‹ Mémoire géographique sur le Thibet OrientalChapitre 5 sur 7 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

direction naturelle vers le sud-est et le sud, rien n'est moins impossible et le P. Krick a bien pu croire que le fleuve qui disparaissait ainsi à l'ouest était le Brahmapoutre.

Quant à moi, sans attacher de valeur à l'interprétation que je viens de faire, je n*y trouve aucun fait contraire aux conséquences des considérations générales hydrographiques et orographiques que j'ai exposées, et c'est uniquement sur elles que j'appuie ma conviction que le Ken pou (Gak bo) doit passer aux environs de Oualong ; ou, pour être plus précis, qu'il doit atteindre le parallèle de SS*" W par 95° 10' environ, c'est-à-dire en un point qui n'est pas à 10 milles au nord des points où nous arrêtons actuellement le tracé des branches occidentales de l'Iraouady.

IX. Coiiflniiatioii de no* Identlflcatlons de« 0eaves diK Thibet avec eevx de l'inde et de la Birmanie.

Renseigoements recueillis sur le bassin de l'Iraouady au sud du 28* degré. — Identification du Tchitom tchou et du Phong mai. — Identification du Ken pou (Gak bo) et du Nam kiou. — Renseignements moins précis sur Flraouady. — Identification des fleuves du Thibet avec ceux de Tlnde et de la Birmanie.

Renseignements recueillis au sud du ^S"" degré (bassin de riraouady.) — Jusqu'à présent Wilcox est le voyageur européen qui ait atteint le point le plus septentrional de l'Iraouady (branche Nam kiou ou Nam tchou) au sud du 28' degré. On sait qu'il a donné pour Man ki^ une latitude de 27*29'16\

Au sujet des autres branches de l'Iraouady, il obtint des indigènes quelques renseignements qu'il traduisit sur sa carte par un tracé hypothétique des rivières Nam disang et Pong mai. On appelle aussi cette dernière rivière Sin mai et Shou tchou mai kha. Après Wilcox, d'autres voyageurs l'ont

1 . Le nom est quelquefois orthographié (c Man chi » mais il se prononce Man ki.

appelée Sgin mai, Seng kha, Nam Boun. Nous verrons que ces différents noms répondent à deux cours d'eau différents : le Phong mai ou Seng kha, et leTchou mékha ou Nam Boun ou Poun. Suivant que les rivières de cette région sont nommées par les Michemis, les Singphos, les Birmans, etc. leurs noms sont différents, mais ces noms ont à peu près la même signification : eau, rivière, ou grande et pelite eau.

Ainsi une des branches de Tlraouady est appelée : Myit gyi, Mali kha, Nam kiou long, et ces mots ont la même signification, n grand fleuve »,en birman, Michemi et Singpho ou Kakyen.

Une autre branche est au contraire appelée Myit ngé, Mékha, Nam kiou, et ces mots ont la même signification : petit fleuve^ Quelques autres locutions signifient simplement la rivière rivière^ le même mot étant emprunté à deux idiomes différents.

Ces noms nous fixeraient à peu près sur l'importance relative des cours d'eau; mais c'est leur position que nous cherchons. Nous n'essayerons pas non plus de trouver dans la ressemblance plus ou moins grande de leurs noms avec ceux d'autres fleuves ou localités des indications qui n'ont rien de probant. Dans tout pays les mois, comme les individus, ont un air de famille. Pour l'élranger ils se ressemblent tous, et c'est faire de la géographie ou de l'anthropologie de fantaisie que de bâtir des systèmes sur de telles indications, à moins qu'elles ne soient corroborées par d'autres données.

Ainsi, de ce qu'une branche de i'Iraouady, le Phong mai, porte aussi le nom de Seng kha, nous ne concluerons pas totU de suite que cette rivière est la même qui passe à Sang gak tchoui dzong. Seng kha est formé de deux mots qui appartiennent à deux idiomes différents et signiûant chacun « rivière », Sanggak tchoui dzong (car telle est d'après Klaproth l'orthographe de cette localité) veut dire « ville de la mystérieuse doctrine de Bouddha ».

tOO MÉMOIRE GÉOGRAPHIQUE SUR LE THIBET ORIENTAL.

Malgré le rapport éloigné des significations, admettons que les sons se confondent et que les indigènes aient précisément voulu donner à la rivière le nom de la ville. S'ensuit-il forcément que la rivière Seng kha passe à Sanggak? Cela est possible; mais il est également possible, et nous avons vu ailleurs des preuves de faits de ce genre, que la rivière Seng kha se trouve dans la direction que suivent les indigènes pour se rendre à Sanggak tcboui dzong sans que, pour cela, elle soit le même cours d'eau qui passe dans celte localité.

Si j'ai insisté sur ces questions d'orthographe et de ressemblance de mots, c'est que, jusqu'à présent, toutes les hypothèses géographiques sur cette région n'ont eu que cette base (ou des rapprochements entre les débits des cours d'eau, question que nous traiterons plus loin).

Laissant donc de côté les identifications basées sur des noms, nous continuerons, suivant notre système, à ne demander aux textes des voyageurs que des indications pour ainsi dire mathématiques*

Identification du TcthitomtchouetduPhongmai. — Sur sa carte Wilcox place le confluent du Nam disang et du Nam kiou par 25° 40'; et trace le Nam disang à une dizaine de milles à l'est du Nam kiou. Plus à Test, à environ 60 milles du Nam kiou, il trace le Phongmai ou Shu mai et lui fait rejoindre le Nam kiou par environ25 degrés de latitude, tandis que son texte indique que : le confluent se trouve à deux journées au-dessus de la rivière de Maing koung*

Plus tard, Hannay plaça le même confluent par 26 degrés de latitude.

Récemment le Pandit Alaga plaça par 25^ 46' le confluent d'une rivière Mékha dont la source se trouverait à 60 milles dans le nord de Maing koung (soit par environ 27® 10') et il place la riviète de Maing koung par 26» 08',

Si, comme le dit Wilcox, le confluent du Nam kiou et du Phong mai se trouve à deux journées au-dessus de la rivière

de Maiog koung, nous pouvons admettre qu* il se trouve par 26<» 28' environ, et que, de ce point, il incline légèrement à Fest pour passer à une journée de marche du Mékha.

Le Phong mai coulerait donc à peu de distance entre le Nam disang et le Mékha; et, puisqu'ici, la direction générale des montagnes et des fleuves entre la Salouen et le Nam kiou est à peu près le nord, nous voyons (feuille 3) que le Phong mai doit être tout au plus à une vingtaine de milles à l'est du Nam kiou, de telle sorte qu'entre les parallèles de 57 et 28 degrés, le Phong mai doit suivre à peu près le méridien de 95» 30'.

Le Pandit Alaga, qui ne dépassa point la latitude de i6^ 10', déclare en outre que, près de leur confluent(25*46'), le Mékha n'a que 100 pas de largeur, tandis que le Nam kiou, ou Malikha, est cinq fois plus large; que le Méka naît tout au plus à six journées ou 60 milles dans le nord de Maing koung, tandis* que le Malikha naîtrait à vingt-trois journées de Kakhyoou à dix-huit journées de Maing koung, c'est-à-dire que le Malikha serait trois fois plus long que le Mékha.

Le Malikha du Pandit Alaga n'est autre que Ta branche de riraouady qui se trouve immédiatement à Touest du Mékha, c'est-à-dire le Phong mai; et la conséquence de la donnée précédente, si elle est exacte, est que le Phong mai ou Seng kha naîtrait par 29 degrés de latitude. Or nous ne voyons qu'un fleuve qui ait ici ses sources par 29 degrés : c'est le Tchitom tchou.

Ainsi donc l'identification du Seng kha et de la rivière de Sanggak tchoui dzong, présumée d'après la ressemblance des noms, est corroborée par des indications d'une nature plus sérieuse.

De tous les renseignements donnés sur cette région parles voyageurs européens ou par les Pandit qui s'en sont le plus approchés, il est absolument impossible de tirer d'autres indications précises.

Nous nous en tiendrons donc au résultat que nous venons

d'obtenir, et nom admettrons que le Phong mai est le cours inférieur du Tchitom tchou.

Identification du Ken pou (Gak bo) et du Nam kiou. — De tout ce que nous avons dit précédemment, il ressortait que le Ken pou (Gak bo), fleuve distinct duLo tchou, dépendaitdu bassin de Tlraouady. Or, il ne nous reste plus à l'ouest que deux branches de Tlraouady auxquelles nous puissions identifier le Ken pou (Gak bo) : le Nam disang et le Nam kiou ou Nam tchou ; et c'est évidemment à la jonction du Ken pou avec l'une de ces deux branches qu'est due la grande différence d'aspect entre le Mali kha et le Mékha, que le Pandit Alaga a observée à leur confluent par 25*46'. A défaut de donnée plus sérieuse nous permettant de choisir entre le Kam kiou et le Nam disang, nous nous en rapporterons an nom de Mali ou Mili kha (Grande rivière) que les Singphos conservent au Nam kiou; et sur notre feuille 3 nous joindrons le Ken pou (Gak bo) à cette branche de riraouady dont les sources sont ainsi bien au nord de THimalaya, ce qui explique, comme on le verra plus tard, son énorme débit.

Pour en finir avec le Ken pou (Gak bo), je ferai remarquer, à la grande satisfaction, je l'espère, des amateurs de ressemblances de noms, que ce fleuve entre au Thibet oriental par la ville de Lhari où il porte le nom de Sang tchou, qui a la même signification que Seng kha, nom de son principal affluent à sa sortie du Thibet.

Renseignements moins précis sur Vlraouady. — Wilcox, Hannay et le Pandit Alaga doivent être considérés comme des témoins oculuires en ce qui concerne la partie de riraouady comprise entre les latitudes de 24° et de 28o.

Plus au sud ou plus à l'ouest, d'autres voyageurs, tels que

Anderson, Kreitiier, ou Peal,Lepper, etc., n'ont pu recueillir

que des renseignements de seconde main, qui n'inQrment

pas d'ailleurs les résultats que nous venons d'obtenir.

Ainsi : Anderson (Exploration à la frontière nord-ouest du

Yunnan) dit que le nom de la branche orientale de Tlraouady est € Kew hom » ou Kiou hom. On sait que kio, kiou ou tchou sont des termes employés indifféremment par les voyageurs ou les écrivains pour le mot thibétain signifiant rivière. Entre Tchou hom et Tchitom, on trouvera au moins autant de ressemblance qu'entre Seng Kha et Sanggak tcbouidzong.

En allant de Taly à Bbamo, Kreitner recueillit quelques informations auprès du mandarin chinois de Teng yué (Momein) et auprès du P. Faure dont la mission est située à huit journées au nord de Bhamo. Ces informations concordent en ce sens que toutes font venir Tlraouady du Thibet. Au bas d'une carie chinoise, Kreiiner aurait lu aussi que € riraouady vient de Lhassa sous le nom de Gaou tchou ».

Évidemment le nom de la capitale est mis ici pour le nom du pays, et dans le « Gaou tchou » nous devons reconnaître le Gak bo dzang bo tchou (Ken pou).

Peal pense que la branche orientale de l'Iraouady (Tchou ou Shamai, ou Phong mai kha) est la principale branche de ce fleuve et qu'elle prend sa source dans le Thibet oriental ; mais c'est une simple opinion qu'il émet sans apporter un nouveau renseignement précis sur la question. Dans son élude, intéressante au point de vue ethnographique (Yoy. Proceedings de la Société asiatique du Bengale, mars 1882), M. Lepper, qui avait voyagé avec l'abbé Desgodins aux confins de l'Âssam, identifiait le Phong mai ou Seng kha avec le Mé kha, et faisait de ce fleuve le cours inférieur de la rivière qui passe à Sanggak tchoui dzong, en se basant sur la ressemblance des noms dont nous avons parlé.

Nous croyons avoir démontré que le Phong mai et le Mé kha sont deux branches différentes de l'Iraouady, et que le Phong mai, et non le Mékha, peut être identifié avec le Tchitom tchou.

Que reste-t-il maintenant des renseignements de la géo-

oùti

graphie chinoise sur la jonction du Loung tchouan kiang, et du Pin lang kiang avec les fleuves du Thibet? ^

Nous avons vu, d'après les renseignements de Mgr Desmazures, que le Loung tchouan kiang (Koutzé kiang ou Shété kiang) devait prendre sa source à la latitude de Menkong. Quant au Pin lang kiang, que nous avons identifié au Nam mou, branche de la rivière Taping, nous ne savons absolument rien de son cours entre les parallèles de 52 et 28 degrés, si toutefois cette rivière remonte aussi loin vers le nord.

On peut admettre qu'il en soit ainsi, car, certainement, entre le Phong mai et la Koutzé kiang, il reste assez de place pour un cours d'eau qui prendrait sa source par environ 28 degrés de latitude^

Faut-il, dans ce cours d'eau supposé, voir la rivière Phong mai phong gong qui, suivant les renseignements donnés à M. Lepper, coulerait à l'est du Phong mai? Nous en resterons sur cette dernière interrogation, car nous sommes arrivé ici à l'extrême limite des déductions ou interprétations géographiques. Aller au delà serait tomber dans le domaine des spéculations qui n'ont rien de scientifique.

En reportant sur notre feuille de construction n" 2 les résultats acquis, nous les résumerons ainsi qu'il .suit en ce qui concerne l'identification des fleuves du Thibet avec ceux de l'Inde et de la Birmanie :

Identification des fleuves du Thibet avec ceux de VInde et de la Birmanie. — 1** Le Moun Ichou de d'Anville est probablement le cours supérieur du Subansiri;

2° Le Yœrou dzang bo tchou (Tsan po) est le Dihong- Brahmapoutre ;

3o Le Ken pou (Gak bo dzang bo) est le Na,m kiou ou branche Ja plus occidentale de l'Iraouady ;

4° Le Lo tchou et le Man tchou forment le Tchodh teftg tchou ou Tchitom tchou qui est le Phong mai;

5° Le Pin lang kiang ou Nam mou, branche de la rivière

Tapîng, affluent de riraouady, remonte p^ut-^^r^ sous le nom de Phong mai phong gong jusqu'au 28^ degré de latitude; G*" Le Loung tchouan kiang (Koutzé ou Shété kiang) prend sa source par environ 28® 30' et 95* 50', et devient en Birmanie la rivière Ghouély, affluent de Tlraouady.

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