I. — Préparation da traTall
Comparaison dos feuilles 1 et 2 et des cartes de Klaproth. •— Position de LhassA. Comment Klaproth aurait pu éviter une erreur de 60 milles sur la position de Lhassa. — Autres observations tirées de la compasraison des feuilles 1 et 2. — Résumé des premières observations sur la carte de d'Anville.
Carte de d'AnvilU (feuille 1) et feuille de construction {n'* 2} sous la même projection. — Report sur la feuille 2 des positions relativement bien déterminées en 1886.
Prenons deux feuilles de papier calque [afin de pouvoir mieux comparer en les superposant] et commençons par tracer sur chacune d'elles la projection adoptée pour notre carte. Puis, sur Tune, nous reproduisons exactement le tracé de d'Anville; et sur l'autre, nous ne portons, pour le moment, que les positions que nous considérons comme relativement bien déterminées : telles sont :
A l'est : Bathang et le cours du Kin cha Kiang entre 29" et 30* de latitude; le cours du Mékong, entre 27' et 29« 30'; celui de la Salouen, de 2? à 28<>30\
Au sud : nous traçons, d'aprfes Wilcox, les deux branches du haut Iraouady, Nam Kiou et Nam Disang; puis d'après
les cartes du Trigonometrical Survey de l'Inde, le Brahmapoutre et ses affluents : Subansîri, Dihong, Dibong, Lohit X)u rivière Bramakund, Digourou, Tidding, etc., la rivière de Dirang dzong, la rivièreMonass ou Montchou etia partie de THimalaya comprenant les monts Ghoumalari, Paobounri, KanchinjLnga.,
A Touest : nous traçons d'après les itinéraires combinés de Turner, des Chinois et des Pandits : Nam-Singb et N. M. G. ; la route de Phari à Ggiangtsé dzong, Ghigatzé et Lhassa, le Tengri nour, le rivière Dam ou La tchou; le cours inférieur de la rivière de Lhassa, celui du Tsanpo jusqu'à Gya la Sindong et l'itinéraire de Ghétang à la rivière Monass.
Telles sont toutes les données que nous considérons comme précises (tracé en lignes pleines sur la feuille 2) en commençant noire travail.
Encore devons-nous remarquer que les données dans partie orientale de notre carte ont été obtenues par Tinieprétation combinée des itinéraires chinois, de ceux de l'abbé Desgodins et du capitaine Gill.
Le résultat de cette première interprétation a élé publié ^voir mon croquis des itinéraires de l'abbé Desgodins à l'est du Thibet) dans le Bulletin de la Société de Géographie de juin 1880.
' Je devrai m'étendre trop longuement sur d'autres régions pour m'altarder ici — surtout maintenant que le territoire entre Bathang, Meukong, Taso et Yêtché est assez bien connu. Il me suffira de dire que mon interprétation ou mon croquis de 1880 avait été jugé bon, puisque la personne chargée par l'abbé Desgodins de lui faire une nouvelle carte pour accompagner la nouvelle édition de son livre sur le Thibet, s'est bornée à le copier, comme on le verra plus Join. J'ajouterai que dans une lettre datée de Darjeeling, 3 avril 1882, l'abbé Desgodins approuvait ainsi ma rectification du cours de la Salouen (partie la plus occidentale visitée par lui dans la région).
« Je suis heureux de trouver la Salouen à sa véritable place en longitude. Sur les caries que j'avais pu consulter, je l'avais trouvée de 25 à 30 minutes plus à l'ouest et beaucoup trop éloignée du Mékong. J'avais plusieurs^ fois effectué en trois jours le Irajet entre ce fleuve et la Salouen, tandis que d'après les vieilles cartes, il m'en eût fallu plus de quatre. A mon avis, le (racé que vous en avez fait est le vrai. »
Ce dernier renseignement m'a engagé à reporter encore un peu plus à Test le cours de la Salouen.
Enfin tout récemment j'ai tenu compte du voyage du Pandit A. K. pour rectifier les positions deKiang Ka, Pétou, elles cours de la Salouen et du Ou Kio, au nord de Menkong et dePétou. Je dirai plus tard comment j'ai fait cette rectification et c'est alors seulement que nous pourrons tracer sur notre carte préparatoire (feuille ^) les nouveaux points de repère que l'interprétation de l'itinéraire du Pandit A. K. nous aura fournis à l'ouest de la Salouen.
Comparaison des feuilles iet^et des cartes de Klaproth* — Si nous comparons maintenant la feuille 1 (carte d'Anville) et la feuille 2 (positions aujourd'hui déterminées), nous voyons tout d'abord que les points de repère nous manquent au nord-est, au nord et au centre, pour rapporter le tracé de d'Anville.
Fermer notre cadre devra donc être notre premier soin.
Toutefois, avant d'aborder cette élude, nous examinerons les feuilles i et 2, ainsi que La carte de Klaproth, car ces comparaisons peuvent nous fournir, sur les travaux de celuici et de d'Anville, des indications utiles à notre propre travail.
Position de Lhassa. Comment Klaproth aurait pu éviter une erreur de soixante milles sur laposition de Lhassa. — C'est par la capitale du Thibet, par Lhassa, que tous les voyageurs essayaient d'atteindre, position qu'ils ont dû chercher à fixer en latitude et longitude et à laquelle ils devaient
i6 MÉMOIRE GÉOGRAPHIQUE SUR LE THIBET ORIENTAL
rapporter la plupart delears itinéraires, que pous commen* çons cette comparaison.
La première position de Lhassa a été donnée par le P. Grueber, qui met celte yille par 29* 06' de latitude. Il est vrai que toutes les latitudes données par lui (Sining fou, Khatmandou, Benarès) sont régulièrement trop faibles d'environ 30 minutes, de telle sorte qu'on doit lire 29*36'.
Après Grueber, le P. H. de la Penna a donné une latitude de 30*20'.
Puis, si nous nous en rapportons à ce qu'écrit Klaproth, dans un de ses mémoires {Magasin Asiatique, 1825 : Mémoire sur le cours du Yoerou dzang ho tchou, p. 305), les cartes originales des Lama, interprétées par les jésuites à Pékin, indiquent pour Lhassa une latitude de 29''40', que nous trouvons telle en effet sur les feuilles du Thibet de l'atlas de d'Anville.
Ainsi donc Klaproth et d'Anville, en dressant leurs cartes, pouvaient hésiter entre ces trois latitudes, bien qu'en y réfléchissant, ils n'auraient dû hésiter qu'entre 29*36' et 29<»40'.
Relevant maintenant les longitudes (évidemment estimées) des cartes de d'Anville et de Klaproth, nous trouvons pour Lhassa les positions suivantes :
D'AnTille. Klaproth.
Latitudes 29» 40» 30« 40'
Longitudes 89o 5(y S^ 2(y
Si la différence en longitude est admissible, la différence en latitude ne se comprend que lorsqu'on remarque dans tous les écrits de Klaproth sur le Thibet l'idée dont il était possédé que : « le Thibet devait être beaucoup plus large qu'on ne se le représentait. >»
L'idée était juste, comme nous le verrons ; mais pour l'appliquer, il n'aurait pas dû modifier, sans fondement, toutes
soit2251isdeGliigatzé à Ghiantzc dzong.
les positions, du Thibet, à commencer par celle de Lhassa.
Klaproth aurait pu éviter une erreur de 60 milles sur la position de Lhassa.
Et nous avons ici une première occasion de prouver qu'en calculant en géographe, Klaproth aurait évité cette première et fondamentale erreur d'un degré sur la latitude de Lhassa.
En effet, outre les données citées ci-dessus, Klaproth possédait de son temps les itinéraires chinois qu'il avait traduits lui-même, et la relation du voyage de Turner.
L'itinéraire chinois, dégagé de tout détail, donne :
De THassa à Nédanwar 80 \
N. — à Tchoulchoul dzong 90
T. — à Palté.... UO
P. — à Nagardzé dzong 105
N. — à Séloung 120
S. - à Ghiantzé dzong 140 ( et 675 lis de Ghiantzé
G. — à Painam dzong 115 \ ^^-^^^ » "^'^a^sa
P. — à Djachi Ihoumpo 110
D. — à Chigatzé dzong 110
D'après Turner, Klaproth avait placé Chigatzé par 49''0iV et 86^2', et Ghiantzé dzong par 2841)' et 87" ^/.
Marquant ces positions sur sa carte, Klaproth aurait pu dire que les 34 milles à vol d'oiseau entre les deux points équivalaient à la projection horizontale des 225 li chinois; d'où un mille équivalait à G",G ; ou encore que la projection horizontale du li valait ici 280 mètres*.
On verra plus lard que celte valeur, de la projection horizontale du li des itinéraires chinois est comprise dans les limites des diverses valeurs que nous avons trouvées.
Klaproth aurait pu en déduire que les 675 li de Ghiantzé
1. Aujourd'hui, d'après les positions et itinéraires des Pandits, nous trouverions que la valeur de la projection horizontale du li est de 350 mètres entre Chigatzé et Ghiantzé dzong, et de 248 mètres entre Ghiantzé dzong et Lhassa. La moyenne, en tenant compte que la seconde distance est triple de la première, serait de 273 mètres.
dzong à Lhassa, à 6",6 par mille, équivalaient à 103 milles. De la position de Ghiantzé dzong, portant ces 103 milles dans la direction générale de la route, Klaprolh aurait bien vu que Lhassa ne pouvait être au nord du parallèle de 30*. Certainement si d'Anville avait eu les données sur lesqaeHe^ Klaproth s'est gardé de raisonner, il aurait fixé Lhassa ad point de rencontre de sa latitude et de l'arc décrit avec les 103 milles de distance. Et il aurait obtenu ainsi pour Lhassa :
Latitude 29«40'
Longitude 88o 55'
position qui' ne diffère pas de 10 milles de celle que nous donnent aujourd'hui les Pandits! Encore n'admettons-nous celle-ci que sous réserve de rectification.
Mais au lieu de raisonner en géographe, de chercher à imposer des limites à ses hypothèses et à ses interprétations, Klaproth ne suivait que sa fantaisie; et, pour trouver le Thibet plus grand, il en bouleversait toutes les positions, en commençant par faire une erreur de 70 milles sur la plus importante position à laquelle une grande partie des autres devaient être rapportées.
Pour commettre cette erreur, peu lui importait d'estimer la valeur de la projection horizontale du li à 400 mètres, c'est-à-dire de ne tenir aucun compte de la réduction à faire subir au nombre deli des itinéraires pour montées, descentes, détours, etc., avant de les porter sur sa carte. Du reste, suivant les besoins de sa théorie, il faisait varier à son gré les données des problèmes géographiques et ne les admettait que lorsqu'elles satisfaisaient sa chimère.
Quelle que soit Testime que nous professons pourle grand travailleur, le savant orientaliste qui a rendu par ses traductions des services signalés à la géographie de l'Asie, nous ne pourrons nous dispenser de relever encore au moins une ou deux des plus graves erreurs de ce géographe qui fut si dur
powr les fabricants de cartes de son temps et qui a fourni si mawHàse copie à tous leurs successeurs.
Revenais à notre carie préparatoire. J'ai admis pour Lhassa la posîtioo donnée par les Pandits, différente de 10 minutes de celle que j'avais trouvée, et uous remarquons tout d'abord que celle d9 d'AnvilIe est trop orientale de 55 milles, ou d'environ 1 degré*
Autres observations tirées de la comparaison des feuilles \ eti, — Si nous superposons maintenant notre carte préparatoire ou feuille 2 et la feuille 1 en faisant coïncider les po« sitions de Lhassa [Lhassa à l'ouest, et Bathang à l'est, ont dû être les points auxquels les lama ont rapporté leurs travaux, et les distances à Lhassa des principales villes du Thibet sont données dans les itinéraires et la géographie chinoise], nous remarquerons qu'à mesure que nous nous écartons de Lhassa, les positions des Lama ou de d' Anville s'écartent davantage des positions correspondantes de la feuille 2i Ainsi les distances deLhassaà Chigatzé età Zangri, sur le Tsan po, sont presque les mêmes sur les deux feuilles; mais celle de Lhassa à Monadzona (dans le S-S-E de Lhassa) est déjà trop grande de 40 milles; et celle de . Lhassa au Tengri nour (dans le nord de Lhassa) est trop forte de 60 milles.
Nous pouvons déjà en conclure que, sur le méridien de Lhassa, le parallèle de il^ de d'Anville est plus exactement de 27*40' et que son parallèle de 32^ est tout au plus celui de 31\
Nous sommes de même fondé à croire que tes longitudes sont exagérées dans le même rapport à mesure que nous allons à l'ouest ou à l'est de Lhassa. Mais ne tenons compte que de l'erreur de longitude commise sur Lhassa (ou 60 milles) et nous voyons que le point oti d'Anville arrête au sud le cours du Tsan pose trouverait par 27»40' de latitude au lieu de 27% et par 92»40' au lieu de 93°40'de longitude; c'est-à-dire que l'extrémité du Tsan po de d'Anville serait
iO MÉMOIRE GÉOGRAPHIQUE SUR LE THIBET ORIENTAL.
fort rapprochée des points extrêmes connus du Dihong ou du Soubansiri.
Nous démontrerons plus tard que le point oii d'Anville a arrêté le Tsan po sur sa carte est en réalité encore plus au nord et moins à Test; et nous verrons que le Tsan po* de d'Anville ne peut être qu'un affluent de droite du Dihong, et non le Dihong ni le Soubansiri.
Le Mon tchou ou Om tchou de d'Anville parait être le cours supérieur du Soubansiri dont le bassin se trouve supprimé sur sa carte par suite de la trop grande étendue accordée, d'une part, au Mon tchou dont il fait le cours sapérieur du Lopra tchou, et, d'autre part, à son Tsan po.
Si nous nous reportons à la partie orientale de la feuille 2, nous trouvons deux positions en latitude, aujourd'hui déter« minées : Likiang, qui est assez bien placé sur la carte de d'Anville (erreur d'une dizaine de milles), et Bathang, dont la position exacte est plus orientale de 30 minutes et plus septentrionale de 60 minutes.
Passant aux longitudes, nous remarquons qu'entre les parallèles de 27" et 31° d'Anville a porté d'environ 30 minutes trop à l'ouest le cours du Rin cha kiang; l'erreur sur le Mékong est encore plus forte, et celle du cours de la Salouen dépasse un degré. (Ici l'erreur de d'Anville n'est plus celle des Lama qui ont levé le Thibet, mais celle des missionnaires jésuites Fridelli, Bonjour et Régis, qui ont levé les provinces chinoises : Yunnan et Sétchuen.) Mais euxmêmes, ainsi que je l'ai écrit ailleurs, ont déclaré qu'il ne fallait pas demander une aussi grande exactitude à leurs travaux sur les frontières qu'à leurs levés dans l'intérieur de la Chine.
Résumé des premières observations sur la carte de d'Anville. — 1* Dans la partie orientale de la carte de d'Anville, les distances entre les parallèles sont trop grandes, tandis qu'à l'ouest les distances entre ces mêmes parallèles sont trop petites.
MÉMOIRE GÉOGRAPHIQUE SUR LE THIBET ORIENTAL. il
Si Ton joignait par des lignes droites les positions orientales et occidentales ayant mêmes latitudes, ces lignes forme* raient Téventail ou s'écarteraient en allant de Test à Touest. Ces lignes sont indiquées sur la feuille 1 par des traits à
intervalles ( ) et les degrés qu'elles représentent sont
encadrés n
On verra plus loin dans quel but nous les traçons et qu'elles devront être corrigées à mesure que nous découvrirons ou fixerons quelques nouveaux points de repère.
2^^ Dans la partie orientale de la carte de d'Anville, les longitudes sont trop orientales de 1 degré au nioinSy tandis qu'à l'ouest (cours de la Salouen) elles sont trop occidentales d'au moins 1 degré.
Il s'en suit que la partie centrale de la carte de d'Anville estrétrécie d'au moins 2 degrés dans le sens est-ouest. Entre la Salouen et le Tsan po, d'Anville a donc dû avoir trop peu de place pour tracer les bassins du Ken pou (Gak bo) et du Tchodh teng tchou ou Tchitom tchou ; il lui a fallu ainsi en redresser le tracé dans le sens nord et sud, tandis que la direction probable doit être au moins nord-ouest — sudest, entre les parallèles de !28* et 31**.
Bien que le nombre de nos points de repère soit encore très insuffisant, nous pourrions déjà tracer quelques lignes rectificatives de longitude, comme nous l'avons fait pour les latitudes; mais nous' nous en abstiendrons pour ne pas surcharger la feuille 1 de lignes qu'il nous faudrait modifier plus tard.
3** Il est assez évident, quand on considère les cartes des jésuites aussi bien que cell de d'Anville, que les Lama ont dû rapporter leurs levés parti 'îuliers du Thibet, non seulement à Lhassa et à la frontière occidentale de la Chine levée par lesjésuites, mais encore aux principaux itinéraires qu'ils ont suivis au Thibet, itinéraires indiqués sur la feuille 1.
Or les jésuites qui, les premiers, ont interprété les travaux des Lama, ont dû rapporter le principal itinéraire (Bathang,
22 NÉlfOIRE GÉOGRAPHIQUE SUR LE TUIBET ORIENTAL.
Tsiaindo, Ghobando, Lhari, Giamda et Lhassa) aux points extrêmes Bathang et Lhassa, seules positions déterminées à peu près pour eux en latitude et longitude; et leur travail a subi les conséquences des erreurs de latitude et de longitude que nous venons de signaler, ce qui revient à dire que pour obtenir la représentation graphique des distances ou du nombre de li de cette roule donné par les itinéraires thibétains et chinois, ils ont été obligés d'exagérer considérablement les courbes de cette route, puisque la différence de longitude entre les deux positions extrêmes fiathang et Lhassa est de 8 degrés, au lieu de 6 degrés que donne la carte de d*Ânville.
Il y a donc tout lieu d'admettre déjà que cet itinéraire s'écarte bien moins au nord de la ligne Bathang-Lhassa que ne l'ont supposé les jésuites et d'Anville,et qu'il faudra chercher dans un plus grand développement dans le sens est et ouest une compensation à la réduction dans le sens nordsud.
La remarque que nous venons défaire est corroborée par l'observation suivante : l'étude de l'itinéraire chinois de Sining fou à Lhassa nous fournirait pour l'extrémité nordest du Tengri nour, une latitude de 31 degrés au lieu de 32 degrés que donne d'Anville. Les observations des Pandits ont contlrmé ce résultat. Or, si du bord septentrional du Tengri nour, nous traçons une ligne parallèle à notre ligne rectiflcative de 30 degrés, nous voyons que cette ligne passe à peu de dislance au sud de Tsiamdo, dont la différence de latitude avec Bathang ne serait guère plus d'un degré au lieu de deux que donnent les jésuites et d'Anville.
4"* Il n'est pas nécessaire d'examiner longtemps ces cartes pour remarquer que les détails, relativement nombreux près des itinéraires, sont au contraire excessivement rares partout ailelurs. A première vue, ces cartes du Thibet trahissent donc un travail absolument inégal, détaillé près des grandes voies de communication, mais déformé ici par Tadaptalion
à une projection, simple assemblage par ailleurs de croquis établis par renseignements et non de visu : car ce ne sont pas deux Lama qui, seuls, ont pu lever en deux ans une telle étendue de territoire. Il n'y aurait donc rien d'étonnant à ce que telle partie de pays, de bassin, de cours d'eau fût relativement exacte, tandis que les parties voisines ne le seraient pas du tout ; et que, même dans les parties éloignées, soit en debors, soit en dedans des itinéraires, parties que les Lama n'ont pas visitées eux-mêmes, les tracés de rivières différentes fuss#tnt absolument confondus les unsavec lesautres. Et ceci ne serait pas une faute imputable aux seuls Thibétains; nous n'avons eu, en effet, que trop souvent occasion de la relever aussi dans les travaux des géographes chinois.
S"" Enfin la minute de la carte de d'Anville (bibliothèque du ministère des affaires étrangères) porte encore quelques notices aux divers points, où son 27° parallèle est coupé par le Tchitom tchou, le Ken pou ou Gak bo et leT.san po. Mais ces notices sont extraites de la géographie chinoise, que nous ne confondons pas avec les itinéraires chinois. Et nous verrons que la géographie chinoise, qu'on peut apprécier favorablement quand elle concerne des pays connus par les Chinois et étudiés surtout par les missionnaires et voyageurs européens, n'a plus aucune valeur pour la région qui s'étend au sud du 28° degré.
Telles sont les principales observations qui résultent de l'examen des premières cartes du Thibet et de la carte de d'Anville. Ces observations étaient indispensables; nous devrons les avoir constamment toutes à l'esprit pour ne pas nous égarer dans le domaine de la fantaisie en continuant notre travail.
II. Fermetare do cadre de la carte préparatoire dans la partie orientale.
"Moyens de déterminer la position de Tsiamdo. — Première détermination de la position de Tsiamdo (d'après les renseignements Hue et Desgodins). — Deuxième détermination (d'après itinéraires chinois) — Valeurs moyennes de la projection horizontale du li. — Nouvelle détermination de la position de Tsiamdo. — Itinéraire de Bathang à Kiang ka et Tsiamdo. Correction de la première ligne rectificative de 31*. - Utilité du réseau des lignes rectificatives de latitude et de longitude.
Moyens de déterminer la position de Tsiamdo. — Il s'agit maintenant, comme nous Tavons vu, de fermer notre cadre dans la partie orientale. Pour cela, nous ne pouvions, au début de noire travail, nous aider que de la carte de d'Anville et des remarques que nous. venons de faire> des itinéraires chinois traduits par Klaproth, enfin des quelques vagues renseignements fournis parles PP. Hue et Gabet dans leur voyage de Lhassa en Chine, et par Tabbé Desgodins dans son voyage de Bathang à Tsiamdo, et de Tsiamdo à Pelou sur le Ou kio, affluent de la Salouen.
a. La carte de d'Anville nous donne Lhassa et Bathang avec une différence en longitude fautive d'environ 00 milles en moins.
b. Ces 90 milles, d'après nos précédentes observations, doiventêtre regagnés dans la partie centrale ou entre Tsiamdo et Lhari probablement, et il suffira pour cela de moins exagérer ici les coudes de la route.
c. Les distances voisines de Lhassa et de Bathang, c'està-dire de Lhassa à Ghiamda et de Bathang à Tsiamdo, sont probablement les plus exactes de l'itinéraire; mais les positions en latitude de Ghiamda et de Tsiamdo doivent être corrigées d'après nos lignes rectificatives.
d. 11 est donc probable que notre position de Ghiamda par rapport à Lhassa, peu différente de celle de d'Anville au
point de vue de la latitude et de la distance, s'en écartera d'environ 60 milles (erreur commise par d'Anville) en longitude.
e. Tsiamdo, d'après noire ligne rectificative de latitude, se trouvera probablement un peu au nord du parallèle de 31°: mais (étant donné que Balhang se trouve par 30" et non par 29° et que la longueur de l'itinéraire de Bathang à Tsiamdo estimée par d'Anville à environ 2° 1/2 est à peu près exacte) il s'ensuivra sans doute que l'itinéraire devra être plus incliné vers l'ouest et par suite que Tsiamdo sera rapproché du méridien de 95».
Ainsi, il est assez singulier de voir déjà que la position en latitude et longitude assignée à Tsiamdo par d'Anville diffère peu de celle que nous devons trouver, et cette coïncidence résultera de l'erreur d'un degré qu'il a commise sur la position de Bathang.
/", Nous pa-rlerons tout àTheure des itinéraires chinois qui nous seront d'un si grand secours pour déterminer la position de Tsiamdo, détermination que nous avons regardée comme la pierre d'achoppement de ce travail de reconstitution, et que nous étudierons en détail afin de donner une idée de quelques-uns des procédés employés, et pour n'être pasobligé d'y revenir à propos de chaque position nouvelle.
g. Le P. Hue s'en rapporte àl'itinéraire chinois que nous suivrons tout à l'heure ; mais il nous donne une description du pays d'oti un géographe quia voyagé peut tirer quelquefois d'utiles indications sur l'orientation de la route, les facilités, les obstacles qu'elle présente et par <îonséquent aussi sur la longueur approximative de la journée de roule effective à porter sur la carte.
Sous ce dernier rapport, la moyenne de sa journée de marche efl*ective est à peu près la même que celle de l'abbé Desgodins, ce qui ne doit pas nous étonner puisque les deux missionnaires parcouraient de la même façon les étapes pour ainsi dire réglementaires des voyageurs chinois.
h. L'abbé Desgodins (qui a été beaucoup plus précis au point de vue géographique que le P. Hue» dans ses rensei* gnements sur ses itinéraires de Ta tsien lou à Bathang, Yerkalo, Bonga et Yetché) a malheureusement voyagé de Bathang à Kiang ka, Tsiamdo, Pétou et Menkoug, dans des conditions qui ne lui permettaient plus de noter tous les éléments de cet itinéraire.
Il se borne ici à donner le nombre de ses jours de marche avec l'orientation générale de Kiang ka à TsiamdOy et de Tsiamdo à Menkong. Malgré l'insuffisance de ses renseigne* ments sur cette région^ nous chercherons tout de suite à en tirer quelques indication s. Reportons-nous donc à ses articles et cartes du Bulletin de la Sociét d Géographie depuis 1870 et à son ouvrage sur leThibet.
Des cartes^ nous ne dirons qu'un mot : c'est que, jusqu'enl881, elles sont une mauvaiseinlerprétationdutexteou des renseignements. A partir de 1881 l'abbé Desgodins a fait refaire une carte pour accompagner une nouvelle édition de son ouvrage ; et le dessinateur qui a été chargé de ce travail a purement et simplement copié celle que j'avais faite en 1880 *. Il l'a copiée tout entière sans y rien changer, sinon ma signature.
Il est vrai qu'il y a ajouté une erreur grossière en y introduisant le haut Brahmapoutre et en y plaçant par 95"* le village de Suddya qui se trouve par 93^23'. Ce dessinateur a donc adopté la position de Tsiamdo que j'avais calculée, et qui différait de plus d'un degré de celle que l'abbé Desgodins avait admise jusqu'alors, sur la foi de je ne sais quel fabricant de cartes. Nous voyons, en effet (Bulletin de la Société de Géographie) que sa carie d'octobre 1875 et celle qui résume ses itinéraires du Thibet de 1855 à 1879 placent
1. Voir, au Bulletin de la Société de Géographie du mois de juin 1860 la carte qui accompagne lo rapport sur le prix décerné à Tabbé Detgodins dans la séance du 16 avril 1880.
Tcfaamottto ou Tsiamdo par QG"" de longitude et 3%*" de latitude.
C'est en considérant cette position comme exacte et en essayant de calculer la valeur de sa journée de roule d'après la distance entre cette position de Tsiamdo et celle de Tatsien lou (30<* 03' de latitude et lOO"» 02' de longitude) que Tabbé Desgodins a été amené à commettre les erreurs que traduisaient ses caries entre Batbang, Menkonget Tsiamdo.
Nous n'allons donc lui emprunter ici que les renseignements mêmes que nous fournit son texte et en tirer quelques indications sur la position de Tsiamdo.
Les positions de Kiang ka et de Pétou nous serviront de point de départ à Test. Je doi« ici prévenir que les calculs que nous allons faire pour fixer la position de Tsiamdo avaient été faits en prenant pour Kiang ka une position trop forte de 13 minutes en latitude, el en supposant Pétou à li milles dans l'ouest de sa position actuelle que j'ai récemment corrigée ainsi que celle de Kiang ka, en combinant les données du Pandit A-K avec les documejits antérieurs.
Première détermination de la position de Tsiamdo (Tcha-mouto) d'après les renseignements des PP. Hue et Desgodins. — De Kiang ka à Tchamouto ou Tsiamdo, l'abbé Desgodins a mis onze jours, la direction générale de la route étant le nord-ouest, chemin en grande partie très difficile*
La même route a été faite en sens inverse par les PP. Hue et Gabel. Il leur a fallu douze jours et il ne doit pas falloir moins pour faire ce trajet.
(Vu le peu de détails donnés ici par l'abbé Desgodins, je serais assez porté à croire qu'il aura oublié de compter une journée de chemin.)
Nous savons que de Bathang à Yerkalo, route qui suit presque le méridien et se trouve entre deux latitudes connues, l'abbé Desgodins a mis six jours pour franchir une distance qui, à vol d'oiseau ou en projection horizontale sur la carte, est de 55 milles. Par conséquent la valeur de la projection
28 MÉMOIRE Gl^IOGRAPHIQUE SUR LE TDIBLT ORIENTAL.
hon%oiiliile(lesajournéedemarcheseraitd'eQviron9iiiilieSy5. Il on résullerail que ses onze jours de Kiang ka à Tsiamdo ^•|)^é^cnleraienl lOi milles et demi, et 114 milles dans le ruH où il aurait mis douze jours. Or 114 milles portés dans le nord-ost de Kiang ka mettraient Tsiamdo par 30® 55' et O.V 11' [position OL feuille de construction n" 2].
(lulculant sur la tnéme base, nous trouverions que les vin^l-lnûs jours do route deTabbéDesgodins entre Tsiamdo et VfiUni (sur le Ou kio affluent de la Salouen) représenteraient 218 milles, et ces 218 milles, portés à partir de Pétou juhqu^à la rcîncontre de la ligne tracée dans le nord-ouest de Kiiing ka, mettraient Tsiamdo par 31° 33' et 94° 28' [po- Hition {i, feuille n° 2].
Nous voyons que la moyenne de ces deux positions 131" 11' el 04" 50', positio7iy , feuille n° 21,bien que très différente (le celle de l'abbé Desgodins, confirme l'observation que nous avions faite précédemment (observation e, chap. II).
Ihnxihm dHermination de la position de Tsiamdo d'après les itinthmres chinois. — Valeurs moyennes delà projection horizontale du H. — Arrivons enfin aux itinéraires chinois. Laissant de côté les détails *, nous voyons que de Kiang ka à Tsiamdo, la route, généralement dirigée au nord-ouest, est de 975 lis, et de Tsiamdo à Lhassa, la roule, dessinant trois principaux coudes, est de 2555 lis en terrain tantôt passable, tantôt très mauvais.
La valeur du li chinois varie avec bien des auteurs. l)*Auville, dans un de ses mémoires, lui donne 400 mètres. Quelques missionnaires français en différentes parties de la (]hine lui donnent 445 mètres; quelques voyageurs anglais 55(5 mètres, le P. Armand David 575, Malte-Brun 578. Ce n'est évidemment pas sur de pareilles données que nous pouvons interpréter les lis des itinéraires chinois pour
1. Puur ces détails, voir los traductions de la géographie et des itinéraires chinois par Klaproth.
dresser une carte. Un voyageur anglais, M. Baber, a calculé que, suivant la nature du terrain, il pouvait estimer que le li des itinéraires chinois variait de 107 à 800 mètres. Entendait-il ainsi que c'étaient les valeurs à porter sur une carte quand on avait à y relever un itinéraire exprimé en lis? Jel'ignore. En tous cas, fort embarrassé en présence de tant de chiffres différents, et ayant eu à étudier depuis 1877 un grand nombre d'itinéraires chinois, j'ai pris noie de toutes les valeurs que j'obtenais pour la projection horizontale du li, en comparant le nombre de lis des itinéraires chinois avec le nombre de milles que je relevais sur la carte pour les mêmes itinéraires levés exactement ou aussi exactement que possible par des voyageurs européens. De ces comparaisons faites pour diverses provinces de laChme centrale et méridionale, il résulte, selon moi, que la valeur de la projection horizontale du li varie généralement entre 260 et 370 mètres; c'est à dire que si, lisant un itinéraire chinois, on trouve qu'il y a tant de lis de distance entre deux points séparés par une route passable, mauvaise ou très mauvaise, la longueur en mètres qu'on devra porter sur là carte sera de 260, 315 ou 370 fois le nombre de lis indiqué.
Dans la Chine proprement dite, pour des terrains accidentés, j'ai souvent trouvé des valeurs de 300 à 350 mètres, rarement au dessous de 300. En se rapprochant du Thibet où les routes sont bien plus pénibles et font un grand nombre de coudes, la valeur de la projection horizontale du li atteint rarement 300 mètres et ne descend à 240 qu'exceptionnellement sur les plus mauvaises routes.
Me basant sur les détails dénature du sol, etc., contenus dans les itinéraires chinois et les relations des missionnaires Hue et Desgodins, et sur les chiffres ci-dessus indiqués, j'ai décomposé la route de Kiang ka à Tsiamdo et Lhassa en cinq parties inégales que j'ai assimilées, au point de vue de la difficulté du terrain, à divers itinéraires pour lesquels
j'avais pu déduire des valeurs de la projection horizontale du ii.
Combinant ces diverses vaK urs proportionnellement aux dislances partielles de Fitinéraire, j'ai trouvé que la valeur moyenne de la projection horizontale du Ii entre Lhassa et Kiang ka était de 290 mètres; bien entendu, il ne s'agissait pas d'établir tout l'itinéraire avec ceiievaleur hypothétique; mon but était seulement de trouver une première position approchée de Tsiamdo.
Nous aurons ainsi :
De Kiang ka à Tsiamdo : 975 lis à 290 métrés = 152 milles en projection horizontale; de Lhassa à Tsiamdo : 2555 lis à 290 mètres = 400 milles en projection horizontale.
A partir de Kiang ka et de Lhassa, deux ouvertures de
compas : l'une de 152, l'autre de 400 milles à l'échelle de
notre carte, nous donneront en se croisant une position
approximative de Tsiamdo par 31* 35' et 95<> 03' [position i voir feuille n" 2].
Si nous combinons les 152 milles de distance entre Tsiamdo et Kiang ka avec rorieatation générale nord-ooesl nous, obtenons une cinquième position de Tsiamdo par 31' 20^ et 94» 45' [positiM e, voir feuille n"" 2].
D'après la façon dont les cinq valeurs ont été obtenues, il est évident que les positions s, y et a sont celles qui doivent nous inspirer le plus de confiance, et que, d'après toutes les données que nous possédons, la position de Tsiamdo doit se trouver comprise dans le triangle « £ /.
Ayant fait (avec quelques variantes) les calculs indiqués en employant les anciennes positions de Kiang ka et de Pélou, j'avais obtenu pour Tsiamdo une position = 31" 15' dé latitude et 95* de longitude [position Ti voir feuille n^» 2].
Nouvelle détermination de la position de Tsiamdo. — Itinéraire Bathang Kiang ka Tsiamdo. ~ Telle était la position que j'avais adoptée pour Tsiamdo quand j'eus connaissance des voyages du capitaine Gillsur les frontières
de la Chine et du Thibet. Je recommençai aussitôt mes calculs à l'aide des données que me fournissait la comparaison de ses positions et de ses itinéraires de Ta tsien loua Bathangy Atenzé, etc., avec les positions et itinéraires correspondants de l'abbé Desgodins. \
Pour ne pas sortir de la question que nous étudions en <
ce moment, bornons-nous à remarquer que : '
Les 1160 lis de l'itinéraire chinois entre Ta tsien lou et Bathang sont représentés en projection horizontale par les 154 milles en ligne droite de l'itinéraire Gill entre les deux positions indiquées. Par suite, 1 mille représenterait 7 lis et demi, ou bien la projection horizontale de 1 li vaudrait 347 mètres sur la route de Tatsien lou à Bathang, tandis que nous avons admis qu'elle valait 290 mètres de Kiang ka à Tsiamdo. Il est vrai que cette dernière route^ bien que très mauvaise en certaines parties, paraît meilleure en général que la première. Quoi qu'il en soit, refaisons avec ces données les calculs précédents.
Nous dirons donc que si :
1160 lis (Ta tsien lou à Bathang) sont représentés en projection horizontale sur la carte par 154 milles, 975 lis (Kiang ka à Tsiamdo) seront représentés en proJectioD horizontale sur la carte par 129 milles, et 2555 lis (Tsiamdo à Lhassa seront représentés en projection horizontale sur la carte par 339 milles.
. Combinant 129 milles à partir de Kiang ka avec 339 à partir de Lhassa, nous trouverions pour Tsiamdo une position m (30« 14' et 94^ 23') aussi éloignée dans le sud-ouest que celle de l'abbé Desgodins Tétait dans le nord-est des limites dans lesquelles toutes nos observations et nos calculs enferment Tsiamdo. Nous devons donc rejeter cette position ; mais remarquons tout de suite cette con«^uenpe que, si la projection horizontale du li vaut 247 mètres, entre Kiang ka et Tsiamdo, elle doit être plus grande entre Tsiamdo et Lhassa.
Do la conslruclion faite en supposant celte valeur égale à i,\H) mètres, nous avons conclu que cette valeur était trop furie. Il s'ensuit donc que la valeur moyenne de la projection du 11 entre Lhassa etTsiamdoest comprise entre 247 mètres et iOO moires ; et, quel que soit l'écart entre ces deux chiffres, il y a l(| une indication qui nous a été utile pour calculer plus exactement l'itinéraire de Kiang ka à Tsiamdo.
ICnfln, si nous combinons les 129 milles, distance de Kian^ ka à Tsiamdo avec l'orientation nord-ouest, nous ivoiwima une position n (31° 05' et 95*'), assez voisine de celle que nous avions adoptée pour confirmer nos hypothèses sur la position probable de Tsiamdo.
Quand le voyage du Pandit A-K m'a eu fourni une meilleure position de Kiang ka et Pétoii*, j'ai construit rilinéiairc chinois de Kiang ka à Tsiamdo en prenant 270 mètres pour la valeur de la projection horizontale du li. La dislance des points extrêmes se trouvant alors de 112 milles, j'ai fait croiser une ouverture de compas de 142 milles avec la latitude de T, et j'ai obtenu pourposilion approchée de Tsiamdo 31" 15' N. et 05" 07' E. [position a, voir feuille n" 2].
J'ai reporté en conséquence les détails de l'itinéraire chinois entre Kiang ka et Tsiamdo; puis, entre Tsiamdo et Pétou, j'ai tracé le On Kio et fixé les positions de Ponda, Tirtilo et Dzogong (Tsa oua gong) proportionnellement aux distances données par l'abbé Dcsgodins.
Correction de la première ligne rectificative de 31". Utilité du réseau des lignes rectificatives de latitude et longitude. — La position approchée (a) de Tsiamdo nous donne un deuxième point de repère pour les longitudes sur le parrallèlc de 31° (le premier point de repère étant la rive orientale du Tengri nour).
1. On verra plus tard que j'ai obtenu cette position de Kiang-ka en reportant entre mes positions de Bathang et Tctirayûl l'itinéraire partiel du Pandit A-K (2* partie, chap. X).
Gela ne suffit pas encore pour que (sur la carte d'Anville) nous puissions tracer, entre 89* et 95", des lignes rectificatives de longitude, car nous savons que, dans la partie centrale^ il y a un rétrécissement d'au moins un degré et demi; et que, par suite, la division en parties égales de la distance entre le Tengri nour et Tsiarado nous donnerait des longitudes erronées.
Mais nous pouvons tout de suite limiter encore le champ de la fantaisie ou des erreurs possibles, en corrigeant la ligne rectificative de SI*" que flous avions d'abord supposée parallèle à la ligne rectificative de 30*. De Tsiamdo à celte ligne de 30* nous comptons 139 millimètres qui doivent représenter 72 milles (1 degré + les 12' de latitude de Tsiamdo* au dessus du 3V degré). Par suite 12' vaudront 23 millimètres. Du Tengri nour nous tirerons donc une ligne passant è 23 millimètres au sud de Tsiamdo et nous aurons ainsi la ligne rectificative corrigée (31* bis).
Nous n'avons pu entourer déjà toute la carie de d'Anville de lignes rectificatives de latitude et de longitude ; mais quand on se trouve en présence d'une carte établie comme celle-ci, il faut ne pas se hâter, et ne tracer les lignes rectificatives qu'au fur et à mesure qu'on peut les appuyer sur une donnée à peu près exacte. On ne doit pas moins reconnaître les grands services que ce système de réseau peut rendre au géographe, non seulement en l'empêchant de se livrer, comme Klaproth, à toutes les fantaisies, mais encore en facilitant les interprétations raisonnées et en fournissant des indications approximatives dont la coordination est elle-même mieux fondée et plus aisée. Sans embarrasser la carte de d'Anville de toutes les lignes que j'ai dû tracer successivement au cours d'un travail re-
1. Pour ne pas répéter les constructions et pour éviter les surcharges de lignes rectificatives, au lieu d'employer ici la latitude 31^* 15' (position a)j nous employons la latitude encore plus approchée 31" 12' que nous trouverons plus tard.
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modifiant fort peu de chose. Ce n'est donc que pour nous instruire et obtenir d'utiles indications pour la .carte du Thibet septentrional et de la Tartarie, que nous avions étudié et interprété les itinéraires chinois dans cette région. Nous avons vu précédemment ce que Klaproth aurait pu tirer de ces itinéraires pour fixer la position de Lhassa. Une fois cela fait, Klaproth aurait pu utiliser, comme nous allons le faire, l'itinéraire chinois de Sining à Lhassa, et il serait arrivé à trouver une meilleure position du Tengri nour et du point où cet itinéraire coupe le Kara Oussou (Nag tchou) qui, d'après les feuilles du Thibet de d'Anville, serait une des branches du cours supérieur de la Salouen, ce dont on peut douter, comme nous le verrons plus tard. Laissant de côté, malgré l'élément de contrôle que j'y trouvais, la partie de l'itinéraire chinois comprise entre Sining fou et le Kara Oussou, nous avons :
lis.
De la rivière Kara oussou à Gatzian ... 70
De G. au lac Chibou (nour) 80
Du lac G. à la rivière Kouiton Sirik. . . 70 I Soit 585 lis de Lhassa
Du Kouiton Sirik à Dam 90 f au Kouilon Sirik;
DeD.àYangla 70 f et 220 lis du Koui- De Y. à Giadzang ba 70 \ ton Sirik au Kara
De G. à Daloung 45 / Oussou = 805 lis
De Daloung à Ghakla (Gha la) 50 1 de Lhassa au Kara
De Ghala à Ganding Ghiumkor 70 | Oussou.
De G. à Doumea..... 90
De D. à Lang ta 55
De L. Lhassa 45
En outre, la carte de d'Anville montre que de Lhassa au point où l'itinéraire coupe le Kara Oussou, la direction est à peu près le nord, et que cet itinéraire ne fait qu'un grand coude brusque (90) entre le Kouiton Sirik et le Kara Oussou.
D'autre part, nous avons vu que Klaproth aurait pu obtenir pour la position de Lhassa 29''40' et 88° 55', et que la comparaison des itinéraires chinois et de Turner entre Chi-
gatzé et Lhassa lui aurait donné 280 mètres pour la valeur de la projection horizontale du li sur cette route (6",6 pour un mille). Il aurait pu remarquer que cette route étant meilleure que celle de Lhassa au Kara Oussou^ il convenait de calculer Titinéraire avec une projection horizontale du li un peu plus faihle. Mais^ supposant même qu'il l'eût calculé en prenant 280 mètres pour un li, et sans tenir compte ni de la différence de longitude ni des coudes de la route, il aurait obtenu 121 milles de distance qui, ajoutés à 29^40', lui aurait donné pour le Kara Oussou une latitude maximum de 31 40' au lieu de 32o 15', et une longitude de 88*» 55' au lieu de 89° 54'.
Refaisant le calcul en tenant compte de tout l'itinéraire de Sining fou à Lhassa, et en employant dans la partie en question une projection horizontale du li plus exacte obtenue par comparaison de l'itinéraire chinois et de ceux du Pandit Nain Singh entre Lhassa et le Tengri nour, j'avais obtenu pour le même point une positron de 31° 08' et 88* 50' (Voir Bulletin de la Société de Géographie, de Paris, de mai 1881, p. 490), lettre du 18 février 1881 au secrétaire général sur la position de Nag tchou).
Âjouterai-je tout de suite que, d'après la carte du récent voyage du Pandit A-K, le Nag tchou se trouverait par 31^05' et 89<> 12'; mais le point où le Pandit a coupé le Nag tchou est à l'est de celui dont il est question dans l'itinéraire chinois que nous avons étudié, ainsi qu'on peut le voir sur notre feuille de construction n** 2.
Rectification de l'itinéraire de Lhassa à Tsiamdo. — Détermination des principales positions : Ghiamda, Lhari, Chobando. — Abordons maintenant la rectification de la grande route entre Lhassa et Tsiamdo. On se rappelle que tout d'abord j'avais fixé Tsiamdo par 31« 15' et 95*^ [position TJ. Me basant sur cette position et celle de Lhassa, j'avais cherché à fixer les principales positions intermédiaires, Ghiamda, Lhari et Chobando que je trouvai telles :
Ghiamda (G) par 3(>» 03' et 90* 45';Lhari [position L J par 30* 44' et 91* 28'; Chobando [position CJ par 30» dff et 93"^ 28'; puis j'avais rapporté les détails des itinéraires chinois entre ces trois positions. Tel était le tracé de ma carte lorsque je modifiai la position de Kiang ka, d'après le voyage du Pandit A-K, ce qui m'obligea à recalculer avec Tsiamdo tout l'itinéraire jusqu'à Lhassa, etc.. .
Pour éviter la répétition des raisonnements, je les ferai en prenant pour Tsiamdo la position a, soit 31^ 15' et 95« 07'.
Résumons les données du problème et les indications déjà obtenues utiles à sa résolution :
1° La partie du Thibet comprise sur la carte de d'Anville entre 89'' 30^ et 96<' 30^ de longitude, et les parallèles de i^"" à S^"" doit se trouver comprise presque tout entière sur notre carte entre 88*40' et 97" et entre 30^ et 31o ;
2® La ligne tirée directement de Lhassa à Tsiamdo sur la carte de d'Anville est plus courte de 35 milles que la même ligne sur notre feuille de construction. D'après des remarques précédentes, ces 35 milles doivent être surtout regagnés dans la partie centrale : soit de Lhari à Chobando; les distances données par d'Anville entre Lhassa et Ghiamda, et Tsiamdo et Chobando devant présenter le plus de chances d'exactitude;
3« D'après nos lignes rectificatives de latitude, Ghiamda serait par 30^03', Chobando par 30« 35' et Lhari par 30» 52'; mais il est probable que le grand coude de la carte de d'Anville entre Chobando et Lhari n'a été si fort exagéré que pour conserver à peu près la longueur relative de l'itinéraire chi-* nois entre ces deux points ;
i^ Dans ce but, d'Anville a pu réduire la latitude de Chobando et augmenter celle de Lhari, et par suite Chobando est peut-être un peu plus nord que 30° 05' et Lhari un peu plus sud que SO^» 52'.
Comparons maintenant le nombre de lis de l'itinéraire chi-
nois avec son développement sur la carte de d'Anville, et nous aurons le tableau suivant :
a. DeTsiamdo à Chobando:92 milles sur la carte de d' Anville. 665 lis (d'après l'itinéraire chinois), soit 1 li correspondant à 256 mètres ;
b. De Ghobando à Lhari : 114 milles sur la carte de d' Anville. 880 lis (d'après l'itinéraire chinois), soitl li correspondant à 240 mètres;
c. De Lhari à Ghiamda : 92 milles sur la carte de d'Anville. 360 lis (d'après l'itinéraire chinois), soit 1 li correspondant à 473 mètres (!)
d. De Ghiamda à Lljassa : 96 milles sur la carte de* d'Anville. 650 lis (d'après l'itiaéraire chinois), soit 1 li correspondant à 273 mètres.
A première vue les 92 milles de d'Anville (entre Tsiamdo, Ghobando et Lhari-Ghiamda), correspondant à des nombres de lis si différents, devaient nous étonner. La notation c fait encore mieux sentir cette différence et nous prouve que d'Anville a évidemment commis une assez forte erreur sur la distance entre Lhari et Ghiamda, tandis que les rapports entre les trois autres distances sont assez conformes à l'opinion que nous avons des difficultés de terrain d'après les itinéraires chinois et la relation des PP. Hue et Gabet.
Nous savons que de Lhassa à Detzin la projection horizontale du li correspond* à peu près à 355 mètres; Tilinéraire chinois ajoute que jusqu'à Djou goung (sur l'Oussou Kiang, à peu près à mi-chemin de Ghiamda) la route est presque unie; toutefois le P. Hue dit que le chemin devient rude à partir de Medjoubgoungar. Aussi croyons-nous pouvoir sans grande erreur estimer que la valeur moyenne de la projection horizontale du li sur toute la route (d) doit être comprise entre celle des environs de Lhassa et celle de
l. Valeur déduite de la comparaison des itinéraires des Pandits et de ritinéraire chinois.
la route de Kiang ka à Tsiamdo, soit entre 355 et 270 ou environ 340 mètres.
Quant à la route de Tsiamdo à Chobando, nous savons que, pour les deux tiers, elle est aussi mauvaise que celle de Kiang ka à Tsiamdo, et, pour l'autre tiers, équivalente à celle de Lhassa à Gbiamda; aussi pouvons«nous pren^ dre 280 mètres pour projection horizontale du li sur la route (a).
De Chobando à Lbari, la route est la plus mauvaise de toutes celles que nous avons citées jusqu'à présent dans ce mémoire. La projection horizontale du li (240 m.) que fournit le développement de la route sur la carte de d'Anville est un peu plus faible que celle (247 m.) de la route de Ta tsien Iqu à Bathang d'après le capitaine Gill, ce qui confirme l'appréciation du P. Hue sur ces deux exécrables routes.
Nous admettrons donc 240 mètres pour projection horizontale du li sur la route (b).
Enfin lorsque l'on relit les itinéraires chinois et la relation du P. Hue, il demeure bien évident que la route c, meilleure que celle de Tsiamdo à Chobando, doit être plus mauvaise que celle de Lhassa à Gbiamda (d); et nous ne devons pas nous tromper de beaucoup en admettant que la projection horizontale du li sur la route c soit une moyenne de celle des deux routes b et rf, soit 275 mètres au lieu du chiffre assurément très faux de 473 mètres.
Nous aurons ainsi une première rectification du tableau précédent ou de Titinéraire de Tsiamdo à Lhassa :
a. De Tsiamdo à Chobando : 665 lis (1 li correspondant à 280 mètres), d'où 665 lis correspondront à 100 milles;
b. De Chobando à Lhari : 880 lis (1 li correspondant à 240 mètres), d'où 880 lis correspondront à 114 milles ;
€. De Lhari à Gbiamda : 360 lis (1 li correspondant à 275 mètres), d'où 360 lis correspondront à 48 milles; d. De Gbiamda à Lhassa : 650 lis (1 li correspondant à
310 mètres), d'où 650 lis correspondront à 109 milles.
Faisons sur notre carte préparatoire (feuille 2) les constructions qui en résultent.
En tenant compte des principales indications citées plus haut, nous fixerons d'abord Ghiamda par la rencontre d'une ouverture de compas de 109 milles avec le parallèle de 30^03' (latitude de Ghiamda), Ghobando sera fixé de même par sa distance à Tsiamdo et sa latitude (30^35% et Lharile sera, d'une manière plus douteuse, par ses distances à Ghiamda et à Ghobando. Sinous combinons la distance Lhari- Ghiamda avec l'orientation (35<>) des deux points pris sur la carte de d'Anville, ou si nous combinons la distance Lhari-Chobando avec la latitude présumée de Lhari (30*^52') nous aurons encore deux autres points qui fondent avec le premier un petit triangle dans lequel la position de Lhari peut se trouver comprise, par exemple en c. G est une moyenne, tout aussi bien d'ailleurs que la position (b) de Ghobando et même la position (a) de Tsiamdo. Nous aurions pu en rester là ; mais, de môme que nos premières positions Lj et G^ ne résultent pas seulement.de calculs et de constructions analogues aux précédentes, de même les positions (c) de Lhari, (b) de Ghobando et (a) de Tsiamdo doivent être recalculées avec une approximation plus grande, des hypothèses moins larges, et des indications plus précises.
Nous avons peut-être relu vingt fois les textes et refait autant de fois ces calculs de fausse position pour essayer d'obtenir, à une dizaine de milles près, des positions qui étaient certainement erronées de plus d'un degré; mais^ après tout ce qui a été dit pour faire comprendre nos procédés, nous ne saurions vraiment recommencer ici un exercice si fatigant pour le lecteur.
Report entre les positions principales des itinéraires partiels. — Qu'il nous soit doue permis de dire que notre plus récent tracé de la route de Kiang ka à Lhassa par QTsiamd[la position de Kiang ka, seule, ayant été empruntée
jusqu'ici à un travail d'interpré talion des notes du Pandit A. K.], nous donne :
Tsiamdo (T^), par 31M1' N. et par 95»01' E. de Paris; Chobando (Cj), par30»41' N. et par 93« 28' E. de Paris ; Lhari (La), par 30»46'N. et par 91» 20' E. de Paris; Ghiamda (G), par 30^04' N. et par 90« 45' E. de Paris.
A ces positions que nous avons maintenues sur la carte définitive qu'accompagne notre mémoire^ nous avons rapporté tous les détails des itinéraires partiels chinois et autres.
Ainsi que nous l'avions prévu, le grand coude de la route dessinée par d'Anville entre Chobando et Lhari avait été exagéré pour obtenir le nombre de lis ; et c'est bien dans la partie centrale de sa carte que se trouve le rétrécissement dont se plaignait tant RIaproth.
I¥. Reetifleatlom de la c»rie de d'Anville mm, nerd
de «en parallèle de tS®.
Lignes rectificatives de longitude entre 91" et 96**. — Position approximative de Dardzoung. Tracé du lac Pasomtso, du Ken pou (Gak bo) et de ses affluents entre 30" et 31". — Importante remarque sur la différenée de direction générale des cours d'eau sur les feuilles 1 et 2, — Rectification du bsasiu supérieur de la rivière de Lhassa.
Voilà donc enfin le cadre de notre carte fermé de toutes parts. Il s'agit d'y rapporter le moins inexactement possible tout le reste du tracé qui occupe sur les cartes de d'Anville et de Klaproth des positions si différentes à en juger par les corrections déjà faites.
Nous commencerons par rectifier la partie de la carte de d'Anville au nord de son parallèle de 29"*, ou au nord de notre ligne rectificative de 30<>.
Les différences que nous obtiendrions ici en nous servant des positions T| C^ L^ ou T^ G^ L^^ sont tellement petites»
a MÉMOIRE GÉOGRAPHIQUE SUR LE THIBET ORIENTAL.
que, pour éviter des répétitions, nous prendrons de suite les secondes comme éléments de notre nouveau problème.
A ces éléments s'ajoutent (voir feuille n« 2) le tracé en pointillé, extrait de l'itinéraire complet de Kiang ka à Lhassa que nous avons rectifié et le tracé en lignes pleines (données considérées comme exactes au début du travail). Le nombre de nos points de repère a donc augmenté ; mais ils ne suffisent pas encore pour résoudre la question.
La géographie chinoise ne nous donne rien de plus, car ce qu*on y lit sur celte région semble avoir été écrit d'après la carte des Lama ou celle de d'Anville. Nous en avions tiré quelques vagues indications du genre de celles-ci : de Tsiamdo à GhobandOy on se dirige à peu près au sud-ouest, de Gho* bando à Lhari vers l'ouest, de Lhari à Ghiamda au sud, de Ghiamda à Lhassa à l'ouest. Nous y voyons encore que Daroun dzoung ou Dardzoung est dans le sud-est du mont Ghar cong la. Quant aux distances des diverses localités à Lhassa ou à fiathang, nous les avions eues bien plus exactement dans les itinéraires chinois que dans la géographie chinoise. G'est en vain que nous avons cherché ritinéraire chinois de la route tracée sur la carte de d'Anville entre Ghiamda, Dardzoung et Djaya.
Lignes rectificatives de longitude entre Ql*» et 96». — Puisque la géographie chinoise et les itinéraires chinois ne nous fournissent aucun renseignement nouveau, nous allons essayer d'en tirer de la carte même de d'Anville, grâce à quelques observations et à l'emploi des lignes rectificatives de longitude, si nous pouvons les tracer.
Nous remarquerons d'abord, sur la carte de d'Anville, que la direction générale de la Salouen, entre ses parallèles de 29° et SV, suit presque une ligne droite qui coupe notre ligne rectificative de SO"" au point (E). Or cette même ligne droite tracée sur notre carte préparatoire coupant le parallèle de 30 par 95^" de longitude, nous pouvons admettre que le point (E) est approximativement par 95* est. (Il
se trouve par hasard ôlre ainsi placé sur la carte de d'Anville.)
Si donc nous joignons le point (Ë) à Tsiamdo, nous aurons la ligne rectificative de 95**. Il est à remarquer que cette ligne fait avec le méridien correspondant de la carie d'Anville un angle de 10 degrés, précisément égal à l'angle que notre ligne rectificative de SO de latitude fait avec ce parallèle de la carte d'Anville.
Nous pourrions supposer que toutes nos autres lignes rectificatives de longitude doivent faire le même angle avec les méridiens correspondants de la carte de d*Anville^ ou être parallèles à notre ligne rectificative de 95^ ; puis menant des parallèles à cette ligne par les points de l'itinéraire Tsiamdo à Lhassa déjà connus en longitude, nous ob^ tiendrions par leur rencontre avec la ligne rectificative de 30"* des points qui nous permettraient de marquer sur cette ligne les degrés de longitude rectifiés.
Mais, comme il ne nous est pas démontré que nos lignes rectificatives de longitude doivent être parallèles, nous pro-? céderons autrement.
Voyons donc si nous pourrions tracer la ligne rectificative de 91'' qui doit être voisine de Ghiamda et de Lhari.
Nous savons que le point où l'itinéraire chinois de Lhassa au Kara Oussou coupe le Kouiton sirik se trouve par 89*^05' et presque sur la latitude de Lhari. Joignons les deux points et nous aurons une ligne de 123 millimètres pour une différence en longitude de 135 milles.Il nous est donc facile de marquer sur cette ligne les points (R) (S) correspondant aux 90* et 91* degrés de longitude, ainsi que le point (g) correspondant à 90''45'. Joignons ce point à Ghiamda, nous aurons la ligne rectificative de la longitude 90°45' ; et lui menant une parallèle par le point S, nous aurons la ligne S-A pour ligne de 91'* de longitude. Si nous partageons maintenant la ligne A-B en quatre parties égales, les points B, G, D seront les points des 92% 93* et 94® degrés de longi-
U mtmomz géogiupbique sur le TmBET oueïital.
tade sar le parallèle rectifié de 30*; et ces points ne doirent pas être trop ioezactenient fixés, car si de la position de Chobando (par 93*28') nous menons une parallèle à notre ligne rectificative de 95*, la ligne coopéra cette ligne E*D en an point P qui est à pen près à 28 milles de E.
Les lignes rectificatiyes de 95* et 91* n'étant pas tont à fait parallèles, les lignes rectificatives intermédiaires ne devraient pas l'être non plos. Cependant, nous venons de voir que celle de 93*28' devait être parallèle an méridien rectifié de 95^. Noos pouvons donc supposer que les lignes rectificatives de 93* et 94* ont la même inclinaison. Notons tout de suite que Dardzoung se trouverait, d'après cette construction, par environ 30*2(K et 93*. Cette position, ainsi que la plupart des résultats des constructions indiquées, a été un peu modifiée sur notre carte définitive. Comme nous Tavons dit précédemment, il a fallu, introduisant de nouvelles considérations, recommencer plusieurs fois les constroctions dont nous donnons l'idée pour arriver à un tracé plus approché.
Quant à la ligne rectificative de 92% nous la tracerons parallèle à celle de 91*. Cela met Lhari par 91''2(y, longitude que nous avons trouvée précédemment.
Pour la tracer parallèlement au méridien rectifié de 93*, il faudrait admettre que Lhari se trouvât au moins par 91*40'; tandis que nos constructions (feuille n* 2) ne permettent pas de supposer que la longitude de Lhari dépasse 91*25'.
Le rétrécissement (près du parallèle 31*) qui résulte de la différence d'inclinaison des méridiens rectifiés 92* et 93* précise encore davantage la p.artie de l'itinéraire de Tsiamdo à Lhassa qui a été le plus faussée sur la carte de d'Anville.
Tracé du lac Pasomlso, du Kenpou {Gak bo) et du Nghé tchou entre 30* et 31° nord. — Ayant ainsi enfermé dans un réseau rectificatif la partie de la carte de d'Anville
comprise entre les méridiens recliflés de 91'' et 95^ et les parallèles rectifiés de 30» et 31% il est facile d*en rapporter le dessin sur notre carte préparatoire.
[ Voir sur la feuille n* 2 le tracé du lac Pasomdso, de la rivière de Lhari (cours supérieur du Ken pou ou Gak bo) et du Ngé tchou (cours supérieur du Bo dzangbo).]
Remarque importante sur la différence de direction générale des cours d'eau sur les feuilles 1 et i. — Remarquons que ces cours d'eau n'ont pas la direction nord-sud des cartes de d'Ânville et Klaproth, mais la direction nord-ouest sud-est parallèle à celle que le Kin cha kiang, le Mékong et probablement aussi la Salouen conservent jusqu'au moment où, sortant de la chaîne des Himalaya^ ces fleuves prennent la direction nord-sud. Cette remarque avait son importance; je l'appliquai aussitôt à la rivière de Lhari qui Joit aussi tourner brusquement vers le sud en sortant des défilés de l'Himalaya; et, comme la direction nord-ouestsud-est l'en ferait sortir à peu près au point où l'on arrête le cours de la branche occidentale de riraouady^ l'hypothèse de la jonction des deux fleuves me frappa tout de suite et avec une apparence de fondement.
Rectification du bassin supérieur de la rivière de Lhassa — Sans nous arrêter davantage en ce moment à cette hypothèse, nous reviendrons à l'étude de la partie de la carte de d'Anville entre le méridien 91% Lhassa et le Tengri nour.
L'itinéraire chinois nous indiquait que Médjoubgoungar se trouve à peu près au tiers de la distance entre Lhassa et Ghiamda, ce qu'a confirmé noire travail de rectification plaçant Médjoubgoungar par 89''25' environ. Nous pouvons joindre cette position au point correspondant en longitude sur la ligne Kouiton Sirik-Lhari ou M S et nous voyons que les lignes rectificatives des longitudes 89''25' et 91% sont loin d'être parallèles.
Leur rétrécissement entre Médjoubgoungar et Ghiamda est
tout & fait signiBcatif; on doit y voir le résultat d'une triple erreur : l'une provenant île la longitude trop orientale d'un degré que d'Anville a donnée à Lhassa, l'autre provenant des Lama qui, sur leurs croquis, ont exagéré les distances aux environs de Lhassa et de leurs itinéraires, exagération qui a obligé d'Anville à trop rapprocher du bassin de la rivière de Lhassa le bassin du Niang tcbou. Il suffit donc de faire pivoler autour de M tout le tracé k l'ouest de la ligne MN jusqu'à ce que cette ligne soit parallèle à notre ligne rectificative de 91° pour avoir les éléments de la rectification du tracé de d'Anville entre 89° et 90°.
Il serait fastidieux d'insister davantage sur les détails de reconstitution de cette partie de notre carte. Le but de ce qui précède était de nous assurer de la justesse de nos premières observations sur lafaçon dont lesLamasavaientfait leur tracé du Thibetet lamaniére dont ces levés avaient été interprétés.
Je n'ai jamais pu comprendre comment d'Anville avait admis pour Lhassa une longitude trop orientale d'un degré; mais étant donné les positions de Lhassa et de Bathang, je m'étonne qu'il n'ait pas commis plus d'erreurs en interprétant les levés des Lamas. Quant à Klaprotfa qui> h l'aide des itinéraires chinois, pouvait arriver presque au même résultat que nous, son bouleversement géographique est encore moins excusable dans cette partie du Thibet que dans la région que nous allons étudier.
¥. meettflcattoB de la p«Hle «nd de îm earie de d'Anville. (Baniioi du Veerea UsaBif be tchoii en vrai Tmib pe*)
Points de repère, lignes rectiflcatites et première correction des lignes rectificatives de ^ et 28* de latitude. — Position approchée de Sang gak tchoui dzoung. — Conséquences des observations précédentes. — Rectification du bassin dp Tsan po de d'Anville (géographie chinoise). — Détermination de la véritable position de Texlrémité sud-est du Tsan po de d'Anville. — Confusion entre le Niang tchou et le Yœrou dzang bo (vrai Tsan po). — Le Tsan po de d'Anville n'est qu'un affluent du Yœrou dzang bo. — Tracés rectifiés du Voerou dzang bo (Tsan po)» du Niang tchou et de la rivière de Dimou dzong. — Direction de la ligne du partage des eaux à l'est du Yœrou dzang bo.
Points de repère. — Le cadre qui nous reste à remplir sur notre feuille préparatoire est ainsi limité :
A l'ouest, par Ghiamda et l'itinéraire de Chétang à Tawang. et le cours du Yœrou Dzang bo ou vrai Tsan po jusqu'à Gya la Sindong; nous avons ici pour points de repère : Ghiamda par 90^45', Zangri sur le Tsan po, et Monadzona dzong par 38® de latitude, qui ont à peu près même longitude (89«40').
Au sud, par une ligne brisée qui joindrait Monadzona et les points extrêmes connus du Soubansiri, du Dihong, du Dibong, de la rivière Lohit ou Brahmakund, et des deux branches de Tlraouady : Nam Kiou et Nam Disang. Notons que cette ligne est au nord du parallèle 28^, ce qui nous fait déjà supposer que les positions placées par d'Anville sui" le parallèle 27* sont au moins par 28*, ou, si Ton veut, que le parallèle 27** de d'Anville est en réalité au moins le parallèle de 28o.
A Test, parle cours, supposé presque direct, de la Salouen entre Menkong et Kia yu kiao (pont sur la Salouen au passage de la route de Tsiamdo à Lhoroun dzong et Chobando).
Au nord, par notre parallèle 30* sur lequel nous avons pu fixer quelques points de repère : cours supérieurs du
Ngé tchou et de la rivière du Lhari (Ken pou ou Gak bo) el lac Pasomtso.
Bien que fort réduit déjà, le champ de nos recherches est encore bien vaste. En outre, nous n'avons plus ici d'itinéraires chinois pour nous aider* Les seuls éléments du problème sont maintenant la carte de d'Anville, et la géographie chinoise. Quant aux vagues renseignements plus ou moins contradictoires recueillis par des voyageurs européens qui, parâS"*, ont vu la Salouen ou le haut Brahmakund sans avoir pu passer de Tune à Tautre, nous ne nous en occuperons que plus tard.
On remarquera encore que, si nous avons quelques points de repère à l'ouest et au nord, nous n'en avons aucun au sud, puisque sur la carte d'Anville, les cours d'eau du Thibet ne spnt pas raccordés à ceux de l'Assam ou de la Birmanie.
A l'est nous n'avons que trois points de repère : Bathang, Tsatsorgang (Tchrayul), position douteuse que nous avions fixée par 28''20' *• et Likiang situé en dehors de notre cadre par près de 27"* de latitude.
Quelque douteuses ou insuffisantes que fussent ces donnés, nous avons essayé tout d'abord de nous faire une idée approximative des erreurs de latitude de la carte de d'Anville, erreurs considérables à première vue*
Lignes rectificatives et première correction des lignes rectificatives des 28* et 29" degrés de.latitude. — En effet, si nous tirons une ligne de Bathang à Likiang et que nous la partagions en parties proportionnelles aux différences de latitude, nous voyons tout de suite que, sur cette ligne, les points des 29"" et 28' degrés de d'Anville représentent pour ^ nous les points du 30* degré et de 28*30'; et que notre
i point du 28« degré correspond à peu près à 27*^40' de
d'Anville.
'^ i. On verra dans la 2* partie (chap. X) que nous avons adopté plus tard
':^' pour Tchrayul la position du Pandit A-K (28** 13'), qui concorde avec les
renseignements donnés par Tabbé Ûesgodins.
Si nous joignons enfin nos points des 38' et 29* degrés avec les points ayant même latitude à Touest, c'est-à-dire avec Monadzona et avec le point P obtenu en divisant la distance Zangri-Monadzona proportionnellement à la différence en latitude, nous aurons deux premières lignes rectificatives des latitudes 28' et 29' fort différentes de celles de d'Anville, et il est évident que nos lignes rectificatives sont encore beaucoup trop septentrionales.
Ne prenons ces lignes rectificatives que pour ce qu'elles valent : elles nous indiquent tout simplement le sens des erreurs; mais elles ne sauraient être adoptées telles quelles pour notre reconstitution cartographique.
Nous voyons, par exemple, que notre première ligne rectificative du 28* degré passerait près de Sanggak tchoui dzong^ Or, d'après les textes de Tabbé Desgodins, cette ville se trouverait à cinq ou sept jours de marche dans le nord-ouest de Menkong, et, d'après ses cartes sur le même même parallèle, de sorte que, suivant qu'on se rapporte aux textes ou aux cartes, Sanggak tchoui dzong doit être placée par 28*50' ou 28" 25' et, par conséquent, noire ligne rectificative de 28' doit passer encore bien plus au sud du parallèle correspondant de d'Anvilie que nous ne l'avions supposé tout d'abord.
Position approchée de Sanggak tchoui dzong, — Pour éviter les répétitions et longueurs, supposons tout de suite Sanggak tchoui dzong par 28'50' (qui doit être à près sa latitude exacte) et prenons L égal à P L' ou un degré. Joignons le point L à L'et V; la ligne rectificative du 28" degré ne sera plus L'L" mais bien la ligne brisée
1 • Le nom de celle localité a él6 orthographié de diverses façons : Sanggak tchoui dzong par Klaprolh, Tchoudzong par d'Anvilie, Sànga tchou dzong sur la carte des jésuites, Song ngag kieu dzong par Tabbé Desgodins, Sanga chu jong par les cartographes anglais. On Tappélle aussi Kiyé dzoung ; les Chinois ^la nomment Tchoung tian sanggak tsoui dzoung.
L'L V et nous verrons plus loin qu'une partie de cette ligne doit descendre encore plus au sud.
Nous devons encore corriger et modifier notre première ligne rectificative du 29* degré qui, du point P, devra venir en 0, à une dizaine de milles au nord de Sanggak Ichoui dzong, et être relevée de là vers Tsatsorgang en suivant une parallèle à LXi'".
Conséquences des observations précédentes. — Tirons déjà quelques conséquences des observations qui précèdent et des constructions qu'elles nous ont amené à faire :
1"* Nous sommes certain maintenant que le parallèle inférieur de la carte de d'Anville n'est pas le 27% mais bien le 28' degré au moins (ligne L'LL"), de telle sorte que les latitudes auxquelles d'Anville arrête le tracé du Tsan po, du Ken pou et du Tchitom tchou sont encore au-dessus du 28* degré, ce qui fait mieux comprendre l'impossibilité oit il s'est trouvé de raccorder ces fleuves avec ceux de l'Inde et de la Birmanie;
2* Les lignes brisées indiquent encore une fois, mais en l'accentuant ici plus que partout ailleurs, le caractère des levés des Lamas. Ce devaient être des croquis spéciaux des divers bassins : Salouen, Tchitom tchou, Kenpou,(Gak bo); et chacun d'eux a pris sur la projection des jésuites et de d'Anville la place qui restait disponible entre les tracés énormément trop rapprochés de laSalouen et du Tsan po, de telle sorte que la carte ne donnait plus aucune idée de leur largeur est et ouest entre les parallèles 28* et 29% ni de leurs positions relatives en latitude.
C'est surtout pour avoir voulu rattacher aux positions chinoises Bathang et Li kiang la partie sud-est du Thibet que d'Anville a commis ici de si grandes erreurs. Il n'est que trop évident que les croquis particuliers dont nous venons de parler étaient tels que leur raccordement sous une projection était tout à fait impossible à l'époque, à cause du manque de points de repère. Et, comme on le
verra plus tard, si nous n'avions pas eu les indications approximatives de Vahbé Desgodins sur la position de Sanggak tchoui dzong, nous n'aurions pu nous-méme rectifier que d'une façon très incertaine la partie sud-est de la carte de d'Anville.
Rectification du bassin du Tsan po de d'Anville. — Géo-. graphie chinoise. — Détermination de la véritable position de V extrémité sud- est du Tsan po de d*Anville. — Si Tindication approximative de la position de Sanggak tchoui dzong nous parait déjà de la plus grande importance pour la reconstitution du bassin du Tchitom tchou et du bassin inférieur du Ken pou, nous n'avons pas encore assez de données pour l'entreprendre. Nous passerons donc au bassin du Tsan po de d'Anville.
D'après nos précédentes constructionsje parallélogramme OLL'P est compris entre les latitudes 28° et 29» et les méridiens de 89°40' (Monadzona) et 95°25' (Sanggak tchoui dzong). Telle serait en effet la longitude probable de Sanggak tchoui dzong si cette ville est bien, comme le dit l'abbé Desgodins, à sept jours de marche dans le nord-ouest de Menkong.
Dans le parallélogramme OLL'P nous ne pouvons tracer des lignes rectificatives de longitude en partageant les lignes OP et LL' proportionnellement à leur différence en longitude, puisque nous avons remarqué que la longueur deTsan po a dû être exagérée aux dépens du Ken pou et du Tchitom tchou. Tâchons donc de découvrir, s'il est possible, la longueur probable du Tsan po de d'An ville ou la position approchée de l'extrémité de son cours sur la carte de d'Anville.
C'est ici que la géographie chinoise va nous être utile et nous fournir des renseignements qui auraient dû ne point passer inaperçus, surtout de Klaproth, puisque c'est à lui que nous en devons la traduction française, et qu'il faisait si grand cas de ia géographie chinoise du Thibet.
5i MÉMOIRE GÉOGRAPHIQUE SUR LE THIBET. ORIENTAL.
Elle nous donne, en effet, les distances en lis des principales villes, soit à Bathang, soit à Lhassa, distances calculées d'après les itinéraires détaillés que nous n'avons mal^ heureusement pas à notre disposition comme celui de Bathang à Lhassa. Mais enfin nous avons l'orientation générale sud-est, et les distances de Lhassa aux principales villes situées près du Tsan po de d'Anville.
Nous savons aussi que ces distances sont toujours des maxima, je veux dire que le nombre de lis indiqué n'est jamais inférieur, mais plutôt supérieur à la réalité.
Ainsi donc les distances que nous en déduirons entre Zangri (connu en latitude et longitude et pris pour point de départ) et les villes voisines du Tsan po seront plutôt augmentées que diminuées. En outre, nous donnerons à la projection horizontale du li la plus grande valeur que nous ayons encore trouvée, 355 mètrçs. C'est la valeur que nous avons trouvée pour les meilleures routes voisines de la capitale, tandis que pour les plus mauvaises nous avons trouvé 240 mètres, et nous dresserons le résumé sui-« vaut r
De Zangri à Yarghiut (Yerco), 70 lis à 355 mètres seront représentés sur la carte par environ 14 milles ;
De Zangri à Lasoui (Lasoi), 190 lis à 355 mètres seront représentés sur la carte par environ 36 milles;
De Zangri à Gounlai nam Ghial (Gourou nam Kia),370 lis à 355 mèlres seront représentés sur la carte par environ 71 milles;
De Zangri à Domchou dzong, 520 lis à 355 mètres seront représentés sur la carte par environ 99 milles;
De Zangri à Dzélagang dzong, 630 lis à 355 mètres seront représentés sur la carte par environ 121 milles;
De Zangri à Naï dzong. 720 lis à 355 mètres seront représentés sur la carte par environ 138 milles;
De Zangri à Dzini (Ghaï), 730 lis à 355 mètres seront représentés sur la carte par environ 140 milles.
HÉMOIRE GÉOGRAPHIQUE SUR LE THIRET ORIENTAL. 53
Portons maintenant ces distances, ou seulement la der* nière sur la carte de d'Anville. Nous remarquerons immédiatement que Dzini doit être placé au point K, dont la latitude, d'après nos lignes rectificatives de latitude, est d'environ 28*33'.
Quant à la longitude de K, nous la trouverons sur noire carte préparatoire (feuille n* 2) en décrivant de Zangri un arc de cercle de 140 milles qui coupe la latitude de 28''33' par 9242.
Nous pouvons donc estimer que Dzini (Chai) se trouve par 28'»33' et 9242\
Nous supposerons maintenant que d'Anville ait bien placé K', extrémité de son Tsan po, par rapport à Dzini, ou que, s'il a commis une erreur, celle-ci ne doit pas être grande, vu la petite distance des deux points.
La ligne 0" — Dzini, parallèle à PL', sera le méridien de Dzini. Si la longueur Dzini— 0" représente 29"— 28°33' ou 27', on trouvera que CK*^ = 30', d'où la ligne K'^K'^ représentera le parallèle de 28^30' qui, par hasard, passe au point K'. Reste à trouver la longitude approchée du point K'.
La ligne O'^K'^, prolongée d'une égale longueur, nous donne le point U' par 28 degrés (nous avons ainsi une nonvelle correction de la ligne rectificative de 28^ qui, au lieu d'être LL'L" devient à peu près L'ZL").
Remarquons aussi que le quadrilatère L'PO^L'" fait partie du bassin d'un même fleuve, ce qui nous autorise à partager les lignes K''K'" ou L'L*^ en parties proportionnelles à la différence des longitudes.
(On se rappelle que nous n'avons pas voulu procéder
ainsi pour le parallélogramme L'POL, qui comprend des
bassins différents et par cela même mal rapportés sur la
carte.)
Nous dirons donc :
L'L"' = 92ol2' — 89<>40' = 2o32' = 152 milles repré-
sentes sur la carte par 0",174. Par conséquent 12 minutes seront représentées par 0",014 et eC ou 1 degré par O'^fil, Nous marquerons alors le degré 92 àO",014 à gauche de LT'^ et, graduant la ligne L'Z, nous verrons que Z' ou K' se trouvent par 92o 52'.
Ainsi donc :
K' ou V extrémité sud-est du Tsanpo de d*ilnt?t//e est réellement située par 28® 3(y et 92« 52' environ.
Cette position diffère d'environ six milles de celle que j'ai adoptée pour ma carte définitive; mais on comprend que, pour dresser celle-ci, je ne m'en suis pas tenu aux combinaisons et aux constructions dont je ne peux donner qu'une idée générale ; car il faudrait un bien gros volume pour expliquer la marche du travail définitif en tenant compte des moindres détails. II est évident que dans cette détermination de K', par exemple, nous avons donné à la projection horizontale du li une valeur maximum, que la latitude de K introduite dans le calcul était un peu trop faiblç, mais que nous n'avons tenu compte ni de l'orientation sudest donnée par la géographie chinoise ni de l'orientation de 54* donnée par d'An ville, etc.
Après avoir refait le travail en tenant compte des principaux éléments et de quelques autres détails, je me suis arrêté au tracé de ma carte définitive, et j'ajoute que si j'ai commis une erreur sur le cours du Tsan po de d'Ahville, cette erreur est certainement une erreur en plus sur la longitude, erreur qui ne doit pas dépasser 15 milles.
Quoi qu'il en soit, le point correspondant à K' sur notre carte se trouve à moins de 20 milles dans le nord de celui où les levés des ingénieurs du service trigonomé trique de rinde laissent aujourd'hui le tracé du Brahmapoutre-Dihong. Il se trouve aussi à plus de 40 milles dans l'ouestsud-ouest des sources du Dibong. Or, admettant ce que je démontrerai plus loin, que le Tsan po de d'Anville n'est qu'un affluent du Yœrou dzang bo, et me rappelant la
MÉMOIAE GÉOGRAPHIQUE SDR LE THIBET ORIENTAL. 55
remarque sur le caraclère hydrographique du Thibet orien« taly il m*est impossible de m'imagioer qu'au lieu de rejoindre le Dihong à 20 milles de distance en suivant sa direction générale qui, par ces latitudes^ est celle des autres fleuves : Mékong, Salouen^ etc., il m'est vraiment impossible de m'imagioer, dis je, que le Tsan po se détournerait vers le nord-est, et décrirait au nord du Dibong un grand arc de cercle de plus de 140 milles pour aller se joindre à riarouady !
Pour moi, la détermination du point K' m'avait prouvé ce que je n'ai cessé de soutenir depuis six ans : que le Tœrou dzang bo ou vrai Tsan po était bien le Dihong. Cette démonstration qu'on aurait pu faire avant moi, puisqu'elle est basée sur des chiffres depuis longtemps connus, est la seule preuve sérieuse qu'on puisse donner encore aujourd'hui de l'identité du Tsan po et du Dihong-Brahmapoutre.
En traitant la question du raccordement des fleuves, nous verrons sur quels singuliers documents reposait l'hypothèse de l'identité du Tsan po et de l'Iraouady; et, à la preuve mathématique que nous venons de donner de l'identité du Tsan po et du Dihong, nous en ajouterons une autre fondée sur l'étude du bassin du Ken pou et du relief du terrain entre ce bassin et celui du Tsan po.
Une des principales conséquences delà détermination du point K', c'est qu'entre l'extrémité du Tsan po de d'Anville et le méridien de Sanggak tchoui dzong, il y a deux degrés et demi ou 150 milles au lieu de 60 qu'indique sa carte, — de sorte qu'au lieu d'être obligés, comme lui, de mettre le Tsanpo, le Ken pou (Gak bo) et le Tchitom tchou les uns sur les autres, nous ne serons pas embarrassés pour leur donner la place que leur assigneront nos recherches.
La construction faite jusqu'à présent pour le Tsan po ne pouvant nous fournir aucune autre donnée sur le Tchitom tchou et le Ken pou, nous avons dû maintenant compléter
notre carte en y rapportant tous les détails du tracé de d'Anville qui se trouvent entre nos méridiens de 89® 40' et 9i9 12' et au sud de notre 29* degré de latitude.
Arrêter chacun de ces détails est quelquefois aussi long que de fixer un point important; mais, quel que soit l'intérêt de chacun d'eux, il faut bien le sacrifier aux questions de premier ordre.
Confusion entre le Niang^chou et le Yœrou dzang bo. — Le Tsan po de d*Anvilley entre Zangri et Dziniy n'est qu'un affluent du Yœrou dzang bo. — Pour ne pas surcharger inutilement la feuille de construction n® 2, nous nous bornerons à y tracer — jusqu'au parallèle 29* — les parties du Tsan po et du Niangtchou résultant de la construction précédente et les mêmes parties de leur cours d'après notre travail définitif.
Les points Y' et Y représentent donc les points oîi, dans les deux cas, le Niang tchou coupe le 29' degré de latitude. D'après la carte de d'Anville et la géographie chinoise nous devons joindre G (Ghiamda) et Y' pour avoir le cours du Niang tchou, et nous voyons que GY' couperait au point G' le cours du Yœroudzang bo tchou ou vrai Tsan po. YG le couperait un peu plus à l'est. Sommes-nous en droit de supposer, ainsi que nous l'avons fait, que, de Ghiamda^ le Niang tchou va rejoindre le Yœrou dzangho tchou quelque part entre G' et G", soit même en G", et qu'ainsi G^Y est non plus le Niang tchou, mais bien le Yarou dzang bo tchou? Cette hypothèse en entraîne une autre : c'est que le T«an po de d'Anville, au lieu de se joindre au Yœrou dzang bo tchou à une trentaine de milles à l'est de Zangri, aurait sa source un peu dans le sud-est du point P'.
Avant d'examiner à fond ces deux hypothèses, dont la connexité est à remarquer, nous pourrions, nous lançant en plein dans la fantaisie, comme tant de soi-disant géographes, en faire une troisième, et supposer que le tracé du Tsan po de d'Anville entre Zangri et Dzini doit être identifié
à celui du Yœrou dzang bo (chou entre Zangri et Gya la Sindong (Tracé du Pandit N.M.G).
Pour faire une telle identification, il faudrait, on le voit, ne tenir aucun compte de tout ce que nous avons appris sur le Tsan po de d'Anville, ni de son orientation, ni des distances, ni des latitudes et longitudes; et non seulement cette identification serait une absurdité au point de vue de la géographie mathématique, mais encore il serait impossible de raccorder avec le tracé du Niang tchou de d'Anville et avec la géographie chinoise.
En effet, admettons, pour un moment, cette identification et supposons que Dzélagang dzong se trouve au point appelé Gya la Sindong par le Pandit N.M.G. Nous remarquons que le Niang tchou de d*Anville a environ 150 milles de longueur entre Ghiamda et Dzélagang, tandis qu'il n'en aurait que 60 d'après Tidentification !
A son tour la géographie chinoise dit : « Au delà de Ghiamda, le Niang tchou tourne au sud-est, fait plus de 300 lis (environ 60 milles) jusqu'au sud de Cholga dzong où il est renforcé par le Ba tchou qui vient du nord-est < et sort du lac Pasomtso. Arrivé à l'est' de Dziomo dzoung, le Niang tchou reçoit les eaux du Niou tchou qui vient du nord-est ' et de la montagne Djib ri. Le Niang tchou se dirige alors au sud, passe à l'est du district de Dzélagang, fait encore 200 lis et se jette dans le Yœrou dzang bo tchou. »
Or, Cholga dzoung n'étant pas môme à mi-chemin de Ghiamda à Dzélagang, nous voyons bien que le Niang tchou a plus de deux fois 60 milles entre Ghiamda et Dzélagang.
Nous pourrions multiplier les preuves de l'absurdité de l'identification du Tsan po de d'Anville et du Yœrou dzang bo ; mais nous n'avons pas de temps à perdre.
Revenons à nos deux hypothèses connexes :
1* Que les Lama ont ignoré l'existence du cours d'eau
1-2-3. Il y a eu ici d'évidentes erreurs de traduction; il faut lire « nord-ouest » — « auest » — « nord-ouest ».
entre P' et G", et qu'à partir de G" le Niang tchou de d*Anville et de la géographie chinoise doit porter le nom de Yœrou dzang bo.
2* Que les Lama ont joint à tort P' à la source de la rivière que nous appelons le Tsan po de d'Anville.
Prouvons que ces hypothèses sont justifiées par l'étude de la carte de d'Ânville et par la géographie chinoise.
Des constructions que nous avons faites jusqu'à présent sur la carte de d'Anville, il résulte que Zangri, par 89<»4(y, se trouve presque au sud-sudouest de Medjoubgoungar située par 89» 25^ et Ghiamdapar 90^ 45' est placée à moins de 50 milles de Medjoubgoungar, tandis que la différence Âe longitude entre ce point et Ghiamda est de l'*2(y ou de 80 milles. Il y avait donc une absence complète de liaison dans le tracé de d'Anville entre les parallèles 29* et 30« et les méridiens de 89"* et 92«. Ce manque de liaison provient de l'insuffisance des travaux des Lama; et cette insuffisance est telle que nous pouvons admettre qu'ils ont pu se rendre de Ghiamda à Dzélagang en descendant le Niang tchou et ne point marquer sur leurs croquis le cours d'eau P'G"". Mais l'opinion qu'ils ont tracé le Niang tchou par renseignement nous parait encore plus probable. Quoiqu'il en soit, notre tracé du Niang tchou par G" et Y n'est point contradictoire à l'interprétation de d'Anville et à la géographie chinoise; le§ distances des diverses localités sont relativement bien conservées; il n'y a de réellement changé que la place d'un nom : le cours d'eau s'appellerait le Niang tchou jusqu'en G"", et à partir de là, s'appellerait le Yœrou dzang bo.
Passons à la deuxième hypothèse. On ne saurait prétendre, que, partant de Zangri, les Lama aient descendu le Tsan po de d'Anville, puisque le tracé du Pandit M. N. G. nous montre qu'arrivés aux environs du point P'ils auraient dû remonter au nord-est dans la direction P'G% au lieu d'aller au sud-est dans la direclion de K'.
Ainsi donc, si, à partir de Zangri,les Lama n'ont pas fait leur carte uniquement par renseignement, on peut assurer qu'ils n'ont pas pris la voie fluviale, mais qu'ils ont suivi la route de terre dont l'itinéraire a été donné (Yarghiut,Lasoi, Goun laïnam Kia, Domchondzong et Dzini), itinéraire assez éloigné du Tsan po de d'Anville pour que différentes parties de cette rivière n'aient pas été vues par les Lama.
Quiconque a voyagé admettra facilement que les Lama (traversant par exemple le Tsan po à Zangri et suivant la route Yarghiut, Lasoi, etc.) aient tracé le Tsan po de d'Anville en demandant aux indigènes la distance à laquelle ils se trouvaient de temps en temps de la rivière qu'ils laissaient ainsi à leur gauche — et que les indigènes donnaient les distances au Tsan po de d'Anville et non au grand Yœrou dzang bo qui se trouvait beaucoup plus loin.
Il n'est donc pas étonnant que les Lama aient pu croire à la jonction, près de P^ du Tsan po de d'Anville avec le cours supérieur du Yœrou- Dzang bo; et il est parfaitement ad* missible que la source du Tsan po de d'Anville se trouve à peu de distance dans le sud-est de P^
On comprend qu'ils auraient pu commettre la même erreur s'ils avaient fait leur voyage d'exploration en sens inverse ; et, si leurs croquis ne sont pas faits seulement par renseignement, si les Lama ont réellement fait cette exploration, tout me porte à croire que, partant de Ghiamda, ils ont dû se rendre par eau à Dzélagang, traverser ici le Yœrou dzang bo, aller à Dzini, et, de là par la route au sud du Tsan po de d'Anville revenir à Zangri et Lhassa.
Dans tous les cas, la partie comprise entre leurs itinéraires — c'est-à-dire entre Ghiamda, G", Dzini et Zangri — ne leur a été connue que par renseignement, ce que dénote bien le vide relatif de la carte de d'Anville, à l'est de son Tsan po et entre ses parallèles 27'' et 30^. Ainsi le cours du Yœrou dzang bo tchou leur est resté inconnu entre P' et G"" ; et, sachant cependant que la rivière qui
vient de Ghiatnda se jetiait dans leur T^an po au nord de Dzini, ils ont imaginé que cette rivière, suivie à distance par eux entre Dzini et Lasoi, devait être le prolongemait du Yœrou dzang bo à l'est de Zangri.
Mais voyons encore si cette hypothèse ne serait pas contredite par la géographie chinoise.
Celle-ci nous dit :
« Arrivé au sud de Lhassa, le Yœrou dzang bo tchou court à l'est jusqu'au sud de la ville de Zangri où il tourne au sud-est. II parcourt 1200 lis en formant la limite des pays de Gak bo à sa droite et de Gong-bo à sa gauche, passe entre Dzélagang et Naï dzong, sort du Thibet par le défilé de Singhian Khial qui traverse du nord au sud le pays de Lhokba ou Lhokabja habité par les Moun ou sauvages, entre dans l'Inde et va se jeter à la mer. »
Ne dirait-on pas que ceci a été écrit sur les croquis des Lama, les cartes des jésuites, ou de d'Anville? Ainsi, de Zangri le fleuve tournerait au sud-est et parcourt 1200 lis soit environ 200 milles pour arriver à l'est de Dzini. N'est* il pas évident qu'ici encore le Tsan po de d'Anville est pris pour le Yœrou dzang bo tchou? Mais, ce que nous tenions surtout à remarquer, c'est le manque de renseignements sur le cours du Yœrou dzang bo tchou entre Zangri et Dzini.
Partout où les Lama ou les voyageurs chinois ont passé, leur description n'est point si succincte. On lit à chaque instant: c A tant de lis le fleuve passe près de telle ville, reçoit tel affluent, etc. » Ici rien. De Zangri à Dzini le fleuve parcourt 1200 lis et voilà tout ! Impossible de mieux laisser entendre que l'auteur a ici manqué de renseignements — et il en a manqué parce que les voyageurs ou les Lama n'ont pas suivi le cours même du fleuve.
Autre détail non moins important à relever dans une discussion aussi importante : La géographie chinoise nous dit que de Zangri au défilé de Singhiam Khial (c'est-à-dire près de Dzini, quand le fleuve va courir nord et sud pour aller
dans l'Inde), le Yœrou dzang bo parcourt 1200 lis tandis que d'après la même géographie la route de Zangri à Dzini n'a que 730 lis ! Gomment concilier ces deux chiffres ? — Ne faut-il pas admettre que le Yœrou dzang bo ne suit pas à peu près parallèlement la route de Zangri à Dzini, mais qu'il doit faire un grand détour au nord de cette route, ainsi que le montre aujourd'hui le tracé du Pandit N. M. G. Quelles preuves veut-on de plus que les Lama n'ont pas suivi le cours du fleuve de Zangri à Dzini, qu'ils ont tracé leur rivière Tsan po par renseignement, et en lui donnant dans leur notes la longueur que les indigènes attribuaient soit à celle-ci, soit au vrai Yœrou dzang bo.
Ainsi donc, ce n'est point une fantaisie, mais une hypothèse ayant toutes les apparences de la vérité et tout le fondement possible qui nous permet d'affimer que notre tracé du Tsan po de d'Anville, — tracé que nous avons déduit mathématiquement de tous les documents, —doit être arrêté dans le sud-est du point P' et qu'en conséquence, le Tsan po de d*Ânville n'est qu'un affluent du Yœrou dzang bo tchou ou vrai Tsanpo.
Tracés rectifiés du Yœrou dzang bOy du Niang tchou et de la rivière de Dimou dzong. — Direction de la ligne de partage des eaux à Vest du Yœrou dzang bo. — En résolvant ainsi la question du Tsan po de d'Anville, nous avons dû admettre l'identité du Niang tchou et du Yœrou dzang bo entre G"" et Dzélagang; nous avons montré que cette hypothèse, et par conséquent notre tracé du Niang tchou et du Yœrou dzang bo entre Ghiamda et Dzélagang, n'avait rien de contraire au tracé de d'Anville et à la géographie chinoise, en ce sens qu'une communication par eau existait sans interruption entre les deux positions extrêmes ; que les distances relatives de ces positions et des positions intermédiaires, d'après la géographie chinoise, étaient respectées ; qu'il suffirait de conserver le nom du Niang tchou à la partie du Yœtou dzang bo comprise entre G'' et Dzela-
&i MÉMOIRE GÉOGRAPHIQUE SUR LE THIBET ORIENTAL.
zang — appellation très naturelle de la part des indigènes — pour que rinterprétation s'accordât entièrement avec la carte de d'Anville et la géographie chinoise.
Cela ne suffit cependant pas; il nous faut voir s'il n'y a pas d'autre hypothèse possible que l'identité du Niang tchou et du Yœrou dzang bo entre G'' et Dzelazang.
Or, si je repousse l'identité, je ne découvre qu'une seule autre hypothèse sérieuse :
C'est que la rivière partant de Ghiamda pour aller rejoindre le Tsan po de d'Anville envelopperait le Yœrou dzang bo au nord et à l'est, puisqu'elle doit recevoir près de Cholga dzong la rivière Ba tchou venant du (ac Pasoumtso, lequel se trouve au pied de la grande chaîne qui, des monts Choula gang dzian (passe de Tola) aux monts Singari, Angghiri, Sémaloung la, sépare les bassins du Yœrou dzang bo et de la rivière de Lhari ou Ken pou. Et si le Niang tchou enveloppe ainsi le Yœrou dzang bo pour venir rejoindre le Tsan po de d'Anville près de Dzélagang, il faut alors supposer qu'au delà de Gya la Sindong, le Yœrou dzang bo incline moins son cours vers le sud-est, afin d'aller se jeter dans le Tsan po de d'Anville à l'est de Dzélagang.
Cette hypothèse expliquerait même très bien comment, descendant le Niang tchou de Ghiamda à Dzélagang, et revenant par la route de Dzini à Zangri, les Lama auraient pu n'avoir aucune connaissance du Yœrou dzang bo à l'est de P'. J'ajoute que le tracé du Yœrou dzang bo entre Gya la Sindong et un point du Tsan po de d'Anville à l'est de Dzélagang se concilierait encore avec tout ce que nous avons dit.
Cette hypothèse n'est donc pas fantaisiste; elle parait même très admissible. Je l'ai repoussée pour trois raisons
1"^ Parce que l'hypothèse du Niang tchou enveloppant le Yœrou dzang bo augmenterait, pour le Niang tchou, les distances indiquées par la géographie chinoise, distances toujours maximum ;
2<> Parce que la rivière de Giamitoutan (affluent du Niang
ichou) ne pourrait plus avoir, entre le Niang ichou et le cours du Yœrou dzang bo au sud de Gya la Sindong, le développement que lui donnent les documents;
S"" Parce que, entre le point G'' du Yœrou dzang bo et la rivière de Lhari, il nous faudrait plus de place que ne nous en ont laissé nos constructions pour tracer le lac Pasomtso, le Ba tchou et le Niang tchou.
Nous arrêtant donc à l'hypothèse de Tidentité, nous avons supposé qu'à quelques milles au sud-est de Ghiamda, le Niang tchou, suivant la pente probable du terrain, venait joindre en G'' le Yœrou dzang bo tchou qui, de là, va passer au point Y de notre construction et reçoit le Tsan po de d'Anville un peu à Test de Dzélagang, après avoir parcouru entre Zangri, Gya la Sindong et Dzélagang 210 milles ou environ 1200 lis.
Le dernier affluent que le Yœrou dzang bo reçoit à gauche, avant d'entrer dans le défilé de Singhian Khial et de passer dans l'Inde, est la rivière de Demou dzong qui, d'après la construction que nous avons faite sur la carte de d'Anviile, coupe le parallèle rectifié de 29'* au point D'. Notre travail définitif le place par une longitude de 29^ 40' qui ne peut être que trop forte de quelques milles.
Cet affluent est formé de la réunion de deux cours d'eau : l'un venant de la grande chaîne Semaloung la; l'autre, courant parallèlement à cette chaîne et au Yœrou dzang bo, passe un peu à l'est de Dimou dzong.
En joignant sur notre carte préparatoire les sources du Ba tchou, de la rivière Dimou, du Dibong, on voit que la limite orientale du bassin du Yœrou dzang bo serait orientée, non pas nord et sud, mais nord-ouest-sud-est (comme la Salouen, le Mékong, etc.). Il est donc probable que la grande chaîne Ghoula gang ziang, Anghiri, Semaloung la suit la même direction et se relie à Textrémité nord-est des monts Patkai. Le Ken pou qui coule à l'est de cette chaîne doit avoir la même direction.
04 HÉHOiaE GÉOGRAPHIQUE SUR LE THIBET ORIKNTÂL.
▼I. meetlilcall«B 4e la partie ■■d-e0l de la earie
de d*AB¥llle.
Tracé du Ken pou (Gak bo) et de ses affluents entre 28* 2(y et 30". ^ Tracé du Tchitom tchou et de ses affluents au nord de 28*. — Appréciations sur les cartes de d*AnviIle et de Klaproth.
Sans nous arrêter aux détails^ nous constaterons maintenant que la partie de la carte de d'Anville qui nous reste h rectiQer se borne au bassin de la rivière de Lhari ou Ken pou (Gak bo) au sud du parallèle de 30^, et entre les chaînes de montagnes qui bordent la Salouen à l'ouest et le Yœrou dzang bo à Test. Pour cette reconstitution la géographie chinoise ne peut nous aider, car elle ne dit que ce que traduit la carte de d'Anville ; mais nous disposons des résultais acquis jusqu'à présent et des observations que nous allons faire.
Résumons les unes et les autres :
1° Sur le parallèle de 30° nous avons fixé les deux points oîi ce parallèle est coupé par le Ken pou et son affluent le Nghé tchou.
2^ La position de Sanggak tchoui dzong nous indique à peu près la limite orientale du bassin du Ken pou (lac Amdso de d'Anville) à la hauteur du parallèle de 29^
3^ La carte de d'Anville indique, qu'à la latitude de Sanggak tchoui dzong, le bassin du Tchitom tchou s'étend à 40 milles dans l'ouest, soit jusqu'à OS'» 25' — 40' ou 94» 45'» Par conséquent le Ken pou passerait ici un peu à l'ouest de 94*» 45'; nouvelle indication, qu'entre les parallèles SO"* et 29°, le cours du Ken pou serait dirigé (ainsi que ceux du f^ Yœrou dzong bo, de la Salouen, du Mékong) non pas du
nord au sud, comme l'indique à peu près la carte de d'An^ ville, mais du nord-ouest au sud-est.
4"" Ce parallélisme nord-sud sur la carte de d'Anville,
nord-ouest-sud-est sur notre feuille de construction, existe aussi pour la ligne qui joindrait le haut Nghé tchou à Sanggak tchoui dzong par le lac Amdso.
Par conséquent, sur la latitude du lac Amdso, la distance entre ce lac et le Ken pou doit être à peu près la même que la distance AB entre le Nghé tchou et le Ken pou par environ 30*.
5** Nos lignes rectificatives de latitude nous montraient que le lac Amdso devait être au nord du 29' degré, et nous venons de voir qu'il se trouve sur la ligne qui joindrait Sanggak tchoui dzong et le haut Nghé tchou.
En supposant que, sur la carte d'Anville, la distance du lac Amdso à Sanggak tchoui dzong soit bonne par rapport à la distance de Sanggak tchoui dzong au haut Nghé tchou, il sera facile de fixer la position approximative du lac Amdso. L'erreur ainsi commise dépendra de l'erreur commise pai les Lama et d'Anville. En tout cas, nous ne pouvons employer ici aucun autre procédé que celui que nous venons d'indiquer, pour fixer approximativement la position du lac Amdso de laquelle dépendra le reste de notre tracé rectificatif.
Tracé du Ken pou et de ses affluents entre 28* 20' et 30\ — Nous commencerons donc par mener sur notre feuille de construction une ligne droite entre le point A du Nghé tchou et Sanggak tchoui dzong; le lac Amdso et les points Al et Aa devront être fixés au quart, à la moitié et aux trois quarts de cette ligne à partir de Sanggak tchoui dzong.
Prenons maintenant une longueur égale à Pécartement entre le Ken pou et la ligne Nghé tchou-Amdso ; — comparant la carte de d'Anville à la feuille de construction n° 2, on voit que cet écartement est à peu près égal à AB — et, portant cette longueur sur le parallèle de Sanggak tchoui dzong, nous obtiendrons un point C qui doit se trouver à peu près sur le cours du Ken pou.
. Nous n'avons donc qu'à suivre le dessin de d'Anville en
reliant au point G le point où le Ken pou coupait le 30® degré, et nous aurons le tracé rectifié du Ken pou (Gak bo) jusqu'au sud du 29* degré.
Le confluent du Ken pou et du Bodzang bo peut être fixé approximativernent par rapport au point G, en remarquant que la distance entre ces deux points est égale à une fois et demie celle de Sanggak tchoui dzong au lac Amdso. On rapporte ensuite facilement tous les détails de la carte de d*Anville et de la géographie chinoise*
On peut encore remarquer que, sur la carte de d'Anville, le tracé du Ken pou dépasse le point G' (correspondant à notre point G) d'une longueur égale à la distance de G' au confluent du Ken pou et du Bo dzangbo, et qu'il continue à suivre la même direction. Nous arriverons donc à placer en F le point où d'Anville a arrêté le pours du Ken pou (Gakbo).
Tracé du Tchodhteng ou Tchitom tchou et de ses affluents au nord de 28^. — Rétrécissant sans cesse le champ de nos recherches en acquérant en même temps de nouvelles indications, nous sommes arrivés jusqu'au bout de notre. tâche. Il ne nous reste plus, en effet, qu'à rectifier ou interpréter la partie du bassin du haut Tchitom tchou ou Tchodhteng tchou représentée sur la carte de d'Anville.
Or, si le tracé de ce bassin paraît assez bien lié avec celui du Ken pou (Gak bo), il est évident qu'il ne l'est pas du tout à l'est avec la Salouen, dont le tracé est ici tout à fait faux sur la carte de d'Anville, et, par suite, ne nous offre aucun point de repère pour tracer une ligne rectificative de longitude à laquelle nous puissions nous fier.
Tout ce dont nous pouvons être à peu près certains, d'après toutes nos observations antérieures, c'est qu'à l'est, la limite du bassin du Tchitom tchou doit être dans le prolongement de la chaîne qui borde la Salouen à l'ouest, depuis le BO** degré de latitude jusqu'au parallèle de Men-
kong. Par conséquent, si le point H' (feuille n^^l) est au nord du 28® degré de latitude, on peut être sûr que le bassin du Tchitom tchou ne dépasse pas à Test le 96^ degré de longitude.
La géographie chinoise complète heureusement ici la carte de d'Anville. Toutes deux nous sufûront pour résoudre
le problème.
La géographie chinoise nous apprend que :
« Le Lo tchouy qui vient du mont Douk la gangri, et le Man tchou qui sort du mont Doung djou gangri, à 60 lis dans le nord-ouest de Sanggak tchoui dzong^ coulent au sud et se réunissent pour former le Tchodhteng tchou ou Tchitom tchou qui coule également au sud >
Nous donnerons plus tard la suite de ce passage qui n'a plus d'intérêt pour la question que nous traitons en ce mo« ment; mais la citation faite est des plus importantes :
En effet, rapprochant ces renseignements de la carte de d'Anville, nous voyons que :
i°La sourceduMan-tchouétantà601isdans le nord-ouest de Sanggak tchoui dzong, le lac Amdso, placé à distance à peu près double sur la carte d'Anville, doit être à 120 lis ou environ 20 milles dans la môme direction, ce qui est à peu près ce que nous avions trouvé ;
2** Si d'Anville a respecté sur sa carte les distances relatives entre le lac Amdso, Sanggak tchoui dzong, et le point H', distances que devaient indiquer les cartes des Lama d'après lesquelles la géographie chinoise semble être écrite, on peut dire que la distance de Sanggak tchoui dzong à H' est double de celle de Sanggak tchoui dzong au lac Amdso, soit 40 milles. Par conséquent H' se trouverait à peu près par une latitude de 28^50' —40' ou 280 W. En conséquence, ainsi que nous le disions plus haut, sa longitude est moindre de 96*.
Nous reportant à la feuille de construction n» 2, nous décrirons de Sanggak tchoui dzong un arc de cercle
de 40^ ^ui coupera le parallèle de iS'^W au point H| par 95 52'.
Ce point H| ne peut être ainsi très inexactement placé, car la carte de d'Anville le met à peu près sur le prolongement de la ligne Nghé tchou-Sanggak tchoui dzong, soit au sud-est de cette ville. D'après le texte chinois, la direction serait le sud, et dans ce cas la position devrait être en H,.
En prenant pour le confluent du Lo tchou et du Mantchou la position moyenne H, notre erreur sera peut-être d^jne dizaine de milles.
Voilà donc le bassin du Tchitom tchou de d'Anville circonscrit sur notre carte entre le lac Amdso et les points G. F. et H. Le reste du tracé n'est plus qu'un jeu : Sur la ligne joignant le lac Amdso au point G, nous prendrons CT proportionnel à G'T' ; TH représentera le Lo tchou, et nous imilerons le dessin de d'Anville pour tracer les petites rivières : le Teya tchou, affluent du Man tchou, et le Dza tchou, affluent du Lo tchou.
Appréciation sur les cartes de d'Anville et de Klaproth. •r- Arrivés au terme de notre interprétation de la carte de d'Anville, nous exprimerons encore l'admiration que nous avons éprouvée en voyant le parti qu'il a su tirer des croquis des Lama. Ces croquis des Lama, nous ne les avons pas vus; mais comme on les devine bien, comme on les reconstruirait morceau par morceau quand on a étudié la carte de d'Anville, dont les erreurs ne proviennent que du manque de points de repère et de renseignements. Sans doute nos deux caries sont bien difi*érentes; mais comme ces différencei^ s'expliquent bien en tenant compte de ce qui faisait défaut à l'époque de d'Anville.
Prenons au contraire les cartes de Klaproth, — qu'on se rassure, je ne ferai pas perdre au lecteur le temps que j'ai mis à les étudier, — et il nous sera impossible d'expliquer ses erreurs aussi nombreuses que ses coups de crayon;
parce qu'il n'empruntait aux documents que ce qui convenait à son imagination y parce qu'il n'obéissait à aucun principe, à aucune règle d'interprétation mathématique, et ne songeait pas à critiquer son propre travail, fruit de la fantaisie et d'un raisonnement superficiel. Mais, quelque mauvais que soit Tnsage qu'il ait fait de la géographie cbi« noise et des itinéraires chinois, n'oublions pas les services qu'il a rendus en les traduisant.
▼II. C«Hsi4ératf«B« ^émérmlem*
Les positions principales, les cours d*eaii, les grandes lignes hydrog:aphiques et orographiques. — Système de raccordement des fleaves du Thibet avec ceux de Tlnde et de la Birmanie : i« d*apret la géographie chinoise ; 2** d'après la reconstitution de la carte de d'AnviUe.
Un premier essai de reconstitution de la carte de d'Anville nous avait donné un tracé presque identique à celui que nous venons de faire; leurs petites différences provenant uniquement des différences de position adoptées dans les deux cas pour Kiang ka et Tsiamdo, différences d'une dizaine de milles.
A mesure que nous avions déterminé un certain nombre de points principaux, nous y rapportions plus ou moins facilement les détails fournis par la carte dé d'Anville et la géographie chinoise. La reconstitution ainsi complétée, terminée, on comprend que, saisissant mieux l'ensemble et les détails des documents, les ayant plus présents'à la mémoire, pouvant en tirer plus de rapprochements et d'indications, et forts enfin de l'expérience acquise pour les utiliser, nous avons recommencé plusieurs fois notre travail avec l'espoir d'arriver à plus d'exactitude.
Le résultat définitif, différant à peine dans ses grandes lignes du tracé représenté sur notre feuille de construction, c'est avec cette carte sous les yeux que nous présenterons les considérations suivantes ;
Positions principales. — Quand on se rappelle la marche suivie dans notre travail dont toutes les parties s'enchaînent ou dépendent étroitement les unes des autres, on doit reconnaître que la détermination de la position de Tsiamdo était bien la pierre d'achoppement de la reconstitution non seulement du principal itinéraire du Thibet oriental, mais encore de toute la carte.
Mais cela suppose que les positions de Kiang ka ou Bathang et de Lhassa sont exactes — et ces positions sont encore douteuses aujourd'hui, au moins en longitude.
Il est peu probable que Terreur de chacune des positions de Lhassa et de Bathang dépasse 10 milles, et quel que soit le sens de ces erreurs, elles n'entraîneraient pas pour Tsiamdo une différence de position supérieure à 6 ou 7 milles. Cette erreur répartie sur toute la longueur de l'itinéraire de Tsiamdo à Lhassa en modifierait bien peu les diverses positions et par suite celles du bassin de Ken pou et du Tchitom tchou qui en dépendent.
Par conséquent, si l'on suppose exactes nos positions de Bathang et de Lhassa, les diverses positions de notre carte rectifiée ne doivent pas être erronées de plus de 10 milles. — Exception faite du bassin du ïsan po de d'Anville et du Tchitom tchou dont les tracés dépendent surtout de l'appréciation des dislances fournies par la géographie chinoise. Aussi, pour ces deux tracés, estimons-nous que les erreurs de reconstitution peuvent être de 15 milles au maximum.
La position la plus douteuse de notre carte est certainement celle de Dardzoung.
D'après d'Anville, cette ville se trouverait à la source de la rivière de Biambar, et à une distance de cette localité qui, d'après nos lignes rectificatives de latitude, serait d'environ 15 milles.
Nos lignes rectificatives de longitude la mettraient par 93^ La géographie chinoise ne nous donne à son sujet
que trois indications trop vagues pour être utilisées : (( Dardzoung est au sud-est du Char Gong la, et à 1220 (?) lis dans le nord-est de Bathang. »
Ces diverses données ne s'accordenl pas du. tout. Si Dardzoung est réellement sur la rivière de Biambar, ainsi que l'indique d'Anville, Terreur de notre interprétation ne dépassera pas une dizaine de milles.
Grandes lignes hydrographiques et orographiques. — Complétons d'abord par quelques observations ce que nous avons dit sur les cours d'eau du Thibet oriental.
La rectification du tr<icé de la rivière de Lhassa et de ses affluents n'a présenté aucune difficulté. L'accord qui règne ici entre la carie de d'Anville et la géographie chinoise disparait quand nous arrivons à la rivière de Lhari.
D'Ânville suppose que la rivière qui sort du Djamna you mtso ou lac d'Âdza se rend au lac Pasomtso qui dépend du bassin de Yœrou dzang bo tchou.
Au contraire, la géographie chinoise en fait une des branches de la rivière de Lhari. a Au nord-est de Ghiamda le Tchouk tchou sort de la montagne de neige Tchou la (près de la passe de Tola); il coule 30 lis vers le nord, entre dans le lac Djamna you mtso et sort vers le sud est. Après avoir parcouru l'espace de 250 li, il reçoit du nord le Dziang lo tchou ou la rivière des Osiers qui vient du mont Djangar Soum ri, et le Sang tchou (rivière de Lhari) qui vient du mont Sang dzian Sang tchoung ri. » C'est la ver-
sion que nous avons adoptée pour tracer la rivière d'Adza ou Niou tchou.
Mais la géographie chinoise nous ouvre encore une autre perspective à propos de la principale branche de la rivière Lhari ou Ken pon (Gak bo). En effet les monts Sang tchoung s'étendent du Tengri nour au lac Moudik you mtso et dans le nord de ce lac. Et alors on peut se demander si la rivière de Lhari ne contourne pas celte chaîne et si elle n'est pas liée au Nag tchou. Y a-t-il eu ici une inconnue pour les
72 IIÉMOIRE GÉOGRAPHIQUE SUR LE THIBEr ORIElfTAL.
Lama, el ane confusion sur la carte de d'AnYiJle entre le haut Ken pou et le Kara Oussou qu'elle identifie ai^ec la haute Salouen ?
J'estime que c'est là un doute permis; mais, dans le doute, nous admettrons, comme d'Anville, que Nag tcbou et le Kara Oussou dépendent de la Salouen et non de la rivière de Lhari ou Ken pou.
Nous ayons déjà exprimé nos doutes sur la position de Dardzojing et, par suite, sur la rivière qui y passe. Cette rivière, d'après d'Anville, passerait aussi à Biambar (Pian pa); et, avant d'aller se jeter dans la Salouen, elle recevrait les petits cours d'eau de Lhadzé, Bari et Cbobando. *
D'après la géograpbie chinoise la plaine arrosée par ce système de rivières serait la plus étendue du Tbibet. Le P. Hue, qui rappelle cette remarque, ajoute que, si elle est exacte, le Tbibet est un pays bien abominable.
Le fleuve que nous franebissons à Kia yu kiào, porte le nom tbibétain de 0!r tcbou ou celui de Kara Oussou en Mongol. Ces dénominations ne suffisent pas pour faire disparaître le doute que nous avons exprimé plus haut. Les Lama ne paraissent pas avoir descendu ce fleuve entre les longitudes de 89* et 93<*, el ils auraient pu relier le Kara Oussou (dans le nord-est du Tengri nour) avec le fleuve passant à Kia yu kiao au lieu de lui faire rejoindre la rivière de Lhari. Entre 93** el 94% il vaudrait donc mieux conserver au fleuve passant à Kia yu kiao le nom de Souk tcbou que porte sa branche septentrionale.
En tout cas, on ne saurait douter que ce fleuve (rivière de Kiayu ki^o)est le même qui passe à Menkong sous le nom de Loutzé ou Nou kiang et qu'on nomme Salouen en Bir* manie.
Le seul affluent important que nous lui connaissions est la rivière appelée « Ou Kio » par Tabbé Desgodins, rivière que la carte de d'Anville fait passera Tsatsorgang(Tchrayul), et dont la source serait sur la même latitude que Batbang.
Suivant la carte publiée en 1875 par l'abbé Desgodins, j'avais d'abord prolongé le tracé du Ou Kio jusqu'à quatre jours de marche au sud de Tsiamdo; mais en relisant son livre. € La mission du Thibet (p. 171) je suis revenu à l'interprétation pure et simple de la carte de d'Anville qui indique ici deux cours d'eau presque dans le prolongemenl l'un de l'autre : l'un, le Dzi tchou, affluent du Mékong; l'autre, le Ou Kio affluent de la Salouen. Ainsi je reste fidèle d'une part à la géographie chinoise et à la carte de d'Anville; et d'autre part, on comprend maintenant que, après avoir suivi la rive droite du Lan tsan kiang (Mékong) pendant trois jours et traversé non le Ou Kio, mais le Dzi tchou, l'abbé Desgodins ait été obligé de traverser au bout de quatre autres jours le Ou Kio pour arriver à Fonda située sur la rive droite de cette rivière.
A propos du Tchitom tchou et du Ken pou, nous ne ferons ici qu'une seule observation; mais elle a son importance : c'est que le Ren pou n'est pas le cours supérieur du Lo tchou. Ces deux cours d'eau sont entièrement distincts jusqu'au point où nous les avons suivis ; et, s'ils se réunissaient ce ne pourrait être qu'au sud du parallèle de 28"^ et à l'est du méridien de 95**, ce qui placerait leur jonction dans le bassin de riraouady.
Pour qu'il en fût autrement, il faudrait admettre que les cartes des Lama, celle de d'Anville et la géographie chinoise fussent erronées ici à un point qui dépasse infiniment trop les limites habituelles; il faudrait en effet que les distances relatives eussent été doublées et l'orientation changée de 90* ! J'ajoute que, tel qu'il ressort de notre interprétation, le tracé' du Tchilom tchou s'accorde avec le caractère hydrographique et orographique du Thibet oriental que nous connaissons, et qu'il n'en serait plus de même si la direction principale de ce réseau fluvial était le sud-ouest et non le sud-est.
Je n'ai point parlé jusqu'à présent d'une rivière Talouka
que Wilcox supposait, il y a soixante ans, être le prolongement de la rivière deBrahmakund et qui viendrait couper notre tracé du Ken pou (Gak bo) à quelques milles au sud* est de notre point F. Nous discuterons cette hypothèse quand nous pourrons mettre en regard les hypothèses contradictoires. Pour le moment nous ne tenons compte que ■ des données précises ou considérées comme exactes ; et,
~ sur le parallèle de 28% ces données se bornent, à l'est, à la
; Salouen, et, à Fouest, au confluent de la rivière Brahma*
kund et du Lat thi.
D'après les constructions que nous avons faites pour déterminer le bassin du Tsan po de d'Anville, Tareng dzoung se trouverait par près de 28° nord et 90^*25 sur un affluent de la rivière Lopra Ichou ou Monass.
Mais d'après le voyage de Nain Singh entre Ghétang et Dirang dzong, nous devons reconnaître qu'ici les Lama avaient confondu le tracé de difl*érents cours d'eau. Nous n'avons aucune donnée qui nous permette d'identifier Tareng dzoung et Dirang dzong. Cependant cette identification nous parait probable quand nous remarquons l'orientation ' relative de Monadzona et Tareng dzong *.
Notons encore que sur la carte de d'Anville, entre le Mon ' tchou et son Tsan po les seules indications sont des chaînes
de montagnes et le plateau ou le temple Dsiri. Pas un trait ne représente la rivière Soubansiri qui est restée inconnue des Lama, et qui, pour nous, est le cours inférieur du Moun tchou . Que Ton suppose maintenant la feuille de construction n° 2 du Thibet oriental rapportée sur une carte de l'Asie centrale et on remarquera :
1. « Au moment où nous terminions ce travail, nous avons eu connaissance du General Report on the opérations of the Survey of India Département de 1883-1884-, qui contient (p. xliv) les notes du colonel Tanner sur les voyages d'un lama entre Tlnde et le lac Palté.Nous avons f tenu compte sur notre carte des indications que ce travail fournit sur la
région comprise entre le Tsanpo et le parallèle 28% à Touest du méri- *^ dicn de 89°40'.))
Que tous les grands fleuves dont nous avons parlé : -^
Kin cha Kiang, Mékong, Salouen, Ken pou (Gak bo), Yœrou Dzang bo, prennent leur source dans la région centrale du Thibety à peu près sur une ligne qui relierait le lac Mansa- * rovar aux sources du Kin cha Kiang.
Cette lignCi dont la direction générale serait à peu près :
le nord-est — sud-ouest, est environ deux fois et demie plus longue que celle qui relierait Gya la Sindong à Tsiamdo, positions entre lesquelles les fleuves viennent converger en suivant les directions générales comprises entre le sudest et Test.
A partir de la ligne Gya la Sindong-Tsiamdo, les fleuves coulent parallèlement au sud-est jusqu'à la rencontre d*une ligne qui joindrait la rivière de Brahmakund à Batbang audessous de laquelle le Yœrou dzang bo tourne brusquement '
au sud*ouesty tandis que les autres fleuves, après avoir coulé plus ou moins longtemps parallèlement au sud, divergent du i
sud à Test pour se rendre à l'Océan, depuis le golfe de X
Martaban dans la mer des Indes jusqu'à la mer Jaune dans '
l'Océan Paciûqne. ^^
Ne peut-on concevoir les mouvements du sol qui ont pu j
modifier le cours général de ces fleuves ? ' ^
Peut-on supposer que les soulèvements dans le sens est et ouest, tels que les Kuen-Lun et les Himalaya, entre "^
lesquels s'étend le Thibet, sont antérieurs aux soulèvements nord et sud ou nord-ouest — sud-est qui ont rapproché parallèlement les fleuves dans les régions indiquées plus haut?
Quoi qu'il en soit, les renseignements orographiques que nous ont fournis tous les documents, depuis la carte de d'Anvilleet la géographie chinoise jusqu'aux plus récents, permettent de tracer approximativement les lignes des principaux soulèvements et celles de partage des bassins.
A partir du Népaul le soulèvement méridional de l'Himalaya suit à peu près le 28°*° parallèle jusqu'à Tareng dzong
et semble passer ensuite par le plateau Dsiri, les sources du Dibongy du Lo tchou, le lac Amdso et un peu au nord de Kiang ka et Bathang.
La seconde chaîne de l'Himalaya S qui passe au sud du haut Indus et longe la rive droite du Yœrou dzang bo, se relève aussi dans le nord de Tareng dzong, au point où le Tsan po de d'Anville doit prendre sa source, et semble se diriger de là sur Tsiamdo.
Les grands fleuves du Thibet oriental traversent ces deux soulèvements, et c'est précisément entre eux qu'ils coulent parallèlement.
Je regretterais davantage ici que l'espace et le temps me fissent défaut si je n'estimais que le résultat de mes observations et recherches sur la formation du plateau central du Thibet est plutôt du domaine de la spéculation que de celui de la science qui doit reposer sur des faits précis et non sur des séries de déductions hypothétiques.
L'existence de lignes de hauteurs reliant dans le sens nord-ouest — sud-est, ces deux soulèvements principaux ne saurait être niée quand on lit la géographie chinoise indiquant l'orientation de ces chaînes, la plupart très élevées, et leurs distances à des points que nous avons fixés. S'il en est une parmi elles que nous puissions bien suivre d'un bout à l'autre de notre feuille de construction n» 2, c'est assurément celle qui borde à l'ouest le cours du Ken pou (Gak bo).
De l'extrémité nord-est du ïengri nour, nous la voyons se diriger vers Test-nord-est sous le nom de monts Sang dzian tchoung ri jusqu'au nord du lac Moudik you mtso; de là elle prend la même direction que le Ken pou, et nous la trouvons décrite sous les noms de monts Choula gang dzian, — Bouraisoung ou Singari — Anghiri et Sémaloung la. Sa hauteur varie de 5500 mètres (par la latitude de Lhari) à 4640 mètres lorsqu'elle atteint le soulèvement de
1. Elisée Reclus la nomme « Trans-Himalaya » dans le nord de Tlnde.
l'Himalaya méridional entre le Ken pou et les sources du Dibong. En suivant sa direction à travers THimalaya, nous rencontrons justement Textrémité septentrionale de la chaîne des Patkai élevée de 4500 mètres à l'ouest de Tiraouady.
De cette grande chaîne, le terrain descend vers le Niang tchou et le Yœrou dzang bo, ainsi que le prouve la direc* tion des rivières Ba tchou, Dimou» Dibong, etc.
Outre qu'entre cette chaîne et les sources connues du Dibong il n'y aurait pas place pour le cours d*un grand fleuve, on ne peut admettre que^ des environs de Dzini, le Yœrou dzang bo coule dans le sens opposé à la pente du terrain et vienne décrire au nord du Dibong le grand arc de cercle dont nous avons parlé précédemment. — « Cette observation déduite du caractère orographique de la région confirme les résultats de notre étude hydrographieque.
A Test du Ken pou, les lignes de partage des autres bas« sins suivent les mêmes directions que la précédente. De l'est, — de Tesl-nord-est ou du nord-est, nous les voyons converger sur la ligne Gya la Sindong-Tsiamdo, courir ensuite parallèlement au sud-est puis au sud, pour diverger enfin comme les grands fleuves.
A l'ouest du Yœrou dzang bo tchou, cette régularité disparaît; la raison en est simple : Les deux soulèvements principaux sont ici fort rapprochés, puisque l'Himalaya méridional est par 28"^ de latitude, et que l'autre se trouve par 29'' (monts Tamar la, Palungri...). Les cours d'eau secondaires compris entre ces deux soulèvements, rapprochés ici dans le sens nord-sud, sont donc obligés de prendre^ non plus la direction générale sud-est, mais une direction presque est ei ouest, ainsi que le montre bien notre cours rectifié du Tsan po de d'Anville, jusqu'au moment où, dans des gorges dirigées de nouveau vers le sud-est^ ils pourront s'échapper de l'Himalaya méridional.
Il serait donc toul à fait contraire au caractère orogragraphique du Thibet oriental tel que nous venons de l'exposer, de supposer :
1"^ Que la chaîne du Ken pou s'arrête à THimalaya et ne se relie pas dans le sud à celle des Patkai.
2® Que le Soubansiri puisse venir du nord (comme certains cartographes modernes l'ont représenté passant à travers leTsan po de d'Anville que les cartographes supprimaient ou identifiaient peut-être avec le vrai Tsan po ou Yœrou dzang bo.
Raccordement des fleuves du Thibet avec ceux de VInde et de la Birmanie d'après la géographie chinoise. — La carte manuscrite de d'Anville (Bibliothèque du ministère des affaires étrangères) porte, ainsi que nous l'avons dit, quelques notices aux points où il a arrêté les principaux fleuves, et ces notices extraites des notes des Lama ou de la géographie chinoise par les jésuites de Pékin ont évidemment inspiré à d'Anville Tidée de l'identification du Tsan po et de riraouady, identification que Klaproth'a adoptée plus tard.
Voici, tels qu'on les trouve dans la géographie chinoise traduite par Klaproth, les notes relatives au raccordement des fleuves du Thibet.
1« Le Moun tchou a sa source dans les monts Tamar la, coule à peu près de V ouest à Vest, fuis au sud-est en entrant dans le pays de fflokha ou K'iokabja haBité par les Moun oti il se joint au Yœrou dzang bo.
lo his. Passage différent sur le même flsuve : des monts Tamar la, il court au sud-est, reçoit dans le voisinage de Tarn dzong le Loubnak tchou qui vient de l'ouest, et entre dans le pays de H'iokba.
2° Le Yœrou dzang bo tchou (Tsan po) après avoir passé entre Naï dzong et Dzélagang, sort du Thibet par le défilé de Singhian khial pour entrer dans le pays de H'Iokba habité par les Moun. Il traverse ce pays du nord au sud, se dirige
ensuite au sud-sad-ouest, entre dans l'Inde et va se jeter à la mer.
2« his. Passage différent sur le même fleuve : du pays de H'iokba le fleuve coule au sud-est, entre dans le Yunnan près de Young tchéou et y devient le Pinlang kiang.
3« Le Gak bo dzang bo ou Ken pou, après avoir reçu le 60 dzang bo, entre dans le pays de H'iokba habité par les Moun, coule vers le sud-est, entre dans le Yunnan, par le nord-ouest, près du fort de Thian than kouan et y devient le Loung tchouan kiang (rivière Ghouely, affluent de riraouady).
3"* bis. Passage différent sur le même fleuve : en sortant du pays de H'iokba, le Gak bo coule au sud-est et se réunit au Yœrou dzang bo.
4* Le Tchodh teng ichou ou Tchitom tchou (formé des deux rivières Lo tchou et Man tchou qui coulent au sud) coule également au sud et se réunit au Gak bo dzang bo (Ken pou) dans le pays de H'iokba habité par les Moun.
4* bis. Passage différent sur le même fleuve : ce fleuve coule au sud et entre dans le pays de H'iokba où il se réunit au Yœrou dzang bo.
Je ne pousserai pas plus loin les citations.
On voit que, pour chaque fleuve, il y a deux explications différentes à partir du point où les fleuves entrent dans ce fameux pays de Lhokbadja, Lhokaptra ou H'iokba, habité par les Mou», pays qui s'étendait , pour les géographes chinois, du Moun tchou par 89» jusqu'à la Salouen par 96o ; et de 25* à 29*» de latitude entre les méridiens de 94« à %\
Quelle que soit la signification particulière du mot H'iokabdja, sur laquelle on a beaucoup discuté depuis Klaproth jusqu'à présent, le géographe doit y voir ceci : c'est que H'iokabdja était synonyme de terra incognita et que les Moun sont les tribus sauvages qui habitent cette région alors entièrement inconnue des Lama et des Chinois.
La description même des auteurs chinois en est la preuve»
Tant qu'on est dans le Thibet, les descriptions peuvent être inexactes, mais elles sont précises et les détails nombreux; il en est de même quand on entre sur les territoires chinois. Au contraire, en approchant du H'iokabdja les ambiguïtés commencent (différence des textes 1, 2, 3, 4, et des textes numérotés bis)^ les détails deviennent rares et manquent complètement pour la traversée de cette région où le cour$ des fleuves a été pour ainsi dire perdu et où leurs tracés ont été facilement confondus.
Les mêmes faits se sont produits dans toutes les régions peu connues ou inconnues des Chinois. C'est ainsi, qu'après avoir décrit assez exactement la partie du Lan tsan kiang ou Mékong qui traverse la Chine, la même géographie chinoise le fait aller se jeter dans le golfe du Tonkin.
On comprend donc que, si la géographie chinoise doit être considérée comme un document de quelque valeur pour les régions que les Chinois connaissent, et elle nous a été utile au Thibet, elle ne peut faire foi quand il s'agit de régions .qu'ils ne connaissaient pas, comme c'est ici le cas. Il faudrait être ignorant ou manquer de sincérité pour ne pas admettre cette différence de valeur que les textes chinois trahissent eux-mêmes par leurs ambiguïtés.
J'ai assez souvent remarqué que ceux-mêmes qui s'appuient sur ces documents ne les avaient pas étudiés à fond ou les avaient interprétés à leur fantaisie: nous en donnerons tout à l'heure une preuve des plus remarquables.
Si nous comparons les notes 1, 2, 3, 4, et les notices bis nous voyons que, malgré le vague des unes et des autres, les secondes ne donnent aucun détail, mais affirment très nettement que le Tchitom tchou et le Ken pou (Gak bo) se jettent dans le Yœrou dzang bo qui, lui^ serait le Pin lang kiang. (D'après la géographie chinoise, cette rivière est la rivière Taping, affluent de l'Iraouady). Inutile d'ajouter qu'il n'y a pas un mot sur le cours du Yœrou dzang bo eptre le défilé de Singhian kialet le point de la Birmanie oti
il deviendrait le Pin lang kiang. Or la distance à vol (Toi^ seau est de 300 milles à travers une région alors inconnue!) Les notices 1, % 3, 4, fournissent au contraire quelques détails et donnent une théorie différente de raccordement des fleuves : ainsi le Yœrou dzang bo en sortant du défilé de Singhian kial tourne au sudsud-ouest pour entrer dans rinde. Il n'est plus question de jonction entre ce fleuve et les suivants : Ken pou(Gak bo)etTchitomtchou, assimilés : le Keu pou an Loung tcbouan kiang (rivière Chouely, affluent de riraouady), et le Tchitom tchou à un affluent de gauche du Loung tcbouan kiang.
Ainsi donc les notices 1, 2, 3, 4, laissent envisager la jonction du Xœrou dzang bo avec le Brahmapoutre et rattachent le Ken pou (Gak bo) et le Tchitom tchou au bassin de riraouady; tandis que les notices {bis) affirment l'identité du Yœrou dzang bo avec le Pin lang kiang (affluent de riraouady) et font du Ken pou et du Tchitom tchou des affluents du Yœrou dzing bo.
S'il eût fallu choisir entre ces deux systèmes absolument hypothétiques, on aurait dû adopter le premier qui s'écarte loinsdes résultats d'une reconstitution mathématique de la irte de d'Anville ou de l'étude des documents les moins exacts sur le Tbibet.
[ais Klaproth qui ne s'était point soucié de faire des
qui l'auraient empêché d'allonger de deux degrés
li vers l'est le tracé du Tsan po, choisit le plus vague
textes parce qu'il répondait mieux à son idée pré-
^r la grandeur du Tsan po; et c'est ainsi que, sur
assertion, d'autant plus douteuse que la géo-
linoise lui off'rait ici une double hypothèse, il
bouleversa la carte de la partie sud du Tbibet.
^eiive qu'il prétend faire de l'identité du Yœrou
bo et de riraouady est basée sur des considérations
lument fausses, et personne n'aurait dû s'en aper-
^oir mieux que Klaproth lui-môme. On peut en juger
(Toir Jf<f«/iftB «#%j;tfif^. p. ^tS-ST- en îliamt le passage retatîf ao Ta kir. cLà kianz oa zrai^i Kincha klanz Iraoaady),
n cimmeoce pir dire q^v la soam da grand King cha kîang iqs'il ne Ci3t pas c.:n5:cdre aT«e le King cha kiang oa Tang Uê kianz se triore dans b partie la plas ocddentaie da TliibeC où il sort des mocts Eooeo Ion, et p^'on per4 séM oymn à trir^4 li T^rimrietîU TkHeL Âassî, de la soarce il passe de soite en Birmanie où il noos décrit le coars d'ace rivière appelée êzaîement Ta kin cha kiang, dont le priruripa! ai&aent de gaaclie serait le Pin lang kiang. A la description du Ta kîa cha kiang de la Birmanie, description saisie jasqua son emboochore, on reconnaît riraoaady. La description se termice par cette phrase singulière : 4 11 nV a anenn doate qne ce fleote ne soit le Tœroa dzang bo da Thibet, ajontent les éditeurs de la grande géographie impériale chinoise >. et Klaproth ajoute celte Dote surprenante : € Tout ceci démontre clairement rîdenlité du Tœrou diang bo et de riraouadj >.
Pour tout géographe ceci démontrerait simplement que Klaproth et les éditeurs de la grande géographie impériale étaient faciles à contenter en fait de démonstrations, ou qu'ils se moquaient de leurs lecteurs, à moins qu'ils n'eussent pas le moindre soorenir de ce qu'ils avaient écrit eux-mêmes.
Gomment, en effet, le Ta kin cha kiang qui prend sa source dans les monts Kuen lun {Magasin asiatique^ p. 253) et le Tœrou dzang bo qui prend sa source dans les Himalaya {Magasin asiatique^ p. 308) peuvent-ils n'être qu'un seul et même fleuve?
Rien n'était donc moins démontré que l'identité du Tœrou dzang bo(T$an po) et du Takin cha kiang (Iraouady).
Nous n'avions pas de temps à perdre, et nous ne pouvions nous distraire à prendre constamment Klaproth en délit de démonstrations imaginaires et d'interprétations fantaisistes; mais, sur les questions les plus importantes, il
fallait bien prouver notre appréciation de son travail soidisant géographique. Nous n'y reviendrons plus maintenant.
De ce qui vient d'être dit, il convient de tirer celte remarque : Si le Takin cha kiang était le Yœrou dzang bo, celui-ci ne serait donc pas le Pin lang kiang qui est un affluent de gauche du Ta kin cha kiang, de sorte qu*il y aurait encore contradiction entre ce texte et la notice (bis). Quand on rapproche la phrase pleine d'assurance des édi* leurs de la grande géographie impériale des notices numérotées (ftw), on se demande s'il ne faut pas voir ici l'œuvre apocryphe, et maladroitement apocryphe, d'un géographe fantaisiste chinois.
ËnBn, nous dirons que le Takin cha kiang de la Tartarie, n'étant ni le Kin cha kiang de Chine ni le Yœrou dzang bo du Thibet, doit être un des fleuves intermédiaires. Et si Ton suppose, vu l'identité de nom, qu'il soit le Ta kin cha kiang de la haute Birmanie (l'Iraouady) il n'y aurait au Thibet qu'un cours d'eau auquel il pourrait être identiBé : ce serait le Ken pou (Gak bo).
Rappelons ici que le géographe anglais Rennel a été le premier à supposer que le Tsan po de d'Anville appartenait au bassin du Brahmapoutre, et que le Nou kiang (haute Salouen) pouvait être Tlraouady. Ce n'était de sa part que simples suppositions basées sur le rapprochement des cours d'eau. La seconde hypothèse paraît moins juste que la première.
Raccordement des fleuves du Thibet, sur le parallèle de 28% d'après notre reconstitution de la carte de d'Anville. — Nous devrions ici résumer tout ce que nous avons dit sur chaque fleuve. Pour éviter de longues répétitions nous supposerons qu'on Ta bien présent à l'esprit; et l'on reconnaîtra que, de notre reconstitution de la carie de d'Anville et de l'analyse que nous avons faite des documents thibétains ou chinois, il ressort que :
V Le Moun tchou coule de l'ouest à Test et constitue la principale branche du Soubansiri. Celte hypothèse fondée sur la disposition orographique de la région et sur la notice 1 de la géographie chinoise, suppose donc qu'il y a •u confusion sur es cartes des La ma et de d'Anville entre le haut Moun tchou et la rivière passant à Tareng dzong. J'ajoute qu'il se peut que la rivière passant à Tareng dzong dépende soit du bassin de la rivière Monass, soit du bassin du Soubansiri.
i* Le Soubansiri ne s'étend pas dans le nord oh il est limité par la chaîne Dak bo ou Tac po sira gang tsian ri et par le Tsan po de d'Anville.
3° Le Tsan po de d^Anville n'est qu'un affluent du Yœrou dzang bo ou vrai Tsan po. Il coule à peu près de l'ouest à l'est et se jette dans le Yœrou dzang bo près de Dzélagang.
4'' Le Tsan po ou Yœrou dzang bo enveloppe au nord le Tsan po de d'Anville, reçoit le Niang tchou près de Gholga dzong et le Tsan po de d'Anville près de Dzélagang; puis passant à Test de Dzini (Ghaî) il coule presque du nord au sud dans le défilé Singhian khial d'où il sort sous le nom de Dihong-Brahmapoutre.
5^ Les affluents principaux du Yœrou dzang bo (Dihong ou Brahmapoutre) sont à l'est : le Ba tchou, la rivière de Dimou dzong, le Dihong, le Lohit ou rivière de Brahmakund avec ses affluents Digourou, Tidding, Diri, Laihi.
Toutes ces rivières sont, d'après ce que nous avons dit, limitées à l'est par la chaîne Anghiri, Sémaloung la et Patkaï qui ferme ainsi à l'est le bassin du Brahmapoutre.
6<> La rivière de L'hari (Ken pou ou Gak bo dzangbo), coule à l'est de la chaîne précédente et va se réunir à l'une des branches de riraouady nommées : Nam kiou, Nana disang, Phong may, c'est-à-dire sur le parallèle 28° entre 95« et95«30'.
Il ressort d'un travail spécial que nous avons fait sur la région comprise entre les méridiens 95° et 97'' et les parallèles 24° et 39'* que la rivière Chouély ou Loung tchouan
kiang ne se joint ni au Ken pou (Gak bo) ni au Tchitom tchou. (J'en dirai quelques mots plus lard.)
7* Le Lo tchou et le Man tchou se réunissent entre les points H, et Hj. Par suite le Tchodteng ichou ou Tcbitom tchou dépend aussi du bassin de Tlraouady, et peut être le cours supérieur d'une des deux rivières suivantes : Phong mai ou Nam mou (rivière Taping ou Pinlang kiang).