‹ Mémoire géographique sur la mer des IndesChapitre 7 sur 16 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Llle Gomor-Malay d'Edrisi. — Erreurs des commentateurs d*Edrisi au SMJet de cette île.— Position de Djesta. — Distance de Tile Comr à DJesta et aux Iles Maldives. — L'île Comor d'Ibn-Said. — Comparaison des cartes dUbn-Said etd'Edrisi. •— Assimilation de quelques lieux de la côte d'Afrique de ce géographe. — Réduction des mesures employées par Ibn-Said. — Exactitude que cette réduction donne à la longueur de la côte occidentale de Madagascar, comprise entre la partie sud de cette île et le cap Saint-André, laquelle partie est toute la côte occidentale de Tîle Comr. — Assimilation des divers lieux de Pile Conir : Leirane, Malai, Dehemi, Balbouq. — Autres phases de la configuration de l'ile Comr après que la circumnavigation do cette île est accomplie. — Observations diverses. — Autres preuves de Pidentité de l'île Comr et de Madagascar. — Diverses mappemondes. — Attributions prêtées à Pîle Comr. — Le nom Comr est donné à tous les archipels an nord-est de Madagascar.

Edrisi parle de Tîle Comor : (p. 67) elle est voisine des îles Roibahat (les Maldives) ; (p. 69) elle est à sept journées de navigation des îles Roibahat ; (p. 79) elle est à une journée de navigation de Djesta, sur la côte de l'Afrique; (p. 83) l'île Comor est à cinq journées de l'île orientale Chouma: (id.) elle est à trois milles de Tîle Senf ; (p. 86) elle est à une journée de l'île Achoura, L'île nommée Comor, dit-il, est longue; son roi demeure dans la ville de Malaï ; ses habitants disent qu'elle

s'étend en longueur sur un espace de quatre journées (d'après le manuscrit A de la Bibliothèque impériale, traduit par M. Amédée Jaubert)^ et sur un espace de quatre journées (d'après le manuscrit B consulté par le même orientaliste) ; il dit encore que File Comor se termine en face des îles de la Chine du côté du nord (d'après le manuscrit A) , et du côté du midi (d'après le manuscrit B).

Ces détails sont peu concordants. Si pour s'éclairer on consulte la Bibliothèque orientale de d'Herbelot, on voit que ce savant auteur n'a pas bien démêlé le texte d^Edrisi ; il a attribué, et d'autres auteurs recommandables l'ont suivi dans ses errements, à une contrée de l'Inde, ce que le géographe arabe dit de celte contrée et aussi d'autres pays entièrement différents ; et à «on insu il lui fait dire ce qu'il ne dit pas. Il n'est pas jusqu'à Fillustre d'Anville (1) dont la perspicacité n'ait été en défaut au sujet de l'île Comor. Il remarque que la langue arabe n'a point de terme particulier pour distinguer ce qui n'est que presqu'île d'avec ce qui est entièrement isolé; mais faisant lui-même la confusion qu'il faut éviter, il dit que : « l'île Comor est la partie de l'Inde qui du [cap Comorin s'étend vers les contrées orientales de TAsie. »

Les commentateurs ont commis celte erreur pour ne pas avoir eu constamment présente à l'esprit la carte d'Edrisi.

Le monde habitable d'Edrisi occupe une étendue en longitude de 180 degrés ; il est partagé en sept climats^

(1) D'Anville. Antiquité géographique de Vlnde, p. 121.

chaque climat es( divisé en dix sections égaies, ayant chacune une étendue en longitude de 18 degrés. La description des sections va de l'ouest à Test, et commence par le premier chmat (1).

La mer des Indes se développe dans le premier climat; elle s'étend en latitude au-dessus de la ligne équinoxiale jusqu'au treizième degré nord. L'île Kotrobayesl portée avec la longitude écrite 112 degrés qui lui convient selon la place qu'elle occupe dans la septième section ; l'île Serendib y est portée avec une longitude écrite 108 degrés, tandis que, selon la place qu'elle occupe dans la huitième section, elle devrait porter la longitude 138 degrés. C'est une erreur de main, puisque cette longitude, suivant différentes tables de géographes arabes^

(1) Dftns le mantiscrit an fonds Asselin de la Bibliothèque Impériale de Paris^ traduit par M. Amédée Jaubert, chaque section, à l'exception de la 70» remplie par TOcéan ténébreux, et où il n'y a pas d'habitants, est accompagnée d'une carte. Les cartes de la V^y 2* et 3* sections du premier climat, sont produites dans la traduction.

Les copies de même dimension des soixante-neuf cartes ont été, par les soins de M. Jomard, assemblées en une seule carte qui est au département des cartes et plans de la même bibliothèque. M. Jaubert (préface, p. xii) avait annoncé cet assemblage, ou plutôt la réduction de cette carte d'ensemble comme devant être jointe à sa traduction; cette adjonction n'a pas été faite, et pour qu'elle fût réellement utile, il faudrait que les noms arabes fussent accompagnés de leur traduction.

Les copies réduites des 7«, 8«, 9* et lO^ sections du premier climat sont produites dans l'Atlas Lelewel ; on y trouve également les 2«, 3% 4», 5* et 6' sections du sixième et du septième climats, réduites sur les dix cartes correspondantes du manuscrit du fonds Asselin, lesquelles sont produites dans Tatlas manuscrit de la Bibliothèque impériale (t. i, p. 61-64 ; t. in, art. i, analyse de la description d'Edrisi).

L'atlas Lelewel contient aussi une copie réduite de la table ronde du roi de Sicile^ Roger, dressée par Edrisi, en 1154, qui accompagne deux manuscrits de la bibliothèque Bodleyenne d'Oxford, et qui a été reproduite par le docteur

varie de 130 à 120 degrés, et que celte dernière est la moindre qui y soit produite.

L'île Coraor-Malay commence au sud-est *de l'île Serendib, à la fin de la huitième section, par une longitude de 144 degrés; elle se dirige vers Test, inclinant un peu vers le nord ; s'abaisse ou se relève de manière à permettre au géographe d'insérer dans l'espace étroit qui la sépare de l'Asie, les îles dépendances géographiques de ce continent, qui deviennent ses voisines ; et se termine dans la dixième section par une longitude de 468 degrés, occupant ainsi une étendue en longitude de 24 degrés.

Toutes les longitudes rapportées à ces sections sont arbitraires, et, pour ne nous occuper que de notre sujet, sont en contradiction avec une autre sorte d*appréciation, à savoir, des mesures ihnéraires portées sur la côte de l'Afrique (1) et dont nous ferons usage.

Vincent, dans son ouvrage sur le périple de la mer Erythrée, et par M. Reinaud dans son Introduction à îa géographie d' Aboulféda, La mer des Indes n*y est pas conforme, en tout, à celle de la carte générale par sections du manuscrit traduit par M. Jaubert.

(1) Ainsi deMéllnde à^DJesta qui est placée vis-à-Tis de la pointe ouest de l'île Comor, il y a, comme nous le Terrons, une distance en longitude de 12 degrés, tandis que si on consulte la place que Mélinde et Djesta occupent dans les sections, cette distance est de 32 4egrés. Si on recherche les causes de cette contradiction, on voit que la mesure de 12 degrés comprise entre Mélinde et Djesta, aurait fait correspondre le commencement de Tlle Comor, placé visà-vis de Djesta, avec le 124* degré de longitude. Serendib élant portée par 138 degrés, Tile Comor aurait dû commencer par une longitude de 14 degrés ouest de Serendib; mais alors comment aurait fait le géographe pour insérer rile Gomr entre Serendib (Latitude 8«> nord) et la côte de l'Afrique qui s'étend au-dessus de la ligne équinoxiale, côte qu'il représente hahitée partout, et sur laquelle il faut humainement laisser une zone suffisante habitable; que de-

♦ Dans le chapitre précédent, nous avons séparé avec soin les diverses applications du nom Comar, qui sur certaines caries a aussi été attribué à Ceylan. Les citations que nous avons produites au début du présent chapitre contiennent tous les renseignements géographiques fournis par Edrisi sur l'île Comor,avec toutes leurs discordances qui, comme on le voit par la situation que nous venons de décrire de cette île, se comprennent parfaitement,

« Edrisi (p. 86 et 92) décrit l'île Malay située dans la mer de Chine et qui correspond à une des îles de la Sonde; une note placée à la page 92, pour remplir une lacune du manuscrit A, note tirée du manuscrit B et de la version latine, consultés par M. Jaubert, fait de cette île Malay et.jde l'île Comor une seule et même île. Si on consulte la carte d'Edrisi, on s'assurera facilement que c'est là en etfet la représentation que le géographe en a donnée. Elle y porte le nom : Comor-Malay, réunion des noms des deux îles qui hypothétiquement forment ses extrémités orientale et occidentale, mais indiquant un trait d'union entre les Malais et l'île Comor^ et rappelant les traditions malaises relatées au chapitre H. Car la ville de Malay, que nous verrons citçe par Ibn-Said d'après le voyageur Ibn-Fathima, figure déjà sur la carte d'Edrisi, et cette ville est placée sur la partie ouest de l'île Comor-Malay ; d'o& suit que de ces migrations viendrait le nom Malaicassar donné à Madagascar, nom anti-

viendraient alors et le canal qui sépare Tilç Comor de la cûto de TAfrigaOy et la largeur de Tile Comor, et ia distance de sept journées de nie Comor aux Maldives? On se rend compte par là des torture» géograpliiques auxquelles s'est soumis Edri<;i pour dresser sa mer des Indes.

que qui ensuite a été converti en Madeigascar, et autres plus ou moins semblables et définitivement en Madagascar ; de là aussi le nom de Malegaches donné aux habi-^ tant s de cette ile.

Lorsque Edrisi veut indiquer la distance de quelquesunes des parties les plus orientales de cette île à quelques îles qu'il décrit comme dépendances de l'Asie^ il la nomme Malay. Ainsi (p. 86) l'île Achoura est à une petite journée de l'île Malay. Quand il veut indiquer la distance des parties occidentales de cette île à la côte d'Afrique, il la nomme Comor- Occupons-nous donc de la partie occidentale de l'île Comor-Malay,

De Gomor à Djesta située sur la côte de Sofala (p. 79)> il y a une journée de navigation.

On peut s'assurer que Djesta convient par sa latitude au point de la côte d'Afrique le plus rapproché de Madagascar. Nous nous servirons des chiffres tels quels donnés par Edrisi et nous partirons du point fixe de Mélinde^

De Mélinde à Mombaze : deux journées de navigation ; et comme, d'après ce que dit l'auteur dans la sixième section de son deuxième climat (p. 158) (1), la journée de navigation est de cent milles, cette distance est 200 milles.

De Mombaze à El-Banés >i 50

De Ei-Baués à Thonet 150

A reporter. . 500 milles.

(1) En parlant de Derdour, Edrisi dit : « Ce lieu est situé au sud de Hle d'Ebu-Kawan, laquelle est éloignée de Tile de Keich de cinquante-deux milles; ce qui forme une demi-fournée de navjgation. »

Report. . . 500 milieu.

De Thonet à Dendama, la distance

n'est donnée ni dans le texte ni sur la

carte, on peut l'estimer par Tespacé

compris sur la carte, à 300

De Dendama à Djentama : 2 journées. 200 De Djentama à Bukha : 1 journée. 100 De Bukha à Siouna : 3 journées. . 300 De Siouna à Djesta, évaluation prise

sur la carte. . . é 100

Total. • . 1,500 milles.

Cette distance ne peut être portée en latitude, puisque, indépendamment de la réduction que lui fera subir le redressement d^une partie de la côte, l'itinéraire n'est pas donné en ligne droite, mais sur plusieurs lignes droites et lignes courbes entre les six stations de Mélinde à Djesta. On peut estimer la réduction à opérer à environ 300 milles, ce qui laisse une distance de 1 ,200 milles à porter en latitude. Nous ne nous dissimulons pas l'arbitraire de cette réduction ; sans doute on iie l'estimera pas trop grande si on fait attention que la première des distances itinéraires portées ci-dessus devrait être bien autrement réduite.

Pour évaluer cette latitude, Edrisi, à part un calcul attribué aux Indiens, énoncé seulement par un rapport^ ce qui indique suffisamment que ce n'est pas de Celui-'là qu'il s'est servi, fournit dans ses prolégomènes (p. 11) deux systèmes entre lesquels il faut choisir. L'un divise Féquateur en 360 degrés; le degré contient

25 parasanges; la parasange, 42,000 coudées ; la coudée, 24 doigts; le doigt, six grains d*orge rangés dos à dos.

On peut remarquer que le mille ne figure pas dans celte énumération des diverses mesures de ce système ; cette omission est d''autant plus extraordinaire que, pour les contrées maritimes, l'auteur relate les distances en milles et en journées de navigation qu'il convertit en milles.

Dans le second système qu'il dit être celui d'Herates, i'équateur est divisé en 360 degrés ; le degré contient 100 milles ou 33 parasanges 1/3.

On pourrait donc croire que c'est de ce dernier système que s'est servi Edrisi, d'autant plus qu^il estime la journée de navigation à 1 00 railles, ce qui paraît être une estime suffisante. En portant alors en latitude les -12 degrés qui résultent des 1200 milles, distance deMélinde àDjesta, on arrivée 15 degrés de latitude sud, ce qui fait correspondre Djesta à Mozambique.

C'est là une rencontre heureuse, puisqu'elle conduit au point delà côte d'Afrique le plus rapproché de Madagascar, de même que Djesta l'est de Comor. Mais c'est une rencontre fortuite parce qu'elle est trop exacte, provenant de chiffres aussi inexacts que ceux d'Edrisi qui met deux cents milles de Mélinde à Mombase. Il est vrai que certaines distances ont pu être portées très-exagérées, et d'autres relativement diminuées^ de sorte que les distances partielles étant fautives, leur ensemble puisse présenter moins d'inexactitude.

Si au contraire,, on se sert du premier système, en le

complétant par Tadjouctioa du mille, qui est invariablement le tiers de la parasange, et donne 75 milles au degré, alors les 1,200 milles portent Djesla à 16 degrés sud de Mélinde, par conséquent dans la partie de la côte de Sofala la plus enfoncée vers l'ouest, et dont la distance à la côte occidentale de Madagascar est la plus considérable.

De ces deux positions, Mozambique, Sofala, quelle est celle qui convient le plus à Djesla?Sans incertitude c'est Mozambique : et nul autre point de la côte d'Afrique ne peut lui être comparé, quanta la condition spéciale de Djesla(l). A la vérité il n'y a pas dans une journée de navigation pour la traversée de Mozambique à Madagascar, une appréciation suffisante de la largeur du

(1) De cette épreuve que dous faisons subir aux chiffres d'Edrisi, il ne peut résulter aucune induction quant au système quM a suivi. 11 est évident que ces systèmes n'ont ici qu'une importance (out-à-fait secondaire. Les distances qui ont été fournies, étant exagérées, leur réduction en milles a produit également ces indications exagérées. Plus on s'éloigne sur la côte d'Afrique vers le sud, plus l'exagération est grande. Ainsi, pour la valeur de 75 milles au degré, la longueur de la mer Uouge est dans les prolégomènes portée à 1,400 milles, évaluation trop faible, puisqu'il ne s'agit pas de l'étendue en latitude de la mer Rouge qui est de 18 degrés, mais de sa longueur qui, d'après les 1 ,400 milles ne serait que de 37 3 lieues marines. De Termeh où commence la montagne de Khakoui(cap d'Orful), jusqu'à Mélinde, on compte en réunissant diverses distances fournies par les 6« et7« sections du 1«' climat^ 1,350 milles ou 360 lieues marines, lesquelles, par une réduction peur en obtenir une distance en latitude, ne pourraient jamais descendre à 13« 30', étendue en latitude de la même partie de la côte. L'évaluation du milln, de trop forte qu'elle était dans l'exemple précédent, devient ici trop faible. La même observation pourrait être faite aux distances successives de Mélinde à Djesta ou Mozambique.

Sinous considérons l'évaluation de 100 milles au degré, les 1,400 milles de la longueur de la mer Rouge seront de beaucoup insuffisants. De Termeh à

— no —

canal ; U en est de même des sept journées de navigation» indiquées par le même auteur entre File Comor et Anberia, une des plus méridionales des Maldives, Mais ce qui est certain, c'est que le rapport de 1 à 7 exprime assez bien le rapport entre les distances de Mozambique h Madagascar, et de Madagascar aux Maldives. Ce rapport pourrait varier sans cesser d'être exact, et Madagascar est la seule grande île de la mer des Indes, qui puisse y satisfaire. Il y a même lieu de s'étonner qu'une telle exactitude ressorte d'un système aussi vicieux que celui d'Ëdrisi ; cela justifie ce que nous avons dit au chapitre I* des diverses mesures qu'on doit démêler dans la carte de ce géographe.

Si de la mer des Indes d'Ëdrisi, nous passons à celle d'Ibn-Said, l'identité de l'île Comor ou Comr avec Madagascar se précisera d'une manière complète.

L'île Comr d'Ibn-Said commence, du côté de l'Afrique, par 101 degrés de longitude, et s'étend jusqu'au 164« degré.. Au 154» degré, sur la côte nord, et par 3 degrés de latitude méridionale^ est la ville de Gomoryé, jadis la capitale de la plus grande partie de l'île*

Le fragment dlbn-Said, dont nous ferons usage^ est produit par M. Reinaud. Il y a un autre fragment du même auteur, relatif au même sujet, dans la géographie d^Aboulféda (p. 208). Mais ces deux fragments ne con-

Mélinde^ les 1350 milles donneront précisément les 13° 30' de latitude compris entre le cap d'Orfui et Mélinde ; enfin de Mélinde à DJesta ou Mozambique, les 1500 milles donneraient une évaMatlon trop faible du mille, et nous avons dû les corriger en présence de la distance de Mélinde à Mombase portée à 200 milles.

cordent pas sur plusieurs points, entre autres sur celui-ci, que : Aboulféda place sur la côte d'Afrique, une ^ille nommée Leirane par 102" de longitude, 30' de latitude sud, tandis que celui de M. Reinaud place une \ille de Leirane sur la côte de l'île Comr par la même longitude et la même latitude, bien qu'il y ait entre le continent et rile Comr un canal de deux cents milles de largeur. Ce qui prouve une altération dans Tun des deux fragments. Celui d'Aboulféda est tronqué et nous n'avons à employer que celui de M. Reinaud (1). Ibn-Said continue ainsi sa description de la côte d'Afrique : « A l'orient de la ville de Seyouna, qui est située sous le 99* degré de longitude et le 2* degré 30' de latitude méridionale, commence la montagne battue (Djebel Almolattham) ; elle s'étend le long de la côte, sur un espace d'environ deux cent soixante milles. On la nomme ainsi parce que le vent du nord souffle de son côté. La montagne des Comr se prolonge dans la même direction. La race nègre^ qui commence aux extrémités duMagreb, finit au midi sous le 108* degré de longitude et le 16* degré de latitude méridionale. Là, s'élève la montagne du Repentir (Djebel Alnedan). Celte montagne s'étend jusque sous le 117* degré et demi de longitude. Sa couleur est d'un rouge cendre. La mer environnante la baigne du côté du sud-ouest. Au pied de cette montagne du côté du nord, et sous le

(i) M. Reioaud a donné dans son Introduction à la Géographie d'Aboulféda (p. cxu et suiv.) une notice biographique et bibliographique sur Ibn-Sald, et (p. Gccxvi) le fragment de la Djagrafya de cet auteur, que nous reproduisons, lequel sera, plus loin, complété par un autre fragment d'Ibn-Said, dont la traduction est produite dans le voyage à la côte orientale d'Afrique par Mi Guillain.

109* degré de longiludo el le 12* degré de latitude méridionale est la ville de Daghouta ; c'est la pins reculée des villes du pays de Sofala ; c'est la ville la plus avancée de la saillie que le contingent forme de ce côté (4).

» Quant à l'île de Comr, elle prend naissance à l'orient de la ville de Seyouna, en face de la montagne battue. Le canal formé par l'île et le continent se dirige vers le sud-est, et se termine à la montagne du Repentir. Il y a en cet endroitoine largeur d'environ deux cents milles. Le vent qui souffle du nord pousse les navires contre la montagne battue. C'est aux équipages à se tenir sur leurs gardes. S'ils sont entraînés dans le canal, ils tâchent de regagner le nord à l'aide du vent qui vient du sud. Une fois arrivés devant la montagne du Repentir, il ne leur reste qu'à déplorer leur imprudence et à s'abandonner au décret divin. Ils sont brisés contre la montagne, ou bien ils sont poussés dans la mer environnante, et l'on n'en a jamais plus de nouvelles. On dit qu'il y a en cet endroit des tournants qui engloutissent les navires (2). Les personnes qui naviguent dans les

(1) Nous devons noter que dans. le fragment cité par Aboulféda, la traduction donnée de ce passage est celle-ci : « La ville de Daghouta est la plus avancée de la partie habitée du continent du côté du midi. »

(2) On peut se rappeler ce que Massoudi dît de la mer des Zendjs ; il ajoute même qu'un pilote Siraûen, avec lequel il avait fait un voyage de l'Oman h l'Ile Cambalou, périt {^s tard dans cette mer, avec son équipage; et que deux armateurs, avec lesquels il fit son dernier voyage à l'île Cambalou, eurent ensuite le même sort. Nous avons également vu comment Albyrour.i s'est exprimé au sujet de la navigation dans le canal Mozambique. Ëdrià (2» climat^ 6^ section; décrivant un gouffre, dont parle aussi Massoudi, situé non loin du cap Mucendom à l'entrée du golfe Persique, le gouffre Derdour, dit : « II existe trois gouffres de ce genre, le premier est celui-ci que nous décrivons, jie deuxième est celui qui se trouve dans le voisinage de Comor, etc. »

mers de l'Inde nomment ces parages mers de la Ruine ; ils les appellent aussi mer de Sohayl, parce que de cet endroit, on yoit Tétoile de Sohayl (Canope) au-dessus de sa tête.

» L'île de Comr est longue et large. On lui attribue quatre mois de long et vingt journées de large dans sa plus grande largeur. On cite parmi ses villes celle de Leirane. Ibn-Fathiraa qui Ta visitée dit qu'elle est avec Macdaschou au pouvoir des Musulmans, mais que ses habitants sont un mélange d'hommes venus de tous les pays. C'est un port où l'on peut relâcher et mettre à la 4 voile. Les scheikhs qui y exercent l'autorité tâchent de s'y maintenir dans de bons rapports avec le prince de la villede Malay, qui est située à l'orient. Leyrane se trouve sur les bords de la mer sous le 102* degré de longitude et 32' de latitude. A cinq degrés au-delà est la ville de Malay où réside un des rois de Tîle. Ce roi parvient quelquefois à faire la conquête de la plus grande partie de l'ile^ mais il ne retire pas de grands avantages de ces sucÈès, car les distances sont grandes et les esprits divisés. La latitude de Malay est la même que celle de Leyrane.

2> La ville de Daghouta est située au pied de la montagne du Repentir, sur le bord du canal des Comr.

» Quant à l'île des Comr, elle se prolonge à l'est. Comoryé, qui fut jadis la capitale de la plus grande partie de l'île, se trouve sous le à 54* degré de longitude et le 3* degré de latitude méridionale . » lA mer de Flnde se joint à la mer environnante sous le 164' degré 31' de longitude. En cet endroit est

l'embouchure du fleuve Khomdam, le principal des fleuves de la Chine. Khomdam est le nom d'une ville que le fleuve traverse ; sa situation est sous le 164" degré de longitude et le 1" degré de latitude septentrionale. Personne, dit-on^ ni d'entre les habitants de l'île de Comr, ni d'entre les étrangers, n'a navigué dans la mer environnante ; quiconque y a été entraîné a péri au milieu des tournants d'eau. »

La partie de ce fragment^ relative au canal des Comr et aux dangers si caractéristiquement décrits que courent .. les navires en approchant du cap du Repentir, fournit une assimilation incontestable de ce cap du Repentir avec le cap Corrientes. La route que doivent tenir les marins égarés vers ce cap pour regagner le nord, y est indiquée; elle consiste, comme de nos jours, à s'éloigner de la côte d'Afrique et à se rapprocher de Madagascar. Ainsi soustraits à Faction des courants, les navires gagnent le nord par le vent du sud. On lit dans Barros que Vasco da Gama, dans son premier voyage, prit tant de précautions pour éviter ces courants, qu'il passa fort loin de terre et ne put prendre connaissance de Sofala. Cette manœuvre, exagérée par des circonstances de temps, eût sutfi à faire découvrir Madagascar dont les montagnes sont visibles de fort loin en mer, si les îles Comores n'étaient pas placées, comme des pierres d'at-. tente échelonnées, pour faire penser que l'île Madagascar dut être connue de très-bonne heure par les premiers marins qui naviguèrent dans ces parages.

Pour bien apprécier le fragment d'Ibn-Saïd que nous venonç^ de produire, comparons d'abord les cartes d'E-

drisi et dlbn--Saïd résultant des textes de ces géographes.

Chez Edrisi, la côte orientale de TAfrique est, dans toute sa longueur, dirigée de l'ouest à Test, et au nord de Téqualeur; par suite Madagascar est figurée à quelques degrés au nord de Téquateur, et la direction de sa longueur est du sud-ouest au nord-est, de telle sorte que la côte est de Madagascar devient une partie de la côte nord de rile Comor, et la côte occidentale de Madagascar devient la côte méridionale de l'île Comor.

Chez Ibn-Saïd, la côte orientale de l'Afrique se dirige de l'ouest à Test sur un long espace ; mais une première amélioration peut être déjà observée, car le gisement de cette côte, au lieu d'être au nord^ est au sud de l'équateur. Mélinde est par srsO' de longitude et 2*50' de latitude méridionale ; Seyouna est par 99' de longitude et 2*»30' de latitude méridionale. A partir de Seyouna, une apiélioration bien plus notable doit être observée : la côte de l'Afrique se dirige au sud -est ; elle suit cette • direction jusqu'à Daghouta, située par 109* de longitude et 12° de latitude méridionale : ensuite la côte d'Afrique se poursuit jusqu'au cap du Repentir situé par 1 1 T'» de longitude.

Quelle est la nouvelle situation que chez Ibn-Saïd prend l'île Comr relativement à ce redressement de la côte de l'Afrique? La mer des Indes n'a pas encore été traversée à Test et au nord-est de Madagascar, et du nord au s^id, ou si elle l'a été, le géographe n'en a rien su, car il n'aurait pas représenté une île immense qui barre cette route. Il a donc manqué de renseignements

à cet égard, et la côte orientale de Madagascar qu'Edrisi a figurée comme étant la côte nord de l'île Comor, reste encore chez Ibn-Saïd une partie de la côte nord de l'île Comr. Il y a cependant une amélioration à noter dans la figuration de cette côle nord, car tandis qu'Edrisi la dirige transversalement vers TAsie et au nord iàe l'équateur, Ibn-Saïd place son gisement au sud de Féquateur et dans une direction donnée à peu près par les positions extrêmes : Leirane, longitude 102% latitude 0*»30' ; Comoryé, longitude 154% latitude méridionale 3«. Nous disons à peu près, parce que Leyrane n'est pas donnée par Ibn-Saîd comme occupant la positionna plus au nord de l'île Comr, et se trouve sur la côte nord-ouest de l'île, comme nous le verrons. Par suite de ce redressement et de l'amélioration apportée à la direction de la côte d'Afrique d'Ibn-Saïd, cette côte nord de l'île Comr ne commence plus à l'est de l'île Serendib au 144* degré de longitude comme chez Edrisi, elle commence du 101^ au 102' degré.

Cette côte nord de l'île Comr d'Ibn-Saïd est donc plus défectueuse que celle d'Édrisi, puisqu'elle a en longitude une étendue de 62 degrés, tandis que celle d'Édrisi n'en avait que 24.

Mais des renseignements nouveaux sont parvenus au géographe, sur la côte de l'île Comr qui fait face à la éôte de l'Afrique laquelle se dirige au sud-est, et qui comme elle, prend la direction sud-est. Dès lors la côte occidentale de Madagascar, qui chez Édrisi est la côte méridionale de l'île Comor, devient chez Ibn-Saïd la côte occidentale de l'île Comr.

Quelle est l'étendue de cette côte occidentale de l'île Comr? Elle commence à l'orient deSeyouna dont elle est séparée par le canal des Comr qui en cet endroit a une largeur de deux cents milles; elle s'étend depuis Seyouna (longitude ^ 02®, latitude sud 2'» 30*) jusqu'au cap du Repentir (longitude 117% latitude sud 20*), ce qui donne à la côte occidentale de l'île Comr une étendue en latitude de 17*30'. Cette étendue est exagérée comme la plupart des dimensions données par Ibn-Saïd ; mais est-il dans la mer des Indes une île, dépendance géographique de rÂfrique, dont la côte occidentale puisse être identifiée à celle-là, si ce n'est Madagascar?

Nous^pourrions nous en tenir là quant à celte identité et continuer à présenter les preuves d'une autre nature qui l'établissent. Cependant essayons de fixer à quel

mi

point de la côte de l'Afrique correspond Seyouna, car si on adoptait sans examen Pidentité inadmissible que d'après Barlmann (1), M. Guillain fait de Seyouna avec Sena, on n'aurait de Seyouna au cap Corrientes qu'une distance de six degrés en latitude, ce qui donnerait à Madagascar dont la longueur en latitude est comprise entre la latitude de Seyouna et celle du cap Corrientes, une longueur de six degrés en latitude, longueur d'autant plus éloignée de la vérité, que généralement les distances sont exagérées parles auteurs arabes.

M. Guillain est arrivé à cette assimilation en rapprochant les deux positions : El-Batyna, 87° de longitude, 2*30' de latitude méridionale ; Seyouna, 99* de longitude^

(1) Hartmann. Edrùii Africa.

2^30' de latitude méridionale ; ce qui établit entre ces deux positions, par le redressement de la côte, une différence de latitude de douze degrés ; il y est arrivé surtout en supposant qu'El-Batyna, qu'il faut placer au nord du cap Delgado, correspond à ce cap; et alors, dit-il, « le lieu ou nous arrivons est le sommet du Delta du Zambèze. » Les raisons données par M. Guillain pour l'assimilation d'El-Batyna et du cap Delgado peuvent convenir à d'autres pointes ou caps de TAfrique ; pour les Arabes, tous les caps contre lesquels portent les vents ou les courants, sont des montagnes d'aimant ; tous les cours d'eau descendent de la montagne des Comr ; de plus, quant à l'assimilation de Sena, disons que dans le texte dlbn- Saïd, Seyouna est sur un golfe et sur le canal Mozambique, et non à Sena ^ laquelle est située assez loin au-dessus de la bifurcation du Zambèze et à deux cent quarante-quatre kilomètres de Quilimane dont l'assimilation avec Seyouna eût été plus compréhensible.

La similitude des noms Sena et Seyouna est le guide qui a conduit à Tassimilation de ces deux points.

Déterminons la position de Seyouna par les chiffres mêmes d'Ibn-Saïd. Ils ne sont pas irréprochables, mais on doit admettre qu'ils ne sont pas donnés au hasard. Nous avons dit à notre chapitre I, que les textes des géographes arabes contiennent deux sortes de mesures, et que la moins inexacte est celle que fournissent les itinéraires le long des côtes; non parce que les marins auraient pu dans leurs relâches faire des observations de latitude, et que les géographes combinant ces observations de latitude avec les distances itinéraires, auraient

pu en déduire des longitudes moins prodigieuses que celles qu'ils ont relatées; la science occupait peu les marins; mais parce que les distances d'une station à la suivante n'étaient pas systématiquement faussées ; parce que les dislances entre ces stations par terre pouvaient servir, jusqu'à un certain point, à contrôler les dislances par mer, en tenant compte des enfoncements ou des avancées du continent. Encore cette ressource était-elle souvent illusoire, et l'évaluation en journées de navigation ne pouvait être que très-fautive, privée de l'appréciation de tous les éléments dont il faut tenir compte, qui souvent se contrarient^ et alors que Testime du sillage ne reposait sur aucun procédé pratique. Si les causes d'inexactitude se fussent également produites sur toute l'étendue de la côte, les indications fournies par des marins appliqués autant à Tart de la navigation qu'à leur commerce, auraient donné des longitudes et des latitudes empreintes des mêmes causes d'erreurs, et de celte uniformité dans Terreur, on aurait pu conclure la réduction à opérer. Il n'en est pas ainsi pour les distances partielles ; les données sont incomplètes, inexactes, incohérentes ; mais les chiffres conservés permettent dans leur ensemble d'arriver à quelque résultat.

Rapportons Seyouna à la position connue de Mélinde.

Depuis Mélinde jusqu'à Seyouna, la direction générale de la côte est sensiblement parallèle à Téquateur, puisque Mélinde est par 2'*50' de latitude sud, et Seyouna par 2**30' de latitude sud. Le voisinage de ces lieux de l'équateur, et la légère inclinaison de la côte (2"))0' et 2'>30) permettent de porter la différence de longitude de ces

' deux points en latitude pour ramener la côte à son gise-^ ment réel. Mélinde étant par 81*30' de longitude et Seyouna par 99*, la différence de ces deux chiffres porte Seyouna à 17*30' sud de Mélinde.

En y ajoutant la latitude de Mélinde 2^50', Seyouna est ainsi par 20°20' latitude sud.

Ce résultat est exagéré. En effet, en continuant à prendre strictement les chiffres dlbn-Saïd, comme Fa fait M. Guillain^ quelle serait la latitude du cap du Ke* pentir ou cap Corrientesî

Cette latitude s'obtiendra en ajoutant à la latitude de Seyouna (20* 20') la latitude de Daghouta relativemenl à Seyouna, plus la latitude du cap du Repentir relativement à Daghouta.

La côte en partant de Seyouna (long. 99o ; lat. sud 2«30') se dirige au sud-est jusqu'à Daghouta (long. 109**; lat. sud 12*"). Par suite de cette direction, la latitude ne change pas si on fait prendre à cette côte la direction sud-ouest qui lui convient. Ce qui donne à Daghouta, relativement à Seyouna une latitude de 12® — 2"30' ou 9030' et porte Daghouta à la latitude de 20^20' + 9<»30' ou 29°50'.

Nous n'avons plus qu'à ajouter à ces 29*50' la latitude du cap du Repentir relativement à Daghouta, pour avoir la latitude du cap du Repentir.

La latitude du cap du Repentir, relativement à Daghouta, n'est pas donnée par Ibn-Saïd qui n'indique pas la direction de la côte après Daghouta, et ne donne que la longitude du cap du Repentir : 117*. Il faut donc s'aider de la direction que nos cartes modernes donnent à

la partie delacôle qui précède, au nord, le cap Corrientes. Cette direction est en partie et à peu près nord-sud. Portons en latitude la différence de longitude entre Daghouta et le cap du Repentir : 1 1 T-i 09» ou huit degrés de longitude sur le parallèle de Daghouta, qui est^ nous venons de le voir, celui de 29^50'. Ces huit degrés de longitude sur ce parallèle étant convertis en degrés de latitude au sud de ce parallèle, produisent à peu de chose près sept degrés pour la latitude du cap du Repentir relativement à Daghouta.

En ajoutant ces 7** à 29° 50', latitude de Daghouta, nous aurons la latitude du cap du Repentir : 36' 50'. Ce qui porte le cap Corrientes au-delà du cap de Bonne- Espérance.

Les chiffres d'Ibn-Saïd sont donc exagérés.

Établissons la position de Seyouna en rapportant la latitude du cap du Repentir 36'» 50' à celle du cap Corrientes : 24'.

En divisant la latitude 21'' qui sépare Mélinde et le cap Corrientes en deux parties qui soient entre elles comme IT 30' est à 16** 20', on trouve que Seyouna est à <0M6' au nord du cap Corrientes et à 10** 44' au sud de Mélinde; ou, par 13** 44' de latitude sud.

Ce résultat mène à une position nord de Mozambique qui ne convient pas aux conditions de Seyouna. Plus nous nous élèverons vers le nord, et moins nous trouverons un lieu qui puisse y satisfaire, tant par la direction de la côte que par son éloignement de Madagascar. Or, comme nous avons obtenu la position de Seyouna par un rapport de distances, il est évident que le

terme de ce rapport qu'il faut changer, est celui qui exprime la distance de Seyouna au cap Corrientes ; et en effet, l'exagération plus grande de cette distance s'explique par Téloignement de ces contrées sur lesquelles les renseignements devaient être fautifs et exagérés en raison do leur moindre fréquentation. Par suite, Seyouna doit être portée plus au sud que 13* 44*. En suivant la côte à partir de ce point nous sommes conduits à Mozambique, dont la position convient en tout à Seyouna. C'est même le seul endroit qui satisfasse à la condition la plus importante et qui caractérise d'une manière remarquable la carte d'Ibn-Saïd; à savoir que, à partir de Seyouna, la côte se dirige au sud-est pendant un long parcours, jusqu'à Daghouta, direction qui, par le redressement, est celle que prend la côte au sud de Mozambique, jusqu'à Sofala, qui correspond ainsi à Daghouta.

Précédemment, nous avons identifié Djesta d'Edrisi à Mozambique ; Djesta d'Edrisi et Seyouna d'Ibn-Saïd seraient donc le même lieu. Cela est d'autant plus probable que les relations commerciales de Madagascar et de la côte de l'Afrique devaient s'etfectuer entre les mêmes points pour Ibn-Saïd comme pour Edrisi, et cette supposition est encore appuyée par Tapprécialion de la traversée qui, ayant été donnée trop faible par les deux auteurs, doit faire correspondre les points extrêmes de cette traversée aux points les plus rapprochés de Madagascar et de la côte d'Afrique.

On peut donc penser que par une de ces confusions fréquentes chez Ëdrisi, cet auteur $ substitué Djesta à

sa Siouna et réciproquement, et que Ibn-Saïd n'ayant pas parlé de Djesta mais de Seyouna, c'est bien Siouna ou Seyouna qui correspond à Mozambique.

Essayons, d'après les chiffres d'Ibn-Saïd, de déterminer la longueur en latitude que ce géographe donne à la côte occidentale de l'île Comr. La latitude comprise entre Mélinde et le cap du Repentir est de 1 T 30' + 1 6' 30' ou 34' ; la latitude correspondante sur nos cartes entre Méhnde et le cap Corrientes est 24'' — 3** ou 21°, Par suite du rapport de 34 à 21, la longueur en latitude de la partie de Tîle Comr, comprise entre Seyouna et le cap du Repentir ou 16° 30' se trouve réduite à 10° H', longueur insuffisante comparée aux 14° de latitude de Madagascar. Or, Ibn-Saïd fait commencer le canal des Comr à Seyouna; en cet endroit, dit-il, il a une largeur de deux cents milles, évaluation trop faible et qui oblige à prendre pour le lieu, entre lequel et Seyouna est donnée cette distance, le point de Madagascar le plus rapproché de la côte de l'Afrique du côté de Mozambique. Ce lieu est le cap Saint-André. Entre ces deux points commence en effet le canal Mozambique ou canal des Comr. Au sud, ce canal se termine du côté de l'Afrique au canal du Repentir ou cap Corrientes, et du côté de Madagascar à la pointe méridionale de cette île ou le cap Sainte-Marie, qui est, comme le dit Ibn-Saïd, en face du cap du Repentir.

Cette assimilation incontestable du cap Saint-André et du cap Sainte-Marie avec deux points de l'île Comr dont la latitude relative est fournie par Ibn-Saïd, permet de comparer les distances en latitude qui les séparent. Ces distances ne diffèrent que peu, et si l'on ajoute à la ré-

duction autorisée, 10* H', les 4 degrés qui différencient les latitudes du cap Saint-André et du cap nord de Madagascar ou cap d'Ambre, on obtient un peu plus que les 14 degrés d'étendue en latitude de Madagascar.

Dans les calculs simples que nous avons exposés, longuement il est vrai, mais de manière à en faciliter la lecture, nous n'avons en aucune façon fait plier les données d'Ibn-Saïd à nos idées. Notre opinion s'est formée aux considérations que nous avons produites dans les chapitres précédents, et s'est fortifiée des résultats auxquels conduisent ces données.

La série des preuves n'est pas terminée. Nous pouvons montrer quelques Jiouvelles phases dans la figuration de cette ile, et assister aux métamorphoses qu'elle subira avant de paraître sous la. forme générale, qui lui est propre.

Pour ne pas interrompre notre exposé, citons de suit^ la partie de la description dlbn-Saïd qui traite de l'île Comr. Nous en prenons la traduction dans l'ouvrage cité de M. Guillain (1).

Après Leirane et Malay, dont les positions sont indiquées dans l'extrait produit par M. Reinaud, « On trouve parmi les villes de l'île Comr, qui sont résidences souveraines, Dehemipar 112* 30' de longitude et 3 degrés de latitude. A Test est une baie alimentée par une grande rivière et qui, en s'avançant à l'intérieur, décrit un arc qui va presque jusqu'à la ligne équinoxiale. Au sommet de

(1) GuilIaiQ ; Voyage à la côte orientale d'Afrique. Documents sur l'bistoire, la géographie et le commerce de l'Afrique orientale, t. i, p. 259.

l'arc qu'elle décrit est la ville de Balbeuq (ou Balaba) , qui est aussi résidejice de l'un des souverains de l'ile ; elle est située par 118® 30* de longitude et par 1° de lalitude.

» Â l'est est une ile qui dépend de cette ville et dont la largeur est d'environ 2 degrés de l'ouest à l'est, et la longueur de 1*. A Test de Balbeuq est le fleuve qui décrit un arc et qui est le fleuve de Leirane. Il descend de la montagne des sources (Djebel-el-Aioun), dont la longueur est de 8 marhala de l'ouest à l'est. Ces sources donnent naissance à cinq petites rivières qui se rendent en un grand fleuve ; là ce fleuve décrit un arc et se jette

dans la merde (1) et la merde Balbeuq. A l'est de

Balbeuq est l'île de Serendib. »

Prenons la côte ouest de l'île Comr à partir du cap Saint-André. Ce cap n'est indiqué par Ibn-Saïd que par la circonstance de la largeur trop courte qu'il donne au ^ canal des Comr entre Mozambique et Tîle Madagascar et par sa situation en face de Seyouna ou Mozambique, par conséquent par %^ 30' de lalitude méridionale.

Ce lieu qui correspond au cap Saint-André n'est pas la partie la plus nord de l'île Comr, puisque Ibn-Saïd

(1) Mots illisibles dans le manuscrit arabe. (Note de Fauteur.) Voici le paragraphe dont M. Guillain fait suifre cette citation d'Ibn-Saîd : « La différence entre les longitudes données par Ibn-Saïd à Balbeuq (ou à )a côte de Madagascar) et à Marka (Meurka sur la côte d'Afrique) suppose entre ces deux YilJes une^distance plus grande de quelques degrés, que la distance comprise entre Meurka et le point de la côte situé sur le même parallèle que l'extrémité sud de Madagascar. Ainsi, même en supposant comme Ibn-Saïd le développement du contineni africain danp le sens de la longitude^ la ville de Balbeuq serait plus est que Fextrémité sud de Madagascar et ne ferait pas partie de cette ile. H nous parait donc inutile de pousser plus loin cette citation pour discuter fidentitë de Tile de Coinr avec llle de Madagascar... etc. »

cite la ville de Leirane par une longitude de 102 degrés et une latitude de 0° 30'; le géographe n'indique pas si c'est une latitude nord ou sud ; mais cette indication est implicite; elle ressort des différentes parties de la description de rile Comr dont le gisement est en entier placé par le récit au sud de la ligne équinoxiale, qu'elle atteint presque par un des côtés de la baie de Balbeuq.

La côte de Madagascar a, en effet, à partir du cap Saint-André, une direction générale nord-est ; elle est accidentée par les baies de Bali, Cagembi, Boueni, Bombetoc, Matzamba, Nareenda, Saumalaza, Passandava et autres moins spacieuses. C'est dans une de ces baies qu'est située Leirane, que le voyageur Ibn-Fathima a visitée. Leirane offre un port « oii Ton peut relâcher et mettre à la voile. » D'après la mention d'Ibn-Fathima, c'était la ville la plus importante de celte côte, et son importance devait se révéler dans la manière dont elle«^ était construite.

Or, la première fois que les Portugais arrivèrent à la côte nord-ouest de Madagascar, le 8 décembre 1506, ils y furent conduits par un Maure habitant de Mozambique, nommé Bogima ; ils abordèrent à une baie nommée par eux baie de la Conception et aussi baie de Dona Maria da Cunha (1); le 10, ils entraient dans une autre baie située à trois lieues de- la prenrière. Cette baie, dit Barros (2), est bien fermée ; elle reçoit les eaux d'un grand fleuve appelé Lulangane. Dans cette baie est une île ba-

il) Voir, ci-aprè3, chajj. vi.

(3) Barros, Décade U, liv. l, cha}^. i.

bilée par les Maures; leur ville dans celte île n'était pas comme celles dos autres parties de la côte, en terre et paille; il y avait une mosquée; les maisons étaient bâties en pierre et chaux, et surmontées de terrasses comme à Quiloa et à Mombaze.

Si sur toute cette côte on ne pouvait citer qu'une île située dans une baie et possédant une ville ainsi conslruile, on pourrait en conclure que la baie de Leirane d'Ibn-Faihima est la même que la baie où se déverse le fleuve ' Lulangane. Or, Barros nous dit que Tristan da Cunha Capitao mor de la flotte portugaise apprit des habitants que, sur toute la côte, c'était en effet la seule ville maure où il y eut de telles constructions. Ce renseignement est confirmé par un manuscrit daté du Fort-Dauphin, le 22 février 1670, qui se trouve aux archives du dépôt de la marine (1), rapportant que des capitaines, pilotes et marchands envoyés autour de l'île pour en faire la découverte dans le houcre le Petit-Saint-Jean, revinrent au Fort-Dauphin le 1" mai 1669, avec des observations dont nous extrayons les suivantes :

« La baie du vieux Masselage qui est par les 15M0' de latitude sud, et 67* 40' de longitude et de la bande de Touest tirant vers le nord (2), a été autrefois habitée par

(1) Relation des remarques qui ont é|é faites sur les pr^cipales Imies, ances et havres de Tisle Dauphine et isles adjacentes {Archives du Dépôt de la maréke^ carton 84). "

(2) Voici ce que dit au sujet de cette antiquité du séjour des Ar^es en cet endroit, le voyageur Pvtmis : « Gigault rapporta que, cherchant la rivière des Mâts, Ils passèrent en ua lieu de File nommé le Vieux -Masselage, dans lequel anciennement des Arabes habitaient ; qu'il y a remarqué plusieurs mosqu^eS) tomheamxy citernes et maisons, le tout b&ti de pierres ; que de là ils

des Arabes dont on voit encore les maisons de pierre et quelques-unes de leurs mosquées ; elle est belle et grande, et Içs navires y sont en sûreté (1). Cette baie contient en

profondeur huit ou neuf lieues, et deux en largeur A

trois lieues en dedans, il y a une petite île du côté de l'est, sur laquelle nous trouvâmes un fort beau village bâti de pierres. »

Toutes les conditions de Leirane décrite au milieu du treizième siècle, sont réunies dans le fragment de Barros^ qui correspond au commencement du seizième siècle, e( dans la citation précédente qui correspond au milieu du ''^ dix-septième siècle. Celte baie du vieux Masselage est la baie de Matzamba, et aucun autre endroit ne peut nous offrir ces conditions; il n'est pas jusqu'au nom d'origine arabe de Lulangane qu'on ne retrouve dans Langani, nom d'un ancien village conservé sur nos cartes modernes dans cette baie (2) . Ce fleuve Lulangane est donc la Sofia.

passèrent au noaveaa macelage, qu'ils ont un roi dont la cour est assez magnifique, et qu'il a bon nombre de soldats à sa garde ; qu'il y a deux cents ans qu'ils disent être babités dans Tile. u

(Les voyages faits par le sieor D. B. aux iles Dauphine, ou Madagascar et Bourbon ou Mascarène es années 1669-70-71 et 1672.)

(1) Des auteurs postérieurs à cette époque ont mentionné les ruines des établissements arabes dans cette baie et 'sur d'autres points de la même côte; mais il ne faut pas confonclre les ruines que les pilotes du houcre le Petit- Saint- Jean trouvèrent en 1668 ou en ]^b9 dans l'île de cette baie, et qui leur font dire qu'elle a été autrefois habitée par des Arabes, avec les ruines d'autres établissements arabes entés sur les premiers, et pour lesquelles nous renvoyons à l'ouvrage suivant : Documents sur l'histoire, la géographie et le commerce de la partie occidentale de Madagascar, recueillis et rédigés par M. Guillain, capitaine de corvette. Revue eo/ontoZe, année 1845.

(2) Si les cartes ancienfies avaient donné à la baie dona Maria da Cunha une position autorisée, nous aurfbns encore pu déterminer la position de la baie de

La position de Leirane dlbn-Fathima et dlbn-Saïd étant ainsi trouvée, passons à la ville de Malay.

Ibn-Fathima n'^a été qu'à Leirane ; à partir de ce point, la figuration donnée à Yi\e Comr sera entachée de la direction fausse qu'Ibn-Saïd va puiser chez Edrisi. Malay est par une longitude de 107" et une latitude de 0^ 32'. La direction de la côte est donc entre ces deux points, de l'ouest à l'est-nord-est. Les 5 degrés de longitude qui différencient Leirane et Malay réduits dans la proportion p^ .autorisée de 34 à 21 nous donnent environ 3 degrés.

Ces 3 degrés portés en latitude sur la côte nord-ouest de Madagascar, et en partant de la latitude sud de la baie Matzamba, nous feront arriver avec peine au cap Saint-Sébastien.

Cette assimilation conventionnelle de Malay avec le cap

Leirane, en rapprochant le texte de Barros de Findication fournie par ces cartes. La baie de Lulangane, d'après cet historien, est à trois lieues de la baie de dona Maria da Cunha ; Tristan da Cunha s'y rendit en partant de cotte dernière, et en se dirigeant vers la partie méridionale de Madagascar. La haie de Dona Maria da Cunha correspond généralement^ sur les anciennes cartes, à la baie Gagembi; nous disons généralement^ parce que quelques cartes, entre autres celle produite dans Linschot semblent donner ce nom à la baie de Bali ; le cap du même nom correspond à la pointe ouest de la côte sud de la baie de Gagembi ; d'où il suiyrait que la baie où se jette le fleuve Lulangane, baie dans laquelle est une île, et dans cette ilCi une ville arabe, avec des maisons en pierre et chaux, comme celles de Quiloa et de Monbaze, devrait être identifiée à la baie de Bali, où on n'a jamais constaté ni trouvé aucune trace de ces conditions lesquelles ne sont réunies que dans la baie de Matzamba.

Dès lors, ce rapprochement, au lieu de servir à préciser la position de la baie de Leirane, nous permet de rectifier la fausse situation que les anciens ' géographes ont donnée à la baie de Dona Maria da Gunha qui doit correspondre à la baie Mouramba.

Da reste, ridentité de la baie de Leirane et de la baie Matzamba sera de nouveau confirmée par une particularité qui concerne en même temps la baie de Leirane et la partie de l'ile Gomr qui est à l'est de la baie de Balbeuq.

fK

Saint-Sébastien dans la partie nord de Madagascar^ assimilation que nous ne donnons que pour fixer les idées, concorde avec la légende malgache de Rahadzi et de Racoube citée à notre chapitre II. Cette légende nous apprend que les migrations malaises parties de Mangadsini, arrivèrent sur la côte orientale en passant par le nord de Madagiiscar. Il est naturel de penser qu'un des lieux où l'une d'elles arriva put prendre son appellation du nom du pays des émigrants. De cette légende ressortent trois lieux d'arrivée, dont deux sont étrangers au point que nous ^ cherchons, mais qu'il est bon, pour conviction, de passer en revue : Racoube aborde aux Ântavy^ares dans la rivière Mananzari par à peu près 2V 20' de latitude sud ; Rahadzi, qui poursuit son frère^ aborde treize jours plus tard chez les Âmbohitsmènes à Lamanoufii par à peu près 20** 'lO' de latitude sud. Prenons ce dernier point comme plus rapproché de celui que nous cherchons ; on a entre la baie de Matzamba et Lamanouffi une distance en latitude^ en passant par le nord de Madagascar, de plus de dix degrés^ qui par conséquent ne peut faire identifier ni Lamanouffi ni Mananzari avec une position éloignée seulement de 3 degrés de la baie Matzamba ; le troisième abord des émigrations malaises, ou simplement de l'une d'elles, est indiqué par la légende disant qu'elle J)assa par le nord de l'île ; ce qui permet de penser qu'elle prit terre sur la côte ouest de Madagascar, contrée dont l'aridité ne pouvait lui offrir les éléments d'une existence heureuse. Soit pou? cette raison, soit qu'il fût prévenu par quelque Maure de l'île Comoro où il avait passé, que son frère Rahadzi était à sa poursuite, Racoube partit

de ce lieu et passa par le nord de Madagascar pour aborder chez le peuple des Antawares; ce lieu est porté sur la carte d'Edrisi sous le nom de Malal; Ibn-Saïd, dans son texte, en fait une ville dont il donne la position ; enfin ce lieu ne peut être que celui où, pendant quelques joum^ rémigration Malaise de Racoube trouva un asile.

Ainsi donc, d'après les données dlbn-Saïd^ le point le plus éloigné de Leirane auquel on doive rapporter Malay^ est le cap 8àint*Sébastien.

Passons à Dehemi : 112^ 30' de longitude et 3* de latitude méridionale.

Cette latitude 3' comparée à celle de Malaï 0^32', indique, dans la direction de la côte, un changement sensible qui correspond assez bien avec celui qui existe à partir du cap d'Ambre; rilwis n'avons pas à tenir compte des autres accidents de cette côte entre les villes désignées par Ibn-Said qui ne les connaît pas ou ne les indique pas.

Le» 4** 30' qui dififérencient les longitudes de Malaï et de Dehemi, réduits d'après le rapport de 34 à 21, donnent 2* 47' qu'il faut mesurer à partir du cap Saint* Sébastien, et placent Dehemi sur la côte est de l'Ankara, à quelques minutes sud de Vohémare. Flacourt (p. âO) parle de la province de Vohémaro et dit qu'il y a des blancs qui l'habitent dès longtemps ; il ajoute: « II y â à Anossi (contrée où' était situé rétablissement du Fwt^Dauphin) un orfèvre autrement dit Ompanéfa Youlamena, nommé Rafarare Youlamena, fils d'un nommé Radam, qui m'a dit que ses ancêtres sont venus de Vohémare. »

La baie de Vohémare étant donc dès longtemps le lieu principal de cette partie de la côte où nous sommes arrivés, et Ibn-Saïd ayant placé dans les mêmes parages la ville la plus importante de cette côte, sous le nom de Dehemi, il est naturel, vu le peu de modifications que les siècles ont apportées dans ces contrées, d'assimiler Dehemi à Vohémare.

Par ce retrait d'une vingtaine de minutes au plus que doivent subir les 2° 47' que nous avons à compter depuis le cap Saint-Sébastien, on voit que, à mesure que nous nous éloignerons de Leirane, les distances seront de plus en plus exagérées par Ibn-Saïd, comme nous l'avons déjà remarqué sur la côte de l'Afrique.

Passons à Balbeuq. A l'est de Dehemi^ dit Ibn-Saïd, « est une grande baie qui décrit un arc qui va presque jusque vers la ligne équinoxiale (1). » Au sommet de Tare qu'elle décrit est la ville de Balbeuq ; elle est située par H8** 30' de longitude et par l"" de latitude. »

Les 6 degrés qui différencient les longitudes de Dehemi et de Balbeuq, réduits toujours d'après le rapport de 34 à 21, nous conduisent par le travers de la partie méridionale de l'île Sainte-Marie, et placent Balbeuq à un degré plus sud que le cap Baldridge où commence l'immense contour de la côte qui forme la vaste baie d'Antongil. Balbeuq est au milieu de F arc formé par cet immense contour ; la première partie de cet arc est comprise entre le cap Baldridge et la ville de Balbeuq in-

(1) Cette manière de description indique bien qu'il n'est question dans ces latitudes données que de latitudes sud ; car l'auteur décrit une côte nord dont la direction générale est de l'ouest à Test.

trouvable sur les cartes anciennes ; les noms danè ce pays étaient aussi peu stables que les* constructions ; Balbeuq était située sur les bords de la rivière Tingbate qui débouche dans le port Choiseul, et là où les Relations européennes mentionnent au seizième et au dix-septième siècles le village d'Angelo. Ibn-Saïd nous fournit un nouvel exemple de ces monstruosités géographiques auxquelles conduisaient les anciens renseignements ; sa côte nord de Tîle Comr, porte en longitude, non-seulement la côte orientale de TAnkara depuis Vohémare jusqu'au cap Baldridge, mais encore la première partie de l'arc dont il est question, laquelle au lieu de figurer en longitude réduite, puisqu'elle se dirige réellement vers l'ouest, est figurée en longitude orientale ; ce qui, en portant en longitude orientale Titinéraire le long de la côte, place en effet Balbeuq à environ { degré est du cap Baldridge. La seconde partie de l'arc est la continuation du contour de la côte, après la rivière Tingbate, jusqu'au cap Bellone, et puis jusqu'à la pointe à Larrée : c'est la partie de l'arc qui d'après l'orientation que lui donne le géographe, va presque jusqu'à la ligne équinoxiale .

A l'est de la baie de Balbeuq, est une île qui dépend de la ville de Balbeuq. La largeur de cette île est d'environ deux degrés de l'ouest à Test, et sa longueur d'environ un degré.

C'est l'île Sainte-Marie, dont la longueur est représentée dans la direction de la côte nord de l'île Comr.

Il faudrait, nous en convenons, une grande confiance dans nos opinions, de la part du lecteur, pour accepter une telle assertion, si le fait des dimensions de File dont

parle Ibn^aïd, comparées aux vingt lieues de tour de Tiie Sainte-Marie^ était présenté isolément; mais les géographes arabes ont commis des éuormités bien autre^ ment considérables dans la mer des Indes. Cette consi«dération ne peut donc nous arrêter. La dépendance^de Tile Sainte-Marie, des populations de la baie de Balbeuq, établies non loin des bords de la rivière Tingbate, exis«tait encore lors des premiers établissements que les français fondèrent à Madagascar et cessa par la protection que ceux-ci donnèrent à ses habitants.

Après la baie (}e Balbeuq, Ibn-Saïd cesse ses indiea*tions précises de longitude et de latitude qu'il ne reprend qu'au 1S4'' degré de longitude et au 3' degré de latitude méridionale^ oîi il place Gomorié ancienne capitale de l'île, et au 1 64* degré de longitude où se termine l'île Comr ; mais la suite de sa description, au momeat où elle est privée de ces foriftïes scientifiques dont la valeur a pu être appréciée, bien qu'elle ne nous ait pas rebuté, vient nous fournir une assimilation importante qui corrobore et enserre les assimilations que nous avons exposées jusqu'à la baie de Balbeuq ou baie d'Ântongil et qui se continuent jusqu'à Fembouchure du Manangourou.

« A l'est de cette baie, dit Ibn-Saïd, est un grand fleuve qui décrit un arc et qui est le fleuve de Leirane. »

Ce passage rappelle certaines traditions de géographie fabuleuse, relatives aux communications prétendues de certains fleuves dont les sources étaient voisines et dont les embouchures donnaient dans des mers différentes; nous ne citerons que les plus fameuses, se rattachant à des faits historiques ou géographiques : en Europe,

risonzo communiquant avec le Danube par la Save; ou peut-être encore la communication par la Drave, du Danube avec la Piave ou le Tagliamento ; le Bhin, la Rhône et le Pô par le Tessin, communiquant ensem-^ ble; en Asie et en Afrique la communication entre rindus et le Nil, explicable chez les anciens, seulement par la configuration ptoléméenne de la mer dellnde; enfin en Afrique, où des traditions semblables ont persisté plus longtemps, la communication entre le Sénégal, le Nil de Magadoxo et le Nil d'Egypte ; plus tard la communication entre le Nil d'Egypte, la Coanza et le Zaïre ; enfin la communication entre la Coanza et le Zambèze. Une tradition semblable nous est présentée, à Madagascar, entre le Manangourou et la Sofia.

Le Manangourou, dit Flacourt, à une époque qui n'est pliii fabuleuse, « descend d'une grande montagne qui est au milieu de l'île, de laquelle descend une autre rivière du même nom qui court devers l'ouest dans une grande baie fréquentée par ceux des îles de Comoro, dont l'habitation se nomme Tholang ou Itolle. » C'est encore ce qu'on peut vérifier aujourd'hui ; le Manangourou prend ses sources sur les pentes orientales des montagnes centi:ales de la province d' Antavarasti ; tandis que non loin de ces sources et sur les pentes ouest de ces montagnes sont celles de la !^ofia. Le Manangourou a son embouchure au sud de la baie de Balbeuq ou d'Antpngil^ et la Sofia se jette dans la baie de Matzamba qui est la baie de Leirane ; et au temps de Flacourt, la tradition ancienne de la communication du Manangourou et de la Sofia subsiste dans la description de cet historien qui

donne le même nom à ces deux fleuves. Cette indication est suivie par Beilin; dans sa carte de Madagascar, ce géographe donne le même nom de Manangoui^u mx deux fleuves le Manangourou et la Sofia, qui, suivant la tradition fabuleuse transmise par Ibn-Saïd, forment le fleuve de Leirane qui décrit un arc.

Nous en avons fini avec les fragments cités, inexpliqués et rejetés d'où nous avons fait ressortir l'identité de l'île Comor et de Madagascar. .

Maintenant qu'au nord-est de la baie de Balbeuq soit l'île Serendib, que l'île Comr s'étende par des longitudes plus grandes encore, cela ne doit point élonner, puisque la situation qu'Ibn-Saïd donne à celle île est : longitude 120 degrés; latitude nord 10o; et que cette situation relative de la mer de Balbeuq et de l'île Serendib, provient de la direction erronée ouest-est d'une partie de la pbie occidentale et de la côte orientale de Tîle Comr ; il y aurait trop d'exigence à vouloir établir, chez n'importe quel géographe arabe, une certaine harmonie d'ensemble, une triangulation pour les contrées fréquentées sur lesquelles les renseignements sont nombreux, quelquefois exacts, mais ne supporteraient que très-exceptionnellement une telle vérification, et celles peu fréquentées sur lesquelles les renseignements ont été rares, toujours inexacts, et où la perspicacité du géographe qui ne voit la représentation ancienne des pays que d'après la précision de nos cartes modernes et les lumières d'un marin expérimenté du dix-neuvième siècle, vient se heurter contre des erreurs et des impossibilités.

Sur le gisement systématique de l'île Comr, la mer

des Indes n'a pas été traversée, ou du moins les renseignements à ce sujet ne sont pas parvenus à Ibn-Saïd ; il n*cùt pas représente une île qui en barre le chemin: dès lors, il a été forcé de la représenter comme l'avait fait Edrisi, et Ibn-Saïd dit : « Personne, ni d'entre les habitants de cette île, ni d'entre les étrangers n'a navigué dans la mer environnante; quiconque y a été entraîné a péri au miheu des tournants d'eau. y>

Si cette figuration de Tîle Cômr peut étonner, il faut se rappeler que pendant plus de trois siècles, les planisphères modernes ont porté au sud de la mer des Indes et des autres mers australes, un vaste continent avec des annotations provenant de traditions écrites ou semblant constater les reconnaissances faites par des navigateurs ; les contours de ce continent qui passaient d'abord à quelques degrés au sud du cap de Bonne-Espérance, et à une moindre distance encore de* Java, se modifièrent peu à peu, s'éloignèrent vers le sud, et finirent par disparaître de nos cartes dans la seconde moitié du dix-huitième siècle. Aujourd'hui, à part les terres mystérieuses que cachent les glaces voisines du pôle antarctique, il n'en reste plus que TAustralasie et quelques îles clairsemées. Le même fait se produisit chez les géographes arabes pour l'île Comor. Les couleurs de cette île se modifièrent au contact des progrès de la navigation ou plutôt des récits qui en parvinrent jusqu'aux géographes.

Prenons Tépoque où l'un d'eux a conmâssance, non de quelques navigations particulières qu'il ne peut coordonner, mais de la circumnavigation de cette île ; alors, par une longitude peu éloignée de celle de Ceylan,

la grande île Comor est divisée en deux parties ; la partie orientale qui en esf séparée, est percée de toutes paris par les navires, et n'offre plus dans la reprifeentation qui en est donnée, qu'une chaîne d'îles qui correspond aux archipels nord-est et est de Madagascar, laquelle chaîne se dirige comme la partie de la grande île qu'elle remplace, de l'ouest à l'est jusqu'à Java, et formait sur les cartes arabes une prolongation des Maldives ; et en effet Barros (1) qui a étudié avec son attention ordinaire la géographie des contrées orientales, qui a fait un traité de géographie qu'il cite en maints endroits de ses décades, traité qu'il serait utile de connaître pour l'étude de bien des questions, Barros, auteur grave, consciencieux, rapporte qu'il a vu des cartes de navigateurs Maures, portant une prolongation des îles Maldives jusqu'aux environs de Java et autres îles de la Sonde. ♦

Dans la figuration de l'île Comor, qui résulte de celte circumnavigation, le cap Sainte-Marie se trouve d'abord porté deux fois ; en face du cap Corrientès sur la côte ouest de l'île Comr ; et au sud-ouest de Ceylan, sur la côte nord de l'île Comr. Ces deux points sont réunis par une suite de côtes sur lesquelles les marins reconnaissent successivement les lieux qu'ils connaissaient sur la côte nord de l'île Comr ; la position et la configuration de cette île se modifient ; l'amélioration commence par la côte nord, fréquentée depuis plusieurs siècles par les Arabes ; c'est une de ces modifications que nous voyons représentée, d'après des cartes arabes, sur le globe de Martin

(1) Barros, Décade 3, liv. 3, chap. vn.

3ehaim. Sa figure est celle d^une équerre irrégulière dont les côtés plus ou moins larges sont échancrés par des bfties tt des caps ; le sommet de cette équerre est au cap iSainte-Marie, Cette forme ne tarda pas à se rapprocher do celle qui convient à Madagascar; ce qui ressort de l'examen de cartes faites d'après des cartes arabes, anté* rieurement à la connaissance que les Portugais prirent en personne, de cette île ; cartes dont nous parlerons bientôt.

Nous terminerons par une dernière observation qui modifie complètement les idées admises quant à la configuration donnée à la mer des Indes par Ibn-Said.

Après le cap Corrientes, ce géographe fait tourner la côte de TAfrique au sud-ouest : « La mer environnante baigne la montagne du Repentir au sud*ouest. » C'est en effet la direction que suit la côte après ce cap. Ici on ressent la même impression qu'on a éprouvée à la lecture du troisième fragment d'Albyrouni produit au chapitre I", lorsque cet auteur parle de passages étroits qui font communiquer la mer des Indes ou la mer du midi avec Yocéan Atlantique, Chez Ibn-Saïd ces passages ne sont plus étroits; c'est la mer environnante. Cependant, dirat-on, Ibn-Saïd fait joindre la mer des Indes à TOcéan environnaqt au i64* degré de longitude; mais ici ce n'est pas la côte de l'Afrique qui se prolonge jusqu'à cette longitude, puisqu'après le cap Corrientes, elle se dirige définitivement au sud-ouest et qu'elle est baignée par \ Océan environnant^ lequel baigne aussi la côte méridionale de l'île Comr (1).

(1) Les lecteurs qui auront suivi ce que nous avons exposé dans ce chapitre, d'après les seuls fragments produits d*Ibn-Said, pourront se rendre

La mer des Indes d'Ibn-Saïd est bornée au nord par les côtes de l'Asie, à l'ouest par la côte de l'Afrique; elle se joint à l'Océan environnant parle canal Mozambique ; elle est bornée au sud par la côte orientale do Madagascar dirigée de l'ouest à l'est. C*est sur celte côte que se trouve Comoryé ancienne capitale de l'île, par 154 degrés de longitude, et c'est cette même côte qui se prolonge jusqu'au 164* degré de longitude; là, la mer des Indes communique de nouveau avec TOcéan environnant (1).

Ibn-Saïd termine l'Afrique par la côte sud-ouest qui suit le cap du Repentir ou Corrientes. Nous verrons en effet dans des cartes provenant de cartes arabes que telles ont été les latitudes relatives données aux parties les plus méridionales de Madagascar et de l'Afrique; quelques géographes arabes ont étendu Madagascar jusqu'au

compte de quelques erreurs contenues dans le passage suivant de M. Reinaud : Introduction, p. cccvi : a L'auteur (Ibn-Saïd).. se laissant entrainer par l'autorité de Ptolémée, part de l'idée que le continent africain se développait à Test, à quelques degrés au sud de la ligne équinoxiale. En second Lieu il suppose que File de Madagascar ne faisait qu'un avec les Séchelles, et que se prolongeant un peu au sud de Geyian, elle embrassait une partie des iles de Sumatra et de Java. C'est cet ensemble qui forniait pour lui Tile de Comor ou Malay. L'ile Comor se prolongeait jusqu'à la mer environnante, qu'Edrisi nomme la mer résineuse et qu'lbn-Saïd appelle la mer noire. En même temps, le canal de Mozambique, au lieu de se tourner au sud-ouest, se développait au sud-est entre le continent africain et l'ile Comor, et ne se terminait qu'à la mer environnante, ce qui tendait à reporter le cap de Bonne-Espérance au sud-est de la Chine. »

(1) Marco Polo, à la fin du treizième siècle, écrit également que la mer des Indes est une mer ouverte. En parlant de la Chine (Voyageurs anciens et modernes d'Ed. Charton, t. ii, p. 383), il s'exprime ainsi : « Quoique cette mer s'appelle la mer de Çin, elle fait partie de la mer océane; mais comme l'on dit chez nous : la mer d'Angleterre ou la mer de la Rochelle, de même là-bas Ton dit la mer de Çin et la mer de l'Inde. »

delà de là latitude la plus méridionale qu'ils donnaient à TAfrique : des géographes Européens, raême après la découverte du cap de Bonne-Espérance par Barthélemi l>ias, ont terminé l'Afrique à une latitude moindre que celle qui lui convient, relativement à Madagascar.

Passons aux dernières preuves de l'identité de File Comor et de Madagascar.

Cette identité ressort de la connaissance de quelques cartes publiées au commencement du seizième siècle et dont nous parlerons bientôt plus amplement.

Dans une de ces cartes : la mappemonde de Ruysch, publiée dans la géographie de Ptolémée (édition de Venise 1508), Madagascar est portée sous le nom de Camorocada où nous trouvons : iMe nom Comor ou Comoro; 2* le nom Cadaqui, sous la forme Çada, Zada ou Gada, est généralement attribué à une contrée située sur la côte ouest de Madagascar, au sud de l'anse de Mansiâtre, comme on le voit sur la plupart des anciennes cartes, entre autres sur celle de Flacourt sous la forme Gada, et sur des cartes du dix-huitième siècle, entre autres sur celle de la mer des Indes de Bellin en 1 727, sous la forme Çada.

L'art des rapprochements des noms est un auxiliaire si fréquemment employé daps la géographie ancienne et du moyen-âge, pour l'assimilation des lieux , qu'il y a quelque opportunité à prévenir l'objection que l'on pourrait faire à l'origine du mot cada écrit de ces diverses manières ; ce qui n'est qu'une légère erreur très-admissible au milieu des corruptions de mots, sans cesse augmentées par les copiâtes, et dont la suite de ce travail

offrira des exemples nombreux, Gado en portugais signifie bétail^ et sur les cartes de Madagascar où se lit lô nom Çada ou Gada, on lit à côté : pays riche en bétail ; attribution qui convient à Madagascar et pourrait faire penser que ce nom est d'origine portugaise. Cette manière de procéder par comparaison de noms, a souvent été très-heureuse ; mais elle peut quelquefois conduire aux résultats les plus erronés. Prenons, par exemple, le nom Kakoula qu'Ibn-Bathouta donne à une contrée de Java qui fournit l'aloès cultivé nommé Kakouli . Gaçoula en portugais signifie : Cassolette de parfums; une cédille fail la différence de ces deux noms. Ferait-on Fanachro* nisme de dire que la contrée de Kakoula doit son nom aux Portugais?

Il en est de même de Çada; et Barros (f) ne laisse aucune incertitude sur l'origine de ce nom, lorsque, après avoir relaté la découverte de la côte ouest de Madagascar par Tristan da Cunha , et raconté la tevtèùt que cet amiral répandit parmi divers peuples de cette côte, il le représente se dirigeant vers une population qu'il nomme Çada, nom que d'autres auteurs, entre autres Faria y Souza écrivent Zada. Enfin la carte de 1649 de Teixeira, insérée dans Melchisedec Thévenot, indépendamment de la terre d'El Gada, située comme nous l'avons indiqué au sud de Tanse de Mansiâtre, porte éctit sur la partie nord de l'île t l. de Cada, sans cédille.

Ainsi TappUcation du nom Comor à Madagascar, se trouve confirmée doublement, par l'adjonction [au nom

(t}Barrosi décade il, Uv. U ch. f .

de Comor du nom Cada donné à une contrée de celte île, et à l'île elle-même.

Une carte produite dans l'Atlas Lelewel^ comme étant de 1501 à 4504, représente Madagascar sous le nom de Comorbina où nous trouvons toujours Comor et ensuite bina qui ne peut être qu'une corruption éloignée du mot diva^ île ; de même qu'au chapitre II, nous avons vu les Laque-dives, les Mal-dives et Siele-diva.

Une mappemonde de 1511 de Bernardi Sylvani, pro* duite dans l'atlas Lelev^el, représente Madagascar sous le nom de Comortina, où nous trouvons toujours Comor, puis tina autre corruption de diva.

En 1487, le célèbre voyageur Pierre Covillam (1), dans ses mémoires sur sa mission dans la mer des Indes, qu'il envoya au roi Jean II, de Portugal, rapporte que l'île dont nous nous occupons est appelée parles Maures île de la Lune ; et nous avons vu au chapitre III, que le nom Camar et ses dérivés Comor, Comr, ont été appliqués à Madagascar par lacout, auteur du Moschtarek, Ibn Motharraf, Edrisi etlbn-Said. La mappemonde de Rtiysch, qui désigne Madagascar sous le nom de Camorocada, porte à la partie sud de cette île un second nom, Zoacanar, où Ton peut reconnaître une altération de diva Camar, île de la Lune.

On peut même, dans quelques relations de voyages du dix-septième siècle, alors que Tîle Comor n'est plus connue que sous les dénominations : Saint-Laurent et

(1) Femand Lopez de GasUDheda.-^PréTost, Histoire générale des Voyagest t. i,p. 17.

Madagascar, citer quelques vestiges du nom Gomor dans cette île : dans la relation de Rowles (1) il est fait mention de la baie de Ronguomorra « dont les bords et les pays voisins sont également fertiles et agréables » ; dans la relation de Dounton (2), il est fait mention de la baie de Konguomorro située « au coin nord-ouest de l'île. » Quant aux attributions prêtées soit au sol, soit aux habitants de Tile Madagascar, nous n'en dirons qu'un mot. La côte de l'Afrique, dans sa direction vers l'est, porte sur quelques cartes le nom : Inde. L'île Comor se rattachant par l'ouest à l'Afrique, par l'est aux parties les plus orientales de TAsie, les attributions données à celte île immense, ont dû participer de celles des pays que les géographes arabes avaient supposé élre dans son voisinage. Aussi ces attributions sont-elles des plus variées; il y en a même qui seraient inapplicables à quelque île ou pays que ce soit, et que nous aurons l'occasion de produire au chapitre VI ; Marco-Polo en a cité quelques-unes, y en a ajouté de nouvelles; personne ne reconnaîtrait Madagascar dans la description que ce célèbre voyageur en a donnée, s'il ne l'avait nommée Madagascar; encore beaucoup d'entre elles lui conviennent parfaitement et d'autres pourraient mieux lui convenir que les éléphants et les chameaux, qu'à la vérité, Edrisi et même des cosmographes du seizième siècle n'oublient pas, mais qui jouent un si grand rôle dans la description si courte du voyageur vénitien.

(1) Ihid.y 1. 1. p. 640.

(2) Ibid., t. II. p. 48.

Lt^nom Comor, restreint aujourd'hui aux îles Gomores du canal Mozambique, savoir : Ângazijah, appelée par les auteurs modernes la grande Comore, Ânjouan, Moeli, Mayotte^ était autrefois appliqué à toutes les îles avoisinant Madagascar qui était alors la vraie grande Comore, et donnait son nom à toutes les îles qui l'enlourent, et dont elles sont en effet une dépendance géographique.

Les îles Gomores, de nos jours, sont figurées assez grossièrement dans la carte d'Âlbyrouni sous le nom générique de Gomayr, nom qui, d'après M. Reinaud(l), est un diminutif de Gomor; elles figurent également sur la carte d'Edrisi sous les noms Kamrou et Kamroun.

Le nom Gomor a également été appliqué à toutes les îles ou tous les archipels situés à l'est et au nord-est de Madagascar^ comme l'indique Albyrouni (2) quand distrihuant les îles de la mer des Indes en trois groupes^ après avoir dit que les îles de la partie de la mer de l'Inde qui se rapprochent de la Ghine sont les îles du Zabedj ; que les iles situées du côté de TOccident sont les îles des Zendj ; et que les îles placées au centre sont les îles de Ram et les iles Dybadjat; il ajoute : c< On peut aussi ranger parmi ces îles les îles de Komaïr », et en effets aucunes iles n'offrent une position plus centrale dans la mer des Indes que les archipels situé? à l'est et au nord-est de Madagascar.

(1) Reinaud. Introduction à la géographie d'Àhoulféda,

(2) Reinaud. Traduction d'un fragment d'Albyrouni dans le Journal asiatique, année 1841.

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