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intestines et barbares que le rebelle Banschoua déchaîna contre la dynastie des Thang (1). D'après Massoudi (2), le commerce ne fut pas interrompu; « ce n'est, dit-il, que depuis qu'on ne peut plus compter sur la justice des gouvernants et la pureté de leurs intentions, qu'on se rencontre sur le point intermédiaire de Killah. »
Les auteurs arabes mentionnent aussi une navigation particulière qui s'effectuait de la mer d'Oman ou du golfe PersiqueauxLaquedives et aux Maldives. Ces îles, connues des Indiens depuis une haute antiquité, sont mentionnées par Ptolémée qui, sans leur donner de nom générique, porte leur nombre à mille trois cent soixante-dixhuil, et en nomme dix-neuf qu'il place entre le douzième degré de latitude nord et le sixième degré de latitude sud (3), ensemble de latitudes qui se rapproche assez exactement de celui des groupes réunis des Laquedives et des Maldives ; mais les longitudes relatives que le géographe leur attribue, les distribuent à l'est, à l'ouest et au sud de Ceylan et détruisent ainsi le gisement général qui leur convient. Cosmas (4), les mentionne vaguement dans la phrase suivante : « Taprobane est une grande île de l'Océan, dans la mer de l'Inde; les Indiens l'appellent Sielediva (5), les Grecs: Taprobane (6), Autour d'elle
(1) Voyageurs anciens et modernes^ par E. Gharton, t. ii, p. 121.
(2) Massoudi, les Prairies d'or, t. i, p. 308.
(3) Ptolémée. Géographie^ liv. tu, ch. 4.
(4) Voyageurs anciens et modernes, par Ë. Gharton. t. ii, p. 27.
(5) Vile ava lions de Fa-Hian, ou d'après M. ReiDaud, plutôt île du lion, en sanskrit (Sinliala-doulpa) , nom converti en Sieledi?a par Cosmas, et d'où encore Selendib et Serendib donnés à Geyian.
(6) Nom dont Langlès, {monuments anciens et modernes de Vlndoustan, 1. 1,
sont groupées une foule de petites îles très-rapprochées les unes des autres^ qui toutes ont de l'eau douce et produisent des cocos (1).
Le voyageur Soleyman, au milieu du neuvième siècle, en parle sous le nom de Dybadjat ; il en porte le nombre à mille neuf cents. Voici quelques détails produits par Abou-Zeyd, dans son complément au voyage de Soleyman ; nous nous bornons à ceux qui intéressent les pro-* grès de la navigation {2) : « On trouve dans llnde des personnes qui, par principe de religion, se rendent dans les îles qui se forment dans la mer, et y plantent des cocotiers; elles se louent pour tirer de Teau des puits, et quand un navire passe dans le voisinage, cette eau sert à rapprovisionner. Il part de l'Oman des hommes pour les îles où croît le cocotier ; ils apportent avec eux des outils de charpentier et les autres outils analogues; ils coupent le nombre de cocotiers qui leur est nécessaire, et quai\d le bois est sec, ils le débitent en planches ; en même temps ils filent les fibres du cocotier et en font des cordes qui servent à coudre les planches ensemble ; avec les planches on forme le corps du navire et les mâtures ; avec les feuilles, on tisse les voiles ; avec les fibres, on fait les câbles ; quand le navire est achevé, on le remplit de cocos et on retourne dans l'Oman où se vend la cargaison. Ces expéditions procurent de grands bénéfices, vu que, pour ce qui entre dans le voyage, on n'a besoin de recourir à personne. »
p. 232), donne l'origine suivante : Tapou-Ravana ; (ile de Ravana, tyran qui régna jadis sur Ceylan) , d'où par corruption Tapro-bane.
(1) Voyageurs ancieni et modernes^ d'Ed. Gharton, t. ii, p. 27.
(2) Ibid.,t.ii,p.99 Î4Î, 148.
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Âlbyrouni (1), au onzième siècle^ parlant des îles Dybadjat, les divise en deux catégories : Divah-Kouza, c'està-dire île des Cauris, à cause de ces coquillages ou porcelaines qu'on ramasse sur les branches des cocotiers que l'on fixe dans la mer pour les recueillir, et qui servaient de monnaie; et DivahKambar, du mot kambar qui désigne le fil que l'on tresse avec les fibres du cocotier et avec lequel on coud les navires. Bien que cette division paraisse se rapporter à deux branches d'industrie, l'aptitude semblable de ces îles quant à ces deux produits peut faire penser qu'il y a dans cette division une indication géographique. Les groupes des Laquedives et des Maldives laissent entre eux plusieurs solutions de continuité, connues peut-être des seuls marins de l'Oman^ mais qui ne sont pas mentionnées par les auteurs arabes, et qui ne paraissent pas avoir été utilisées dans la navigation, évidemment à cause de l'imperfection des procédés nautiques ; car il est assez naturel de penser que si le pilote Malemo Cana (2), qui conduisit Yasco da Gama de Mélinde à Calicut, eût connu ou pratiqué ces passages, il nVùt pas allongé sa route en passant par le nord des Laquedives. Selon la coutume du temps, il commença par s'assurer du continent dans les environs de Goa, puis s'éloigna de la côte en se dirigeant au sud-ouest, et Malemo Cana, pilote habile du Guzarate^ malgré son expérience de cette mer, manqua (Jalicut de
(1) Reinaud. Fragments Arabes et Persans^ relatifs à Vlnde, antérieurement au onzième siècle de l'ère chréUenne.
(2) Barros. Da Asia. Décade 1, livre iv, ch. 6.
deux lieues (1). Ces passages entre les Laquedives et les Maldives furent pratiqués pour la première fois vers 1 508, par les Maures^ lorsque les vaisseaux portugais, qui venaient atterrir à la côte Malabar, avec ordre de s'emparer de leurs navires, les obligèrent à trouver une nouvelle route ; c'est alors (Qu'ils utilisèrent ces passages et se rendirent à Ceylan et à Sumatra en doublant les Maldives par le sud-ouest (2).
Passons maintenant à la côte orientale de l'Afrique.
Pour faciliter la lecture, nous ferons, avec des endroits bien connus aujourd'hui, quelques assimilations de lieux peu connus et désignés par des noms différents chez les auteurs arabes ; nous nous abstiendrons pour le moment de justifier ces assimilations; premièrement, parce que cette justification nous entraînerait dans des appréciations et des rapprochements longs en raison des lacunes, de l'obscurité et du peu de concordance des textes ; secondement parce que, après une étude consciencieuse, ces assimilations, quoique inexactes, s'écartent peu des positions auxquelles, pour plus de clarté, nous les substituons, et que cette approximation suffit au but que nous nous proposons.
Nous avons dit que la navigation sur la côte orientale de l'Afrique remonte à une haute antiquité. Ses difficulté
(1) Cest par erreur que Diogo Kopke et Ant. da Costa PaiTa, eu ajoutant une carte à leur publication du routier du Yoyage de Vasco da Gama, attribué à Alvaro Vel^o, ont tracé Titinéraire passant entre les Maldives et les Laquedives, et se dirigeant ensuite au nord-est pour se rendre à Calicut. La traduction de ce routier et la carte annexée font partie de la collection des Voyageurs anciens et modernes^ de E. Cbarton.
(2] Oarros, décade 1, liv. x; ch. 5, p. 423.
ne sont pas aussi grandes que sur les côtes de F Asie, dont chacune a son régime particulier. Les moussons soufflent dans la direction générale de la côte. La mousson du nord-est conduit directement dans les contrées les plus méridionales. Celte condition et les courants, qui généralement portent au sud, expliquent suffisamment la possibilité^ dans les temps anciens^ de la navigation des Arabes et des Phéniciens jusqu'au Sofala, l'Ophir de l'Ecriture Sainte ; on en revient aussi facilement par la mousson du sud-ouest. Ces facilités ne sont pas telles que Massoudi, qui a^ait fait le voyage de TOman à l'île Cambalou, en Tan 304 de l'Hégire, n'écrivit, en parlant des mers de l'Inde et de la Chine (p. 242} : « Ici, le vent qui sort du fond même de la mer, gonfle et soulève les vagues, comme l'eau d'une chaudière placée sur des matières combustibles. Ailleurs, le vent si redoutable au navigateur sort du fond et se combine avec la brise de terre, et ne provient pas du fond sous-marin. » La première phrase se rapporte évidemment aux typhons de la mer de Chine ; la seconde se rapporte aux courants en généi^al. Le même auteur, en parlant spécialement de la mer des Zendj, dit (p. 233) : « J'ai navigué sur bien des mers : la mer de Chine, de Roum (Méditerranée), des Khazars (mer Caspienne), de Kolzoum (mer Rouge) , et de Yemen ; j'ai couru des dangers sans nombre ; mais je n'en connais pas de plus périlleuse que cette mer des Zendj, dont nous venons de parler. »
Certains endroits de cette mer étaient périUeux à cause des courants rapides entraînant les navires contre des caps que les auteurs arabes mentionnent fréquemment
sous Je nom de montagnes d'aimant^ qui attiraient les navires et les mettaient en pièces. Ces périls, surtout dans le canal Mozambique, relatés dans des descriptions saisissantes d'expression, laissent supposer des sinistres dont ces parages furent le théâtre. Le cap Corrientes, nommépareuxcap du Repentir, fut doublé. Edrisi (1) décrit les côtes méridionales du canal Mozambique. Après le pays de Sofala où est Dagbouta, qui correspond à la ville de Sofala, vient, dit-il, « le pays de Wac-Wacoù sont deux villes misérables et mal peuplées, à cause de la rareté des subsistances et du peu de ressources en tout genre ; l'une se nomme Derou et Taulre Nehbena. Dans le voisinage du pays de Wac-Wac est un grand bourg nommé Dar'gha ; les naturels sont noirs, de figure hideuse, de complexion difforme; leur langage est une espèce de siffiement. Ils sont absolument nus^ et sont peu visités parles étrangers; ils vivent de poissons, de coquillages et de tortues. »Albyrouni (2) dit aussi :« L'île Wac- Wac n'a pas été, comme le croit le vulgaire, ainsi appelée à cause d'un lirbre, dont le fruit aurait la forme d'une tète humaine, poussant un cri : wac-wac. » A ces différents détails et à la situation donnée par tous les géographes arabes au pays de Wac-Wac, laprès le Sofala, où, pour quelques-uns, commençait le changement définitif de la direction de cette côte et le contour qui forme son extrémité méridionale, on peut reconnaître que ce dernier pays est celui des Hottentots. Nous verrons par d'au-
(1) Edrisi. Premier climat, section 9.
(2) Reinaud. Traduction d'un fragment d'Albyrtmni, dans le Jourr^l atiatique f amée 1844. «
très citations, que, pour éviter double emploi/nous ne produisons pas en ce moment, que les marins de la mer des Indes ont visité la côte de l'Afrique au-delà du canal Mozambique et qu'ils ont connu la vérilable direction de cette côte après le cap Corrientes. Les renseignements que les auteurs arabes en ont donnés auraient eu plus de précision et de retentissement, si, au lieu de populations deshéritées, ils eussent trouvé dans ces régions quelque peuple industrieux ou quelques mines de métaux précieux.
Depuis le fleuve Djoub environ, jusque près de Thonet d'Edrisi qui correspond à Quiloa, la côte prend le nom deZendj ouZanguebar ; depuis El-Thonel jusqu'au cap Corrientes ou cap du Repentir d'Ibn-Said, elle porte le nom de Sofala. Au reste celte limite entre le Zanguebar ej^le Sofala est de peu d'importance, géographiquement parlant. Elle a dû varier souvent, en supposant qu'elle ait jamais été bien déterminée, et quelques auteurs, comme nous l'avons dit au chapitre I**, donnent le nom de Zendj à toute la côte de l'Afrique. Celte dénomination est justifiée parce que, sur toute son étendue, selon Massoudi, Âlbyrouni et Edrisi, il y a des habitants de race Zendj. Les principaux comptoirs commerciaux dans le Zanguebar sont : Mélinde et Mombase qui fournissent principalement du fer et des peaux de bêtes féroces. Les auteurs mentionnent aussi un autre genre de commerce, origine déjà ancienne de ces milices Zendjes, auxiliaires des Khalifes (1) , dont un corps de quatre mille hommes
(1) Noël Des Vergers. Arabie^ p. 359.
subit, en l'an 750 de notre ère, le sort réservé, de nos jours, auxMdmeloucks et aux Janissaires, a Les voyageurs, dit Edrisi, qui vont dans ce pays, dérobent les enfants et les trompent au moyen de dattes qu'on leur dorme. Ils les amènent ça et là et finissent parles transporter dans leur propre pays, car les habitants du Zanguebar forment une population nombreuse et manquent de ressources. » Edrisi ajoute que de son temps, « le prince de Tîle de Keich (Keichme), située dans le golfe Persique, entreprenait avec ses vaisseaux des expéditions militaires contre le Zendj et y faisait beaucoup de captifs. »
Sur les côtes de Sofala, les comptoirs sont : Thonet qui correspond à Quiloa, Siouna et Djesta qui correspondent à Mozambique ; Daghoutaqui correspond à Sofala; on y charge principalement de l'or et des dents d'éléphants.
Dans tous ces comptoirs, viennent trafiquer les Arabts que le Périple de la mer Erythrée y nous a représentes fréquentant ces parages depuis une haute antiquité et qui sont encoreyjdit Edrisi, des visiteurs vénérés des Zendj. La plupart des renseignements mis en œuvre par ce géographe étaient très-anciens. A l'époque où il écrivait, les Arabes étaient plus que des trafiquants et des visiteurs vénérés des Zendj ; ils étaient établis sur les côtes des Zendj depuis plus de quatre cents ans, et Massoudi nous apprend qu'ils s'emparèrent de l'île Cambalou en faisant captive toute la population Zendjite, à l'époque de la conquête de l'île de Crète, dans la Méditerranée, par les Musulmans, « au commencement de la dynastie abbasside et vers la fin du règne des Ommiades, » par conséquent vers ran 750.
Il est difficile de faire une assimilation certaine de Tlle Cambalou, en s'en tenant aux renseignements donnés , par Massoudi, renseignements peu précis et peu concpr- ^v dants pour un voyageur qui l'a visitée. Si on considère la * distance de cette île à l'Oman, qui, d'après le dire des marins, est de cinq cents parasanges (1) , distance qu'il ne donne pas comme certaine, qui du reste est variable suivant le système des milles au degré que l'on choisirait ; et que l'île « renferme une population musulmane parmi laquejle se transmet la royauté (2) , » ce pourrait être l'île Zanzibar ; si à la dernière considération ci-dessus, on ajoute « qu'elle est située à une ou deux journées de la côte, » ce pourrait être l'île Ângadzija la plus occidentale des Comores; enfin si on considère que Massoudi ne parle que d'une seule île parmi toutes celles de l'Afrique, et qu'il dit : « la mer des Zendj baigne l'îljB dmbalou, » manière de s'exprimer qui indique que l'île Cambalou n'est pas une île ordinaire, et si on ajoute que « le terme des courses des Arabes sur la mer de Zendj, est l'île Cambalou et le pays de Sofala tt des Wac- Wac (3), » ce pourrait être Madagascar.
Cette dernière opinion a été émise par M. Reinaud, dans son introduction à la géographie d'Aboulféda ; elle a été produite d'une manière plus affirmative par M. Dulaurier (4), lorsqu'il dit : « Massoudi qui avait parcouru une partie de la mer des Indes, qui avait visité Mada-gascar, Tlnde continentale, etc. » Mais si dans un
(1) Massoudi, 1. 1, p. 205.
(2) Id. t. III, p. 7.
(3) Id. 1. 1, p. 233.
(4) Dulaurier. Jownal osiatiqM^ année 1846.
ouvrage de Massoudi, autre que « les Prairies dor, » il n'y a pas quelque passage de nature à établir cette identité par de nouveaux rapprochements, ce ne peut jamais être là qu'une opinion, et les efforts, que Ton ferait pour rétablir seraient infruclueux (1). Cent ans environ après Massoudi, Albyrouni (2) ne parle pas de l'île Cambalou, mais mentionne comme lui le commerce qui se faisait delà côte de Sofala à la Chine ; les navires relâchaient à Soumenat sur la côte du Guzerate. Plus de cent ans après Albyrouni, Edrisi donne quelques détails
(1) M. Pauthier Ta tenté subsidiairement dans le livre de Marco Polo^ p. 679 Nous transcrivons exactement le passage de M. Pauthier, en soulignant les mots qui lui appartiennent. On lit dans les Prairies d'or de Massoudi, qui avait n^avigué dans les mers de Vlnde et d^ la Chine : « On a déterminé les 4imenslons de la mer de Tlnde, qui n*est autre que la mer d*Abyssinie. Elle forme, sur les côtes de TAbyssinie, un canal qui s'avance dans la contrée de Berbera, portion du pays habité par 'es Zeudjs et les Abyssins ; ce canal connu sous le nom de Berberi {que les Européens appellent aujourd'hui Moxamhique\ a cinq cents milles de longueur, et sa largeur d'une rive à l'autre, est de cent milles. H ne faut pas confondre ce territoire de Berbera avec le pays des Berbers, situé dans le pays nommé Ifrikiyah {V Afrique septentrionale), pays bien distinct de celui dont nous parlons et qui n*a de commun avec lui que le nom. Lefpilotes de l'Oman traversent ce canal pour gagner l'île Cambalou {qui ne peut être que Madagascar) située dans la mer de Zanguebar, et habitée par une population mélangée de Musulmans et de Zendjs idolâtres. »
Evidemment si le canal Berberi était le canal Mozambique, Cambalou serait Madagascar ; mais alors il faudrait oublier que ce territoire de Berbera tout différent qu'il est du pays des Berberi, situé dans le pays nommé Ifrikiyah sur la côte septentrionale de FAfrique baignée par la Méditerranée, n'est pas le pays de Sofala ; que ce canal Berberi a pour rivages d'une part, la côte de r Afrique depuis environ le cap Gardafui jusqu'au détroit de Bab-el-Mandeb, côte de ces Berbers dont la capitale est pour les uns Zeyla, pour d'autres Berbera, et qui a donné son nom au canal Berberi ; d'autre part la côte de l'Arabie depuis environ le cap Fartak, jusqu'au même détroit de Bab-el-Mandeb ; enfin que c'est le canal ainsi limité que les marins de l'Oman traversaient pour se rendre dans la mer d'Afrique qui baigne l'Ile Cambalou.
(2) Reinaud. Fragments Arabes et Persans, p. il2.
sur la côte d'Afrique et sur la navigation vers les îles qui l'avoisinent : du pays d'Oman, il vient sur les côtes de TAfrique, des bâtiments destinés à se rendre aux îles Zaledj qui dépendent des Indes ^ lesquelles îles correspondent aux îles de la Sonde ; des bâtiments de ces îles Zaledj, qui dépendent des Indes ^ se rendent aussi â Djesta ou Mozambique, ainsi que d'autres de l'île Comor qui correspond, comme nous le verrons, à Madagascar. Les marins des îles Zaledj qui dépendent des Indes, sont bien accueillis et comprennent, dit iildrisi, le langage des Zendj. Une preuve du commerce suivi, fait dans ces contrées, est donnée par cette observation d'Edrisi : que la population est très-raêlée et sur la côte et sur les îles qui i'avoisinent plus ou moins.
Ces îles sont nommées par la plupart des auteurs Arabes, îles des Zendj. Edrisi (1) les décrit sous le nom de : îles Zaledj^ Raledj, Zanedj. Pour éviter toute confusion avec les îles précédemment nommées qu'Edrisi ne dislingue de celles-là qu'en les appellant : îles Zaledj qui dépendent des Indes (2), nous les appellerons îles Za-
(1) Edrisi. Premier climat, septième section, p. 58 et p. 59.
(2) M. Reinaud, dans l'introduction à la géographie d'Âboulféda, dit que M. Jaubert, au sujet des îles Zaledj qui dépendent des Indes, n'a pas bien écrit ce mot qui est Zabedj.
Edrisi paraît comprendre dans une même appellation les îles de la Sonde, ou les îles Malaises et les îles des Zendj; malgré les trois formes qu'il donne au mot Zaledj, formes qui pourraient bien n'être que des Tariantes des copistes j il ne distingue les premières des dernières que par ces mots caractéristiques : îles Zaledj qui dépendent des Indes. Cette communauté ou cette confusion d'appellations a son importance ; elle n'est pas particulière à Edrisi. Nous remarquons que réciproquement plus d'un siècle avant ce géographe, Massoudi a appliqué le nom Zendj aux îles Zaledj qui dépendent des Indes
nedj. Ce géographe décrivant dans la septième section du premier climat la côte de l'Afrique en partant du nord, jusqu'à El-Thonet que nous avons dit répondre à Quiloa, les îles comprises dans celte section doivent correspondre à cette partie décrite de la côte, et comprennent par conséquent les iles Moufia, Zanzibar, Pemba et autres. On ne peut admettre qu'Edrisi n'a pas connu ces iles peu distantes du continent, alors qu'il faut admettre qu'il connaissait les îles Comores et Madagascar ; dès lors il les a placées quelque part, et leur place est uniquement dans cette section ; dès lors aussi, Tîle nommée par Edrisi, (p. 59), El-Andjebeh, et (p. 60), l'île Zanedj, comme pour dire la principale des îles Zanedj, sera l'île Zanzibar dont le nom indique qu'elle a toujours été considérée comme l'île la plus importante et le rendez-vous des Zendj ; sous quelque forme, du reste, que se présente le nom Zendj.
En dehors de la rigueur de la division de chaque climat en sections, rigueur que ne comportait pas l'état des connaissances et de la science géographiques, il est un fait certain, c'est qu' Edrisi a décrit parmi les îles Zanedj au moins une île qui n'appartient pas à cette section ; ainsi cette île non dénommée et dans une position non indiquée, « qui est peu considérable, dominée par une haute montagne dont le sommet et les flancs sont inac-
quMl ne nomme pas Zabedj mais Zanedj ; du moins est-ce ainsi que le transcrit Touyrage suivant. On lit dans les : Notices et extraits des manuscrits de la Bthliothèque du Rot, 1. 1, p. 11» « Tlnde est un yaste pays entouré de mers ; il confine au royaume de ZanecU ou Zindje, qui est gouyerné par un roi qui porte le titre de Maha-Radja. »
cessibles, parce qu'elle brûle tout ce qui s'en approche; durant le jour, il s'en élève une épaisse fumée, et durant la nuit un feu ardent ; de sa base coulent des sources^ les unes d'eau froide et douce, les autres chaudes et salées, » cette île, par suite de cette description, ne peut donc être une des iles coralligènes : Moufia, Zanzibar, Peraba, etc. ; elle ne peut correspondre qu'à une des îles volcaniques des Comores : Angazija ou Comore, ou encore Pamanzi, voisine et dépendance de Mayotte. Si on n'était limité par plusieurs considérations, on pourrait l'assimiler à l'île de la Réunion, à laquelle, à part la grandeur, la description correspondrait parfaitement; tandis que Pamanzi est basse et son volcan éteint depuis plusieurs siècles; et Comore ou Angazija manque d'eaux. Edrisi dit que Tile au volcan est peu considérable et n'indique ni sa position ni si elle est habitée; Ibn-Saïd (1) dit qu'elle a 300 milles de circuit et qu'elle est habitée par les Zendj. Malgré cette exiguïté de dimensions, il est probable que cette île au volcan est l'île Angazija, la plus occidentale des îles Comores.
L'île Madagascar elle-même est caractérisée nettement par certaines attributions qu'Edrisi applique à Tîle Andjebeh et qui ne conviennent pas à cette dernière. Aussi quelques auteurs ont-ils cru reconnaître dans l'île Andjebeh l'île Madagascar.
Faut-il en conclure qu'Edrisi a voulu décrire^ parmi les îles Zanedj comprises depuis Quiloa jusqu^au cap
(1) Guillain. Voyage à la côte orientale d'Afrique, fragment d'Ibn-Said, 1. 1, p. 269.
Gardafui, les îles Comores et Madagascar? Non, assurément; car la plus occidentale des Comores y serait désignée^ d'après ce que nous venons de dire, par ile peu considérable, tandis qu'elle est plus considérable que Tîle Afldjebéh pu Zanzibar ; et Madagascar, qui a environ deux cent cinquante lieues marines en longueur, ne peut être confondue avec Andjebeh qui a 400 milles de tour, c'est-à-dire 80 ou 107 lieues marines de circuit, selon les mesures de 100 milles ou de 75 milles au degré indiquées par Edrisi. Ce géographe nous paraît devoir être plutôt justifié qu'accusé des erreurs qu'il a commises. La confusion dans sa description des îles Zanedj, de même que dans celle de presque toutes les îles de la mer •des Indes, vient évidemment des renseignements obscurs^ incomplets^ contradictoires et aussi très-anciens qu'il n'a pu débrouiller. Tout y est faussé; mais les données qu'il produit pour les îles Zanedj, appliquées aux Comores et à Madagascar^ seraient plus inexactes encore. Edrisi ne décrit l'île qui correspond à Madagascar et les îles situées au sud des îles Zanedj que dans les sections suivantes du premier climat, comme cela convient et à la direction ouest-est de sa côte d'Afrique et à l'ordre qu'il a suivi dans ses sections, qui est de l'occident à l'orient.
C'est dans ces îles Zanedj^ en s'en tenant du moins à la rigueur des limites de la septième section, et surtout dans l'île Andjebeh ou Zanzibar, qu'Edrisi mentionne une immigration de Chinois : « On dit que lorsque l'état des affaires de la Chine fut troublé par les rébellions et que la tyrannie et la confusion devinrent excessives dans
rinde, les habitants de la Chine transportèrent leur commerce à Zanedj et dans les autres villes qui en dépendent, entrèrent en relation et se familiarisèrent avec ses habitants à cause de leur équité, de la boiit^ de leur conduite, de l'aménité de leurs mœurs et ^e leur facilité dans les affaires; c'est pour cela que cette île est si peuplée et qu'elle est si fréquentée par les étrangers. »
Cette circonstance d'émigrations venues de la Chine à l'île Andjebeh, présentée sans autre éclaircissement, pourrait s'appliquer à beaucoup d'époques agitées de cet Empire; mais par l'importance avec laquelle l'auteur en parle, elle rappelle les guerres intestines et barbares que nous avons eu l'occasion de relater précédemment, à la fin du neuvième siècle.
Mais bien antérieurement, vers l'an 631 et vei's l'an 680, on peut trouver des traces des navigations des Malais dans la mer Rouge, des Abyssins à Madagascar, et des Malais à cette même île.
Flacourt, dans sa légende malgache (1) de Rahadzi et
(1) Flacourt. Histoire de Madagascar. Nous reproduisons presque en entier cette légende dont nous aurons, au chapitre IV, à citer quelques passages :
« Du temps que Mahomet vivait et était résident à la Mecque, Ramini fut envoyé de Dieu au rivage de la mer Rouge, proche la ville de la Mecque et sortit de la mer à la nage, comme un homme qui se serait sauvé d'un naufrage. Toutefois ce Ramini était grand prophète qui ne tenaiLpas son origine d'Adam, comme les autres hommes, mais avait été créé de Dieu à la mer, soit qu'il Tait fait descendre du ciel et des étoiles, ou qu'il l'ait créé de l'écume de la mer. Ramini étant sur le rivage s'en va droit trouver Mahomet à la Mecque, lui conte son origine dont Mahomet fut étonné et lui fit grand accueil, mais lorsqu'il fut question de manger, il ne voulut point manger de viande, qu'il n'eût coupé la gorge lui-même au bœuf, ce qui donra occasion aux sectateurs de Mahomet de lui vouloir mal, et même furent en dessein de le tuer à cause du mépris qu'il faisait de leur prophète ; ce que Mahomet empêcha lui permit
de Racoube, petits-fils d'un faux prophète : Ramini « envoyé de Dieu au rivage de la Mecque, et qui sortit
de couper lai-même la gorge aux bêtes qu'il mangerait, et quelque temps après, il lui donna une de ses filles en mariage, nommée Rafatème. Ramini s*en alla ayec sa fenune en une terre dans V Orient ^ nommée Mangadsini ou Mangaroro, où il yécut le reste de ses jours et fut grand Prince. Il eut un fils qui s'appelait Rahouroud, qui fut aussi très-puissant et une fille nommée Raminia, qui se marièrent ensemble et eurent deux fils, l'un nommé Rahadzi et l'autre Racoube ou Racouatsi.
» Rahadzi était l'aîné et roi de la terre de Manghadsini ou Mangaroro. Il n'avait point d'enfants, et eut dessein de faire un grand yoyage par toutes les Indes, et pour cet eifet fit équiper une flotte de soixante vaisseaux ; cependant donna ordre à l'éducation de son frère qui était jeune et le donna en charge à an Anacandrian bien sage et bien savant, nommé Amboulnor, qui entre autres était grand politique et universel en toutes les sciences. Avant son départ, il fit convoquer tous les grands de son royaume, leur proposa son dessein, et leur dit que si dans certains temps il n'était point de retour, et que l'on n'eut pendant son voyage aucune nouvelle de lui, que l'on mit son frère sur le trône, qu'on lui prêtât serment, et qu^on le reconnût pour Roi. Et pour mieux désigner le temps, il fit apporter certaine sorte de bananes, qui étant fouies dans la terre, peuvent durer dix ans sans se corrompre, et les fit mettre en terre, fit emplir sept vases de terre de jus de citron, et fit aussi enfouir en terre une espèce de canne de sucre, et dit : Lorsque ces bananes seront pourries, que ce jus de citron sera par la chaleur du temps dissipé dans les vaisseaux, et que ces cannes seront corrompues, et que pendant ce temps-là, je ne sois pas de retour et que vous n'ayez pas de nouvelles de moi, vous pourrez élire mon frère et le reconnaître pour Roi ; et aussi si vous voyez arriver mes navires avec des voiles rouges, lesquelles seront toujours durant mon voyage, en allant, vous pouvez vous assurer de ma mort.
s II part avec sa flotte, il demeure plus de dix ans sans revenir, ni sans envoyer de nouvelles. L'on regar.de dans les cruches, on tire les bananes de la terre, et les cannes de sucre. Le suc de citron était desséché, les bananes et les cannes de sucre étaient corrompues. L'on élut aussitôt Racoube roi. Huit jours après son élection, la flotte de Rahadzi arriva au portde Jfan^/iad^mt, et le nouveau roi était à Manguelor ou Mangaroro autre port. Les voiles paraissaient rouges d'autant que les matelots n'avaient pas pensé de mettre les voiles blanches pour faire connaître de loin que Rahadzi vivait, ains avaient laissé les ronges. La flotte arrivée, Rahadzi envoie savoir des nouvelles de son frère ; Racoube nouveau roi^ ayant peur de s'être trop hâté de se faire élire et appréhendant que
de la mer comme un homme qui se serait sauvé d'un naufrage, » dit que les deux migrations conduites par ces
son frère le fit mourir, fait promptemeDt équiper un grand navire (d'autres disent trente navires) et se met en mer avec trois cents honunes, entre lesquels étaient ses plus confidents amis et domestiques, embarque tout ce quMI avait de richesses, or, argent et autres choses, met la voile au vent, et s'en vient le long de la côte de la mer vers le sud, Rahadzi sachant la fuite de son frère, ne vouiut point débarquer, et se met en mer à le suivre dans un grand navire où il y avait trois cents hommes, et furent ainsi trois mois en mer, tant que Hacouhe arriva à Vile de Comoro qu'il trouva habitée : de là, tire vers l'Orient etpasse au nord de l'île Madagascar, Il suit après la côte jusqu'à ce qu'il arrive à l'embouchure d'une rivière nommée Harengasavac, à deux lieues de Mar^nxariy dans la province des Antawa/res^ et là, il échoua son navire, débarqua tout son monde et toutes ses richesses et meubles. Treize jours après, Rahadsi arriva à Lamanouffif terre des Ambohitsmènes^ et là échoua aussi son navire, où il apprit que son frère était arrivé à Mananzari. Il lui envoya un nommé Geofarere avec quelques siens serviteurs, pour lui faire savoir sa venue et pour lui témoigner qu'il ne le poursuivait point pour le perdre, mais au contraire, pour le faire revenir et l'assurer de son amitié. Geofarere aperçut des chrétiens sur le bord de la rivière, qui lavaient leurs chemises; il les aborde et s'enquête d'eux, de Racoube et des siens. Ils lui disent qu'ils étaient bien loin, et qu'ils s'en étaient tous allés dans la terre vers les montagnes. Il fut bien accueilli des chrétiens qui lui donnèrent à manger de ce qu'ils avaient, et lui firent présent de quantité de marchandises pour s'en retourner. (11 est à remarquer que ces chrétiens étaient d'un navire qui avait étééchouéà la côte, et que quelque temps après, ils bâtirent du débris du vaisseau un autre navire dans lequel ils s'en retournèrent.) Geofarere s'en retourne vers Rahadzi et lui rapporte que son frère était allé loin dans la terre. Rahadzi dit que, puisqu'il avait suivi son frère si loin en mer, il n'était pas obligé d'en faire davantage. Il se tint à Lamanouffl, se maria à la fille d'un grand du pays, de laquelle il eut des enfants, et vit même des enfants de ses enfants ; puis fit refaire un autre vaisseau, ou fit radouber le sien qu'il avait conservé et s'embarqua dedans avec cent hommes pour s'en retourner au lieu de Mangaroro sa patrie. De Rahadzi sont descendus tous les blancs qui se nomment ZaiTeraminl^qui demeurent aux Ambohitsmènes, Antawares et aux Matatanes.
» Racoube monta le long delà rivière de Mananzari jusques à Bombes, de là à Sandranhante, de là s'en va à Mananboudrou, de là à Saaflne, de là à Somenga, de là aux Anachimoussi, de là à Azonringhets ; là où il se maria à la fille du grand du pays. En ce temps-là, dans la plus grande partie de la terre
deux frères partirent d'une terre située à l'Orient, nommée Mangadzini ou Mangaroro.
Sans pouvoir préciser à quelle contrée s'appliquent ces dénominations, on peut cependant reconnaître à quels parages appartient la contrée qui leur convient. Elles se décomposent en deux parties; une première qui leur est commune, Manga, altération deMaha; une seconde, Zini et roro : la terminaison oro se retrouve dans les noms de quelques îles situées à l'orient de la presqu'île Malacca ; ainsi : Polaor (sans doute Pulo or), sur la carte des îles de Java, Sumatra, Bornéo, par Bellin. Nous aurons aussi occasion d'en cite^r une dans les parties orientales de la mer des Indes : Polu-oro, qui a figuré longtemps sur les cartes sans que son identité avec quelque île connue de nos jours puisse être établie; Zini conserve assez la provenance de Sin pour qu'on puisse dire que cette île Maha-Sin est, comme la précédente, du côté des îles Maha-Radja ou de la Sonde, avec Findication parliculière des contrées qui conviennent aux Sines.
Les migrations dont il est question, parties de ces parages, arrivèrent, après une navigation de trois mois, aux îles que nous nommons aujourd'hui Comores, et qui dans la légende sont nommées ComorOy puis de là, passant par le nord de Madagascar, abordèrent sur sa côte orientale. D'après une suite chronologique de rois mentionnés dans la légende^ ces migrations dateraient du douzième siècle ; mais d'après les circonstances précises
de rilo de Madagascar, il n'y avait qu*uD roi absolu qui y commandait et avait sous lui, en cliaque province, des gouverneurs qui étaient grands seigneurs. » Flacourt. Histoire de Madagascar, édit. de 1661, p. 43 et suivantes.
que Ramini a vu le prophète Mahomet à la Mecque, qu'il a épousé une de ses filles nommée Rafatème, avec laquelle, sur un navire arabe, il retourna dans ses Etats, et que Rahadzi et Racoube sont ses pelits-fils, dont l'un était encore dans l'adolescence, la date de ces migrations doit être portée à la fin du septième siècle.
De tout ce qui précède, il résulte que primitivement la navigation s'effectuait depuis Sofala jusqu'à la Chine en suivant les côtes de l'Afrique, de l'Arabie, de la Perse, de rinde, et ainsi de suite ; que cette navigation fut améliorée parla découverte d'Hippalus; que cette amélioration ne put être réelle et générale que lorsque la propriété de l'aiguille aimantée appliquée à la direction des navires, permit d'utiliser avec sécurité les moussons ; qu'elle se borna à la traversée de la mer des Indes, soit en partant du golfe Arabique pour se rendre directement aux bouches de l'Indus, ou au golfe de Cutch ou aux ports du Guzzerate, ou encore pour se rendre de ces endroits au golfe Arabique ou sur quelque point plus méridional de la côte d'Afrique, et ce point d'après les renseignements pris par Vasco da Gama à Mozambique, et d'après l'itinéraire de ce navigateur, était Mélinde. Cette traversée était pratiquée au douzième siècle; elle ressort de la citation d'Edrisi produite ci- dessus disant que du pays d'Oman, il vient sur la côte de l'Afrique des bâtiments destinés à se rendre aux îles Zaledj qui dépendent des Indes ; elle ressort aussi de la relation de Marco- Polo : c< Les vaisseaux qui vont de Mabar à Madeigascar, mettent vingt jours pour arriver en cette île, et ils sont trois mois pour s'en retourner, tant le courant
— rôles pousse vers le sud, et jamais il n'a d'autre direction.» En admettant que le point de départ soit Mélibar de Marco-Polo, qui correspond à la côte de Canara au nord du Malabar, au lieu de Mabar qui est sur la côte de Cororaandel, quelle que soit la route qu'on imagine, ce nombre de vingt jours est insuffisant et prouve, par son exiguité mêrae^ le trajet direct par le nord des Maldives. Le trajet direct de Mélinde jusqu'en vue de l'Inde, dans les environs de Goa et dans les circonstances les plus favorables, fut fait en vingt et un jours par Vasco da Gama.
La traversée de la mer des Indes pouvait être faite par le sud des Maldives ; Tinspection de quelques cartes arabes était un stimulant pour la tenter. Si par accident, ou pour l'essayer en effet, quelques marins dans l'origine s'y hasardèrent, ils ne tardèrent pas à rencontrer des obstacles, à savoir des îles inhabitées et d'un difficile accès, des bancs considérables qu'ils n'explorèrentqu'avec crainte, que leurs récits représentèrent comme les avancées en partie submergées d'une lerre dont ils n'osaient approcher et derrière laquelle ils supposaient se développer la côte de l'Afrique. Peut-être cette conjecture aida-t-elle les géographes au maintien de leurs systèmes erronés; mais tous les marins ne l'adoptaient pas ; nous avons produit au chapitre précédent quelques réticences de Massoudi à ce sujets ainsi que l'orientation conVena- Wo, qu'Albyrouni donne à la côte orientale de l'Afrique. Malgré ces dernières circonstances qui décèlent des progrès tantôt occultes, tantôt dévoilés, on ne peut penser qu'à l'époque d'Albyrouni^ la 'mer des Indes ait ététra-
versée en tous sens. Edrisi et Ibn-Saïd, par le gisement transversal qu'ils donnent à l'île Comor, divisent ainsi cette mer en deux bassins distincts et indiquent par cette figuration que la traversée de l'Asie aux côtes méridionales de l'Afrique ne s'effectuait que par la côte Malabar et le nord des Laquedives.
De Guigne (1), au sujet d'un navire construit à Syraf,
(0 Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque du rot, t, i, p. 161. Voici comment Abou-Zeyd et Massoudi s'expriment sur [le fait suivant, Abou-zeyd (Voyageurs anciens et modernes, par E. Cliarton, t. ii, p. 129) dit ; « On raconte en ce moment un fait dont nos ancêtres n'avaient aucune idée. Personne jusqu'ici n'avait supposé que la mer qui baigne la Chine et l'Inde, était en communication avec la mer de Syrie ; une pareille chose eût paru incroyable jusqu'à ces derniers temps. Or, nous avons entendu dire qu'on vient de trouver dans la mer Méditerranée des pièces d'un navire arabe qui se composait de parties cousues ensemble. Ce navire s*était brisé avec son équipage ; les vagues l'avaient mis en pièces, et les vents par l'entremise des vagues avaient poussé ses débris vers la mer des Khazar (mer Caspienne) . De là, les débris avaient été jetés dans le canal de Constantinople, d'où ils étaient arrivés dans la mer de Roum et la mer de Syrie (mer Méditerranée). Ce fait montre que la mer tourne la Chine, les îles de Syla(Japon), le pays des Turcks et des Khazar ; ensuite elle se jette dans le canal de Constantinople et communique avec la merde Syrie. En effet, il n'y a que les navires de Syraf, dont les pièces soient cousues ensemble. Les navires de Syrie et du pays de Roum sont fixés avec des clous et non avec des fils. »
L'explication de Massoudi diffère un peu de celle d' Abou-Zeyd : « On ne peut, dit-il, expliquer ce fait qu'en disant que la mer qui baigne les côtes de la Cliine et les îles de Syla, se dirige vers le nord-ouest, et que tournant[le pays des Turcks, elle va se joindre à l'Océan. »
Sans nous arrêter aux particularités géographiques qui ne sont pas de notre sujet, il résulte de ces deux explications qu'Abou-Zeyd et Massoudi supposaient la navigation possible depuis la mer de Tlnde, par la mer de la Chine, le Japon, le nord de l'Asie, jusqu'à la Méditerranée ; que cette difficile navigation leur a paru plus praticable que celle à laquelle ils n'ont pas pensé, en doublant FAfrique par le sud, ce qui démontre qu'ils adoptaient la prolongation de la côte de FAfrique vers l'est jusqu'en face de la Chine, et un immense développement du continent africain vers le sud ; et le teinte même de leur ex-*
ce qu*on reconnut « à diverses pièces de bois de Tek percées de trous et reliées ensemble par des attaches faites de filaments de cocotier^ » et dont les débris furent trouvés dans la Méditerranée, prête aux Arabes Ja curiosité de faire des découvertes, et dit que dans ce but ils ont pu se rendre dans l'océan Atlantique et faire naufrage dans la Méditerranée. Sans pousser aussi loin les limites de la navigation des marins de la mer des Indes, il est possible que les Malais dont nous avons parlé, qui ont atteint l'extrémité méridionale de l'Afrique où les anthropologistes modernes ont reconnu le croisement de leur race avec les Hottentots (1), que ces Malais, représentés par MM. de Quatrefages, Crawfurd, Lang (2), dans d'éradites et intéressantes recherches, comme ayant peuplé de leurs migrations toutes les îles de l'océan Pacifique, que ces Malais, disons-nous, après
plication exclut dans leur pensée toute communication de la mer des Indes, et même de la mer de la Chine par le sud de l'Afrique, avec Tocéan Atlantique.
(1) A la fin du siècle dernier, John Barrow {Voyage dans la partie méridionale de VA frique, fait en 1797 et 1798, traduit par de Grand-Pré, t. ii, p. 74, et suiv.) parlant des Boschismans appelés, au Cap, Hottentots Chinois ou Ginecze, avait dit: « Quelque singulier qu'il paraisse de tracer un portrait ressemblant à deux nations, dont l'une est au haut et l'autre au bas de l'échelle de la civilisation, néanmoins j'oserai dire qu'excepté l'extrême platitude du nez et la* laine substituée aux cheveux, ils ressemblent plus aux Chinois qu'à tout autre peuple. »
Mais Barrow ajoute que le portrait des Ethiopiens fait parles auteurs anciens et surtout par Diodore de Sicile, ressemble parfaitement aux Boschismans, « et si nous admettons, dit-il, avec plusieurs missionnaires instruits, que les Egyptiens viennent de la Chine leur patrie originaire, alors il ne paraîtra point difficile de concevoir comment de nombreuses peuplades voisines du Nil, se seraient ouvert un chemin jusqu'aux extrémités du continent. »
(2) De Quatrefages. Les Polynésiens et leurs migrations, Paris, 1860, un V. in-»4".
s'être rendu compte du régime des vents dans l'hémisphère austral et de la situation des pays, nouveaux Hippalus, aient exercé leur caractère aventureux à la traversée de la nier des Indes par le sud des Maldives; s'élevanf vers le sud» qu'ils aient, à la faveur des venis généraux de sud-est, pris leur roule vers l'Afrique, non vers les contrées misérables du su(J du continent, mais vers le nord de Madagascar; ils auront pu combiner leur navigation de manière à profiter dans l'hémisphère nord^ do la mousson du sud-ouest, se livrer ainsi dans les conditions les plus favorables d'une bonne navigation à leurs opérations sur la côte de l'Afrique, de l'Arabie, et revenir chez eux par la côte Malabar. C'est peut-être pendant un de ces grands voyages, peut-être et plus probablement après avoir traversé les archipels de la mer des Indes et poussés par quelque mauvais temps qu'ils rencontrèrent les îles appelées aujourd'hui : La Réunion, Maurice, Rodrigue, que les Arabes connurent d'eux et auxquelles ils donnèrent des noms.
Toutefois, cette route ne dut être connue que de peu de marins maures et à une époque assez rapprochée de l'apparition des Portugais qui ne trouvèrent établie que la route par le nord des Laquedives. C'était là, en effet, la seule route en rapport avec l'habileté et le savoir des marchands navigateurs de cette mer ; la seule naturellement indiquée par le grand courant commercial qui échangeait les produits du sol et de l'industrie le long des côtes de l'Asie et de l'Afrique, la seule enfin où les navires, avec des chances de profit, pussent en même temps se ravitailler et se réparer au besoin.
gn.
Instruments en usage dans la navigation des Arabes. — Le quart de cercle. —
La boussole. — Les cartes marines.
Les historiens portugais nous ont transmis quelques renseignements sur les instruments nautiques des Arabes; à savoir : le quart de cercle, la boussole et les cartes marines. Il est difficile de préciser quand chacune de ces améliorations fut apportée dans la navigation.
D'après Barros (1), Vasco da Gama ayant montré au pilote Malemo Cana, un grand astrolabe en buis et d'autres en métal, le pilote n'en témoigna aucun étonnement et dit que dans la mer Rouge quelques pilotes se servaient d'instruments de laiton de figure triangulaire et de quadrants avec lesquels ils prenaient la hauteur du soleil et principalement des étoiles; mais que lui, les marins de Cambaye et de toute l'Inde, dirigeaient leur navigation au moyen de certaines étoiles du nord et du sud, ainsi que d'autres marques qui se trouvaient au milieu du ciel de l'orient à Toccident ; qu'ils ne prenaient pas leurs distances avec des instruments semblables à ceux-là, mais au moyen d'un autre qu'il montra et qui se composait de trois planchettes; instrument que Barros dit avoir décrit dans sa géographie (2).
(1) Barros, décade 1, liv. iv, ch. 6.
(2) Les connaissances astronomiques des Arabes sont consignées et déyeioppéfls dans les trois ouvrages suivants :
Traité des instruments astronomiques des Arabes, composé au xm* siècle par Aboul-Hassan AU de Maroc, intitulé : Collection des commencements et des uns, traduit de Tarabe par J. J. Sédillot,
VIntroductio7i à la géographie dkboulféda renferme (p. CLxxxvii etsuiv.) une note de M. Alfred Maury, d'après M. Prinsep, sur trois instruments nautiques en usage chez les Arabes, pour prendre la hauteur du soleil et des étoiles.
Malgré cela, les géographes arabes ont recueilli peu d'observations de longitude et de latitude dans la mer des Indes ; d'où Ton peut conclure que les marins n'étaient pas tous aptes à en faire; la plupart de celles qu'ils ont données n'ont que la forme scientifique: les longueurs des itinéraires d'où elles sont déduites sont inexactes. On peut s'en rendre compte facilement en comparant les positions de quelques lieux dont l'identité ne peut présenter aucune incertitude avec des points existants de nos jours. Il y a quelques rares exceptions à constater; ainsi Mélinde est placée par 2*^30' de latitude méridionale, ce qui au milieu de toutes les erreurs peut être considéré comme de l'exactitude; on peut en dire autant de Mombaze qui est placée par 3*30' de latitude méridionale; mais pour la pointe nord de l'île Comor que nous verrons être Madagascar^ sa latitude est donnée de 0^*30' sud ; ce qui ne peut être le résultat d'une observation. Si on déduit cette latitude de la longitude comparée de Mélinde et de celle qui correspond à la partie nord de Madagascar, puisque la côte de l'Afrique et Madagascar sont dirigées dans le sens de la longitude et assez près de l'équaleur, Mélinde étant par 81^*30' et la
M. L. Âm. Sédillot. Mémoire sur les instruments astronomiques des Arabes. — Delambre. Histoire de l'astronomie du moyer^ âge.
partie indiquée de Madagascar par 101% on aura entre ces deux points une différence d'environ 19* à laquelle ajoutant la latitude de Mélinde, on obtiendra pour la pointe nord de Madagascar une latitude d'environ 21*30'. Nous ne tenons pas compte des légers changements qu'il faudrait faire subir à ces chiffres, ils sont insensibles en présence de l'erreur énorme à constater.
Quant à la boussole, la propriété de Taiguille aimantée est mentionnée dans les livres chinois en l'an 2,698 avant notre ère; on en attribue l'invention ou la découverte à l'empereur Hoang-ti qui l'appliqua à un char qui indiquait le sud. Ces chars magnétiques sont encore cités en l'an 1,110 avant notre ère. M. Pauthier (1) accompagne la mention qu'il en fait en cette année, de la note suivante :
« Le texte chinois donne la note suivante : Youétchang-tchi : Des personnes de Youé-tchang : C'est un royaume maritime du sud dont trois interprètes vinrent apporter des faisans blancs. Tchéou-Koung leur fit présent de chars qui montraient le sud, pour aller au loin. L'année suivante, ils se mirent en route. »
M. Reinaud (2) relate qu'un dictionnaire chinois, rcdigé'^enl'an 121 de notre ère, fait mention d'une pierre avec laquelle on dirigeait l'aiguille aimantée, et que les chars magnétiques sont encore cités dans les annales chinoises au commencement du neuvième siècle, ainsi qu'aux années 1027 et 1023 de notre ère.
(1) Pauthier. Chine ou description historique^ géographique et littéraire de la Chine, p. 28 et 87.
(2) Reinaud, Introduction, p. ccv.
De l'utilité de l'aiguille aimantée sur la terre où tant d'objets une fois remarqués servent de jalons, à son emploi en pleine mer où les points de repère sont dans le ciel qui est souvent voilé, il n'y a qu'un pas à faire. Quelque imparfaite que pût être l'installation de cette aiguille^ l'appropriation de cette installation à la mobilité d'un navire ne pouvait être une difficulté insurmontable pour un peuple aussi industrieux que les Chinois^ ou même pour ce peuple maritime du sud qui connut par eux cette aiguille aimantée dont le char n'était que la forme apparente et l'emblème ingénieux. Mais encore fallait-il pour passer de la première application à la seconde que l'idée en fût suggérée par les besoins de la navigation. Or les Chinois ont été autrefois plus occupés de la terre, soit au nord, soit au midi, soit à Touest, que de la mer; s'étendre à l'ouest afin de faciliter leurs communications avec les peuples occidentaux, telle a été leur principale préoccupation commerciale. Sur mer, ils furent longtemps à ne fréquenter que leurs côtes* La connaissance certaine qu'ils eurent des îles Lieou-Khieou, et la première expédition qu'ils dirigèrent contre ce» îles datent seulement de l'an 610 de notre ère, et plus de cent ans avant, peut-être pourrait-on reconnaître l'emploi d'un moyen de s'orienter sur le navire qui conduisit Fa-Hian, du royaume de Ye-pho-ti en Chine ; navire qui paraît appartenir à ce peuple maritime du sud dont il a été question dans la mention donnée ci-dessus des chars magnétiques. Lorsque Fa-Hian est sur le navire qui se rend de Ceylan à Java, il dit : « On ne se dirigeait que par le soleil, la lune et les étoiles; quand le
ciel était couvert ou pluvieux, il fallait suivre le vent sans avoir de règle. » Ce passage serait d'une grande naïveté pour un auteur aussi sérieux que Fa-Hian, s'il ne signifiait pas que telles étaient les seules ressources dont on disposait sur ce navire et que l'objet essentiel dans la navigation manquait. Au contraire, lorsque Fa-Hian se rend de Java en Chine sur un autre grand navire, il dit : qu'on-fit route au nord-est et que, après une navigation malheureuse de soixante-dix jours au lieu de cinquante qu'elle devait durer, on fit route au nord-ouest (1) pour gagner les côtes de la Chine où ils arrivèrent douze jours et douze nuits après. Fa-Hian donne là une manière de s'orienter qui sans doute pourrait être prise de l'aspect du ciel, mais qui d'après les mauvais temps où se trouve le navire, et d'après son grand éloignement des côtes de l'Asie^ indique que cette direction dernière est due à une manière de s'orienter indépendante de Taspect du ciel^ et cette manière ne peut être que l'emploi de l'aiguille aimantée.
Telle était en effet la seule mais précieuse utilité que les marins tiraient de l'installation d'une aiguille aimantée sur leurs navires, c'était lorsqu'un mauvais temps ou une mauvaise manœuvre les avait égarés, de pouvoir se diriger d'une manière plus ou moins précise vers une côte dont l'étendue et la direction de son gisement leur
(1) Abel Rémusat. Traduction âuFoë-Kouë-Ki; nous avons dû, contre notre habitude d'indiquer les ouvrages les plus répandus, citer la traduction d*AbeI Rémusat, à cause d'une erreur typographique dans les Voyageurs anciens et madones d'Ëd. Gharton : nord-est au lieu de nord-ouest; erreur que, du reste, tout lecteur attentif eût pu rectifier.
étaient à peu près connues, ce qui ne les dispensait pas ensuite de continuer leur route le long des côtes.
La boussole n'est utile au pilote qui n'a plus les côtes en vue que lorsqu'il connaît l'orientation des terres; à moins de revenir à son point de départ ou d'aller à la découverte, il ne peut connaître la direction qu'il a à tenir pour aller à un point déterminé, qu'en consultant une carte marine. Non que la carte marine doive préexister à la pratique de la navigation, ce qui serait une absurdité absolue; l'une et l'autre se prêtent un mutuel secours et se perfectionnent Tune par l'autre. La confection d'une carte marine est à l'origine de la science hydrographique, le produit lent des apports successifs des observations. Quand ces observations sont obtenues par des moyens imparfaits, leur résultat est une cause incessante de dangers ; de là vient aussi que Tutilité exceptionnelle de l'aiguille aimantée n'établit pas son usage sur tous les bâtiments qui par habitude et par nécessité ne faisaient que suivre les côtes. Si la science ne fit pas défaut à la navigation, il est constant que l'instruction des marins fit généralement défaut à l'art nautique, ce que prouvent suffisamment les figurations que nous a transmises le moyen âge, malgré l'application de l'aiguille aimantée à la navigation, application bien constatée au treizième siècle. Il fallait, pour la confection des cartes marines, un concours exceptionnel de circonstances : l'impulsion imprimée aux esprits par quelques personnages ou par quelque idée féconde pour les découvertes maritimes ; l'élan qui des pratiques communes éleva la navigation au rang d'une science exacte : des institutions
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destinées à conserver, à comparer, à améliorer lesrésuïlajfet /C obtenus ; le progrès et le perfectionnement de tant^d^àm^'J^ et de sciences qui s'unissent pour faire d'un vaisseau lier v,V plus beau produit de l'industrie humaine; rinvenUon jei' . la précision des instruments d'observation; la formatic^ de corps savants pépinière des marins habiles; laptoteci ^ tion et le concours des gouvernements qui rendit pos-'-:; sibles des projets chimériques pour des marchands. /;
L'induction suivante, que si les Chinois avaient ;. fait usage de la boussole dans les premiers siècles de notre ère, les Romains en auraient eu connaissance, n'est pas une preuve suffisante jpour conclure que les Chinois, ou tout autre peuple maritime dé l'Orient obscurément désigné sous ce nom, n'en faisaient pà$ usage. Peut-être la cachaient-ils, peut-être ne l'avaiénlv ils pas encore appliquée à la navigation ; car nous avons vu que la plus ancienne relation d'où on peut induire qu'elle existait sur un des navires des Sines, est du cinquième siècle^ époque où les Romains ne paraissent plus que rarement dans la mer des Indes^ et nous avons vu également que les Romains ont peu fréquenté les côtes occidentales de la presqu'île Malacca.
L'interprétation suivante d'un passage de Massoudi, que les navires qui se rendaient du golfe Persique à l'île Cambalou, située sur la côte orientale de l'Afrique, traversaient le canal Barbery, ce qui ne pouvait se faire^ ajoute le savant commentateur (1), qu'en longeant les côtes méridionales de l'Arabie, en passant devant Aden
(1) Reinaud. Introduction à la géographie d*A\)oul[éda, p. ccvi.
fèi Zèylà^ puis en suivant le rivage africain dans la direc- ;4Îèn: dii sud, ne saurait être ni pour, ni contre la conp^éiance de l'application de Taiguille aimantée à la •tiaVï^Sition. De quelque manière qu'on examine cette ictïaiion, rinduclion de M. Reinaud n'est pas satisfaisante. Par l'aiguille aimantée, on décide la route à suivre, et ié vent détermine la direction qu'on suit à défaut d'une meilleure. Ce dernier point seul est donc à considérer; pry sila mousson est contraire, le trajet direct ne peut -s'effectuer; mais dans les climats inlertropicaux, les. vents de terre qui, dans les circonstances ordinaires^' soufflent depuis le soir jusqu'au matin à des heures variables, favorisent la navigation le long des côtes. Si la mousson est favorable, et il est probable que Massoudi fit ses voyages par la mousson du nord-est^ la route suivie par lui ne peut être que conforme à celle exposée ci-dessus par le moyen des moussons, même sans le secours de l'aiguille aimantée. La traversée devait s'effectuer en dehors du canal Barbery que les Arabes supposaient plus étendu qu'il n'esl réellement, par suite de la direction ouest-est qu'ils attribuaient à la côte d'Afrique à l'est du cap Gardafui; ce qui explique l'expression employée par Massoudi. C'eût été une mauvaise manœuvre que de s'engager entre la côte Berbera et la côte d'Arabie à Touest du cap Gardafui^ oii les navires auraient été retenus par les venis du nord-est.
Nous nous résumons sur cette question : les Arabes connurent l'aiguille aimantée par les Chinois ou par les Siamois les Sines des anciens^ ou par les Javanais; ils l'améliorèrent; de cette époque, date l'emploi
qu'ils en firent pour traverser la mer des Indes par le nord des Laquedives ; son usage ne se répandit que peu à peu, suivant le degré de hardiesse du marchand navigateur, et ne fut relaté dans les livres que lorsqu'il fut généralement répandu.
L'emploi de l'aiguille aimantée est constaté positivement au treizième siècle. M. Reinaud (1) cite Baïlac comme ayant donné, dans son Traité sur les pierres^ le plus ancien témoignage arabe sur l'application de l'aimant à la navigation. Ce témoignage a été rapporté en arabe et en français par M. Klaproth(2). M. Reinaud ajoute que le fait que Baïlac cite comme témoin oculaire se rapporte à l'année 1242 de notre ère et qu'ail n'en parle pas comme d'un procédé découvert récemment. S'il est difficile de concilier l'emploi de la boussole avec la figuration que les Arabes ont donnée à la côte d'Afrique, même après la constatation de cet emploi, cette difficulté n'est pas plus grande avant cette constatation.
On peut se rendre compte des améliorations apportées dans rinstallation de l'aiguille aimantée par les Arabes en comparant les descriptions rapportées par M. Reinaud (3) et celles qui sont dans Osorius (4)-
Quant aux cartes marines, Barros (5) rapporte que le pilote Malemo Cana montra à Vasco de Gama une carte de toute la côte de l'Inde, dresséCj selon la coutume
(1) Reinaud. Introduction, p. cciii.
(2) Klaproth. Lettre sur la hoiLssole, Paris 1834.
(3) Reinaud. IrUroduction, p. ccni-ccvii.
(4) Osorius. Traduction française par â. G. S, p. 31 et suiv, {h) Barros, Décade 1, liv. i?, ch. C,
des Maures, sur des méridiens et des parallèles très- . rapprochés et sans rose des vents. On cite également qu'une carte dressée par un pilote Maure nommé Omar (1) ne fut pas étrangère aux succès d'Affonso d'Alboquerque dans le golfe d'Oman et le golfe Persique. Les Maures avaient aussi quelques cartes grossières où étaient représentées quelques îles de la mer des Indes, comme nous l'avons dit, d"* après Barros, et comme la suite le constatera.
(1) Commcntarios do grande Affonso d'Alhoquerque, 1581. In-é".