‹ Mémoire géographique sur la mer des IndesChapitre 5 sur 16 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Les uoDis Camar, Comor, Gomr, conviennent à Madagascar. ~ Origines de ces noms d'après Abouiféda. — Applications diverses de ces noms ou de leurs altérations.

Nous avons VU au chapitre précédent que l'île Cambalou de Massoudi, et l'île Andjebeh d'Edrisi ont été assimilées par quelques auteurs à l'île Madagascar.

Un nom qui convient à cette île est Al-Camar ou île de la Lune, que les historiens portugais lui donnent unanimement d'après les Arabes qui l'habitaient. Les noms Comor et Comr lui conviennent égalertient.

A la vérité, il y a tant d'applications des dénominations Camar, Comor, Comr, Comar, Comari, Coraaïr, Camrou, Camroun, Comara, etc., employées comme dérivés ou obscurément les unes pour les autres, qu'un des savants auteurs qui se sont occupés des connaissances géographiques des Arabes dans les mers orientales, M. Alfred Maury (4) a pensé que l'île Comor était imaginaire.

(1) Alfred Maury. Examen de la route que suivirent au neuvième Biècle de notre ère, les Arabes et les Persans pour aller en Chine, etc. Bulletin de la Société de géographie, troisième série, t. \, année 1846.

Les noms que nous venons de citer paraissent se rapporter à deux origines différentes, sans préjudice d'autres origines plus particulières aux pays où ils sont appliqués.

Première origine. Âboulféda dit (I) : ;« On ne s'accorde pas sur la manière d'écrire le nom de la montagne de Comr. Quelques-uns l'écrivent A/-Camâfr et traduisent montagne de la Lune ; mais j'ai vu ce nom écrit : A/- Comr dans le Moschtarek. lacout, auteur de cet ouvrage, prononce de même le nom de File du pays des Zendj dans les régions les plus reculées du midi. J'ai vu le nom de cette montagne écrit de la même manière dans le traité d'Ibn-Said ; quant à Ibn-Molharraf qui Ta citée aussi dans son ouvrage intitulé Âltartyb, il n'a pas indiqué la manière dont il lisait ce nom ; il s'est contenté de le faire dériver du verbe : Camara signifiant éblouir la vue. »

Deuxième origine.

Âboulféda (2) dit d'après Ibn-Said : « Les montagnes de Comr ou de la Lune, où le Nil prend sa source, ont été ainsi nommées du nom des populations qui les habitent : Les Comr. Ce peuple, ajoute Ibn-Said, est frère de celui de la Chine, et on rapporte de lui ainsi que de la plupart des autres peuples qui habitent ces contrées, qu'ils mangent les hommes qui tombent entre leurs mains* »

D'après ces deux origines, on peut se rendre compte de l'extrême fréquence de l'emploi des noms ci-dessus

(2) Aboolféda. Géographie d\ p. 81 (1) Aboulféda, p. 20G.

cités ou de leurs altérations^ soit qu^on les ait appliqués à tout lieu présentant une forme apparente de la Lune ou d'un croissant, avec une condition particulière d'où pouvait naître réblouissement de la vue ; soit que les Comr aient laissé dans leurs migrations les traces de leur passage sur les divers lieux qu'ils ont parcourus. Aussi trouvet*on ces noms répandus sur toutes les côtes de l'Asie depuis la mer Rouge jusqu'au golfe de Siam, et aussi dans l'Afrique et sur les îles qui avoisinent sa côte orientale.

Ces migrations des Comr, frères des Chinois, remonteraient peut-être à une époque bien reculée ; mais sans incertitude à une époque antérieure au deuxième siècle d^ notre ère, puisque Ptolémée parle avec une certaine précision des montagnes de la Lune où le Nil prend sa source. Ces migrations se seraient renouvelées à différentes époques. M. Reinaud (1) donne un extrait d'Ibn-Said, qui complète celui produit par Aboulféda. « Les Comr ainsi que les Chinois descendent d'Amour, fils de Japhet (2). Ils habitaient primitivement avec les Chinois ; mais, la discorde étant survenue, les Comr furent obligés de se retirer dans les îles voisines d'où ils se répandirent successivement dans le continent africain. Les Comr ressemblent aux Chinois plus qu'aux Indiens. »

Ajoutons à ces renseignements ceux que donne Albyrouni (3) : c( Komaïr est le nom d'un peuple^ dont la

(1) Reinaud. v. cIrUroductiony p. ggcxth.

(2) LeDom d'Amour est conservé dans celui d'un fleuve de la Russie d'Asie, qui se jette dans la mer d'Okhotsk.

(3) Reinaud. Traduction d'un fragment d*Alhyrouni dans le journal anatique, année 1844. •. ;

couleur tire vers le blanc, qui est petit de taille, qui ressemble pour la ligure aux Turcs, qui professe la religion des Indiens et qui a les oreilles percées. »

Si on examine les citations que nous avons produites, sous le rapport des migrations des peuples de l'Asie orientale qui sont venues sur la côte orientale de TAfrique et par suite à Madagascar, on peut remarquer que lacout donne le nom de Comr « à Tîle du pays des Zendjs, dans les régions les plus reculées du midi- ù Or, les Arabes 'connaissaient et décrivaient beaucoup d'îles le long des côtes de TAfrique; celte maïiière de s'exprimer ^'Jaco ut au treizième siècle, indique une île qui n'est pas ordinaire, et Madagascar se distingue assez d'une île ordinaire, pour que ce soit à elle que se rapporte l'île Comr.

On trouve à Madagascar des coutumes de la Chine, entre autres le serment du sang, en usage chez presque toutes les populations de cette île, et les repas servis aux morts dans le lieu de leur sépulture, coutume pratiquée encore chez les Ho vas à la mort de Râdama 1 (1) ; mais ces coutumes sont usitées chez d^autres peuples que les Chinois. Des rapprochements aussi peu concluants ne peuvent tebir lieu de Titinéraire qu'auraient suivi les Comr frères des Chinois. D'ailleurs, il est assez probable que les Chinois n'ont abordé à Madagascar, qu'en quaUtéde marchands et conduits par les hasards de la navigation. Marco-Polo, n'eût pas omis de mentionner des faits d'une autre nature au lieu de dire : « Le grand Khan

(1) Malte-Brun. Nouvelles annales des voyages.

envoya un de ses messagers en celte île, pour faire relâcher un des siens, que les habitants avaient fait prî-^ sonnier, et ce messager ainsi que le prisonnier racoB-;; tèrent au grand Khan maintes merveilles de cetÏQ île, » •

Les Comr, frères des Chinois, sont probablement les Malais « dont la couleur tire vers le blanc, ^> qu'Aboulféda dit être des descendants des Chinois; ce qu'ont dit également d'autres auteurs, et les hisloriens portugais qui relatent que les Malais, d'après leur propre dire, descendent des Chinois.

Il est donc nécessaire de recourir à d'autres sources, pour établir que le nom Comor ou Comr a été appliqué à Madagascar ; que cette dénomination qui s'étendait à un certain nombre d'îles envisagées comme dépendances géographiques de cette grande île, a été plus tard restreinte à quelques-unes d'entre elles situées dans le canal Mozambique.

Nous commencerons, par mettre de l'ordre dans les principales applications constatées des noms : Camar, Comar, Comor, Comr ou de leurs altérations si nombreuses.

I. Aboulféda (1) cite l'île Camerandansla mer Rouge; elle avoisine le port de Zebyd. Les historiens portugais la citent sous le nom de Camara et Camaran (2) ; elle est connue dans les luttes qu'au seizième siècle, les Egyptiens soutinrent contre les Portugais ; tour à tour leurs flottes y venaient hiverner ou s'y rafraîchir. La même île est citée, dans le journal de Nicolas Doun-

(1) Aboulféda, p. 212.

(2) Barros. Téca^îe 4, Jiv. x, ch. 3. Maffée, Osorius, etc.

J ton (1) capitaine du Pepper-Com^ dans la flotte dé-éir Henri Midlelon ; « elle est située dans la mer Rouge, sur V. la côte d'Arabie à quarante lieues au nord de Moka, vers . Je dôt degré 4e latitude. »

"IL Edrisi (2) mentionne sur la côte de l'Arabie, dans rHydramaut, entré Choumna et Merbat, le ghob-el- Çanaar ou vallée de la Lune. Voici l'origine de ce nom, qui vient développer ce que nous avons dit précédemment : « Au fond de cette vallée, est un pays nommé Khàlfat, et à son extrémité une montagne ronde et blanche présentant l'aspect de la lune ; c'est de cette courbure en forme de croissant, et de cette blancheur, que cette montagne tire son nom. » Ce nom est encore conservé sur nos cartes modernes^ dans les mêmes parages : Gebel-el-Camar.

UL Ptolémée (3) mentionne dans ses prolégomènes^ le cap Comareum qui correspond à Diu.

rV. Komar(4) est un nom propre, porté vers la seconde partie du dixirime siècle, par un roi du Méwar ; c'est aussi le nom d'un roi du royaume de Kamaroupa situé à l'est du Gange (5) .

V. Ptolémée (6) mentionne le cap Comària, qui est notre cap Comorin.

(1) Prévost. Histoire générale des voyages^ t. xi, p. 65.

(2) Edrisi. Premier climat, sixième section.

(3) Ptolémée, liv. i, eh. 17.

(4) Journal des savants^ année 1831 ; article de M. Silvestre de Sacy.

(5) Stanislas Julien. Vie et voyages de Hiouen-Thsangy p. 227.

(6) Ptolémée, liv. vn, ch. 1. Voir pour les diverses signiflcations de ce mot, (Koumara, au masculin ; Koumari au féminin) : Langlès. {Monuments anciens et modernes de VHindoustan^ t. î, première partie, p. 231.

VI. Ptoléniée (1) et le Périple de la mer Erythrée (2) , mentionnent la ville de Caraara située à Test du cap Comorin. Cette position est maintenue ilans la relation des voyages de Sindebad. Presque tous les auteurs modernes, et parmi eux M. Gildemeisfer (3), ont pensé que le nom eK^amar, doit s'appliquer à la partie de la presqu'île nommée Ma'bar qui à Test du cap Comorin fait face à Ceylan. C'est aussi l'opinion de d'Herbelot.

VII. Le Périple de la mer Erythrée^ indépendamment de la Camara qui précède, mentionne un pays nommé Comar où est un château fort et un port, lequel pays, Gosselin (4) place un peu à l'ouest du cap Comorin.

VIII. D'après Abou-Zeyd (3), à l'ouest du cap Comorin est un pays nommé Comar : « Les récits qui ont cours dans le pays font mention, dans les temps anciens^ d'un roi de Comar, pays qui produit l'aloès surnommé al- Comari. Ce pays n' est pas une île ; sa situation est sur le continent indien^ du côté qui fait face au pays des Arabes, Aucun royaume ne renferme une population plus nombreuse que celle de Comar »

Massoudi parle du même pays de el-Comar : Le c< pays de Comar n'est pas une île ; c'est un pays de côtes et de montagnes, il n'y a pas dans l'Inde beaucoup de royaumes plus peuplés que celui-ci. «

(1) Ptolémée, id.

(2) Geographi grœci minores^ edit. Didot, 1. 1, p. 300.

(3) Gildemeister (Joanne). Sriptorum Arabum de rehus indicis, p. 62.

(4) Gosselin. Recherches sur la géographie systématique et positive des anciens, t. m, p. 213.

(5) Ed. Gharton. Voyageurs anciens et modernes, t. ii, p. 131.

Ces deux auteurs racontent la fin tragique d'un roi de ce pays de Comarqui, dans un moment de présomptueuse et cruelle vanité, témoigna à son vizir le désir d^ voir la tête du roi de Zabedj exposée sur un plat. Le roi du Zabedj, informé de ce propos, arma secrètement une flotte considérable. « Le roi de Comar n'eut connaissance du danger qui le menaçait que lorsque la flotte fut entrée dans le fleuve qui conduit à sa capitale^ et que les guerriers du Maha-Radja furent débarqués ; le Maha- Radja saisit donc le roi de Comar à Timproviste, il le prit, lui fit couper la tète et retourna dans ses états. »

C'est de ce même pays de Comar que parle Edrisi(l) dans le passage suivant : << On apporte au roi de Serendib des vins de l'Irac et du Fars qu'il achète de son argent, et qu'il fait vendre dans ses états ; car il boit du vin et défend le libertinage, tandis que les autr^es rois de llnde permettent le libertinage et prohibent Tusage des liqueurs enivrantes, à l'exception toutefois du roi de Comar^ qui défend l'un et l'autre.

C'est encore ce pays de Comar qu'au treizième siècle, Marco-Polo mentionne comme nous allons le voir sous le nom de Comari.

Mais quel est ce pays de Comar, situé sur le continent de l'Inde, dont les commentateurs des auteurs arabes et de Marco Polo n'ont pu indiquer la situation ? Nous pensons que le pays de Comar est celui oii est situé Calicut, et nous donnerons les motifs dont nous appuyons notre opinion. Ces motifs justifieront Marco Polo d'une inver-

(1) Edrisi, premier climat, huitième section, p. 73.

sion qu'on lui attribue dans la description de certains lieux qu'il a visités. Des inversions de cette nature ne peuvent lui être attribuées, à moins de considérations très-probantes, que pour les lieux qu'il ne décrit que sur les rapports qui lui en ont été faits, et qui ne sont pas sur la route que l'on peut supposer avoir été tenue pour conduire la fiancée du roi de Perse, de la Chine jusqu'au golfe Persique.

Le voyageur quitte « la grant province de Maabar» » part de la cité de Cail située à Test et proche du cap Comorin; il passe sur la côte ouest de la Péninsule ; son vaisseau le conduit à Goilun (Goulam, Quilon) dont la position à l'ouest du cap Comorin ne peut être l'objet d'aucune incertitude. A la fin du chapitre consacré à Goilun, il dit : « Autre chose n'y a qui à conter face. Si, nous en partirons et vous dirons d'une autre contrée qui a nom Gomari. »

Voici le chapitre relatif à Gomary (1).

Ci Gomary est une contrée d'Inde meismes, de laquelle se puet veoir aucune chose de l'estoille tramontane (nord) laquelle ne se puet veoir la isle de Java en ça. Et quant l'en la veut veoir, si va l'en bien XXX milles en mer^ et la veoit on bien 1 coûte haut (haute d'une cou-

Ci) Paulhîer(M. G). Le livre de Marco-Polo, citoyen de Venise, rédigé en français sous sa dictée en 1298, par Busticien de Ptse, publié pour la première fois d'après trois manuscrits inédits de la bibliothèque Impériale de Paris, présentant la rédaction primitive du livre, revue par Marc Pol lui-même et donnée par lui en 1307. à ThiibauU de Cepoy, accompagnée de variantes, de rexpllcation des mots hors d*usage, et de commentaires géographiques et historiques, tirés des écrivains orientaux, principalement chinois avec une carte générale de TAsip. Par!?, Didot frère?, 1865.

dée). Il est mouU sauvage lieu, et si y a bestes de toutes façons et proprement singes qui sont si devisez, que vous diriez que il sont hommes. Et si y a aussi ours, Lyons et Lupars (léopards) assez. Et si y a moult de granz palus (marais) et moult granz pantains (mare, bourbier, de l'italien pantano) à merveille. »

» Autres choses n'y a qui à conter face. Si, nous en partirons et vous conférons d'un autre royaume qui a nom Ély, si comme vous pourrez oïr et entendre. »

Puis, suit le chapitre relatif au royaume d'Ely ; et nous disons que la succession des chapitres que nous venons de mentionner est la succession même des lieux qui y sont décrits en allant de la cité de Cail au royaume d'Ely.

Les commentateurs de Marco Polo n'ont pas voulu que le célèbre voyageur ait passé sous silence le cap Comorin, bien qu'il n'ait pas parlé davantage du cap aussi important qui termine au sud la presqu'île de Malacca. De là, deux systèmes se sont produits. L'un consistant à placer Coilun à l'est du cap Comorin ; alors, après Coilun viendrait la contrée de Comari, limitée au sud par le cap Comorin, puis le royaume d'Ély. Mais la position bien déterminée de Coilun, Coulam ou Quilon, ville trèscélèbre sur laquelle les géographes et les voyageurs arabes sont d'un sentiment unanime, fait rejeter cette opinion insoutenable. L'autre système consiste à supposer une erreur de la part de Marco Polo qui aurait dû décrire la contrée de Comari avant celle de Coilun. M. Pauthier a soutenu ce dernier système que n'autorise pas la révision dont le manuscrit de Rusticien de Pise a été l'objet

de la part de Marco Polo lui-même. Ce système devient plus qu'inutile, si l'ordre des chapitres et des lieux peut être justifié historiquement et géographiquement, et si Marco Polo nous fait par ce moyen trouver l'introuvable pays de Comar.

Ebn-al-Ouardi (1) parle d'une division de l'Inde en trois parties : « 1* la partie septentrionale qui comprenait le Sind et le Moultan : 2° une partie intermédiaire, le Hind^ qui s'étendait depuis le Guzarate jusque par de là le Gange ; 3** enfin une partie méridionale qvtil appelle Comar y grande contrée y dit-il y qui contient douze royaumes^ et d'où l'on tirait l'aloès el-Comari.

Cette division remonte à une époque très-antérieure au treizième siècle où écrivait Ebn-Al-Ouardv. On comprend que ce n'est pas contre le roi d'un si grand et si puissant royaume que le maha-Radja du Zabedj aurait pu si facilement et si heureusement exercer ses représailles. De grands changements politiques et territoriaux avaient eu lieu dans cette partie méridionale de Tlnde appelée Comar.

Barros (2) rapporte qu'au neuvième siècle, régnait sur le Malabar un roi nommé SaRama Pereimal, dont l'empire s'étendait le long de la côte de ce royaume sur un espace de quatre-vingt lieues ; sa capitale était Coulam ; il était si puissant et avait sans doute accompli de si grandes choses que pour perpétuer la mémoire de son nom, on institua en son honneur une ère nouvelle (3). La

(1) Notices et extraits de la Bibliothèque du Roi, t. xi, p. 46.

(2) Barro8. Décade ], Ut. ix, ch. 3.

(3) « Il y a dans l'Inda, dit M. Pauthier (livre de Marco-Polo, p. 643) , une ère

fin du règne de ce grand roi fut marquée par un événement des plus extraordinaires. Vofci comment Prévost, dans V Histoire générale des voyages^ raconte cet événement et la fondation qui en fut la suite, de la ville de Calicut, dans la contrée Comari de Marco-Polo.

Vers la fin du neuvième siècle de notre ère^ plus de six cents ans d'après Faria y Souza (1), et exactement

qui porte le nom de la ville de Kollan et qui commence, selon Wilson, l'an 825 de notre ère. Les indigènes de la côte de Malabar la font commencer un an plus tôt, correspondant à 824 ; c'est l'ère plus connue sous le nom Sanskrit de : Varasamou-Uama-Saka. M. Taylor, dans ses : Orientais manus^ cripts, etc. (vol. i, p. 203), donnant la traduction d*un document Tamil, établit que l'année 227 de Tère Gollam (Kollam) , répond à l'année 1246 de l'ère de Salivahana ou 7C4 de notre ère; ce qui reporterait à 60 ans plus haut, c'est-àdire à un cycle entier, cette même ère de Kollam. »

En admettant la date donnée par Barros, la mort de Sa-Rama-Pereimal qui sombra avec son navire en se rendant à la Mecque, eut lieu en l'an 886 de notre ère; la date de 764 est donc exclue.

La date de 825, compatible avec la possibilité d'un long règne, ressort du passage suivant d'Anquetil du Perron ( Zend-Avesta ; discours préliminaire, 1. 1, l'« partie, p. giliv) : « Calicut est une ville considérable, bâtie l'an 825deJ.-C. l'an 933 de sa fondation répondait à Van 1758 de J.-C. » Ce renseignement fourni à Anquetil du Perron par un Hindou, fils du Topaye de la loge anglaise de Gochin, fait confusion entre Tannée du départ de cette ère, et Tannée de la fondation de Calicut, confusion d'où se dégage Tannée 825. D'après Barros, Calicut ne fut fondée qu'après Tan 886 de notre ère, et cet historien est le seul auteur qui nous ait transmis les causes de la fondation de cette ville, et les dispositions de réglementations religieuses que Tanclen roi de Comar prit avant sa dernière détermination. Langlès (monuments anciens et modernes de VHindoustan, 1. 1, p. 231), place la fondation de Calicut à Tan 907 de J.-C. Le même savant relate un fait qui se rattache à Tan 825 et qui probablement n'est pas étranger à l'institution de Tère de Parasou-Rama-Salia : « Vers Tan 825, Chérama, Péroumal de toute la côted^ Malabar, et que les Hindous vénéraient comme un héros et même comme un Dieu, accorda aux chrétiens de Saint-Thomas établis dans ses états, des privilèges gravés sur des planches de cuivre que leurs descendants montrèrent encore à Tarchevéque de Menezès en 1599. »

(1) Faria y Souza, A$ia Poriuguesa; 1. 1, p. 1, ch. 9, p. 84.

six cent douze ans d'après Barros (1), avant l'arrivée des Portugais dans Tlnde, a Sarana Périmai (2) qui régnait sur toute la contrée de Malabar, prit tant de goût pour la religion des Arabes, que non-sculenjent il embrassa le Mahométisme, mais qu'il résolut de faire le pèlerinage de la Mecque pour achever ses jours dans cette cité sainte. Avant son départ, il fît le partage de ses états entre sa famille, ne se réservant que douze lieues de pays proche de la mer, dont il fif présent, au moment qu'il s'embarquait, à son page qui était du même sang que lui, avec ordre de le cultiver et de le peupler en mémoire de son embarquement. Il lui donna aussi son épée et son bonnet (3) comme marque de l'autorité souveraine, et ses derniers mots furent un ordre à tous ceux qu'il avait institués ses héritiers, de le reconnaître pour leur samo rin ou leur empereur. Les seuls princes de Coulam et

(1) Uarros. Décade 1, liv. ix, cli. 3, p. 324.

(2) Prévost. Histoire générale des voyages^ t. i, p. 34, 35.

(3) L'abbé Prévost à la fin de son introdaction à Vhistoire générale des voyages^ p. XIV, écrit : « Une compagnie de gens laborieux à laquelle je Défais que«préterma plume, me répond de Tordre et delà fidélité des matériaux. J'ose garantir ma propre exactitude pour la forme que je vais leur donner dans mon style. » L'erreur du bonnet n'est donc pas de rillustre écrivain. Le même récit, et dans les mêmes termes, est produit dans V Histoire générale des voyages de Walckenaer. L'erreur signalée est donc due aux auteurs de la grande collection des voyages commencée en Angleterre, et qui a été le point de départ de celle de Tabbé Prévost. Nous n'avons pu vérifier le fait, n'ayant pas la grande collection anglaise à notre disposition.

Barros dit que les deux objets qui fureut laissés au Çamorij par Sarama Pereimal sont : un candieiro, lampe ou diandelier {que serve oo présente diante das pessoas notaveis como ca entre nos a tochu) , emblème de lu puissance intellectuelle, de la clarté et de la perspicacité de l'esprit, de la supériorité d'intelligence que les rois doivent avoir sur lé commun des hommes ; et une épée emblème de la puissance efifective du souverain.

(le Cananor furent exceptés de, cette loi ; mais il les obligea, tous sans exception, de recevoir sur leur monnaie le coin de cet empereur. Il mit ensuite à la voile du lieu où Calicut existe aujourd'hui. Une origine si singulière donna aux Mores tant de respect et de vénération pour cette ville, qu'ils abandonnèrent insensiblement le port do Coulam et qu'ils ne voulurent plus charger leurs vaisseaux qu'à Calicut... etc. »

D'après ce qui précède^ le grand royaume de Comar dont a parlé. ,plb!i-el-Ouardi, et qui avait subi des modifications avant le règne de Sa-Rama-Pereiraal , cessa d'exister en l'an 886. Chacun des Étals dont il se composait eut dès ce moment une existence individuelle, et le nom de Comar resta à la seule partie de ce royaume que le roi de Comar s'était réservée et où s'éleva la ville de Calicut, La contrée Comari de Marco Polo et celle où est la ville de Calicut, sont l'une et l'autre situées au nord de Coulam et au sud du cap d'Ely.

Le nom de Comar, conservé au seul pays que s'était réservé Sa-Rama-Pereimal, s'éclipsa insensiblement lorsque s'accrurent la prospérité et la renommée de Calicut, mais non entièrement, puisque les Arabes le mentionnent sans dire où il est placé et que Marco Polo lui donne une attribution que les commentateurs ont méconnue.

Marc Pol est donc conforme à Abou-Zevd disant au dixième siècle que le pays d'el-Comar est situé sur le continent de l'Inde du côté qui regarde le pays des Arabes.

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