T« MÉMOIRE HYDROGRAPHIQUE
aujourd'hui. On pourra, à l'aide de travaux provisoires et de bons règlements de police , améliorer considérablement la navigation. Au contraire, si l'on veut pousser les travaux du canal et de l'embouchure du Soulina avec la célérité que semj)le vouloir y mettre M. Nobiling, je crains qu'il ne soit impossible de maintenir en même temps une navigation active sur ce canal , qui e;gt cependant actuel- • lement le seul praticable. De tels travaux rendraient la navigation impossible; car elle est précisément plus active à l'époque même qui serait la plus propice pour l'exécution de ces travaux. C'est là, comme l'a déjà fait observer sagement plusieurs fois le commandant de VAuthion, le chevalier Isola, un des motifs qui rendent incontestable la préférence à donner au Saint-Georges.
Mais indépendamment des graves dommages que souffrirait la navigation, complètement ou presque complètement interrompue pendant les travaux, je crois que le temps qu'exigeraient ces travaux pour être achevés serait plus long que celui que demandent les travaux du canal Saint-Georges. Pour ce qui a rapport à la rectification nécessaire de tous les coudes et au dragage de tous les bas-fonds, les travaux du Soulina sont tels, qu'un homme pro-
fond dans son art ne pourrait jamais conseiller de les entreprendre simultanément; car il ne serait pas possible de déterminer avec précision les dispositions les plus convenables aux uns, sans avoir préalable* ment constaté la réussite et le résultat des autres. Aussi, comme on devrait procéder successivement dans ces travaux, ce serait là une cause nouvelle et sérieuse de retard.
Il me semble donc qu'en s'appuyant sur de justes considérations théoriques, d'ailleurs confirmées clairement par la pratique, on peut tenir pour certain que le banc de sable qui barre l'embouchure du canal Saint-Georges sera ouvert bien avant que le système entier des travaux projietés ne soit achevé. Il suffira pour cela d'élever la jetée de la digue gauche jusqu'au niveau de la mer, et de l'avoir poussée assez en avant de ce banc de sable. Dès lors lé courant du fleuve, se jetant naturellement sur l'obstacle que lui oppose cette digue , établira son cours principal le long de cette digue même, avec une force qui lui ouvrira un chenal assez large et assez profond, même avant qu'il ne soit contenu par la digue de droite.
Aussi il me paraît qu'avant d'entreprendre d'autres travaux dans le canal de l'embouchure , on de-
vrait par-dessus toute autre chose pousser avec la plus grande activité les travaux de la digue de gauche. Les effets qu*elle produira fourniront également une règle plus certaine pour déterminer la grandeur du canal la plus convenable, et, par suite, la distance à laquelle on devrait établir la digue de droite \
* Je crois pouvoir appuyer ce que j'avance ici de ma propre expérience.
Il y a vingt-cinq ans , il s'agissait de régulariser l'entrée du port de Malamocco , le principal de ceux par lesquels on entre dans les lagunes de Venise.
Un banc de sable très-étendu et très-élevé en obstruait le passage vers la mer, et avait fait tourner le canal de l'embouchure à droite, selon la direction sud* sud -est; ce canal était devenu trèssinueux, peu profond et variable au milieu des sables, qui s'accumulaient de plus en plus, emportés par le courant littoral qui se dirige de gauche à droite. La régularisation que je proposai coirsistait en deux digues parallèles. Celle de gauche , coupant normalement le banc de sable , devait se diriger vers la mer le long de la côte, sur un trajet de 6,700 pieds environ, afin de trouver à son extrémité un fond de 8 à 9 mètres; elle était de (00 pieds environ plus longue que celle que propose M. Hartiey pour le Saint-Geoi^es. La digue de droite devait être poussée à une distance moindre pour faciliter l'entrée et la sortie des bâtiments. Le mouvement des sables étant interrompu à gauche , et le courant du canal s'établissant par l'effet des marées périodiques qui alternativement remplissent et vident les lagunes , la reproduction des bancs de sable provenant du limon d'un fleuve n'était pas à craindre. Mais cette digue droite barrait absolument le passage du port. Ce passage était unique , quoique défectueux ; et partant , si l'on eût procédé à la construction de la digue de droite avant celle de la digue de gauche ou même
Cette idée de commencer par les travaux de la digue de gauche s'accorde parfaitement avec la pré-
simultaDément, la navigation se serait trouvée complètement inter* rompue. Cette circonstance fit surgir de très-graves oppositions contre le projet, parce qu'on disait que la nouvelle embouchure dirigée à travers le banc de sable , n'aurait pu se créer une largeur et une profondeur convenables avant que les deux digues fussent terminées , et qu'en attendant il n'existerait plus de passage pour les bâtiments. Ces objections paraissaient d'autant plus fortes que/ le banc de sable se trouvant très-avancé en mer , on ne pouvait espérer de pouvoir le creuser artificiellement avec des bateaux dragueurs , et quand bien même cela eût été possible , de maintenir ce passage durant un peu de temps.
Je soutenais au contraire qu'on réussirait à obtenir un premier succès, c'est-à-dire un passage direct, môme avant de clore avec la digue de droite l'ancien passage défectueux, parce qu'il sufi^it pour cela d'élever la jetée de la digue de gauche sur toute sa longueur au-dessus du niveau de la grande marée. Mon opinion , après quinze ans d'opposition et de controverses, finit par prévaloir, et on entreprit la construction de la digue de gauche , retardant celle de la digue de droite. A mesure qu'elle se prolongeait en mer, on reconnaissait que le courant du reflux s'y appuyait avec beaucoup d'efficacité , de telle sorte que quand elle eut traversé le banc de sable , il se forma naturellement à travers ce banc , et par l'effet du courant, une ouverture qui s'élargit et s'approfondit, si bien qu'en peu d'années elle présenta aux bâtiments un passage meilleur que celui qui avait été provisoirement conservé à l'antique embouchure. Alors il fut possible , en abandonnant le passage ancien , qui n'était plus nécessaire , de mettre la main à la construction de la digue de droite, qui était indispensable pour obtenir un plein succ& , c'està-dire pour donner au canal de l'embouchure toute l'étendue et la profondeur nécessaires à la libre entrée et à la libre sortie des plus gros bâtiments. Ce succès est aujourd'hui complètement obtenu.
férence donnée par 31. Ilartley à rembranchement de gauche da canal Saint-Geoi^es , qui, à son emîiouchure , se trouve divisé en deux par Tîle d*01incka, c'est-à-dire à Tembranchement de Khedrilliasse, qui est beaucoup plus important que Tautre. Cet embranchement contient une quantité d*eau deux fois plus grande, c'est-à-dire les deux •tiers de la portée totale du Saint-Georges.
Cette circonstance est un motif de plus à mes yeux pour qu'on commence non -seulement par la construction de la digue de gauche, mais encore par le barrage total du bras d'Olincka , afin de rejeter ainsi tout le Saint-Georges dans le bras de Khedrilliasse. Par là, on donnerait au courant, qui ira s'appuyer contre la digue de gauche, une plus grande efficacité ; et il pourra, comme je l'ai dit, s'ouvrir par sa seule force un passage suffisant à travers le banc de sable, même avant la construction de la digue de droite.
Toutefois, comme il s'écoulera encore un certain nombre d'années avant qu'un chenal assez profond et assez sûr ne se soit ouvert à l'embouchure du Saint- Georges, il serait prudent de commencer surle-chiTmp les travaux provisoires du canal et de Tembouchure du Soulina, dont, en attendant, le commerce continuerait à se servir.
A ce propos , ce que je trouve dans un mémoire de M. Nobiling mérite une attention spéciale.
Il raconte que, tout récemment, un employé de l'administration turque réussit à améliorer notablement le passage du Soulina, au moyen de deux palissades ou clayonnages qui resserraient le canal de l'embouchure, et au moyen de crochets qui soulevaient les matières du banc de sable et facilitaient ainsi leur transport au large par le courant. On ne connaît pas les conditions dans lesquelles avaient été accomplis ces travaux, ni l'importance des efiéts qu'on en avait obtenus. Comme on ne prit pas la peine de les entretenir, ils sont actuellement détruits. Mais les témoignages des gens de l'endroit ne laissent aucun doute sur leur efficacité. Ce fait nous démontre encore davantage la convenance de tels ouvrages provisoires. Seulement, il serait urgent de les renforcer par des travaux de fascinage et de terre extérieurement, et principalement contre la palissade du nord, afin d'empêcher que le courant littoral ne fît descendre les sables dans le canal entre les pieux, et afin qu'il contraignît au contraire les sables à s'arrêter derrière les palissades et à contribuer ainsi à les consolider. De plus , il serait nécessaire de favoriser davantage l'effet du courant en substi-
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tuant aux cnxhets de lempIiAe turc des dragues à vapeur, ou tels autres engins plus puissants, destinés à soulever les sables. De i-ette façon, on pourrait conserver au passa«je de Soulina une profondeur de dix à onze pieds. Il faudrait ajouter encore à ces travaux d'autres palissades pour rétrécir le canal, là où existent les bancs des Arçagni. On déblayerait aussi le banc de Toultcha, opération qa*on devrait entreprendre une des premières, parce qu'elle servirait aux deux canaux; et par là, on réussirait à apporter une remarquable amélioration à la navigation du Soulina, en attendant Touverture de Tembouchure du Saint-Georges.
Au reste, je pense que, quand la navi*;ation pourra se faire par le canal Saint -Georjes en abandonnant le Soulina, il conviendra de barrer ce canal par uneiorte traverse à fleur d'eau de Tétiage, afin d'accrottre la portée et l'action da canal- Saint- Georges, quand il sera renfermé entre deux digues. Le Soulina étant ainsi réduit dans les basses eaux , on pourra conduire les eaux limoneuses des temps de crues dans les étangs et les marais du delta, au moyen de petits canaux dérivés de la droite du Kilia et de la gauche du Saint-Georges. Ces canaux^ après avoir déposé le limon de leurs eaux, trouveront un
écoulement dans le canal deSoulina. De cette façon, on gagnerait à Tagriculture et aux pâturages de vastes terrains, et la condition hygiénique du delta serait améliorée.