‹ Mémoire hydrographique sur les bouches du Danube, tr. de l'italienChapitre 9 sur 15 · VII · texte numérisé non relu

VII

STATISTIQUE DU MOUVEMENT COMMERCIAL ET RAPPORT ENTRE LES TAXES ET LES DÉPENSES.

La commission de la marine sarde convoquée à Gènes par Tordre ministériel en date du 21 décembre dernier (n* 5343, 1" section. Marine marchande), a discuté la taxe qu'on pourra imposer aux bâtiments, proportionnellement à leur chargement, quand la régularisation du canal Saint-Georges sera un fait accompli; et elle a conclu que cette taxe pourrait être fixée à 4 francs par tonneau. Elle a comparé les dépenses auxquelles est actuel* lement assujettie la navigation , en raison des difficultés que présente le canal de Soulina; et elle a

^i MÉMOIRE HYDROGRAPHIQUE

reconnu que ces dépenses s élèvent à 5,058 fr. 70 c. pour passer la barre sans remorqueur, et à 5,400 fr. environ, avec la dépense du remorqueur, pour un bâtiment de cent soixante-dix tonneaux, c'est-à-dire 20 francs par tonneau ; la taxe de 4 francs n'en serait que le cinquième. Cependant, comme dans ces calculs on a supposé que l'assurance pour Galatz est la même que pour Odessa, la commission croit que l'avantage du nouveau tarif ne peut être évalué qu'aux deux tiers.

La commission réduirait même cet avantage à la moitié, parce qu'elle pense que t aussitôt que la rét gularisation sera exécutée dans le canal Saint- » Georges, et que la navigation du Danube sera » rendue complètement facile et sûre, les spéculai teurs en profiteront pour diminuer le prix du fret » au détriment des armateurs et des navigateurs. »

Pourtant, comme on doit, en somme, envisager la véritable économie obtenue sur les dépenses qui sont à la charge des marchandises transportées, sans rechercher entre qui se répartiront en dernière analyse ces économies et ces bénéfices, que ce soît à l'avantage de l'affréteur ou des armateurs, ou de tout autre intermédiaire , il n'en est pas moins toujours vrai, selon moi, que l'économie qui contribuera à la

diminution du prix de la marchandise, sera au moins des deux tiers des dépenses actuelles. -

M. le chevalier Isola, commandant le b&timent à vapeur de la marine royale YAuthion, est arrivé de son côté aux mêmes conclusions, bien que par une voie différente. Il a constaté que les bâtiments sardes et ceux des nations grecque et roumaine emploient ordinairement trente jours pour remonter de Soulina à Galatz, et vingt pour descendre de Galatz à Soulina ; et comme très-souvent ils ne peuvent vaincre les brisants soulevés à la barre par la force des vents du nord à l'est, ils sont contraints de perdre quarante jours pour attendre le temps propice, ou pour ne pas rester en rade jusqu'à ce qu'il leur soit possible de pouvoir rembarquer leur cargaison entière. Il résulte de là que, quoique Odessa et Galatz soient également distantes du Bosphore, le voyage dans la première direction exige quarante-cinq jours de moins que dans la deuxième.

En partant de cette donnée, M. le chevalier Isola a pu, d'après des recherches statistiques très-précises et très-sagaces , calculer que les dépenses supportées annuellement par 1,955 bâtiments appartenant aux différentes nations, moyenne du mouvement commercial pendant une période de dix ans, au-

raient été, pour le trajet du Bosphore à Galatz, supérieures à celles du Bosphore à Odessa de 7,775,065 fr . , en se rapportant au jaugeage d'enregistrement; ou, en prenant pour base le jaugeage réel de chargement, de 8,886,276 fr; M. le chevalier Isola ajoute encore une autre remarque. En tenant compte de la prime que les assureurs exigent pour le voyage de Galatz, exposé, dans l'état actuel des choses, à une foule de retards, périls et avaries, et en admettant que cette prime disparaisse quand, par la régularisation stable du canal et de l'embouchure du Saint-Geor-

ges, ces inconvénients disparaîtront, la différence de la déi^ense annuelle s'élèverait à 11,282,251 fr. Cependant il me paraît, conformément à l'opinion de la commission sarde , qu'il convient de renoncer à supputer ce dernier avantage; car la différence de la prime d'assurance continuera de subsister, à cause des difficultés toujours grandes qui se rencontreront dans le trajet du Bosphore à Galatz. Ce trajet exige que l'on continue à longer la côte jusqu'aux bouches du Danube , dont l'entrée et la sortie ne seront jamais tout à fait exemptes de dangers. Nous nous bornerons donc à admettre que la régularisation du canal Saint- Georges diminuera les dépenses de 8,886,276 francs. Cette somme , di-

visée entre i,9o3 bâtiments, et sur le chargement moyen réel évalué à 150 tonneaux par bâtiment, réalisera une économie de 30 francs par tonneau.

Pour plus de certitude dans les calculs, il convient de se renfermer dans des limites plus étroites et de reconnaître que la navigation, dans une mer libre, du Bosphore à Odessa, présentera toujours moins de difficultés que la navigation du Bosphore à Galatz, quoique la distance soit égale; car pour cette dernière, outre, l'obstacle que présente nécessairement l'embouchure d'un fleuve , il faudra subir les lenteurs de la navigation à voiles dans le canal du fleuve et recourir à l'assistance des remorqueurs.

C'est là ce qui fait qu'on doit réduire aux deux tiers seulement, c'est-à-dire à 20 francs par tonneau, l'économie qu'on obtiendra par les travaux proposés. Nous pouvons donc admettre que , en imposant une taxe de 4 francs par tonneau, le commerce et la navigation obtiendront un bénéfice des 4/5 sur les charges de toutes sortes qu'ils ont à supporter dans l'état actuel des choses.

Maintenant, il s'agit de prouver que la taxe de 4 francs par tonneau sera suffisante pour couvrir les dépenses de la régularisation du canal , indépendamment du bénéfice direct qu'en retireront toutes

les nations commerçantes d'Europe. Pour se convaincre que cette taxe est suffisante, il n'y a qu'à observer l'accroissement considérable du nombre des bâtiments qui font le trajet du Bosphore à Galatz. Ce nombre , qui , d'après la moyenne des dix dernières années, recueillie par le commandant de VAiuhion, n'était que de 1,953 bâtiments par année, peut être évalué actuellement à 2,500 environ.

Quand on aura régularisé l'embouchure du fleuve et aplani le grave obstacle qui interpepte la navigation aux Portes- de Fer, et qui empêche presque en tout temps la libre communication entre le Danube supérieur et le Danube inférieur, enfin quand on aura proclamé et garanti par les traités la libre navigation de ce grand fleuve pour toutes les nations, on peut supposer, sans exagération , que le mouvement de la navigation et du commerce recevra un accroissement de 20 ^/^ au moins. On peut donc calculer sur 3,000 bâtiments par an d'une portée moyenne de 150 tonneaux chacun , c'est-à-dire sur 450,000 tonneaux de marchandises qui payeront annuellement la taxe. C'est un produit annuel de 1,800,000 fr., qui doit fournir un intérêt de 5 7o sur la somme de 26,000,000; et, ainsi que nous l'avons dit, cette somme peut être regardée comme la

dépense totale de la régularisation complète du canal Saint-Georges.

De ce produit de fr. 1,800,000

si Ton déduit l'intérêt en fr. 1 ,300,000 et en outre la somme

de 125,000

nécessaire chaque année pour l'amortissement du. capital, dans une période de SO ans,

on aura en total. . . . fr. 1,425,000 tr. 1,425,000

Il restera donc encore fr. 375,000

annuellement, somme qui, à mon avis, serait suffisante pour subvenir à toutes les dépenses d'entretien et de conservation du nouveau système. Quant au personnel chargé de la surveillance et de la police de la navigation , je pense qu'il serait choisi et entretenu sur les lieux, à la charge des nations intéressées à la prospérité de ce commerce.

Lors même que l'expérience démontrerait l'insuffisance de ces calculs, et quand, ce qui parait peu probable, tant de nations désireuses de faire réussir cette grande entreprise , ne se trouveraient pas disposées à s'imposer une part dans de si légers sa-

crifices, les observations qu'on rient de présenter démontrent qu'on pourrait se permettre une augmentation sur la taxe de 4 francs, tout en laissant encore au commerce un larçe bénéfice.

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