RAPPORT SUR LE CONCOURS AU PRIX ANNUEL
redoutable ceinture alpestre qui Tenfernie, semblable aux côtes abruptes d'une mer intérieure aux profondeurs accidentées qu'aurait mises à nu un dessèchement mille fois séculaire.
Parmi les pionniers de cette terre entrevue, nous comptons plus d'un compatriote. Jusqu'à présent même, les missionnaires français sont les Européens qui ont voyagé et résidé le plus longtemps dans ce pays ou sur ses frontières orientales. D*Anville en a été le premier, et en est encore, pour la plus grande partie, le seul vrai géographe. Que ne pouvons-nous ajouter à ces titres ceux qu'aurait acquis F. Garnier s'il eût été libre d'aller chercher les sources du Mékong en dirigeant, suivant ses propes vues, l'exploration dont il avait été le véritable promoteur. Ceci soit dit sans vouloir affaiblir en rien l'expression des éloges que l'homme le plus autorisé, F. Garnier, a été le premier à payer à son chef, le commandant Doudart de la Grée.
Souvenir oblige. Les premières lignes de ce mémoire devaient être un hommage rendu à ceux de nos compatriotes dont les travaux ont élé le plus utiles à la science géographique au Thibet on à la vulgarisation de ces connaissances : particulièrement à d'Anvillê, au P. Hue, à Tabbé Desgodins et à F. Garnier.
Au point de vue de la géographie et des voyages, nos compatriotes sont donc encore au premier rang des Européens qui se sont intéressés au Thibet oriental ; mais tandis que nous nous reposons, les Anglais, réveillés par des commentateurs distingués tels que Pemberton, le colonel Yule, Gordon, etc., et poussés par leur esprit entreprenant, se préparent à suivre les voies que leurs officiers ont reconnues près des frontières, et sur lesquelles ils ont lancé en éclaireurs des Pandits, ou Hindous, que le service topographique de rinde dresse aux explorations scientifiques.
La question du Thibet. — De grands changements se produiront d'ici peu dans cette partie du monde : l'homme
de science y cherche les solutions de bien des problèmes qui n'intéressent pas moins le monde des affaires et celui de la politique; et, en dépit d'une froideur calculée, celui-ci n'est ni le moins curieux, ni le moins impatient. L'Europe n^aara pas attendu le xx« siècle pour se passionner, s'électriser de politique asiatique ; elle comprend l'importance de ce facteur sur son avenir économique, social, politique; il lui semble, matérialisant la question, que celui-là en sera le maître qui planera de plus haut, et possédera le centre d'où s'écoulent, dans toutes les directions, les grands fleuves, organes fécondateurs du plus ancien continent.
A divers titres donc, quatre puissances, surtout : l'Angleterre et la Russie, la France et la Chine ont aujourd'hui le plus grand intérêt à être fixées sur leur voisine : le Thibet, et sur les bassins supérieurs des fleuves qui baignent l'Inde et la Tartarie, l'Indo-Chine et la Chine.
L'état plus ou moins indépendant — ou sauvage, pour parler comme les plus forts — des populations des frontières du Thibet a facilité jadis la conquête de ce pays par la Chine, comme il facilite aujourd'hui la rapide extension de l'Angleterre dont l'intérêt est de faire admettre que le protectorat chinois y est aussi nominal que possible, et que diverses régions du Thibet sont soumises de la même façon au gouvernement de Lhassa.
Déjà, le Ladack, une partie du Boutan, le Sikkim sont tombés entre les mains de nos voisins. Nous verrons bientôt que, par la vallée de l'Iraouady, ils couperont le Thibet de la Chine et que du haut Iraouady au haut Mékong, il n'y a qu'un pas insignifiant à franchir.
Si les progrès de l'Angleterre peuvent inquiéter la Chine et la France, ils ont aussi éveillé et appelé vers le Thibet l'attention des populations de l'Asie centrale et septentrionale et celle de la Russie. Non moins habile peut-être que l'Angleterre à faire reconnaître les frontières du Thibet, ia Russie compte, parmi ses plus célèbres explorateurs, le
4 HéSOIBS GÉOGftAPHIQIJB SUR LE TBIBET ORIESTAL.
colonel Prjéwalskî qui, de la Mongolie, s*est déjà aYancé jusqu'à enTîrr>n 200 kilomètres dans le nord de Lhassa,
Bui ie ce mémoire. Origine de la carte qmi Faccom^ pagne. — Mais nous n'avons pas à suivre toutes ces l^ta* tives, ni à compiler les documents géographiques et historiques du Tbibet. Notre tâche est à la fois plus restreinte et plus lourde.
Plus restreinte : parce que nous ne nous occupercms au point de vue géographique que de la partie du Thibet la plus mtéressante pour nous, c'est à dire du Thibet sud-oriental comprenant : une partie de la province de Oui, dont la principale ville, Lhassa, est en même temps la capitale du Thibet, et une partie de la province de Kham, dont la moitié orientale est placée aujourd'hui sous le gouvernement direct du Sétchouen ou de la Chine.
Notre tâche est plus lourde : parce qu'il ne s'agit point de compiler tous les documents relatifs à la vaste région où viennent converger les plus beaux fleuves de l'Asie : le Tœrou dzang bo (Tsan po) ou Brahmapoutre, le Ken pou (Gak bo) que nous identifierons avec l'Iraouady, la Salouen, le Mékong et le Yang tse Kiang; mais de discuterions les renseignements recueillis jusqu'à ce jour pour aboutir à reconstituer la carte du Thibet oriental.
Sous ce rapport, nous espérons que ce travail intéressera également géographes et cartographes de tous pays.
Il ya déjàlongtemps que j'ai commencé la carte du Thibet oriental jointe à ce mémoire, car elle est comprise dans ma carte générale de l'extrême Orient méridional, carte commencée en 1877 et qui fut exposée manuscrite à Venise lors du Congrès géographique international. Je la tins au courant des explorations nouvelles jusqu'en 1883, époque à laquelle d'autres occupations interrompirent mon travail que j'ai repris au mois de juillet de cette année. C'est par le Thibet que je rentrai en extrême Orient. Cette partie de ma carte de 1883 a donc été remaniée comme on le verra; mais elle
constitue ainsi une carte du Thibet oriental si différente de tout ce qui a paru jusqu'à présent, qu'il devenait nécessaire de montrer comment elle a été établie; et le meilleur moyen m'a paru être de suivre Tordre de mon propre travail en abrégeant le plus possible les détails.
En me mettant à l'œuvre, j'ai d'ailleurs reconnu que tout autre système d'exposition serait défectuefix. C'est, en effet, en étudiant les documents suivant leur ordre chronologique qu'on se rend bien compte de la façon dont on doit les utiliser, à moins qu'on admette avec les géographes pour rire a que les documents les plus récents soient forcément les plus exacts, et qu'il suffise de les reporter sur une carte pour prétendre l'avoir corrigée :», Aussi, que de cartes nouvelles voyons-nous paraître, qui sont, dans leur ensemble, moins exactes que celles qu'on a eu la prétention de corriger; et cela parce qu'on ne veut pas se donner la peine de faire soi-môme l'étude ab ovo des documents, étude absolument indispensable pour corriger comme pour dresser une carte. Cette étude doit être entreprise avec une complète indépendance d'esprit. Le géographe ne doit voir que des documents, et ne point se soucier de toutes les « Autorités » qui, pour la plupart, reposent sur des titres douteux; il sera toujours temps pour lui de les reconnaître quand le résultat de ses propres travaux lui aura prouvé que tel ou tel géographe ou commentateur avait vraimentmérité ce titre d'autorité compétente par des études sérieuses.
Programme général. — Voyons maintenant les grandes lignes de notre programme.
Après avoir précisé les limites du travail, nous indiquerons toutes les sources d'informations; puis, d'une lecture ou étude préliminaire, nous déduirons la marche que nous aurons à suivre.
Dans la première partie, étude de géographie mathématique, nous expliquerons la reconstitution de la carte de d'Anville, et nous exposerons le système de raccordement
des fleuves du Tbibet, de Tlnde et de la Birmanie quî en résulte.
Là deuxième partie, compli^ment de la première, sera consacrée à la discussion de documents spéciaux sur la partie sud-est du Tbibet, et des données récemment obtenues par le Pandit A. K. (Krichna). On verra qu'il n'y avait pas lieu de les prendre pour base d'un nouveau travail, mais qu'on pouvait les utiliser comme détails entre des positions mieux déterminées, car la carie qui résume les résultats de ce beau voyage est radicalement fausse.
Enfin, dans la troisième partie, sur un croquis de délimitation des principaux bassins hydrographiques, nous examinerons, au point de vue hydrologique, les diverses bypolhèses relatives à l'important problème de l'identification des fleuves du Tbibet, et nous verrons que les résultais de cette étude hydrologique confirmeront ceux de notre étude purement géographique au point que, si nos positions de Lhassa et de Bathang sont exactes, toutes les autres doivent l'être à environ 10 milles près, ce qui est bien quelque chose pour une région dont la cartographie a été bouleversée, et qui contient des erreurs manifestes de plus de soixante milles !
Cadre y projection, dessin et orthographe de la carte. Explication de quelques termes usuels. — Le cadre que nous nous sommes fixé est compris, à peu près, entre les méridiens de Lhassa et de Bathang, sur le Yang tse Kiang, soit entre 88^30' et 97» à l'est de Paris, et les parallèles de 27o à 31M5'nord.
Pour n'y point revenir, je dirai tout de suite quelques mots de la carte qui résume le travail que nous allons faire.
La projection adoptée est celle de Mercator qui, par ces latitudes, ne déforme pas sensiblement les continents et qui rend les plus grands services aux géographes et aux voyageurs.
A la rigueur, presque tout le tracé devrait être exécuté en
pointillé. Dès lors, il n*y avait aucun inconvénient à le faire en lignes pleines.
D'après l'hydrographie, les altitudes indiquées en mètres et ce que nous dirons de l'orographie générale dans le cours de ce mémoire, on aura une idée suffisante du système orographique du Thibet oriental dont le dessin a été supprimé* Dans l'état actuel de nos connaissances, ce dessin ne pouvait être exact, et il aurait surchargé inutilement la carte à petite échelle d'un pays si accidenté.
J*aî conservé partout oîi cela a été possible la transcriptions des noms thibétains de Torientaliste Klaproth, transcription qui me paraît préférable à toute autre pour des cartes françaises. Toutefois, j'ai mis entre parenthèses d'autres transcriptions pour faciliter la lecture des différents ouvrages sur le Thibet.
J'ajoute ici l'explication de quelques termes qui reviennent fréquemment, soit sur nos cartes, soit dans le cours de ce mémoire :
Monastère (gfomôfl, gontchen) jiemple (lakhang)] localité fortifié {dzong, dzoung ou jong) ; lac {you mtsOy mtso ou nour) ; pont (samba en thibétain, kiao en chinois) ; montagnes de neige, glaciers (gang ri ou gang la). Le mot la indique que la montagne renferme une passe indiquée sur la carte par le signe =; rivière (tchou^ fcio, kioUy en thibétain, myyit en birman, nam chez les Laos ou Chans et Kharatis, kha ou thi chez les Singphos et les Michemis, kiang en chinois).
Liste des documents à consulter. ~ Quelques-unes des positions extrêmes de notre carte dépendent de travaux sur les régions voisines. Pour ne pas sortir de notre cadre, nous nous bornons à présenter ici, par ordre chronologique, la liste des documents relatifs au Thibet oriental. Les lettres G. C. N, S. E. 0.. placées dans la première colonne verticale indiquent que les documents signalés sur la même ligne horizontale concernent la totalité ou les régions centrales.
nord, sud y est et ouest du Tbibet oriental. Il sera donc facile aux lecteurs de se reporter, suivant Ie^,-Jégions, aux documents qui les concernent; de cette fa^on les notes en fin de pages seront réservées aux explications et développements que le texte ne comporte pas.
Principaux voyageun» commentateurs et géographes.
(Voir bibliographies spéciales de rextréme Orient.)
Régions.
Dates.
Le P. Andrada, jésuite portugais se rend de L'Inde à Lhassa.
Les PP. Graeber et Dorville se rendent de Pékin à Lhassa et dans Tlnde.
Les PP. Fridelli, Bonjour et Régis dressent la carte du Setchuen, du Yunnan et des frontières orientales du Thibet.
Deux Chinois de la suite d'un ambassadeur de Tempereur Kang-Hi dressent une première carte du Thib et. Ce travail est remis en 1711 au P, Régis, qui déclare n'en pouvoir rien tirer.
Le P. Disderi et M. Freyre vont de Tlnde à Lhassa.
Le P. H. de la Penna et onze compagnons vont de Pékin à Lhassa. Séjour de la Penna à Lhassa pendant trente ans.
Deux lamas, instruits par les jésuites, dressent par oi'dre de l'empereur Kang-Hi la carte du Thibet. Leur travail fut revu en 1717 par les jésuites à Pékin, abrégé, arrangé par eux et introduit dans leur atlas. Un exemplaire de cet atlas existe à la bibliothèque du ministère des affaires étrangères. Nous désignerons l'ensemble de ces feuilles sous ce litre : <r Carte du Thibet des jésuites 1,
MÉMOIRB GÉOGRAPHIQUE SUR LE THIDET ORIENTAL. 9
Rtfgionn.
Dates.
Les calques des cartes des lamas sont utili sées par d'Anville pour dresser les feuilles du Thibet et de la Tartarie, qu'il publie dans son atlas de la Chine. Nous désignerons l'ensemble de ces feuilles sous le titre c Carte du Thibet de d'Anville. i
Rectification sous l'empereur Kian Long de la carte des jésuites par les PP. Hallens* tein et Benoit (voir : Géographie et cartographie chinoise).
Travaux de Rennell sur le bassin du Brahmapoutre.
Bogie et Hamîlton envoyés de Tlnde au Thibet par Warren Hastings.
Voyages de Turner de l'Inde à Lhassa.
Voyages de Manning de l'Inde à Lhassa.
Voyages de Moorcroft de l'Inde à Lhassa.
Bedford, Neuf ville, Burlton, Bediugfield, Wilcox, etc., reconnaissances du Brahmapoutre, rivière Lohit ou Brahmakund et affluents, Nam Kiou (Iraouady).
Cartes de Klaproth. Traduction de la géographie chinoise et des itinéraires chinois au Thibet.
Hannay (haut Iraouady, rivière de Mogoung, vallée de Houkong).
D" Bayfield (Michemis d'Assam), D»" Griffith (rivière de Brahmakund, vallée de Houkong).
Lieutenant Dalton (Soubansiri).
Lieutenant Rowlath (rivière de Brahmakund).
P. Hue (Sining fou, Lhassa, Bathang).
D»" Campbell (de Phari à Lhassa, et travaux d'interprétation sur le Thibet).
PP. Krick et Bourri (Dihong, rivière de Brahmakund, Samè et Rima).
PP. Renou et Fage fondent une mission catholique à Bonga (Salouen).
Colonel Cunningham (Mémoire snr le fiébit de riraouady).
Régions.
Dates.
et précéd,
Mgr Desmazures (Correspondance sur ré' gions frontières du Thibet, de la Chine et de l'Assam).
M^ Desmazures el missionnaires français établis sur la frontière orientale du Thibet (voir : Thibet, parTabbé Desgodins).
Colonel Yule (Travaux originaux sur la Birmanie, et nombreux travaux d'interprétation sur la géographie du Thibet).
Le Pandit Nain Singh (du Népaui à Lhassa).
Cooper (Frontières de la Chine et du Thibet, du Thibet et de TAssam).
Nain Sîngh (Du Népaui au Tengri nour, Lhassa, Chétang, Monadzonadzong, etc.
Capitaine Gill (frontière orientale du Thibet).
Le Pandit N. M. G. (Yœrou dzang bo tchou, le Tsanpo (de Chétangà Gyala.Sindoung)
Woodthorpe (Dibong.)
Lieutenaut Harman (Débits du Brahmapoutre et de ses affluents). M. Gordon , ingénieur (Hydrologie de Vlraouady).
Le Pandit Alaga (Exploration de Vlraouady jusque par 26° nord).
Le Pandit Krichna (A-K). Carte publiée en juin 1884 par le service topographique de l'Inde. Voir aussi les n" de février et mai 1885 des Procecdings de la Société de géographie de Londres.
Publications du service trigonométrique de rinde.
Le LdLmdi(Voyages entre VInde et le Tsanpo, à r ouest du méridien de 90 degrés. Général report on the opérations of the survey of India department, 1883-1884,
p. XLIV.
Observations sur les documents. — Les documents cités sont des ouvrages spéciaux ou se trouvent dans des revues telles que : le Bulletin de la Société de Géographie y de Paris,
MÉMOIRE GÉOGRAPinQUE SUR LE THIBET ORIENTAL. It
le Magasin asiatique, de Klaproth, les publications des missions catholiques (lettres édifiantes, etc.), le Journal et les Proceedings de la Société de géographie de Londres, de la Société asiatique du Bengale, les ^m^ic Researches^ etc. (pour plus amples renseignements voir les bibliographies spéciales).
Bien que nous n'ayons pas cité les relations des voyageurs dans les contrées voisines du Thibet oriental, ni les articles de divers auteurs qui ont trailé de la géographie de ce pays sans y avoir voyagé ou sans fournir de nouveaux renseignements, nous regretterions de ne pas mentionner encore les noms de Montgomerie, Burnay, Phayre, Sladen, Anderson, Elias Ney, Baber, Kreitner, etc., qui ont recueilli à diverses époques quelques indications sur les régions voisines de celle qui nous occupe.
Parmi tous ces documents, il en est un que nous n'avons pu consulter : c'est l'original même des cartes levées par les Lama de 1715 à 1718. Ce document est sans doute resté à Pékin. Des calques enavaient été pris et envoyés à d'Anville, ainsi qu'il ressort d'un de ses mémoires. J'ai en vain recherché ces calques à grande échelle que je m'imaginais enfouis à la Bibliothèque nationale ou à celle du minisèère des. affaires étrangères. Il a fallu me contenter des copies réduites et plus ou moins abrégées que d'Anville en a donné dans soi\ Atlas, et d'autres copies du même genre arrangées à Pékin par les jésuites. Il est convenu que nous désignerons l'ensemble des premières sous le titre de Carte de d'Anville, et les secondes, sous celui de Carte des jésuites.
La Carte de d'Anville doit être le point de départ de notre étude» — A défaut des cartes originales, nous avons d'abord lu les documents cités, en ayant sous les yeux les cartes des jésuites, de d'Anville et celles de Klaproth que les cartographes se sont bornés à reproduire, tantôt fidèlement, tantôt en empruntant à l'une'ou à Tâutre les détails qui répondaient le mieux à leurs fantaisies.
Au cours de cette lecture préliminaire, on ne tarde pas à s'apercevoir que les cartes de Klaproth s'écartent encore plus de la vérité que celles des jésuites et de d'Anville. Ce dont il faut savoir gré à Klaproth, c'est d'avoir traduit la géographie et les itinéraires chinois et non de les avoir interprétés, car, ce faisant, il a donné trop libre cours à son imagination. Quand on compare, comme nous le ferons en temps et lieu, les résultats que d'Anville et Klaproth ont obtenus, l'un avec les rares et imparfaits docutnents de son temps, l'autre avec un plus grand nombre de documents plus exacts, on reste convaincu que d'Anville eût tiré un tout autre parti que Klaproth des données que celui-ci posséda.
Nous laisserons donc de côté pour le moment les cartes de Klaproth. Nous en ferons autant de la carte des jésuites. Celle-ci et celle de d'Anville se ressemblent au point de vue du dessin ou de la jonction des cours d'eau et de la position des localités par rapport àces rivières; mais les positions en latitude et longitude des deux cartes sont différentes.
Or, les latitudes et longitudes adoptées par d^Anville pourdivers points aujourd'hui déterminés étant plusexactes que* celles des jésuites, la carte de d'Anville sera le point de départ de notre travail.
Avertissement. — Enfin, avant de commencer cette étude, je dois reconnaître qu'elle paraîtra excessivement, aride si l'on se borne à la suivre sur nos feuilles de construction 1, 2,3, bien que nous nous soyons efforcé de les surcharger le moins possible et de rester sur un terrain scientifique abordable pour tout le monde.
En géographie, le principal, ce sont les observations et les raisonnements sur lesquels sont basés des calculs et des constructions variant selon le degré d'exactitude des documents. — Mais si, pour le Thibet, ces docusients étaient tels que nous pouvions nous contenter des calculs et constructions les plus élémentaires, on ne les suivra bien, ainsi
que les observations et les raisonnemenlSy qu'en faisant soimême au fur et à mesure les constructions indiquées. En opérant ainsi, non seulement la lecture sera moins aride, mais encore j'imagine que quelques-uns de mes lecteurs pourraient bien y trouver l'attrait d'une sorte de partie d'échecs, et devenir géographes sans s'en douter, — ce qui doit être facile dans un pays où Ton se pique d'observer et de raisonner.