‹ Mémoire géographique sur la mer des IndesChapitre 2 sur 16 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

I. Divers systèmes des géographes grecs et latins sur la configuration de la mer des Indes. — Strabon, Ptolémée. — LMlc Lanka. — M. Isidore Geoffroy- Saint-Hilaire. — Limites de la mer des Indes de Ptolémée. — Ménuthias n'est pas Madagascar.

II. Décadence des conriaissacces géographiques. — Les Arabes adoptent généralement le système de la direction de la côte orientale de TAfrique de l'ouest à Test. — Exceptions à signaler.

m. Le système des climats, autre erreur des Arabes. — Confusion de la mer des Indes d*Ëdrisi.

La configuration générale de la mer des Indes a été de la part des géographes grecs et latins l'objet de deux systèmes. L'un remontant à une haute antiquité, représenté dans la science géographique par Strabon (1), limitait le continent africain, dans l'hémisphère boréal, à quelques degrés de l'équaleur ; en même temps, il supposait dans rhémisphère austral un vaste continent ou antichthonos pour balancer le poids des continents de l'hémisphère boréal. Cet antichthonos successivement relégué dans des régions de plus en plus méridionales, était encore dessiné au siècle dernier, sous le nom de terres australes, sur nos caries modernes, d'où l'ont fait

(1) strabon, liy. ii, ch. 34.

disparaître les navigations des marins célèbres du dix-huitième siècle. L'autre système, représenté parPtolémée (1), faisait de la mer des Indes une mer fermée. Quelques saVants attribuent cette dernière configuration à une théorie due à Hipparque : la séparation des mers, fondée sans doule sur la hauteur des marées dont la variation dans Ja même mer était alors peu observée ; mais on en trouve des traces dans des ouvrages antérieurs au temps où vivait Fillustre astronome (2). Peut-être l'inflexion constatée de la côte orientale de l'Afrique vers le sud-est, avant d'arriver au cap Prasum admis comme limite extrême de la navigation, et la direction nord-sud de la presqu'île Malacca décidèrentelles Ptolémée à adopter cette configuration, concordante avec la théorie d'Hipparque, en reliant par une terre qu'il appelle terre inconnue, les points extrêmes où s'arrêtaient les connaissances géographiques sur les côtes de l'Afrique et de l'Asie.

Des savants, plaçant dans l'Inde le foyer des sciences qui ont ensuite rayonné sur les peuples de l'Occident, ont admis, san^ développer leur opinion et sans préciser les faits sur lesquels ils Tappuient, que les Brahmanes sont les auteurs du système de Ptolémée (3). Pour motiver cette assertion, en la restreignant aux connaissances purement géographiques, il faudrait remonter à des temps mystérieux, antérieurs à la tradition brahmanique qui attribue à l'île Lanka^ dont Ceylan n'offre plus qu'un

(1) Ptolémée, liv. vii, ch. 2.

(2) Letronne. Journal des savants, année 1831.

(3) Reuben-Burrow. Recherches asiatiques, t. ii.

mince débris, une étendue de trente degrés (1). Gomme preuve postérieure, mais corrélative au bouleversement qui aurait fait disparaître un continent dans la ftier des Indes, les Indiens disent que Ceylan était réunie au continent par le pont de Rama, et les traditions singhalaises, qui se rapportent à des temps historiques, prétendent qu'autrefois Golumbo était à sept lieues de la mer.

D n'est pas sans intérêt de rapprocher de cette tradition les résultats d'une science moderne : la géographie zoologique ; résultats d'autant plus difficiles à établir et à compléter qu'on s'éloignera davantage des temps passés, par suite de l'expansion de la civilisation, des échanges nombreux qui en résultent, et de la destruction ou de la disparition des sujets qui pourraient faire découvrir des centres de création ou de distribution. Voici comment, à ce sujet, s'exprime M. Isidore Geotîroy-Saint-Hilaire (2) :

c( L'ile Maurice, sous le rapport des animaux qui la peuplent, ressemble à Flnde au moins autant qu'à TAfrique, quoique très-rapprochée de celle-ci et extrêmement éloignée non-seulement du continent, mais aussi des grandes îles de l'Inde.

» L'île Itfadagascar, placée entre Maurice et l'Afrique australe, et peu éloignée de ce vaste continent, en diffère d'une manière remarquable. Fresque tous ceux de ses oiseaux qui, pourvus d'ailes courtes ou même médiocres, n'ont pu se répandre à de grandes distances, ne se re-

(1) Ëtiraouf. Journal asiatique, année 1847.

(2)'l8idore Geoffroi-Saint*Hilaire^ Essais d9 zoologie générale^ p. 441.

trouvent en aucune autre terre. 11 en est de même de seschauves-souris.jSes reptiles, ses insectes offrent presque tous une physionomie particulière. Ses mammifères terrestres diffèrent non-seulement spécifiquement, mais presque toujours aussi génériquement, de tous ceux des autres continents. Aucun groupe voisin n'existe même dans TAfrique australe, et pour trouver les genres les plus rapprochés par leur organisation, c'est dans l'Inde continentale et insulaire qu'il faut aller les chercher. Il y a même quelques genres qui paraissent être communs à Madagascar et aux Moluques.

» En résumé, si l'on avait à classer l'ile de Madagascar seulement d'après ses produits zoologiques et sans tenir compte ni de son étendue ni de sa situation géographique, on devrait ne voir en elle ni une île asiatique ni une île africaine, mais bien une terre isolée et presque un quatrième continent; l'Amérique^ l'ancien continent, l'Australie étant les trois autres; et cette terre isolée, ce quatrième continent, différerait beaucoup plus encore, sous le rapport des animaux qui le peuplent, de l'Afrique dont il est voisin que de l'Inde, malgré la distance considérable qui sépare celle-ci de Madagascar. »

Quoi qu'on pense de ce rapprochement, la tradition brahmanique pouvait suggérer Tidée de l'antichthonos; elle était insuffisante pour autoriser à représenter la mer des Indes comme une mer fermée. Cependant c'est rattachées à cette forme que nous sont parvenues les connaissances des anciens; c'est encore rattachées à la même configuration, modifiée par une solution de continuité de la presqu'île Malacca, que nous sont parve-

nues les connaissances que Ton peut recueillir chez les auteurs et les géographes arabes.

La limite sud des découvertes des géographes anciens sur la côte orientale de l'Afrique, résulte des itinéraires de trois navigateurs : Diogène, Théophile, Dioscore. Les deux premiers avaient navigué depuis le cap des Aromates jusqu'au cap Raptum;lç troisième avait poussé sa navigation jusqu'au cap Prasum; ils donnaient à la côte parcourue la direction générale nord-sud. Les savants, tant anciens que modernes, ne se sont pas accordés dans la supputation de ces itinéraires, et par conséquent sur l'endroit qui correspond à Prasum. Théophile avait mis vingt jours pour revenir de Raptum à Aromata; il estimait sa navigation à 1 ,000 stades par nychthémère; en joignant aux 20,000 stades qui en résultaient, 5,000 stades, évaluation de la distance parcourue par Dioscore depuis Raptum jusqu'à Prasum, on avait, pour la distance de Prasum à Aromata, 25,000 stades qui, convertis suivant le degré [de 500 stades dont se servirent Marin de Tyr et Ptolémée, et déduisant la latitude nord du cap Aromata estimée par Marin de Tyr à quatre degrés, plaçaient le cap Prasum par quarante-six degrés de latitude sud (1).

Mari n dTyr réduisit cette latitude à celle du tropique du Capricorne ; et cela, ajoute Ptolémée, sans donner aucune raison de cette réduction.

Ptolémée, à son tour, révisa ces itinéraires, s'aida de nouveaux renseignements pris auprès des marins qui

(t}Ptolémée, liy. I, ch. 9.

fréquentaient les côtes de TÀzanie, connues d'eux sous le nom de Barbarie. La longueur du chemin parcouru ne devait êlre estimée que de 400 à 500 stades par nychlhémère. La côte ne se dirigeait pas juste au sud, mais vers le sud-ouest; du cap Raptum au cap Prasum, elle courait au sud-est (1); de plus^ dans les contrées voisines du cap Prasum^ la population était noire ; il y avait des éléphants , dés rhinocéros ; * ces conditions n'existaient pa$*dans Thémisphère boréal par la latitude du tropique du Cancer ; vers Méroé seulement commençaient les populations noires, les éléphants^ les rhinocéros ; et Ptolémée concluant de la symétrie des climats au sud et au nord de Téquateur, la similitude physique des hommes, des animaux et des plantes, soumis à l'influence des mêmes climats, et réciproquement, place Prasum par la latitude symétrique de Méroé, ou par 16*' environ de latitude sud.

Dans ses tables^ Ptolémée donne pour la position du cap Prasum 80** de longitude, et 15"* de latitude sud (2).

Ainsi donc^ la mer des Indes de Ptolémée (3) représente la côte de l'Afrique se dirigeant au sud-ouest, depuis le cap des Aromates jusqu'à Raptum, puis au sudest depuis Raptum jusqu'au cap Prasum, par IS"" de latitude sud; après ce cap, elle se dirige à l'est et va, comme nous l'avons dit, rejoindre la presqu'île Malacca (4).

(1) Ptolémée, liv.i,ch. 17.

(2) Ptolémée, liv. iv, eh. 9.

(3) Ptolémée, liv. i, ch. 9.

(4^ Ptolémée, liv. vu, ch. 2.

Dans celte mer, Ptolémée place au nord-est du Prasum, par 85° de longitude et 12° de latitude sud, Tîle Menuthias, qui, non moins que Rhaptum et Prasum, a été Tobjet des discussions des géographes modernes; quelques-uns ont voulu y reconnaître Madagascar, d'au* très, parmi lesquels est d'Anville^ ont pensé qu'elle correspond à Zanzibar; d'autres Tout reconnue dans des îles moins importantes. L'opinion de d'Anville est la plus accréditée; et sans doute on peut ajouter aux raisons qu'a données l'illustre géographe, non pour appuyer l'assimilation de Menuthias et de Zanzibar, mais pour qu^on ne puisse pas identifier Menuthias et Madagascar, que si Ptolémée, par les longitudes de 85* et de 80° qu'il donne à Tile Menuthias et au cap Prasum, a placé ainsi Menuthias à une dislance de la côte d'Afrique qui convient à Madagascar, il n'en est pas de même d'Arrien d'Alexandrie, auteur du Périple de la mer Erythrée (1).

Ce marchand navigateur, dans une phrase où se trouve l'énigmatique polysyllabe : lixevyiStwfiLfiLevouôefflaç , qui a exercé la sagacité des commentateurs, et que M. d'Avezac (2) explique si bien et si simplement en le décomposant ainsi : eV Ivyi SI âo Mevouôealaç, donne pour cette distance 300 stades équivalents à 8,5 ou 12 lieues marines, suivant la mesure que l'on choisira du degré de 700 ou de 500 stades, distance qui est trop grande, mais qui ne s'éloigne pas trop de la vérité, puisque le canal qui sépare l'île Zanzibar de la terre ferme mesure, dans sa

(1) Geographi graeci minores^ édlt. Didot, t. i, p. 271.

(2) D'Âvezac, Grands et petits géographes Grecs et latins ^ Paris, Arthus Dertrand, ^856.

partie la plus étroite, au moins 33 kilomètres (1) ; et . Tâuteur du Périple n'indique pas entre quels points est donnée la distance de 360 stades. D'après M. Guillain, Zanzibar est à une distance moyenne de 21 milles de la terre ferme.

Marcien d'Héraclée (2), postérieur à Ptolémée, mais, précisément pour cette raison, plus apte à donner un renseignement exact, dit. que Menuthias n'est pas éloignée du promontoire Prasum {non longé à PrasQ pro^ montoria distans).

Une autre considération tirée de la topographie de Menuthias, donnée par l'auteur du Périple de la roer, Erythrée (3), que Tile Menuthias est TaTteivii, hundUs et depressa^ basse et plaie, ne permet pas de la confondre avec Madagascar, île immense traversée dans sa longueur par une chaîne de montagnes qui sjélèvent jusqu'à la hauteur de 2,400 mètres (4) et même de 3,500 mètres (5).

Il n'est donc pas probable que les anciens aient jamais cité une île qui pourrait correspondre à Madagascar.

Après Ptolémée, la science géographique, au lieu de grands traités, ne nous offre plus que des abrégés, des descriptions particulières et des itinéraires; elle est stationnaire pendant plusieurs siècles^ puis subit l'influence

(1) Jablonski, Notes sur la géographie de Zanzibar; BuUetm de la société de géographie, année 1866.

(2) Geographi grœd minores^ 1. 1, p. 523.

(3) Ihid,, t. I, p. 270.

(4) Notices statistiqms sur les colonies françaises f année 1838.

(6) D'Avezae, Esquisse générale de l'Afrique, volume de VUnivers pittoresque.

delà décadeûcè de l'empire romain, et semble ensevelie au miliéfu des discordes politiques et religieuses qui préparent l'enlèvement de l'Egypte à l'empire d'Orient.

Dans la première moitié du sixième siècle, Cosmas, sumomnié Indicopleustes (1) (navigateur dans Flnde), mauvai&^osmographe, mais voyageur véridique, écrivait sa Topographie chrétienne « contre ceux qui veulent être chrétiens et qui croient avec les païens que le ciel est sphérique, )> Cosmas étend l'Afrique au-delà de l'équateur jusqu'aux limites maritimes du pays de Sasou, dont l'hiver, dit-il, correspond à notre été ; à part le plus ou moins d^étendue du continent africain vers le sud, Cosmas est partisan de Strabon : « LeZendi, commele savent tous :€eux qui ont^navigué sur la mer Indienne, est situé au-delà de la terre d'encens que nous appelons Barbarie, autour de»laquelle coule F Océan^ qui se répand dans le golfe Persique et Arabique. »

Jean d'Alexandrie (2), surnommé Philoponus (ami du travail), qui florissait vers l'an 604, sous l'empereur Phocas, et jusqu'après Tannée 641, tout en s'élevant contre ceux qui , sur la foi de folles traditions, croyaient à la communication de la mer Erythrée avec l'océan Atlantique, attendu que la chaleur excessive empêchait d'y naviguer, cherchait dans le premier chapitre de la Genèse l'explication du système dHipparque, relatif à la division de la mer en bassins séparés.

(1) Bernard de MontfaucoD, CoUectio nova Patrum et scriptorum grœcorum, t. Il; Voyageurs anciens et modernes, par Edouard Charton, t. ii, p« IQ, 14 et 15.

(2) Phifoponufl, In caput Geneseos, de mundi crealione lihri septem,, lib. iv.

L'opinion de Ptoléraée, quant à la direction de la côte de TAfrique, de l'ouest à Test, a été adoptée par presque tous les géographes arabes. Toutes les cartes produites dansTatlas Lelewel (1), sur lesquelles est dessinée la mer des Indes, portent cette direction ; ce sont celles de : Khftsdai fien Isaak Ibn-Sprot ; Abu Ishac Persa Istakri de 950 ; Abu Kassem Mohammed Ibn-Haucal (bagdadinus) de 977 ; Ibn-Iounis de 1005 ; Abu Rihan Birunensis de 1030; Edrisi de 1154; Abul Hassan Nureddin Ibu- Saïd (magrebinus granatensis^) de 1274; Omar Ben Muftir Ibn al Vardi de 1349.

L'opinion de Lelewel est la même quant aux autres auteurs arabes, dont, pour ménager l'espace de ses planches, il a supprimé la représentation de cette côte. Il y a certainement erreqr de la part du géographe polonais quant aux cartes d'Albyrouni et d'Ibn-Said, qui ne sont pas d'accord avec les textes dont elles devraient être la représentation fidèle.

Les navigateurs portugais ne sont pas les premiers qui aient fait disparaître de TEst et du milieu de la mer des Indes, la prolongation du continent africain ; ce travail avait été commencé par les Arabes. A n'examiner que quelques cartes de géographes vénitiens, antérieures à la découverte du cap de Bonne-Espérance par Barthé-

(1) Joachim Lelewel, Géographie du moyen âge, 4 vol. in-8<>, 1852. Atlas, 1850. Epilogue, 1857. ■

lemy Dias, on voit que la mer des Indes est ouverte dans sa partie naéridionalef ce qui ne peut être simplement la reproduction du système modifié de Strabon; trop d'éléments arabes y sont mis en œuvre pour ne pas en . reconnaître Torigine. Il n'est pas sans utilité de remarquer et de signaler le nom des géographes auxquels on doit rapporter ces progrès successifs.

•Le savant auteur de T Introduction à la Géographie d'Aboulféda (1) dit : « L'opinion d'Ertftoslhène et de Strabon fut adoptée par Albyrouni et Aboulféda, et telle paraît avoir été aussi la manière de voir d'Albateny et de Massoudy. »

Nous allons examiner ce point particulier. D'abord rappelons que pour aucun géographe arabe, la mer des Indes n'a été une mer fermée. A la pointe méridionale de la presqu'île Malacca et dans les îles voisines se faisait un commerce dont l'importance peut nous échapper, mais dont l'existence est incontestable et remonte à la plus haute antiquité. La construction élémentaire des bâtiments, la nécessité des approvisionnements obligeaient ce commerce à des étapes nombreuses, et lorsque les épiées ou les marchandises arrivaient à Ceylan, centre du commerce maritime de l'Orient et de l'Occident, elles avaient passé par tant de mains que leur origine en était pour ainsi dire inconnue; on citait quelques ports d'où elles venaient et on supposaitqu'ellesen provenaient. Le secret de cette provenance n'eût pas échappé à des

(1) Reinaud, Géographie d'Aboulféda^ traduite de Tarabe en français et aeeompagnée de notes et d'éclaircissements, t. i. Introduction générale à la géographie de#t)rientaux.

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marins grecs ou romains qui eussent navigué dans ces lointains parages. La mer fermée de Ptolémée n'est que la conséquence d'un système erroné et du peu de renseignements qu'ont pu lui fournir les marins de l'Occident sur les contrées orientales.

Il en était bien différemment pour les Arabes dont les premiers travaux géographiques ne datent que du huitième siècle; ^ès le milieu du septième, ils avaient doublé la presqu'île Malacca; dans la première partie du huitième, ils étaient établis en Chine. Pour eux les côtes de l'Asie étaient dessinées par une ligne légèrement ondulée où la position de la péninsule hindoustanique est trahie par la figuration de Tile Sélendib; mais oii l'on cherche vainement celle de la presqu'île Malacca. A cette erreur, qui leur est propre pour la. partie à l'est du Gange, ils ajoutèrent, quant à la direction de la côte de l'Afrique, l'erreur de Ptolémée, leur guide, dont la géographie avait élé traduite en arabe sous les auspices du khalife Al Mamoun (1). Marin de Tyr avait aussi été traduit en arabe (2) ; mais ces deux grandes autorités furent mutilées. Les géographes arabes retranchèrent de leur description de la côte orientale de TAfrique, la seule partie qui eût été discutée, en quelque sorte précisée, qui s'étendait du cap des Aromates, jusqu'au cap Prasum par quinze degrés de latitude sud, et conservèrent la seule partie non discutée, non précisée, et tellement discutable que Ptolémée l'appelle terre inconnue. Les cartes arabes étendaient la côte d'Afrique presque parallèlement aux

(OReinaaâ, introduction.

(2) Notices et extraits des manoserits de la bibliothèque du roi, t. vni, p. 147.

côtes de l'Asie, les unes jusque vei*s la longitude de la presqu'île Malacca^ les autres jusqu'à celle du Cambodje, laissant entre les points les plus rapprochés de l'Asie et de TAfrique vers l'extrême Orient, un canal maritime qui s'élargit peu à peu avec les connaissances plus certaines qu'on prit de ces parages; quelques auteurs ont même écrit que la côte de l'Afrique se terminait en face des îles de la Chine du côté du nord.

Ce qui établit la différence essentielle entre le système modifié de Strabon et celui modifié de Ptolémée, c'est la situation du gisement de la communication de la mer desIndes avec l'Océan environnant; cette communication, dans le système de Strabon, devant exister dans la partie sud-ouest de la mer des Indes ; tandis que, dans le système de Ptolémée, cette communication doit exister à l'est de cette mer et vis-à-vis des côtes de la Chine.

Il est une seconde observation à faire. M. Reinaud comprend Alestakry et Ibn-Haucal parmi les géographes qui ont suivi l'opinion de Ptolémée et (page cccx) dit : « A l'égard de TAfrique, Ibn-Haucal tient un tout autre langage que Massoudi, et il se déclare franchement pour le système de Ptolémée. Suivant lui, la côte d'Afrique qui est à la hauteur de la mer Rouge, tourne à l'est et se prolonge en face de l'Arabie, de la Perse, de l'Inde et de la Chine. »

De ce que Massoudi ne s'est pas servi des mêmes expressions qu'Ibn-Haucal, on ne peut arguer qu'il a adopté un système différent. D'un auteur qui décrit la merdes Indes avec quelques détails, énumérant les golfes qui en dépendent, les communications qu'elle a avec d'autres

. fr

mer8^ les continents qu'elle baigne, ses dimensions en longitude et en latitude, ne ressort-il pas que les côtes qui limitent cette mer au sud, quelle que soit leur latitude, sont en face de l'Arabie, de la Perse, de l'Inde et de la Chine? et ces côtes ne font-elles pas partie intégrante du continent de TAfrique si aucun bras de mer, aucun canal, ne les en sépare?

Ainsi donc, l'essentiel à constater, c'est le gisement de la communication ou des communications de la mer des Indes avec d'autres mers. Abordons cet examen.

Fragment d'Âlbateny. (Reinaud, Introduction, etc., p. cclxxxv.)

« On a déterminé l'étendue de la mer de Tlnde, et l'on a dit que sa Jongueur de Touest à l'est depuis les limites de l'Abyssinie jusqu'à celles de l'Inde était de 8,000 milles et sa largeur de 2,700 milles. Cette mer est censée dépasser Tîle où les nuits sont égales au jour (1), et s'étendre du côté du midi à une distance

(1) L'île où les nuits sont égales au jour. C'est une île imaginaire placée par les Hindous et les Perses sur la ligne équinoxiale ; elle est citée par les auteurs arabes sous les noms de coupole de la terre, Azin, Arin ; son méridien connu sous le nom de méridien d'Odjein (Oujein, capitale du Malwa), d'Azin ou d'Arin, était à égale distance des méridiens qui passaient Tun par la partie la plus orientale du monde habitable, Tautre par la partie la plus occidentale de ce même monde, lequel était supposé comprendre en longitude une étendue fixe de 180 degrés. A partir du méridien central d'Arin on comptait les longitudes orientales et occidentales.

On peut consulter les pages érudites que M. Reinaud a consacrées à ce sujet dans la préface de la traduction de la géographie d'Aboulféda (p. ccxlv et &uiy.)> Nous noterons que M. Reinaud parle en cet endroit, de la configuration strabonienne de la mer des Indes qu'il dit à tort avoir été adoptée par AIbateny et par Massoudi, configuration qui ne se relie pas à la situation d'Arin et en est complètement indépendante. La mer des Indes de ces deux auteurs

de 1^900 milles. Elle donne naissance à un golfe sur la côte de l'Abyssinie^ auprès du pays de Berbera, d'où le golfe a reçu le nom de Berbery. La longueur de ce golfe est de 500 milles et la largeur de sa route est de 100 milles. Un autre golfe s'avance du côté du territoire d'FJa et porte le nom de mer de Colzom ; sa longueur est de 1,400 milles, et la largeur de sa route, partie qui porte le nom de mer Verte, est de 200 milles; pour sa largeur, dans le principe, elle est de 700 milles. Un troisième golfe s'avance dans le pays de Farès, d'où il a été nommé le golfe Persique; on l'appelle aussi la mer de Bassora; sa longueur est de 1,400 milles. Sa largeur, dans le principe , est de 800 milles ; pour la largeur de sa roule, elle est de 150 milles. La mer Indienne à F endroit où elle est dans sa plus grande étendue f ^ -^ naissance à un quatrième golfe qui s' avance jusqu' à <r c^rrenctté de l'Inde et qui porte le nom de Canal Vert; sa longueur est de 1^500 milles.

» La mer Orientale prise en masse, je veux dire

la merdel'Inde et celle de la Chine, renferme mille trois cent-soixante et dix îles habitées; une de ces îles est placée à l'extrémité de la mer Orientale non loin de la Chine, c'est Tile de Taprobane, autrement appelée Serendyb; elle a 3,000 milles de tour; sa situation est en face de l'Inde du côté de l'est

n'est pas, noas allons le voir, bornée au nord de Téquatear comme celle d*Edrisi; aussi Edrisi ne parle-t-il pas d'Arln; pour ces deux auteurs la mer des Indes s'étend en latitude au sud de Téquateur beaucoup plus qu'elle ne s'étend au nord, et pour eux, la ligne équinoxiale peut par conséquent traverser l'île imaginaire d'Arin, sans que le système de la prolongation de la côte d'Afrique vers l'est s'y oppose.

» Quant à TOcéan occidental, appelé aussi la Mer environnante, on n'en connaît que les côtes ouest et nord, depuis Textrémilé de TAbyssinie; elles sont habitées et on les nomme aussi : îles des Bienheureux. »

D'après ces citations, les géographes, à l'époque d'Albateny, n'avaient sur l'île la plus fréquentée depuis plusieurs siècles par les Arabes, que des idées peu exactes, puisque cet auteur donne à l'île Ceylan 3,000 milles de tour ou 800 lieues marines.

Albateny donne au nom Abyssinie la même signification que les anciens donnaient au nom Ethiopie ; il déclare qu'on ne connaît de l'océan Occidental ou de l'océan Atlantique que la partie comprise depuis les îles Fortunées, situées en face de F Abyssinie^ jusqu'à la Bre- , tagne. Les parties méridionales de cet Océan sont incon- ^ nues, aussi ne pouvons-nous suivre (comme no' ' ' i

rons pour un fragment d'Aboulféda) les côtes î|Fi^.v.o^que baigne cet Océan inconnu.

Nous sommes donc réduits à ce que Tauteur dit spécialement de la mer de l'Inde. Cette mer a une longueur (de l'ouest à l'est) de 8,000 milles ou 106* 40' ; sa largeur est de 2,700 milles ou 36^ dont 1,900 au sud de Téquateur; elle est donc bornée au sud par une terre qui prolonge T Abyssinie de l'ouest à l'est sur le parallèle de 25^* 20' sud. Où est la communication de celte mer avec l'Océan environnant? Albateny dit qu'elle existe avec la mer de la Chine à l'extrémité de la prolongation de la côte d'Abyssinie vers l'est; et cette mer de Chine communique elle-même avec l'Océan environnant que, dans un autre passage, Albateny nomme

mer Verte. Il n'y a pas d'autre communication de la mer des Indes citée dans le fragment produit par M. Reinaud ; et si on remarque que le géographe arabe parle d'un quatrième golfe que forme la mer Indienne à l'endroit où elle est dans sa plus grande étendue, golfe qui s'avance vers test jusqu'à t extrémité de VInde, golfe qui porte le nom de canal Vert, et qui indique la connaissance du canal Mozambique, on se convaincra facilement que celte terre est bien la continuation de la côte de l'Abyssinie. Albateny a donc suivi l'opinion de Ptolémée.

Ajoutons un autre passage du même fragment : « Pour la terre, elle a été divisée en trois parties. La première partie (l'Europe) commence à la mer Verte (Océan en- ^H^ vironnant) du côté du nord, au canal qui sort de la ^ mer de Nytas (mer Noire) pour se rendre dans la grande mer (la Méditerranée) et au lac Méotide jusqu'à la mer de Nytas.

» La deuxième partie de la terre s'étend, du côté du midi, depuis la mer d'Egypte jusqu'à la mer d'Abyssinie. Ses limites sont à l'ouest la mer Verte ( l'océan Atlantitique , au nord la mer d'Egypte et de Roum (mer Méditerranée), à l'est Alarysch (mer Rouge), et au sud la mer d'Abyssinie. Elle porte le nom de Lybie. »

C'est pour n'avoir considéré que ce passage, que M. Reinaud a donné à la côte de l'Afrique d' Albateny la configuralion strabonienne qu'on voit à la planche de la page CCLXXXU. Aussi dans cette carte ne figure pas ce canal Vert formé par la mer Indienne à l'endroit où elle est dans sa plus grande étendue, vers l'extrémité de l'Inde. Ces renseignements pris isolément sont défectueux; ils

demandent à être réunis pour se compléter mutuellement. La diversité des interprétations ne peut naître que lorsque les renseignements se contredisent, et nous venons de voir que l'opinion de M. Reinaud est contraire, non-seulement à l'un d'eux, à la situation du canal Vert, mais par suite à tous ceux fournis par Albateny sur la mer des Indes.

Le géographe arabe donne à la mer des Indes qui avoisine la côte d'Afrique le nom de mer d'Abyssinie, de même qu'il étend le nom d'Abyssinie à tout le continent africain au sud de l'Egypte et des contrées septentrionales de l'Afrique. Massoudi est plus explicite encore qu'Albateny ; il donne à la mer des Indes le nom de mer d'Abyssinie : « 11 n'existe pas, dit-il, une mer plus grande; elle s'étend le long de Féquateur à partir des contrées les plus reculées des Abyssins du côté de l'ouest, jusqu'à l'extrémité de la Chine à l'est. » Et comme les mers prennent leurs noms des pays qu'elles baignent, on voit que la mer des Indes est appelée aussi mer d'Abyssinie, parce qu'elle est bornée au sud par le continent africain.

Fragments de Massoudi.

Voici comment Massoudi décrit la mer de l'Inde (1) :

« On a déterminé les dimensions de la mer de Tlnde

qui n'est autre que la mer d'Abyssinie ; sa longueur de

l'ouest à Test , c'est-à-dire de l'extrémité de l' Abys-

(1) Massoudi. les Prairies d'or, texte et traduction par MM. Barbier de Meynard et Pavei de Courteille, 1. 1.

sinie aux limites de l'Inde et de la Chine, est de 8,000 milles ; sa largeur diffère selon les localités, et elle varie entre 2^700 milles et 1,900 milles. » Ces dimensions ne diffèrent de celles données par Albateny que par la largeur qui, fixe chez ce dernier, est ici variable entre 36 et 25 'degrés de latitude.

Où est le gisement de la communication de cette mer avec rOcéan environnant? Le fragment suivant l'indique : « Suivant la plupart des auteurs, la mer environnante est la principale des mers et les autres en dérivent; plusieurs la confondent avec la mer Verte ; c'est la mer que les Grecs nommaient Océan. » Massoudi ne fait que répéter, dans ce passage, ce qu'a dit Albateny quant au nom de mer Verte donné à l'Océan environnant. «Ptolémée et les autres géographes n'ont pas pu, pour la plus grande partie^ en déterminer les limites. On sait que cette mer commence à l'extrémité des pays habités du côté du midi^ mais on ignore ses limites à l'ouest et au nord ; elle se joint à la mer de Chine du côté du pays du Zabedj, des îles du Maha-Radja^ de Schelaheth, etc. i>

Ainsi donc^ ce n'est pas la mer de Tlnde qui communique avec l'Océan environnant; la mer de l'Inde communique avec la mer de Chine, et la mer de Chine avec l'Océan environnant; la carte produite par M. Reinaud (pageCCXCI) n'est donc pas conforme au texte.

Nous devons ajouter qu'un passage de Massoudi fait connaître la divergence d'opinions qui existait déjà au dixième siècle entre les géographes et les marins. Après avoir donné les dimensions de la mer des Indes^ il s' exprime ainsi : ^ On donne encore relativement à l'étendue

de celte mer, différentes évaluations que nous passerons sous silence, parce que, aux yeux des gens du métier, elles ne reposent sur aucune preuve satisfaisante; quoi qu'il en soit, cette mer est la plus grande du monde habité. )> Et Massoudi a adopté le système des gens du métier (les géographes) qui établissent le gisement de la communication de la mer des Indes ou du midi avec rOcéan environnant, du côté de la Chine. Nous en fournirons une autre preuve dans une note du chapitre suivant.

Âlbyrouni ne garda pas les mêmes ménagements .

Fragments d' Albyrouni.

Nous avons à citer trois fragments d^Albyrouni; l'ordre que nous suivrons dans leur production est probablement l'ordre chronologique de la composition des ouvrages d'où ils sont tirés. Tous les trois énoncent la même opinion, mais avec des variantes qui montrent que la question a été successivement étudiée par ce savant.

1" fragment (1). « Les lieux situés sous l'équateur ne nous sont point connus, et la partie de la terre qui est habitée et qui est la plus avancée vers le midi se trouve à quelques journées au nord de la ligne équinoxiale. Sous l'équateur l'eau de la mer est épaisse, parce que la chaleur du jour enlève les parties les plus subtiles du liquide, ce qui empêche les poissons et les autres animaux d'y vivre. Ni moi, ni aucun des hommes qui se sont occupés de ce genre de recherches n'a ouï dire que

(1) Keinaud, lutroducliou, p. ccxxiv. Extrait du Traité dS'ères»

jamais personne ait navigué dans ces parages et en ait franchi les limites. Les mots ligne équinoxiale et égalité des jours et des nuits ont induit quelques écrivains en erreur et leur ont fait croire qu'en ces lieux l'air était constamment tempéré. Ds en ont fait une espèce de Paradis et se sont imaginé que des êtres d'une nature angélique les habitaient. »

Ce fragment nous reporte au système primitif de Strabon. Seulement on peut s'étonner que Massoudi et Albateny, au dixième et au neuvième siècle, ayant porté le continent africain jusqu'au delà du 25* degré de latitude sud, Albyrouni, au onzième siècle, le limite à quelques journées au nord de la ligne équinoxiale.

Second fragment (1). « Quant au côté du midi, la portion habitée du monde se termine au bord de la mer qui est aux deux côtés de la mer environnante. Cette mer est traversée par les navires et les parties de la terre qui la bornent sont habitées. Cette mer est entièrement couverte d'îles grandes et petites. La mer et le continent se disputent respectivement la place, et empiètent l'un sur l'autre. Du côté de F occident, le continent siavance dans la mer^ et ses côtes se prolongent au midi. C'est dans ces régions qui s'étendent en plaines que se trouvent les peuples noirs de Touest, qui nous fournissent des eunuques, ainsi que les montagnes de Comr où sont les sources du Nil. Les côtes et les îles voisines sont occupées par les peuples de race Zendj ; la mer forme du même

(1) Reinaud, Fragments Arabes et Persans inédits sur VInde. Extrait de Touvrage d'ÂlbyrouDi sur Tlnde, p. 96.

côté des golfes qui s^avancent dans les terres^ tels sont : le canal de Berbera, le canal de Colzoum^ et le canal de Farès. Le continent s'étend plus ou moins ^ers la mer, dans l'espace qui sépare ces canaux. Dans la partie orientale de la mer du midi, [c'est la mer qui s'avance dans les terres dans la direction du nord, de la même manière qu'auparavant la terre s'avançait dans la mer du côté du midi), la mer forme en plusieurs endroits des golfes et des baies. )>

<x La mer du midi reçoit différentes dénominations ; le plus souvent ces dénominations sont empruntées aux îles que la mer baigne, ou aux terres qui se trouvent en face. Pour nous^ nous n'avons à parler que de la partie de la mer du midi qui borne la terre de l'Inde et qui en conséquence a été appelée mer des Indiens. »

Ce dernier alinéa ne semble-t-il pas une critique des fragments précédemment cités de Massoudi et d'Àlbate^ ny? Quant au premier alinéa, l'auteur ne dit plus que l'Afrique est limitée au nord de la ligne équinoxiale. À la vérité il ne dit pas de combien de degrés elle s'étend au sud do l'équateur ; mais les passages que nous avons soulignés donnent à l'Afrique méridionale et à la partie orientale de TAsie, une délinéation vague, dont l'orientation conforme à celle que nous leur connaissons aujourd'hui, ne se retrouve ni dans les textes, ni dans les caries des géographes venus avant et après lui, pas même dans Ibn-Said.

Le troisième fragment que nous avons à produire est plus remarquable encore, bien qu'Albyrouni sacrifie aux géographes de son temps, aux gens du métier, comme

di$ait Massoudi, en Ifmitant la mer des Indes au sud» par des terres dont il n'avait pas parlé dans les fragments précédents.

Troisième fragment(l]. « La grande mer, au midi du monde habitable^ communique avec la mer Orientale et reçoit différents noms, suivant les pays qui la bordent ou loi îles qu'on y rencontre. La mer du Midi commence h la Chine et se dirige le long de l'Inde, vers le pays des Zendj. Ses côtes vers le nord sont inhabitées, et celles qui la bornent au md sont restées inconnues ; car elles n'ont été visitées par aucun navigateur, et les peuples qui habitent les îles voisines ne nous ont fourni aucun renseignement à cet égard. La partie extrême que visitent les personnes qui naviguent sur la grande mer du midi du côté du cou* chant, c'est Sofala, dans le pays des Zendj, Les navigateurs ne dépassent pas cette limite ; la cause de cela est que la mer du côté du nord-est s'avance dans la terre ; elle y pénètre en plusieurs endroits, et les îles dans ces endroits sont nombreuses. Au contraire , du côté du sud-ouestj et par forme de compensation^ le continent s'avance dans la mer ; ce lieu est occupé par les nègres de l'Occident; il s'étend au-delà de Téquateur jusqu'aui: montagnes de Comr oii le Nil prend sa source. A partir de cet endroit, la mer s'avance entre des montagnes et des vallées qui montent et descendent. L'eau y est continuellement mise en mouvement par le flux et Ip refllix de la naer ; et les vagues s'^entre-choquant, les n^vire§ sont pais en pièces. Voilà pourquoi on n'y navjgyp pa(».

(1) Âboulféda, traduction par M. Reinaud, p. 14 et 15.

Gela n'empécbe pas la mer du Midi de éommuniquer avec Tocéan Atlantique à travers ces passages étroits, et par l'espace qui se trouve derrière ces montagnes du côté du sud. On a des preuves certaines de cette communication, bien que personne n'ait pu s'en assurer par ses yeux. »

Ainsi, la mer des Indes d'Albyrouni est bornée au nord par les côtes de l'Asie ; à l'ouest par les cétes de rAfriqué; au sud par des terres inconnues, isolées de l'Asie et de l'Afrique ; elle communique à l'est avec la mer Orientale et au md-omst^ avec T océan Atlantique. On reconnaît aisément aux derniers détails du fragment, la mer tourmentée du canal Mozambique, les montagnes ou les îles qui regardent l'Afrique et ces passages, qui, soit en dehors, soit en dedans de ces îles par rapport au continent, conduisent sinon à l'océan Atlantique, du moins à la mer dangereuse tjuiavoisine le cap Corrientes. C'est encore plus loin, et au sud de ces montagnes qu'est l'endroit où la mer des Indes coniimunique avec Tocéan Atlantique. Quoique ôbsctirément désignée, cette communication est positivement indiquée.

Albyrouni nous 'paraît être le premier géographe arabe qui ait commis une témérité géographique aussi remarquable.

Fragments d'Aboulféda.

Aboulféda(l). « La mer environnante s'étend à partir des côtes du Magreb Alacsa (Maroc), dans la direction du midi, jusqu'^au delà des déserts desLamtounas. Ce désert

(1) Aboulféda, p. 23.

qui est occupé par les Berbers, se prolonge entre la limite du Magreb et celle du pays des nègres. Ensuite la mer se dirige vers le midi, le long de contrées inhabitées et non frayées, jusqu'au midi de la ligne équinoxiale ; puis elle tourne vers TOrient derrière les montagnes de Comr où le Nil d'Egypte prend sa source, et elle baigne la partie méridionale du monde ; de là, elle se prolonge dans la direction.de TOrient, le long des contrées inhabitées derrière le pays des Zendj ; là elle prend une direction nord-est et s'étend jusqu'à la mer de Chine et de l'Inde. »

Qu'on suive attentivement ces indications, et on s'assurera que c'est le système de Plolémée qu'Aboulféda reproduit dans ces lignes. Il ne faut pas se laisser induire en erreur par la direction au nord-est que celte description donne à la côte extérieure, en la comparant avec la direction de notre côte orientale d'Afrique. Cette direction est celle que prendra forcément la côte extérieure lorsqu'elle s'élèvera vers le nord, pour aller se terminer vis-à-vis de la Chine ou d'autres régions orientales de l'Asie. Cette direction au nord-est a lieu dans la description d'Aboulféda, non pour la côte des Zendjs^ mais pour la côte des pays situés derrière le pays des Zendjs; les mots qui suivent ôtent toute incertitude, s'il pouvait y en avoir, puisque de la mer environnante on passe dans la mer de Chine d'abord, puis dans la merde l'Inde. Dans cette citation, d'Aboulféda, nous avons supprimé le mot Zanguebar placé entre parenthèses, par M. Reinaud, pour expliquer le mot Zendj, parce qu'il aurait pu nuire à rinlelligence du texte; car Aboulféda, comme plu-

sieurs de ses prédécesseurs, désigne par le mot Zendj, toute la côte de l'Afrique, tant le Zanguebar que le Sofala.

L'appréciation que nous venons de faire du fragment précédent d'Aboulféda, ressort encore clairement du fragment suivant du même auteur, que nous extrayons des : Etudes publiées par M. Dulaurier, dans le journal asiatique (1): a Description sommaire A^lamer qui sort de r océan Oriental, en s étendant jusqu à T ouest. C'est la mer qui coule de la mer Océane, depuis la partie la plus reculée de la Chine orientale, laquelle na d autres limites à l'est que la mer Océane. Elle se dirige à l'ouest jusqu'à Colzoum par 56 degrés et demi de longitude. La longueur de cette mer, depuis lextrémité de la Chine jusqu'à Colzoum, est d'environ 124 degrés. Si tu les multiplies par vingt-deux et deux neuvièmes, ce qui forme les parasanges contenues dans un degré, suivant l'opinion des anciens, il en résulte la longueur de cette mer en parasanges, au nombre de 2,748 environ. Cette mer prend le nom des pays qu'elle baigne. Son extrémité orientale se nomme mer de Chine, parce que cette contrée est sur ses bords. La partie qui est à l'occident de la mer de Chine prend le nom de mer de l'Inde, parce qu'elle touche à l'Inde ; puis vient la mer de Farès, ensuite la mer de Berber, connue sous le nom de golfe Berbérien et enfin la mer de Colzoum. »

(1) Oulaurier, études sur l'ouvrage intitulé : Relations des voyages faits par les Arabes et les Persans dans l'Inde et à la Chine dans le neuvième siècle de l'ère chrétienne, avec une Introduction par M. Reinaud. Journal asiatique, année 1846. Voir également Aboulféda, p. ?5.

Quant à la configuration de la mer des Indes, voici en-* core ce que dit Aboulféda (1) ; « La mer Verte est la mer de rinde ; elle a à l'orient la mer de Chine ; au nord, les régions de llnde ; à l'occident, le pays de l'Yemen ; quant au côté du midi, on ne le connaît pas; car cette mer s'étend vers le midi jusqu'au delà de la ligne équino^liale ; c'est là que se trouve l'île de Serendib (Ceylan) , ainsi que nous le dirons plus tard, s'il plaît à Dieu. » Et Aboulféda termine ce qui est relatif à la mer des Indes, par ces mots ; « Dans le traité de F arrangement du quart habité du mondey ouvrage attribué à Ptolémée et qui fut traduit en arabe pour le khalife Àl-Mamoun, il est fait mention de la longitude et de la latitude des limites de cette mer. Nous en avons examiné une partie, et comme les nombres ne s'accordaient pas avec les faits, nojis avons laissé le tout de côté, d

L'appellation de mer Verte donnée par Albateny et Massoudi à l'Océan environnant, est ici appliquée spécialement à la mer de llnde. Aboulféda, tout en déclarant ne pas connaître la partie méridionale de cette mer, ajoute qu'elle s'étend vers le midi jusqu'au delà de la ligne équinoxiale, ou, en d'autres termes, qu'elle est bornée au sud par des terres dont il ne peut fixer la latitude; mais cette abstention ne détruit en rien le fait énoncé qui résulte des fragments produits.

Nous ne nous étendrons pas davantage sur ce sujet. Quelques développements nécessaires, quant à Edrisi et Ibn-Said, seront produits ci-après et au chapitre IV. Nous

0) Aboulféda, p. 27.

nous résumons ainsi : La plupart des géographes arabes ont adopté pour la direction générale de la côte orientale de rAfrirjue, la direction ouest-est jusqu'à l'extrémité du continent asiatique, et n'ont différé d'opinion que par le plus ou moins d'étendue en latitude qu'ils ont donné à la mer des Indes. Albyrouni a mentionné la communication de cette mer, par le sud-ouest, avec l'océan Atlantique ; son opinion, quoique exprimée avec une grande conviction^ a disparu devant l'autorité et la célébrité d'Êdrisi, qui, sans tenir compte de ce qu'avaient écrit ses prédécesseurs^ ramena la côte d'Afrique au nord et le long de la ligne équinoxiale. Ibn-Said, moins bien renseigné qu' Albyrouni quant au gisement de cette côte depuis le cap Gardafui, a suivi, en partie Edrisi ; s'en est complètement séparé à Mozambique; a repris au cap Corrienles l'opinion d' Albyrouni qu'il a exprimée d'une manière plus large, et au sud de l'île Comr a ouvert complètement la merdes Indes qu'il appelle l'Océan environnant; puis Aboulféda, le Ptolémée de la géographie arabe, tout en conservant les améliorations d'Ibn-Said, quant à la partie de la côte décrite par lui , a montré l'océan environnant baignant d'une manière continue la côte du continent africain, depuis le Maroc jusqu'à la mer de Chine.

La mer des Indes a été défigurée chez les géographes arabes, non-seulement par la direction à l'est de la côte

orientale de l'Afrique, mais aussi par le système des climats qu'ils ont enté sur cette côte.

Chez Ptolémée, c'étaient là deux idées bien distinctes. Peu importait, en effets si une région était inhabitable, qu'elle fût terre ou mer. Des géographes anciens, et parmi eux, Eratosthène et Polybe avaient soutenu que sous l'équateur des pluies abondantes provenant des deux hémisphères, rendaient ces régions plus tempérées que les environs des tropiques (1). Après eux, Hipparque, Marin de Tyr et Ptolémée^ quoique différant de sentiment quant à la zone torride, reconnaissaient, selon les enseignements de la science astronomique vérifiés par les voyages de quelques marins et les relations de quelques expéditions militaires, la symétrie des climats au sud et au nord de Téquateur. Marin de Tyr et Plolémée avaient constaté que la côte de l'Afrique était habitée sous la zone torride et jusqu'au IS'' degré de latitude sud, limite extrême de la navigation.

Pour trouver chez les Arabes l'exposition des vrais principes, on est obligéi d'arriver jusqu'au quatorzième siècle. Aboulféda (2) dit : « qu'un point sur lequel s'accordent la masse des astronomes, c'est que la terre se divise en cinq zones séparées par des cercles parallèles entre eux et parallèles à l'équateur. A l'égard des deux zones tempérées, deux de ces cercles marquent la limite de la partie du monde qui est inhabitable à cause de la violence du froid, ce sont les deux cercles qui avoisinent

(1) Straboo, liv. ii.

(2) Aboulféda, p. 6 et 7.

— soles pôles. Cette partie se compose de deux portions sous forme de timbales, dont Tune est située au nord et l'autre au midi, l'une et l'autre jouissent d'une température modérée. Celle située dans l'hémisphère boréal est celle où sont les climats, mais celle du midi est, à ce qu'on dit, couverte par les eaux. »

Quant au point de départ de ces climats, voici ce que dit Âboulféda (1) : « On s'est partagé au sujet du commencement des climats. Quelques-uns ont fait commencer le premier climat à l'équateur, et ont fait finir le septième là où la terre cesse d'être habitable ; mais d'après l'ordre généralement adopté et qui est suivi par les auteurs les plus exacts, le premier climat commence au 12* degré et deux tiers de latitude septentrionale, et le septième finit au 50* degré et deux tiers de latitude ; c'est le dernier ordre que nous avons suivi dans cet abrégé. »

Le système des climats, fondé primitivement pour l'utilité de la géographie, par les Grecs, sur la croyance à l'inhabitabilité de certaines régions du globe, ne tarda pas à être en contradiction avec l'extension des connaissances géographiques. De même que la zone terrestre comprise entre l'équateur et le parallèle sud du premier climat, fut d'abord considérée par quelques géographes comme une zone supplémentaire au premier climat ; de même Ibn-Said, d'après les observations faites par le voyageur Ibn-Fathima, établit, au sud de l'équateur, une zone supplémentaire au premier climat qu'il fait partir

(1) Aboulféda, Géographie^ p. 9.

— aide Féquateur, et donne la description du monde habité, à partir du 17* degré de latitude méridionale (4 ) : son premier climat commence à Téquateur; le second par 16'^27'; le troisième par 24M', etc. ; tandis que des géographes postérieurs, tout en étendant les contrées habitées au-delà de l'équateur, aussi loin qu'Ibn-Said, maintiennent leur premier climat par 12^40' de latitude septentrionale*

En dehors de ces différences d'appréciation, quant au point de départ des climats, les saines notions que nous avons relatées, ne sont bien exprimées que dans la géographie d'Aboulféda qui s'étend sur la symétrie des climats au sud et au nord de l'équateur, mais ne remontant pas jusqu'aux anciens pour leur en attribuer le mérite, semble en faire honneur aux astronomes arabes : « Nassir Eddin de Thous a établi cette vérité contre les raisonnements des auteurs arabes. La différence du volume du soleil, suivant que cet astre se trouve dans son périgée ou dans son apogée, n'est pas accessible aux sens; d'où il serait étrange que de deux lieux dont la situation est tout à fait analogue, l'un fût habité, et l'autre ne le fût pas. »

On ne retrouve pas l'exposé de ces principes dans tous les auteurs arabes postérieurs à Abouiféda. lacout, non l'auteur du Mouschtarik^ mais l'auteur d'un autre ouvrage (2), et qui vivait en l'an 1403, expose que ce qui

(Ij Reinaud^ IntroductioD, p. cclx&yii.

(2) lacout, Exposition de ce q^'il y a de plus remarquahU sur la terre et des merveilles du roi tout-puissant. Notices et extraits des manuscrits de la bibliothèque du roi, t. II, p. 392.

éîst au-delà du septième climat est inhabitable à cause du froid ; on n'y voit ni plantes ni animaux ; l'hiver, pendant lequel régnent d'épaisses ténèbres, et tout est glacé, dure six mois. Dans la partie apposée , ou le midi, sous le cercle de Sohayl (Canope), il y a sise mois d'été, pendant lequel Tair est brûlant et ernpoisonné; les plantes ne peuvent y croître, et les animaux y vivre . »

Si nous remontons aux siècles antérieurs à Aboulféda, nous trouvons cette croyance à l'inhabitabilité des régions au sud de l'équateur, soutenue par le représentant le * plus renommé de la géographie arabe. Pour Abpulféda, si la partie méridionale du globe est inhabitée, c'est que : « elle est occupée par les eaux. » Pour Edrisi, il en est différemment (1). « La totalité de la population du globe habite la partie septentrionale ; les régions qui sont au sud sont abandonnées et désertes à cause de la chaleur des rayons du soleil ; ces régions étant situées dans la partie inférieure de l'orbile de cet astre, il en résulte que ^ les eaux se dessèchent et qu'il y a absence de toute

espèce d'êtres vivants ; car les animaux non plus que les plantes ne peuvent vivre que là où il se trouve de Teau et de la fraîcheur. »

. Une fois le système des climats admis, tout pays habité et situé au sud du monde habitable, se trouvait ^rcéraent placé dans les limites, imposées au premier climat. Telle est l'erreur qui, en l'absence d'observations astronomiques, a, pendant longtemps, entravé les progrès

(!) Géographie d'Edrisi, traduite de Farabe en français, d'après deux manuscrits de Ja bibliothèque du roi et accompagnée de notes, par P. Amédée Jaubert, p.2, 3.

de la géographie quant ^ la côte orientale de l'Afrique ; elle est personnifiée au ^suprême degré dans Edrisi. Ce géographe ne donne pas les latitudes de ses climats; celles très-diverses qu'on pourrait induire de ses descriptions ne supporteraient pas un long examen, en les supposant déterminées par la demi-heure du jour solsticial qui^ selon les conventions établies, devait diflérencier la position des parallèles sud des climats contigus. La totalité de la mer des Indes est contenue dans son premier climat ; voici comment il la décrit (^) : «Les sept climats sont traversés par sept mers.... La première de ces mers située dans la partie habitable du globe, est la mer de la Chine et des Indes, du Sind et de l'Yemen. Elle s'étend à partir de TOrient et du 13' degré de latitude, au-dessus et le long de la ligne équinoxiale ; elle baigne la Chine, puis l'Inde, puis le Sind^ puis le midi de l'Yemen et se termine au détroit de Bab-el- Mandeb. C'est là sa longueur, et d'après le rapport des voyageurs dignes do foi, des navigateurs qui s'y sont hasardés, et des personnes qui ont fait voile d'un pays à un autre, depuis la mer Rouge jusqu'au Wak-Wak^ -■ cette longueur est de 4,500 parasanges. »

Depuis plus de deux cents ans, Massoudi avait dé* " claré inadmissible cette évaluation de 4,500 parasanges qui est même en contradiction avec la longueur du monde habitable fixée dans la dixième section du pre- . mier climat d'Edrisià 180 degrés, et encore à cette longueur faudrait-il ajouter la largeur de l'Afrique depuis le détroit de Bab-el-Mandeb jusqu'à la côte occidentale de

(1) Géographie d'Edrisi, p. 2, 3 et 4.

ce continent. Dans cette partie de sa géographie, Edrisi parait avoir produit, avec des,.piatériaux plus modernes, des matériaux très-anciens, sans qu'il ait pu les coordonner. Aussi sa mer des Indes où les îles sont quelquefois portées en double, avec des dimensions exagérées et juxtaposées de manière à les faire tenir dans l'espace climatériquement limité où elles devaient trouver leur place, présente-t-elle une confusion plus facile à constater qu'à débrouiller. De là résultent deux sortes de mesures employées dans l'évaluation des distances; les unes provenant des données fournies par les marins, mesures trop grandes^ estimées en suivant les terres, ou en franchissant les baies, rarement dans une navigation en haute mer; ce sont les moins inexactes; les autres, travail du géographe, sont prises après la confection de sa carte, selon l'espace réduit que l'insertion forcée des îles laissait entre elles. Plus on arrive vers les parties orientales, plus la confusion est grande ; l'Afrique et l'Asie se confondent; Daghouta (Sofala) touche au pays de Wac- Wac qui est voisin de l'île Djalous dont les habitants sont zendjes, ile que ce géographe décrit parmi celles qui dépendent de l'Inde, et qui est voisine de Sumatra; sur cer- * taines cartes, l'Alrique est appelée Inde; la distinction entre les îles qui appartiennent à chacun de ces continents est de plus en plus difficile, et les descriptions de ces îles ainsi mêlées renferment des attributions propres ensemble aux contrées orientales et méridionales de TAsie, et à celles du continent africain.

En présence de cette configuration de la mer des Indes, toute raison est superflue pour faire saisir que les Arabes

n'ont effectué^ pendant longtemps^ leurs navigations qu'en suivant les côtes.

Il y a eu cependant progrès dans leur navigation. La lenteur de ces progrès est due à l'état primitif des sciences qui concourent à la construction et à la direction des navires ; elle s'explique aussi par le peu d'instruction des marchands navigateurs ; non qu'il n'ait pu y avoir parmi eux quelques marins d'une certaine habileté relative, mais leurs pratiques plus éclairées n'ont souvent été utiles qu'à leurs intérêts, puis ont disparu avec eux. On peut rémarquer chez les premiers géographes en date, des contrées mieux indiquées par eux que par les géographes qui les ont suivis. Nous allons essayer de donner un aperçu de ces progrès.

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