Lisboa; mais c'étaient des nuages qui occasionnaient cette illusion, à laquelle les plus habiles marins ne sont que trop exposés. »

Une circonstance particulière que relate Donjon, c'est que dans le relèvement qu'il fit de l'île, il y a une montagne qui a la forme d'un pouce; ceci est assez remar- /j, quable pour qu'on y attache un certain intérêt; c'est une forme assez rare; or, Tile Maurice a en effet une montagne qui a la forme d'un pouce et porte par suite ce nom.

On peut donc affirmer sans douter du mérite de Donjon comme marin, bien qu'il ne soi( connu que par les documents ci-dessus produits, que la vue qu'il eut de l'ile Jean de Lisboa n'était que l'effet d'un mirage dont le tableau réel était File Maurice.

D'autres voyageurs se sont aussi imaginés s'être trouvés très-près de cette ile Jean de Lisboa. Peut-on tirer quelque conséquence de la déclaration suivante, que : a en 1785, un vaisseau français faisant route du cap de Bonne- Espérance à Tile de France, reçut une petite bourrasque qui fit tomber à son bord une quantité prodigieuse de mouches et de sauterelles avec beaucoup de petits oiseaux de diverses espèces, mais tous reconnus pour ne se tenir qu'à terre, d'où il présume qu'il y avait de la terre à peu de distance au vent du vaisseau. »

Cette circonstance d'une bourrasque n'explique-t elle pas qu'il ne s'agit pas là de mouches, de sauterelles ou d'oiseaux voyageant à leur gré. On a vu maintes fois aux Iles de France et de Bourbon des essaims de mouches et de sauterelles transportées de Madagascar et sans doute aussi de la côte d'Afrique ; quant aux oiseaux, il est rare qu'un ouragan passant dans ces régions n'en apporte pas dans ces deux îles et de la plus grande espèce comme des Flamands, qu'on n'y voit qu'après ces grandes perturbations de l'atmosphère.

En présence de ces renseignements si vagues et si mal expliqués, en voici quelques-uns plus positifs et que Buache a reproduits. Aussitôt que le gouverneur et l'intendant des îles de France et de Bourbon, MM. Desroches et Poivre, eurent connaissance en 1772 de la

découverte de Donjon, M. de Saint-Félix^ commandant la corvette ï Heure-du-Bergea^ ayant sous ses ordres le brick la Curieuse , fut envoyé pour la reconnaître et parcourut jusqu'au âQ"" de longitude^ mais inutilement; en 1773, deux embarcations furent encore expédiées de File de France, parcoururent la mer par 26** 30" de latitude et sur une très-grande étendue, et ne furent pas plus heureuses; Kerguelen l'a cherchée inutilement; M. Duminy Ta cherchée par le parallèle de 27' 30' sans plus de succès; en 1782, M. Corval de Greenville, expédié pour cette découverte^ ne réussit pas davantage.

Or, contrairement à l'opinion de Buache, qui pensait qu'on devait chercher cette île par une longitude plus grande^ on peut dire qu'il ne tombe pas sous le sens, que toutes ces expéditions pour trouver une ile signalée par Donjon aient été faites sur d'autres indications que celles fournies primitivement par ce marin, et même en les étendant beaucoup.

Notons encore qu'avant l'année 1772, sans parler de tous les navires de guerre et du commerce qui sillonnaient la mer des Indes et auraient pu rencontrer cette ile introuvable, Bouvet de Lozier et Marion la cherchèrent sans succès.

Buache cite une navigation du sieup Desnoyers qui, en 1714, la vit par 24^ 30' de latitude sud. A ce sujet, et faute d'avoir perdu l'origine du renseignement que nous allons donner, nous dirons seulement que le sieur Desnoyers, bien que Ipi donnant cette latitude, a relâché à cçtte ile Jean de Lisboa, et que c'était Tile Maurice qu'il entendait ainsi désigner.

Du reste ^ l'auteur lui-même , dont nous avons extrait les deux pièces relatives à Donjon, ne trouvait pas ces pièces d'une valeur suffisante puisqu'il termine la cita* tion produite ci-dessus par ces mots : a Quoiqu'il en soit, le témoignage de ces deux officiers (Sornin et Donjon) ^ joint à celui du capitaine Boynot, permet au moins de croire à l'existence d'une île dans le sud-est de Tlle de France^ et par la latitude de l'ancienne île iean de Lisboa'. »

Il ne nous reste donc plus à produire que ce qui est re^ latif à la navigation du capitaine Boynot.

Buache produit un fragment d'un mémoire qui lui fut communiqué par M. de Kergariou; il est intitulé ainsi t Copie tittérale éHmi mémoire troacé parmi les papiers du secrétariat de t Intendance de file Bourbon :

Il y a dans ce fragment du mémoire un pasi^e sur le* quel nous insisterons , parce qu'il a fait élever dans Têsprit de ceux qui s'en sont occupés dés doutes quant à la confiance qu'on doit avoir dans les renseignements four* nis par Boynot; le voici, c'est que : <i Boynot partant de Bourbon pour se rendre à Pondichéry, et sur Tindication que lui donnèrent quelques flibustiers passa par le sud de Madagascar et arriva à Pondichéry bien plus tôt qu'il n'est d'usage, d

Nous avons été assez heureux pour trouver sinon l'original^ du moins une copie authentique de ce mémoire, qui est aux Archives du dépôt de la Marine. C'est d'une autre copie de ce mémoire qu'est extrait le fragment produit par Buache, et cette copie n'est pas partout cott-

forme à roriginal. Tandis que le mémoire qui a servi à Buache porte la date fausse 1771, le mémoire original a la date de 174 1 ; et cette dernière date ne peut être mise en doute ; les matières dont il traite sont relatives aux années qui ont précédé Tannée 1 7 1 ; de plus les instructions qu'il contient sur divers intérêts de la Compagnie des Lideft-Orientales à Tile Bourt)on sont recommandées à M. Parât, gouverneur de cette colonie, qui venait d'y être envoyé. Cette observation sur la date certaine de 1711 que porte le mémoire n'est pas indifférente à notre dissertation sur Tile Jean de Lisboa, mais nous sommes momentanémeut écartés de cette opportunité par l'examen de la route attribuée à Boynot allant de Bourbon à Pondichéry par le sud de Madagascar.

Le mémoire original porte : « Boynot se rendant de Bourbon à Pondichéry, profitant de l'indication que lui avaient fournie quelques flibustiers^ passa par le nord de Madagascar, et arriva à Pondichéry bien plus tôt qu'il n'est d'usage. »

On voit par là que le motif de discrédit de Buache à l'endroit de Boynot n'existe plus.

Cette îoute par le nord de Madagascar pour se rendra de Bourbon à Pondichéry n'est connue, disent tous les auteurs, que depuis l'année 1721 , où quelques flibus^ tiers fixés à Bourbon après l'amnistie dont ils furent ToIh jel, fut révélée par eux. Nous avons même trouvé dans les Archives du dépôt de la Marine un mémoire de l'officier de la Compagnie qui prétendait avoir le premier pratiqué cette route à cette date de 1721*

Lettre de M. La Feuillée, commandant la Diane^ vaisseau de la Compagnie y à M. le Ministre de la Marine et des Colonies, datée du 2t avril 1 724.

« Je prends la liberté d'informer Votre Grandeur d'un passage qui n'avait point encore été pratiqué : c'est de l'iie Bourbon à la côte Malabar, rangeant l'iie de Madagascar du côté de l'est. Je suis le premier qui aie tenté ce passage sur les avis du Conseil de l'iie Bourbon, et pressé par la mousson propre qui allait finir et qui me faisait risque d'arriver trop tard dans les Indes.

» Depuis, le Saint-Albin, le Lys et l'i/mow, tous vaisseaux de la Compagnie, y ont passé sans avoir trouvé aucun danger.

» En parlant de Tile Bourbon, je fis route au nord sans prendre beaucoup de l'ouest ; après 96 lieues de chemin, nous trouvâmes par la latitude de 16^*4' et par 75" de longitude un islet de sable que nos cartes marquent beaucoup plus dans Test, et c'est une erreur ; j'en passai à l'ouest et dirigeai ma route pour voir le nord et le bout de l'iie de Madagascar, laquelle je trouvai aussi plus à l'ouest que les cartes ne marquent ; je vis cette lie par la latitude de 13® 3'. De là, jusqu'à la ligne, la route fut presque toujours au nord, prenant plus d'un côté et d'autre pour éviter les îles qui sont placées sur les cartes dans ces lieux; je n'en ai vu aucune, et malgré ma précaution à sonder, je n'ai point eu le fond nulle part; je mettais en travers tous les soirs , et j'ai passé de l'iie Bourbon à la ligne eu douze jours par un frais toujours largue ou de l'arrière.

» Depuis, j'ai donné la route pour passer dans le canal des Maldives, très-fréquenté par les officiers et les pilotes qui ont voyagé dans Tlnde ; et c'est où finit ïe passage dont j'ai eu l'honneur d'entretenir Votre Grandeur. » [Archives du dépôt de la Marine, carton 85.)

Il y a dans le même carlon une pièce indiquant que le ministre de la marine communiqua cette lettre de La Feuillée à un personnage éminent bien versé dans les connaissances maritimes, pour avoir son avis. La copie de la réponse de ce haut personnage ne porte pas de signature, on y lit :

ff J'aurai Thonneur de vous dire que par quelque ancienne instruction restée au Dépôt et donnée apparemment aux vaisseaux qui allaient dans ces pays-là, il y est parlé de ce passage. A la vérité, Tinstruction pense qu'îl^' était peu fréquenté dans ce temps par les Français. »

Cette instruction provenait peut-être des renseignements fournis par Boynot lui-même, et l'honneur que ré^ clamait La Feuillée peut être revendiqué avec toute justice pour Boynot.

Après cette réhabilitation du marin dont il va être question , voici le fragment du mémoire de 1711, dont nous conservons les mots à l'exception de Torthographe vieillie :

« Quoique les habitants de l'île Bourbon aient beaucoup plus de terrain qu'il n'en faudrait à trois mille familles pour subsister aisément, néanmoins on croit à propos de se précautionner à l'avance en prenant possession de l'île de Jean de Lisboa.

» Cette île ne parait imaginaire qu'aux navigateurs qui ne Tont point reconnue. Il est certain que les Portugais l'ont possédée et qu'ils y ont eu une colonie qu'ils ont fait passer à Monbaze.

» Il est encore certain qu'un flibustier y a descendu, il n'y a pas six ans, et tué, lui second , douze ou quinze bœufs en moins de douze heures. Ce flibustier a rapporté n'y avoir pas trouvé de cochons , mais beaucoup de cabris et de tortues.

n Enfin, le sieur Boynot a assuré avoir reconnu et tourné cette île à la fin de Tannée 1707., retournant de l'île Bourbon à Pondichéry. On sait dans l'île Bourbon que de» flibustiers s'embarquèrent avec lui, et il convient que c'est par leur moyen qu'il découvrit l'île de Jean de Lisboa, et que passant />ar le nord de Madagascar, il abrégea sa route de beaucoup, et arriva à Pondichéry bien plus tôt qu'il n'est d'usage.

x> Le sieur Boynot assure qu'il a tourné cette île, qu'à l'ouest elle a un pic^ que le surplus lui a paru plat, chargé de bois fort grands, et il l'estime d'environ trente à trente-cinq lieues de circuit.

9 Texeira portugais, dans sa carte de la mer des Indes, imprimée à Lisbonne en 1649, place cette île à cent lieues au sud de Tile Bourbon^ et 26"" 30' de latitude.

» Vankeulen, hollandais, dans une carte de la mer des Indes^ imprimée à Amsterdam en 1680, met cette île de Jean de Lisboa à la même latitude et à la même dislance de celle de Bourbon.

» Le sieur Boynot assure avoir observé que l'île de

Jean de Lisboa, n'est pas lout-à-fait nord et sud de Tîle Bourbon, mais qu'elle esl au sud quart à l'est, en sorte qu'elle est d'un degré plus orientale que Texeira et Vankeulen no la mettent sur leur carte.

» Le sieur Boynot corrige encore la latitude de Jean de Lisboa d'un degré, la plaçant par 27° 30' et dit que la variation est de 20° nord-ouest; d'où il suit que si on prend du Pic de Ténériffe^ comme on le voit dans les cartes ordinaires, le commencement de la longitude, et l'île Bourbon étant par 76% l'ile Jean de Lisboa est par 77% c'est-à-dire qu'elle est située par 27' 30' de latitude sud et par 77° de longitude.

» Texeira représente dans sa carte l'île de Jean deLij»* boa sous la figure d'un Croissant, au lieu que Vankeulen la fait ronde. Le sieur Boynot dit l'avoir vue comme Texeira la représente. Il y a, dit-il, deux pointes qj^ sont tournées à Test, laissant enlre deux une anse m forme de port, avec une petite île dans le milieu. Cette circonstance fait croire ce que le sieur Boynot rapporte, Texeira ayant fait sa carte sur les journaux des navigateurs portugais qui ont plusieurs fois terri à cette île ; et on ne saurait penser que le sieur Boynot ait voulu en imposer; car, quand par conversation on lui a parlé de nie de Jean de Lisboa, il n'avait point encore vu les cartes de Vankeulen ni de Texeira ; ainsi il n'a pu deviner que ni l'un ni l'autre de ces deux hydrographes aient bien ou mal dépeint et posé l'île de Jean de Lisboa.

» Enfin, le sieur Boynot assure que partant de l'île Bourbon pour l'île Jean de Lisboa, il faut au plus trois jours pour arriver à cette dernière ile^ et sept à huit

pour se rendre à l'île Bourbon , ce qui esl conforme aux navigations ordinaires des navires français qui^ allant à l'île Bourbon et en revenant, consomment à peu près ces deux leraps-là dans leur route pour atteindre la latitude de celle de Jean de Lisboa; et s'ils ne l'ont pas aperçue, c'est qu'ils ne Font pas cherchée par sa longitude et par sa latitude , n'ayant été chargés que de faire diligence et non pas de louvoyer pour trouver ce dont on ne leur a point parlé, et à quoi ni les officiers, ni leurs commettants n'ont point encore pensé jusqu'à présent. Si les habitants de l'île de Bourbon veulent entreprendre le commerce de Sofala, ils peuvent reconnaître l'île Jean de Lisboa, et en allant et en revenant, elle est sur la route qu'il faut tenir ; et supposé qu'avec les connaissances qu'on leur donne ici ils n'y aillent pas directement , en louvoyant à sa hauteur la valeur d'un jour au plus, ils ne sauraient la manquer. L'ayant trouvée, exactement établir sa véritable latitude et à peu près sa longitude, y descendre, la reconnaître dans son intérieur et en faire une juste description pour, dans un second voyage, y laisser quatre ou six hommes avec des vivres, des armes et des munitions, pour en prendre connaissance en tous sens, observer les terres, les bois, les montagnes, le port, les bestiaux, les fruits, les productions, les vents, les marées et toutes les autres circonstances nécessaires pour se déterminer à y faire un établissement, et y former une colonie de l'excédant de celle de l'île Bourbon.

» Les avantages de cette île (si elle a un port) sont infinis et pour le commerce dans les Indes et pour la relâche des navires français qui y iront ; car de la hauteur du

cap de Bonne-Espérance, il ne faut pas dix-huit jours pour se rendre à l'île de Jean de Lisboa ; à la côte de Coromandel et au Bengale^ il n'en faut pas quarante-cinq, celle du canal de Mozambique étant plus longue et dans l'aller et dans le retour si on tentait d'y repasser. On peut, à l'aide de cette île, arriver de France à Bengale en cinq mois, et revenir de même. Si l'on veut faire un entrepôt à Tîle Jean de Lisboa, les navires qui partiront de Pondichéry et de Bengale y seront de retour en quatre mois; de l'île de France, il n'en faudra que sept; on ne perdra point six mois par voyage à attendre les moussons , et en moins d'un an^ on aura communication des Indes- Orientales en Europe. On suppose des temps à souhaitât de justes mesures d'avance pour en profiter, et non pas des traînées et des rien à propos. L'on dit que feu M* le maréchal d'Estrées a toujours eu cette île en vue apparemment pour des desseins proportionnés à son courage et au désir qu'il a toujours eu d'assurer et d'agrandir le commerce des Français dans les Indes-Orientales. Sur tout cela, M. Parât est chargé d'écouter les habitants de l'île de Bourbon qui sont navigateurs^ de prendre leur avis par écrit, et d'y détailler les difficultés et les facilités qu'ils croiront subsister afin qu'on se détermine à les aider pour le succès de ce qu'ils jugeront praticable. »

Ce mémoire contient, comme on le voit, non un extrait du Journal de la navigation de Boynot^ lequel journal n'existe pas, mais une relation plus ou moins fidèle des renseignements fournis par Boynot sur l'île Jean de Lisboa qu'il a vue ; il contient aussi des développements

et des considérations qui sont le fait des signataires de ce Mémoire de 1 7 H .

Nous commencerons par faire une rectification au texte de ce fragment avant d'en faire usage.

Parmi les considérations des signataires du Mémoire^ il en est une très-erronée qui ne peut être due qu'au peu de connaissances de ces signataires quant à la navigation de la mer des Indes, ou à un souvenir peu exact qu'ils avaient conservé de la conversation de Boynot. Cette erreur résulte des lignes suivantes • « Le sieur Boynot assure que partant de l'île Bourbon pour l'île Jean de Lisboa, il faut au plus trois jours pour arriver à cette dernière, et sept à huit pour revenir à l'île Bourbon ; ce qui est conforme (ajoutent les signataires) aux navigations ordinaires des navires français, qui alla^nt à l'île Bourbon et en revenant consomment à peu près ces deux temps-là dans leur route pour atteindre la latitude de Tîle Jean de Lisboa. » Rappelons que Boynot place Tîle Jean de Lisboa par la longitude de un degré est de Bourbon. Or, il est évident pour toute personne qui a suivi notre travail, et qui connaît le régime des vents dans la mer des Indes au sud de l'équateur, que c'est le contraire qui est vrai; c'est-à-dire que de Bourbon à une île plus orientale, comme l'indique Boynot, ayant à lutter contre les vents généraux du sud-est, il faut plus de temps que pour venir de cette île plus orientale à Bourbon, puisque dans ce dernier cas on est favorisé par ces vents généraux. Si conséquemment on renverse la place de ces indications, le Mémoire aurait dû dire : qu'on met au plus trois jours pour aller de Jean de Lisboa à Bourbon et

qu'on en met de sept à huit pour aller de Bourbon à Jean de Lisboa.

Cette rectification étant faite, qui ne verrait dans ces appréciations de temps (au plus trois jours et de l'autre sept à huit jours), le temps même que mettent souvent de nos jours les navires à voiles pour aller de Maurice à Bourbon et de Bourbon à Maurice î Quelle est donc Tîle située à l'est de Bourbon et qui en est assez rapprochée, pour que, en 1707, époque où les positions des îles étaient si peu précisées, où les conditions de navigabilité du navire étaient loin de celles d'aujourd'hui^ quelle est cette île pour que, en trois jours au plus, on arrive à Bourbon, si ce n'est Maurice, car Rodrigue en est trop éloignée pour une navigation de trois jours au plus.

Boynot parle de deux pointes qui s'avancent à l'est, et d'une île Su milieu, ce qui y forme un port, exactement comme la représentaient, dit-on, non-seulement Texeira, mais avant et après lui beaucoup d'autres géographes. Cette concordance prouve sur un point la véracité de Boynot et l'exactitude des géographes qui donnaient à l'île Jean de Lisboa, d'après des cartes anciennes, la forme d'un croissant dont la partie. concave figurait un port démesurément grande comme ces images où la sagacité du crayon exagère par tous les moyens les qualités distinctives de l'individu ou de l'objet représenté. Cette configuration, qui serait aujourd'hui inadmissible, dénote au contraire une certaine intention d'exactitude; en présence du peu d'éclaircissements qui étaient fournis, elle imprimait à cette île une particularité assez saillante pour, au besoin, fixer l'attention du navigateur.

La description de Boynot contient d'autres particularités que nous pourrions grouper. Nous nous en abstiendrons en faveur de M. Ëpidariste Colin qui l'a fait avant nous dans les Annales des voyages de Malte-Brun, et dont plus loin nous produirons l'appréciation. Nous rendrons ainsi à chacun ce qui lui appartient.

Quant à la latitude de 27" 30' donnée par Boynot, vientelle d'une autorité incontestable? Avons nous une relation de sa navigation qui puisse nous édifier sur son compte, alors que des marins bien connus ont commis, ailleurs^ des erreurs aussi notables que la sienne ?

Et peut-être dans cette indication, il y avait indépendamment d'une erreur, intention d'en faire une.

Nous remarquerons que Boynot ne mentionne que Tîle Bourbon. S'il avait mentionné et Tîle Maurice et l'ile Jean de Lisboa, il y eût eu dans sa déposition, matière à réfléchir; loin de là, il ne nomme pas Maurice et met Jean de Lisboa à Test de Bourbon.

Il avait à son bord des forbans qui l'aidaient dans son entreprise quelle qu'elle fût ; non-seulement ils lui indiquèrent la route de Bourbon à Pondichéry par le nord de Madagascar, ils lui indiquèrent aussi l'ile Jean de Lisboa où ils allaient se ravitailler de temps en temps^ moins souvent à la vérité qu'à Madagascar et surtout à File Sainte-Marie qui était leur quartier général; de l'île Sainte-Marie ils s'avançaient le long des côtes ^ l'Afrique, de l'Arabie, croisaient dans le golfe d'Aden, s'emparant des vaisseaux maures chargés tantôt de marchandises, tantôt de pèlerins qui se rendaient à la Mecque ou en revenaient; ils convoitaient avec une

égale cupidité les vaisseaux européens et se portant sur leur route d'aller ou de retour, ils étaient devenus la terreur des bàlimenls isolés ; leur audace était telle que sur la rade de Saint-Denis à l'île Bourbon, en présence du gouverneur de cette colonie et d'une population ébahie, ils enlevèrent un vaisseau portugais qui y avait relâché et qui ramenait en Portugal un gouverneur de Goa. L'île Maurice était pour eux un lieu do rafraîchissement; les Hollandais ne l'occupaient qu'au port Sud-Est, ils n'avaient plus sur quelques points fort rares, que des chasseurs de gibier. Les forbans n'ignoraient pas les endroits où ils pouvaient descendre impunément ; il n'est donc pas étonnant que pour cacher leurs mouvements et leurs pirateries ils aient continué à donner un nom tombé en désuétude, à une île dont le nom adopté depuis plus d'un siècle était Maurice, et qu'ils lui aient donné une situation fausse, mais qui était portée sur les cartes depuis plus de deux cents ans. L'île Maurice n'était pas alors connue comme elle le fut plus tard du temps de Sornin et de Donjon, après que Labourdonnais eut rendu illustre, dans la mer des Indes, le nom français et le nom d'île de France substitué à celui d'île Maurice. Les connaissances sur la position des îles de cette mer étaient très-confuses, et ne se précisèrent qu'au milieu du dix-huitième siècle par les voyages et les observations de Rochon, Lacaille, Legentil, D'Après de Manevillelle, d'Aché, Grenier, Marion Dufresne, Surville, Coetivi, etc. Nous ne voulons pas dire que les habitants de l'île Bourbon ignoraient la proximité de leur île de l'île Maurice habitée par les Hollan-

dais, mais que la désuétude du nom Jean de Lisboa appliqué à Maurice entretenait Terreur de deux dénominations s'appliquant à deux îles, et que les relations diverses provenant de ces deux dénominations, firent persister les géographes dans la double représentation qu'ils continuèrent à donner de la même île.

Lorsque Boynot dit qu'il fit le tour de Jean de Lisboa, il en donne des détails assez circonstanciés pour faire penser qu'il la vit de plus près, et qu'il y descendit en compagnie des forbans, ce qu'il ne pouvait avouer; mais il est notoire qu'à cette époque la plupart des armements particuliers faits en France, soit clandestinement, soit sous prétexte de commerce dans la mer des Indes, avaient pour but principal de faire des courses dans cette mer. Pour un voyage de Bourbon à Pondichéry en passant par le nord de Madagascar, c'était un singulier début de route que d'aller faire une promenade de touriste autour de l'île Jean de Lisboa située à l'est de Bourbon, et la latitude que Boynot lui donne, soit erreur de sa part, soit erreur des forbans, soit erreur convenue, ne peut empêcher de la reconnaître dans l'île Maurice.

En résume, Buache justement pénétré de l'existence de l'île Jean de Lisboa, mais ajoutant trop de crédit à tant de positions différentes (voir le chapitre v) dont la multitude même était de nature à motiver une entière défiance a vu dans Sornin une indication qui n'existe pas ; Kans Donjon, une probabilité qui avait besoin d'être soutenue par d'autres preuves ; et dans Boynot des renseignements dont il n'a pu profiter, renseignements qui tiennent à des connaissances locales peu répandues et du reste de

trop peu d'importance au milieu des travaux d'une utilité 'plus générale auxquels se livrait ce géographe.

L'erreur de Buache et de Thévenard était tellement accréditée que, dans les instructions données par le Gouvernement Français à Tamiral d'Entrecasteaux lors de son expédition à la recherche de Lapérouse^ on lit le passage suivant : « de Batavia, il se rendra à Fîle de France ; si dans ce trajet il lui e6t possible de prendre connaissance de la petite île Jean de Lisboa dont l'existence ne paraît plus douteuse, mais dont la position géographique est très-incertaine, etc. »

La mort de d'Entrecasteaux pendant cette expédition,

et d'autres circonstances de la navigation ne permirent

pas de faire cette recherche. Au commencement du 19*

siècle, la question de l'existence de cette île, soulevée à

l'Institut de France, fut quelques années après, mise à

l'ordre du jour dans une société des sciences et arts qui

existait à l'île de France sous le nom de : Société d'Emulation.

Voici ce qu'on lit à ce sujet dans les nouvelles annales des voyages de Malte-Brun (t. X.)

a Un de ses membres qui se trouvait à Tîle Bourbon (alors appelée Bonaparte, en 1805) obtint de Madame veuve Adrisse Desruisseaux, la communication des matériaux de feu son mari qui en 1787 avait formé le projet d'en faire la découverte. Il envoya encore à la Société un mémoire fort ancien trouvé dans les Archives de l'Intendance, sur la relâche qu'un nommé Boynot fit dans l'île de Saint-Jean de Lisboa, ainsi que quelques autres articles précieux, etc.

» La Société nomma une commission dont M. Epidariste Colin fut membre, pour les examiner et lui en faire un rapport ; mais malgré Fattenlion et les soins qu'on mit à discuter ces pièces, on n'en put tirer aucune conséquence naturelle^ tant il y avait de contradictions et de différences entre elles. La Commission pensa qu'il était impossible d'établir un travail solide sur de telles bases et Tabandonna. £'est alors que M. Colin hasarda quelques conjectures sur Saint-Jean de Lisboa, dans une dissertation qu'il lut à la Société d'Emulation, le 13 janvier 1806. Ce savant a bien voulu nous en communiquer l'extrait suivant. »

Nous ne produirons que les conclusions des conjectures de M. Epidarisle Colin.

«Boynot dit qu'on y trouve (à l'ile Jean de Lisboa) une anse qui forme un port avec une petite île au milieu ; qu'on y voit plusieurs montagnes boisées assez hautes, mais une surtout plus remarquable ; que le pays est arrosé de plusieurs rivières, mais qu'aucunes ne sont navigables; enfin qu'il est rempli de gibier, de cochons sauvages, et que l'île a de trente à trente-cinq lieues de circonférence

» Un voyageur qui n'aurait fait, pour ainsi dire, que descendre à Tile de France et à qui on en demanderait une description, ne la ferait-il point telle que celle que nous a laissée Boynot? L'anse dont il parle n'est-elle pas aujourd'hui le port Impérial (port sud-est)? L'île du milieu n'est-elle pas l'île de la Passe? La montagne remarquable ne fut-elle pas appelée depuis le Piton de Bambou? avons-nous une rivière navigable? nous possédons encore les animaux dont Bovnot nous donne les noms, et dans

— io:\ —

le plan trouvé aux Archives du Génie on y reconnaît la configuration (très-grossière il esl vrai) de Tilede France»*

Ces raisons, quoique ayant leur vraisemblance, ne sont pas sans doute péremptoires ; car les détails donnés par Boynot, seraient-ils plus circonstanciés, le plan de Tile serait-il plus clair, cela ne prouverait pas encore d'une manière irréfutable que file Jean de Lisboa est Tilo de France. En effet, nous avons vu précédemment que Gauche a décrit l'île Maurice avec des circonstances locales qui ne permettent pas de la méconnaitre, sous le nom de Sainte-Apolline. Boynot aurait donc pu, se livrant au même écart d'érudition^ .décrire Maurice sous un nom qui ne lui aurait pas appartenu. Les preuves de l'identité de Jean de Lisboa et de Maurice existent ailleurs que dans des interprétations quelque vraisemblables qu'elles puissent paraître. Il faut des preuves géographiques constatant ridentité de position de ces deux îles.

Déjà, au commencement du chapitre précédent, nous avons cité des cartes qui donnent aux trois îles Bourbon ^ Maurice, Rodrigue, le nom du pilote et du frère du pilote Jean de Lisboa ; d'où il suit que ce nom a élé appliqué à Maurice ; mais c'est toujours à Maurice que ce nom u été maintenu.

Pour plus de clarté, il faut d'abord indiquer quelle était la route suivie pour la traversée de la côte Malabar au cap de Bonne-Espérance.

Voici un extrait du routier de Vincenle Uodrifro» de Lagos, produit dans Linschot : « En partant de Gocbiu, on fait route de Touest jusqu'à la distance de trente lieue»; on fait ensuite roule pour pa»»er dans te canal dei» Mai-

dives ; ayant passé ces îles, on fait route au sud-ouest jusqu^à 4° nord ; de là, au sud-sud-ouest jusqu'à 3" sud ; de là, au sud, et vers le sud-ouest^ jusqu'à 12'' où l'on trouve des vents de sud-est ; il faut alors se garder des banû8 os baixos de Carajos, et quand on a les vents sud-est, on dirige sa course sur Diégo-Rodrigue, (Rodrigue). >'

Tel est l'itinéraire, à peu de chose près, adopté par tous les routiers, de la côte de Malabar à Rodrigue. Âlexi» d'Âlmota, dans son routier dont nous avons produit un fragment au sujet de la dénomination Cime, fait doubler les Maldives en passant par le canal de ce nom à 9 degrés nord; on va ensuite reconnaître les Sele Irmâos par 4 degrés sud, puis l'île Brandon par l'est, puis Diego-Royz (Rodrigue).

Arrivés à Rodrigue, les routiers diffèrent ; les uns font passer par l'est de Rodrigue, les autres entre Rodrigue et Maurice , les autres entre Maurice et Bourbon.

C'est un routièt qui recommande cette dernière route qui fournira la preuve que nous cherchons. Linschot le reproduit (deuxième partie j p. 16) sans donner le nom de son auleui*. Dans tous ces routiers, les îles ne sont pas toujours désignées par les mêmes noms ; Alexis d'Almota désigne celles qui sont dans nos parages en allant de l'est à l'ouest : Brandon, Diego-Royz, Cirne, Mascarenhas ; le routier dont nous allons parler, les désigne ainsi : Brandon, Lopo-Suarez, Jean de Lîsboa^ Mascarenhas.

Voici le fragment de ce routier :

« Quand vons partez de Cochin (long. 74'' E, lat.

n. 10"*) environ le 20 janvier plus ou moins, dressez votre course de telle sorte que vous passiez les Maldives au sud-ouest, et sud-ouest tirant vers le sud, jusqu'à ce que vous soyez sous la ligne équinoxiale, à cause que vous voyagez tard et pourrait advenir que vous n'auriez le vent ni le temps à commandement, et pour tenir le côté de mer de Tile de Brandon, vous pouvez prendre votre cours entre les îles dos Irmaos qui gisent 4 degrés sud, et de là vous pouvez ordonner votre course vers les îles Pedro-Mascarenhas; en poursuivant ainsi votre chemin, vous surviennent étant à 4 degrés au sud, beaucoup de tonnerres, éclairs et fortes pluies jusqu'à 14 degrés; cela se voit ordinairement en février, comme je l'ai expérimenté. Pourtant faites tout votre mieux de parvenir à

14 ou 15 degrés; car ordinairement vous trouverez à

1 5 ou "1 6 degrés des vents de sud-est ; çt alors ne cinglez pas plus avant en mer, mais dressez votre cours entre l'île de Brandaon et celle de Lopo Suarez, qui est un bon cours ; sitôt que vous avez passé cette île, prenez votre chemin le long de ïile Jean de Lisboa ; entre cetle île et celle de Pedro Mascarenhas^ il y a un bon chemin, tellement que vous venez à passer à 14 oi^ 15 lieues de l'île Saint-Laurent. »

Peut-on indiquer d'une manière plus lucide cette succession de l'est à l'ouest des îles Brandon, Rodrigue, Maurice, Bourbon, ou d'après Alexis d'Alraota, Brandon, Diego-Royz, Cirne, Mascarenhas; ou d'après le routier non dénommé de Linschol : Brandon, Lopo-Suarez, Jean de Lisboa^ Mascarenhas; et ce bon chemin qu'il y a entre Jean de Lisboa et Mascarenhas, chemin si bien connu

des marins qui fréquentent les parages des îles Maurice et Bourbon ?

Pour compléter ce que nous avons à dire sur l'île Jean de Lisboa, citons un texte authentique qui serait une absurdité sans les éclaircissements que nous venons de donner^ texte qui prouve que si les connaissances que nous avons exposées se perdirent pour beaucoup de monde, elles n'étaient pas inconnues aux auteurs de ce texte. Ce document authentique est : « AJédit de mars 17H èoncernant la manière dont la justice doit être administrée mx habitants qui sont el seront ci-après dans ladite île Bourbon^ en celle de Jean de Lisboa, de Romeiros^ Vtle Danphine ou Madagascar et autres voisines que nos sujets pourront habiter , etc* » Docu- • ment qu'on peut consulter aux Archives de l'Empire, aux archives du Ministère de la Marine et des Colonies, et que M. Delabarre de Nanleuil a reproduit dans son utile ouvrage : Léqislation de Vile de la Réunion.

Que sont dans cet édit ces îles Jean de Lisboa et Ro-

raeiros (autre dénomination de Rodrigue), sinon deux îles non problématiques, et parfaitement connues du gouvernement .français, aussi bien que Bourbon et Madagascar, entre lesquelles elles sont nommées ? Seulement elles sont désignées par des dénominations qui n'éveillaient pas le souvenir et la susceptibilité d'une puissance maritime qui venait de les abandonner. Le gouvernement français, par ces mots « qui sont ou seront ci-après » ne faisait que renouveler les projets que depuis longtemps il voulait mettre à exécution. Dès 1638, le capitaine Goubert^ capitaine du navire le Saint-Alexis,

se conformant aux instructions qui lui avaient été donnéesy prit possession de Rodrigue et de Mascarenhas qui était déserte, et en aurait fajt autant de Maurice s'il n'y eût trouvé les Hollandais établis; en août 1642^ Pronis, premier gouverneur de l'établissement français de Madagascar, eut également les mêmes instructions ; comme Goubert, il prit possession de Rodrigue et de Mascarenhas; mais aucun établissement ne fut fait à Rodrigue par les Français (1): Une petite colonie hollandaise dont Léguât faisait partie occupa cette île depuis le l'* mai 1691 jusqu'au 21 mai 1693 ; l'île Maurice fut elle-même abandonnée par les Hollandais vers 1708, et, en 1711, redit que nous venons de citer comprit ces deux îles ainsi que Bourbon et Madagascar dans les mêmes règlements.

(1) Llle Masearenhas dut à sa proximité de Madagascar d'être Fobjet de plus d^attention; elle fut habitée par des Français, une première fois, depuis le mois de décembre 1646 jusqu'au mois de septembre 1649; une seconde fois, depuis le 22 septembre 1654 Jusqu'au 5 juin 1658; une troisième fois, depuis 1M2, par, deux français, sept noirs et trois négresses; cette petite colonie y était encore en juillet 1665, lors de Tarrivée de vingt ouvriers sous les ordres de Regnault que la compagnie des Indes orientales, créée par lettres patentes du 81 août 1664, y envoya. De ce moment date la colonisation non interrompue de nie de la Réunion. Depuis 1665 jusqu'en 1671 les jugements rendus à l'ile Bourbon ressortirent au Conseil supérieur de Madagascar; de 1671 à 1701 au Conseil supérieur de^urate; de 1703 à 1723 au Conseil supérieur de Pondlchéry. La coutume de Paris et les ordonnances, celle d'avril 1667 au civil, celle d'août 1670 au criminel, tel est le code auquel on se référait dans ces Conseils supérieurs; ce sont ces principes qui furent édictés par i'édit de 1711 constitatif d'un Conseil provincial à File Bourbon où jusqu'alors la justice n'avait pas ea de base fixe.

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