‹ Mémoire géographique sur le Thibet OrientalChapitre 6 sur 7 · X. Complémeiit 4e l'éta4e séograpliiqae · texte numérisé non relu

X. Complémeiit 4e l'éta4e séograpliiqae

Étude critique du voyage exécuté dp 1878 à 1882 par le Pandit Krichna (Â.-K.). — Erreurs de la carte dressée d'après les notes de Krichna. "^ Comparaison de ses positions principales avec les nôtres. — Bathang et Tchrayul. — Rima, itinéraire de Tchrayul à Rima. —Identification du Rong thod et du Lo tcbou, du Ken pou (Gak ho) et de Tlraouady. — Ghobando. — Itinéraire de Rima à Chobando ; identification des rivières Baloung et Nayoung tchou, lac Amdso et Sang gak tchoui dzong. — Lhari. — Achèvement de la carte du Thibet oriental.

Étude critique du voyage exécuté de 1878 à 1882 par le Pandit A.'K. (Krichna). — Nousallons voir maintenant que les renseignements récemment obtenus par le Pandit A.-K. n'entraîneront que de simples modifications de détail dans notre travail.

On a pu lire dans la Revue scientifique (n** du 27 février 1886) l'intéressant résumé que M. H. Jacottet a présenté du voyage du Pandit A.-K. d'après le compte rendu qui en a été fait à la Société de géographie de Londres par M. Wal* ker, ex-directeur général du Service topographique de l'Inde, exposé suivi d'une discussion plus particulièrement hydrologique entre M* Walker et M. Gordon, bien connu par ses beaux travaux sur l'hydrologie de l'Iraouady.

En lisant le résumé de M. H. Jacottet, on se fait une juste idée du magnifique voyage du Pandit qui, de Darjeeling, se rendit à Lhassa en 1879, traversa le Thibet septentrional pour atteindre Sa tchou en Mongolie, d'où, par Tatsien lou, Bathang, Rima, Chobando, Lhari, Ghiamda et le Yœrou dzang bo il revint à Darjeeling en novembre 1882. En songeant* aux difficultés de ce voyage, à l'esprit de ressources,

à l'énergie et à la persévérance du Pandit A.-K. , il n'est aucun voyageur qui ne s'associe sans réserve aux éloges que lui ont adressés les membres les plus distingués et les plus com« pétents de la Société de géographie de Londres.

Mais, après avoir suivi avec un intérêt palpitant, avec une passion enthousiaste Je l'avoue, le récit de M. H. Jacotlet, j'ai dû tout récemment, en reprenant mon travail sur la géographie duThibet, me reporter aux textes originaux, et étudier avec calme les renseignements scientifiques con* denses sur la carte des itinéraires du Pandit Â.-K., publiée en juin 1884 par le Service topographique de l'Inde, et dans les numéros de février et mai 1885 des Proceedings de la Société de géographie de Londres.

Erreurs de la carte dressée d'après les notes du Pandit Krichna. — Jetons donc un premier coup d'oeil sur ces documents, afin de voir dans quelle mesure ils pourront nous servir.

On comprend que mon premier soin, après avoir sui\i la longue ligne rouge de l'ilinérairedu Pandit, a été de jeter un coup d'œil sur celles de ses positions et des positions voisines que j'avais eu assez de peine à déterminer.

Or, que vois-je? Tsiamdo, Sanggak tchoui dzong. Rima dont les distances à Menkong et à Jingsha sont connues, le Tsan po de d'Anville, le Soubansiri, le Ken pou (Gak bo dzang bo), etc., tous les points fondamentaux, toutes les lignes principales de la géographie du Thibet oriental sont placés ou tracés de telle façon qu'on peut assurer que l'auteur de cette carte n'avait pas étudié la géographie du Thibet; et, par conséquent, qu'il n'était pas bien préparé à l'interpréiation des notes géographiques du Pandit dont rinstruction est, on le sait, un peu élémentaire.

Espérant trouver quelques explications dans le texte^ nous ouvrons les Proceedings y et nous voyons qu'en efl'et le général Walker fait des réserves sur les positions calculées et les difficultés rencontrées pour estimer les roules levées au

I>as et à la boussole. Or, dès TinstaDt que les noies du Pandit étaient de cette nature, leur interprétation ne pouvait avoir quelque valeur que si elle était confiée à des géographes ayaot fait une étude approfondie du Tbibet. Mais, allons plus loin. Dans le numéro de mai 1885 des Proceedings^ nous trouvons l'intéressante discussion de M. Gordon qui vient confirmer entièrement nos doutes en signalant Terreur considérable commise en traçant la roule du Pandit entre la Salouen et Rima.

Exceptionnellement ici, le cartographe a marqué sur sa carte une dislance beaucoup plus considérable que celle que le Pandit avait inscrite sur son carnet de roule. Cette erreur est évidemment voulue ; elle vient là, en dépit des notes du Pandit et de tous les renseignements acquis antérieurement sur la distance de Rima à la Salouen, uniquement pour faire admettre que le Lo tchou et le Tchitom tchou dépendent du Brahmapoutre et non de Tlraouady.

Je ne veuxpas, dans un mémoire purement géographique, in'étendre sur ce sujet, parce qu'il me faudrait montrer à quelle considération politique ou diplomatique on a obéi en cette occasion; mais qiCil me soit permis de regretter qu'un établissement aussi distingué que le Service topographique de rinde ne se renferme pas dans sou r61e scientifique et qu'il ne laisse pas à d'autres le soin de faire ce que, par euphémisme, nous appellerons de la géographie économico-diplomatique.

Bien souvent nous avons regretté que les notes scient)^ fiques des explorateurs ne fussent pas publiées, telles qu'on les trouve dans leurs carnets quand ils ne peuvent pas dresser eux-mêmes leurs cartes. Par la reproduction fidèle des carnets du Pandit A.-K., le Service topographique de l'Inde aurait rendu un meilleur service aux géographes et à la géographie que par la publication de la carte à laquelle nous allons essayer d'emprunter au moins les détails de ritinéraire du Pandit*

Comparaison des principales positions du Pandit Krichna avec les nôtres. — Nous commencerons par comparer nos principales positions iLhassa, Gbiamda, Lhari, Ghobando, Rima, Dayul (Tchrayul) et Bathang; et, quand nous serons fixés sur ces positions, nous pourrons rapporter entre elles les détails de chaque tronçon d'itinéraire.

Lhassa et Ghiamda se trouvent à peu près placées de môme sur la carte du Pandit et sur notre carte préparatoire (feuille 2). Mais Lhari est à 20 milles à l'ouest de la position que nous lui avons assignée; Ghobando se trouve plus au nord d'environ 10 milles; Rima plus au sud-ouest d'environ 22 milles; Bathang est d'environ 10 milles au nord de notre position; et quant à Tchrayul (Dayul) je l'ai placée d'après le Pandit. Ces différences ainsi constatées, j'ai maintenu mes positions pour les raisons qu'on va apprécier.

Tout d'ahord le Pandit a levé sa route à la boussole de poche et en comptant ses pas ou ceux de son cheval.

Les distances estimées de cette façon dans un pareil pays ne peuvent donner un bon résultat qu'à la condition d'être rapportées très souvent à des positions observées ou déterminées en latitude et longitude. Or, le Pandit ne savait pas prendre de longitudes; et, en fait de latitudes, il n'a observé que celles de Bathang, de Tchrayul et du lac Adza (près de Uiari), ce qui est on ne peut plus insuffisant pour appuyer son itinéraire à l'estime.

Sans doute ce levé estimé a été fait avec soin; mais au point de vue de la construction d'une carte, il doit être traité de la même façon que les itinéraires officiels chinois, par exemple, entre des positions déterminées par ailleurs, puisque le Pandit n'a pas lui-même déterminé sérieusement un nombre suffisant de points de repère et n'a pris que trois latitudes sur l'énorme distance de Bathang à Ghiamda.

Certes, ce n'est pas là un reproche que nous lui faisons; nous sommes bien persuadé que le Pandit A.-K. a fait tout ce qu'il pouvait faire; mais nous sommes bien obligé de

noter toul ce qui peut être utile dans notre discussion.

Le premier point acquis, c'est que les longitudes du Pan< dit dépendent de son itinéraire à l'estime, dont la valeur dépend elle-même de Tinterprétation qui en a été faîte. Le se* cond point, c'est que les latitudes sont en trop petit nombre sur la distance totale pour appuyer le levé à Testime. Nous ne savons enfin quel degré d'exactitude on doit reconnaître à ses latitudes.

Bathang et TchrayuL — Les jésuites avaient placé Bathang par 29 degrés. Les calculs de Tabbé Desgodins mettent cette ville par 30 degrés. Le capitaine Gill l'a fixée par 29*54'; aujourd'hui le Pandit A.-K. donne 30 degrés.

Il ne me paraîl pas que la latitude la plus récente doive être la meilleure, et, jusqu'à preuve du contraire, je préfère la latitude d'un observateur européen tel que le capitaine Gill à celle du Pandit.

J'ai dit plus haut que j'avais adopté la position que le Pandit a donnée à Tchrayul (Dayul). Ce faisant j'ai tenu compte des renseignements très précis que fournit sur ce point l'abbé Desgodins quand il dit : c Tchrayul se trouvo juste dans le nord-ouest de Yerkalo. » Or Yerkalo est fixée en latitude par l'abbé Desgodins et en longitude par ses itinéraires combinés avec celui du capitaine Gill qui passa à peu dedistance dans l'est.Comme l'orientation indiquée par l'abbé Desgodins coïncide avec celle qu'on obtient en adoptant la position donnée à Tchrayul parle Pandit, et que de plus les distances de cette localité ainsi fixée à Pétou et à Menkong «ont ainsi respectées, nous avons considéré comme exacte la position de Tchrayul; et, entre celle-ci et Bathang, nous avons rapporté l'itinéraire du Pandit, dont la longueur se trouve ainsi un peu diminuée.

Rima. Itinéraire de Tchrayul à Rima. — M. Gordon, qui a eu la bonne fortune de prendre connaissance des carnets du Pandit, a pu démontrer péremptoirement que sa carte était radicalement fausse entre Tchrayul et Rima. Nous

voyons en effet dans le numéro de mai 1885 des Proceedings de la Société de géographie de Londres, page 318, un tableau présentant dans une colonne les distances estimées par le Pandit entre Bathang et Rima, et, dans la colonne suivante, les dislances qu'on a prises pour dresser sa carte. Or, tandis que de Bathang à Tchrayul ou à la Salouen, on a porté avec raison sur la carte des distances moindres que celles du carnet de route; entre la Salouen et Rima les distances non seulement n'ont pas été réduites, mais encore elles ont été considérablement exagérées!

G'est-àrdire que la projection horizontale sur la carte d'une route avec détours, montées et descentes perpétuelles dans un pays excessivement accidenté, se trouve de beaucoup plus grande que la longueur effectivement parcourue par le voyageur!

Le général Waiker n'a pas hésité à reconnaître qu'une erreur avait pu se glisser ici dans le travail d'interprétation des notes du Pandit, et que Rima pourrait bien se trouvera une trentaine de milles plus à Test que ne l'avait supposé Wilcox! (n" de mai 1885 des Proceedings, page 327).

Nous savions que Menkong, sur la Salouen, et Jingsha. sur la rivière du Brahmakund, sont distantes de 100 milles à vol d'oiseau, et que Rima se trouvait à sept jours de Menkong et à sept ou huit jours de Jingsha. Ce renseignement seul aurait dû suflQre pour ne pas mettre Rima à 75 milles de Menkong et à 28 milles de Jingsha, et pour le fixer à 10 milles près entre les deux points extrêmes.

Quoi qu'il en soit, en présence de l'erreur manifeste commise ici, nous avons dû nous en tenir à notre position de Rima, position qui se trouve environ à 22 milles dans le nord-estde celle du Pandit. Pui^, nous avons rapporté entre Tchrayul et Rima les détails de son itinéraire.

Identification du Rong thod et du Lo tchou, du Ken pou {Gak bo) et de Vlraouady* — J'ai naturellement identifié le « Dzayul tchou ou rivière Dzain ^ du Pandit avec le Man

tchou, et son c Hong thod tchou » avec le Lo tchou dont la réunion forme à Rima le Tchodteng tchou ou Tchitom tchou qui coule au sud vers l'Iraouady d'après ce que nous savons, et non à l'ouest vers le Brahmapoutre, comme le^uppose sans preuve et contre toute preuve Vauteur de la carte du Pandit.

Nous avons prouvé également que le Lo tchou ou Rong thod du Pandit était absolument distinct du Ken pou (Gak ho) qui lui aurssi dépend du bassin de Tlraouady d'après l'étude raisonnée de tous les documents. Nous sommes donc absolument du même avis que M. Gordon quand il croit que, d'après son débit, l'Iraouady traverse les Himalaya ; mais au lieu de supposer que l'Iraouady est le cours inférieur du Yœrou dzangbo ouTsan po, nous avons démontré que celui' ci était le Dihong et que l'Iraouady était le Ken pou (Gak bo), et le résultat du levé du Pandit A.-K. ne peut en rien infirmer notre démonstration, puisque, loin de modifier notre tracé d'après ses positions, il nous a fallu rapporter son levé à nos propres positions.

Quant à la partie de la carte de M. Gordon qui accompagne son article en réponse à la communication du général Walker, nous ne pouvons nous attarder à la discuter, persuadés d'ailleurs qu'après avoir pris connaissance de notre étude, M. Gordon sera des premiers à reconnaître que, jusqu'à présent, ou n'avait étudié que d'une façon très superficielle tous les documents existants sur le Thibet oriental, et que tes cartes de cette région ont été fabriquées au pouce et à Tœil, comme disent les marins.

Nous avons vu que, dans la discussion qui a eu lieu au sujet des rivières du Dzayul entre le général Walkerel M. Gordon, le général Walker a essayé de soutenir que, malgré l'énorme correction à faire subir à la position de Rima, les rivières du Dzayul coulaient vers le Brahmapoutre et non vers l'Iraouady; mais j'ai exposé précédemment à propos des voyages de Wilcoz,Rowlatt, Griffith,KricketBouri,etc.,

les raisons pour lesquelles cette hypothèse n'est pas fondée ; et, comme le général Walker ne présente pas d'arguments nouveaux dans le débat, il n*y a pas de motifs pour le continuer au moins sur le terrain de la géographie proprement dite, car nous le reprendrons au point de vue hydrologique dans un chapitre spécial.

Chobando. — Passons maintenant à la positipn principale suivante : celle de Chobando.

Il est assez curieux que notre position soit sur le même méridien que celle du Pandit: mais sa latitude non observée (30^50') est de ^9 milles plus forle que la nôtre. Nous ne verrons aussi qu*un hasard dans les différences égales et de même sens que nous avons sur nos latitudes respectives de Bathang et Chobando, puisque nous avons considéré comme exacte la latitude que le Pandit a trouvée pour la position intermédiaire de Tchrayul.

Devions-nous prendre pour Chobando la position du Pandit ou conserver la nôtre?

Après notre étude de la route de Tsiamdo à Lhassa, nous ne pouvons admettre l'interprétation du lever à Testime du Pandit. Sur sa carte, les distances de Tsiamdo à Chobando et de Chobando à Lhari ne sont pas dans un juste rapport avec celtes de Lhari à Ghiamda, soit qu'on les compare avec les distances des itinéraires officiels chinois, soit qu'on les compare avec ces distances réduites en raison des difficultés que présentent ces diverses routes.

Mais, laissant de côté des considérations trop longues à développer ici, nous nous rappellerons seulement que nos études antérieures nous donnaient pour Chobando des latitudes comprises entre SO^'SO' et 30'' 41'. D'autre part on doit admettre comme suffisamment démontré que les distances estimées par le Pandit ont été exagérées ou n'ont pas été suffisamment réduites dans la construction de sa carte. Il est donc probable que nous nous rapprocherons davantage de la réalité en conservant notre position de Chobando

(latitude maximum^ SO^'M'), ce qui ne réduit que d'une dizaine de milles l'itinéraire du Pandit entre Rima et Cbobando.

Itinéraires de Rima à Chobando. Identification de$ rivières Baloung et Nayoung tchou. Lac Amdso et Sanggak tchoui dzong. —Après avoir rapporté les détails de cetitiné* raire entre nos positions de Rima et Chobando, nous ferons remarquer que notre rivière Baloung (branche du Bodzangbo, affluent du Ken pou (Gak bo) se confond précisément avec la rivière Nayong tchou qui, sur la carte du Pandit, va se jeter dans le Yœrou dzang bo on Dihong en coupant le Kenpou (Gak bo) et là chaîne Semaloung la ! ! !

Me voilà obligé de convenir que les fantaisies de Klaproth sont absolument dépassées.

Il est plus intéressant de constater- que notre lac Amdso se trouve situé un peu à Test du point où le Pandit indique des glaciers, à la limite nord du soulèvement de l'Himalaya méridional, et que notre position de Sanggak tcïioui dzong doit être reportée un peu dans le nord-est, par 28^ 55' et en** viron 95* 33', pour conserver le rapport des distances sur la ligne A A, Ai ou A't lac Amdso et Sanggak tchoui dzong, localité placée, d'après la carte du Pandit, sur un affluent de la Salouen I

Lhari. — N'insistons pas et passons à la position princi* pale suivante : celle de Lhari.

D'après nos calculs la position de Lhari devait être comprise dans le petit triangle opq (feuille de construction n*" 2), et nous y avions choisi la position Ls (30"" 46',91<' 20') comme satisfaisant le mieux aux diverses conditions du problème : orientation entre Ghiamda et Lhari, distances à Ghiamdaet Chobando, et latitude déduite de nos lignes rectificatives.

Lhari se trouve près du lac Adza dont la latitude observée par le Pandit concorde à 2 milles près avec la nôtre* Aussi notre latitude de Lhari ne diffère-t-elle pas pour ainsi dire de celle que lui donne le Pandit; mais entre nos deux

m MÉMOIRE GÉOGRAPHIQUE SUR LE THIBET ORIENTAL;

positions, de môme latitude, il y a une différence d'environ 20 milles en longitude, puisque je place Lhari par 91o20' et qu'il le met par 90« 59'.

. Si le Pandit avait été à Tsiamdo, ou si, pour construire sa carie, on eût essayé de déterminer cette position, on aurait vu que le rapport des distances entre Tsiamdo-Chobando- Lhari n'était pas observé; mais puisqu'on n'a pas fait cette étude, nous démontrerons d'une autre façon que la longitude de Lhari du Pandit est trop occidentale de 20 milles.

Nous avons vu que le Pandit et moi placions Chobando sur le même méridien avec une différence de dix milles en latitude. Il s'ensuit déjà que nos distatices à Lhari, qui est presque en latitude avec ChobandOy ne devraient pas différer d'un mille. D'autre part nos positions de Ghiamda sont sensiblement les mêmes à 1 ou 2 milles près, nos distances de Ghiamda à Lhari devraient donc être égales.

Les itinéraires officiels chinois donnent :

De Ghiamda à Lhari 360 lis représentés par 47 milles sur la carte du Pandit;

De Lhari à Chobando 880 lis représentés par 128 milles sur la carte du Pandit.

Si nous admettons que le Pandit ne se soit pas trompé sur la petite distance de Ghiamda et Lhari, et si nous supposons que les difficultés de marche soient les mêmes sur les deux routes, nous dirons que :

Le nombre de milles de Lhari à Chobando ou. a? doit être à 880 comme 47 à 360; d'où x= 115 milles.

Or, comme il est absolument certain que la route de Lhari h Chobando, une des plus mauvaises du Thibet, est bien plus mauvaise que celle de Ghiamda à Lhari, nous devrions avoir pour X une valeur encore plus petite que 115 milles. Nous voyons donc que la distance de 128 milles qu'on a estimée entre Chobando et Lhari pour dresser la carte du Pandit a été aussi exagérée que ses distances de Tchrayul à Rima, et de Rima à Chobando.

Il se trouve que la distance de Chobando à Lhari relevée sur notre carte préparatoire (feuille 2) est précisément de 115 milles; mais nous devons remarquer que le rapport des distances eu égard à l'état des routes est observé de notre côté^ parce que notre distance de Lhari à Ghiamda se trouve être de 55 milles au lieu de 47.

D'où vient maintenant que la seule route qui n'ait pas été exagérée sur la carte du Pandit, la seule même qui ait été peut-être réduite, soit celle de Lhari à Ghiamda ? La raison en est simple : on a dressé la carte du Pandit en suivant l'ordre de son itinéraire ou de son voyage ; et c'est dans ce sens, c'est-à-dire de l'est à l'ouest, que ses positions ont été fixées. En exagérant les distances, ses positions devaient être trop occidentales.

Nous avons donc conservé encore ici notre position de Lhari, malgré la grosse différence de 20 milles, qui n'est d'ailleurs pas plus forte que celle que nous avions trouvée sur la position de Rima.

Achèvement de la carte du Thibet omnfal. — Quiconque aura suivi de près cette discussion comprendra maintenant que la carte du Pandit ne pouvait servir de base à une nou* velle carte du Thibet oriental, et ne pouvait être utilisée que dans la mesure que nous indiquions au début de ce travail, c'est-à-dire pour rapporter un plus grand nombre de détails entre les positions de notre carte.

Est-ce à dire que nos positions soient exactes ?

Évidemment non. Bien que les ayant démontrées préférables aux positions correspondantes de la carte du Pandit, nous n'avons eu garde^ tout en évitant de rentrer dans de trop longs détails^ d'indiquer la limite et le sens de$ erreurs que nous avions pu commettre sur nos positions, erreurs que nous déclarions ne pas dépasser 10 milles, si nos positions de Bathang et de Lhassa sont exactes.

Peut*être aura-t*on trouvé d'abord bien exagérée, de la part d'un voyageur qui a étudié le Thibet sans sortir de sa

chambre, la prétention de reconstituer la carte d'un pays presque inconnu, en réduisant à une dizaine de milles des erreurs qui atteignaient un degré et même un degré et demi. Cependant, j'espère qu'on jugera mieux cette prétention, après avoir étudié ce mémoire qui résume simplement les grandes lignes d'un bien long travail; et que ceux-là au moins lui accorderont quelque confiance, qui ont pu apprécier notre interprétation des documents pour établir la carte de rindp-CIiine orientale. En tout cas, observations, raisonnements, calculs et constructions se tiennent ici d'un bout à l'autre; et ce ne sera plus, je le pense, avec des suppositions en l'air, des interprétations fantaisistes ou des hypothèses sans fondement qu'on bouleversera ou qu'on fera désormais la géographie duThibet oriental.

Ayant ainsi fixé mathématiquement toutes les principales positions et le tracé des grands cours d'eau, et y ayant rapporté les détails hydrographiques, orographiques, ainsi que les localités citées dans la géographie chinoise et les itinéraires des voyageurs européens et asiatiques, nous voyons que, jusqu'à présent, notre carte définitive du Thibet oriental, très différente des cartes publiées jusqu'à ce jour, ne diffère que par un plus grand nombre de détails de celle que nous avions dressée en 1883, et qu'elle n'apporte aucun chan* gement aux résultats que nous avions obtenus (chap. IX) en ce qui concerne l'identification des fleuves du Thibet oriental avec ceux de l'Inde et de la Birmanie.

Notre étude géographique est terminée*. Rien de ce qui va suivre ne nous autorisera à apporter le moindre change-

1. Le voyage de M. Needham chez les Mishinis, les récentes reconnaissances de MM. Woodthorpe et Mac Grégor entre TAssam et le Nam Kiou suivant un itinéraire très voisin de celui de Wilcox, n'apportent aucun argument nouveau dans cette question. £n ce qui concerne les résultats obtenus par ces voyageurs, nous partageons les opinions émises dans le Rapport sur les travaux de la Société et les progrès des sciences géo^ graphiques, p. 41 et 42. {Bulletin de la Société de Géographie de PariSy l'r trimestre 1887.)

ment à noire carte ; car si nous ouvrons ici un chapitre spécial pour examiner, au point de vue hydrologique, la question du raccordement des fleuves du Thibel avec ceux de l'Inde et de la Birmanie, nous verrons quel'élude des débits de ces fleuves confirmera les résultais de notre élude géométrique ou mathématique.

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