‹ Memoire pour les ouvriers typographesChapitre 13 sur 25 · QUESTION -TYPOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

QUESTION -TYPOGRAPHIQUE

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Ânicles pnbliés dans rOplMlem IVattonale.

Jeudi, 26 décembre 1861.

II se présente en ce moment une question fort importante, non-seulement pour les nombreux ouvriers qu'elle concerne directement, mais encore pour tous les corps de métiers, en raison des graves problèmes qu'elle soulève : — c'est la question des ouvriers typographes.

Si les discussions de salaires éveillent toujours l'attention et souvent des craintes, puisqu'elles intéressent à la fois la justice sociale et Tordre public, il est consolant de voir que grâce à un esprit de sagesse qui pénètre ceux qui travaillent et ceux qui font travailler, et grâce aussi à la bienveillance de l'autorité, de telles questions, ordinairement redoutables, tendent à se résoudre d'une manière pacifique et régulière.

Il y aura prochainement vingt ans que les typographes sont régis par un tarif, véritable charte typographique qui, due d'abord à l'initiative des maîtres imprimeurs eux-mêmes, puis discutée et amendée par une Commission mixte, a été consentie par la majeure partie des patrons et constamment soutenue par l'universalité des travailleurs (1).

Les statuts prévoyaient une révision quinquennale. — Le pacte de 18i3 pouvait donc être révisé en 18A8. Toutefois les ouvriers compositeurs n'essayè-

(1) Yoy. Brochures ouvrières : Des intérêts typographiques devant la Conférence mixte

des maîtres imprimeurs et des ouvriers compositeurs.

rent point de profiter des émotions de cette époque pour obtenir des conditions plus avantageuses. Et lors de la révision qui se fit en 1850, on se borna à préciser certains points qui aicaient donné lieu à équivoque, &iite d*avoir été suffisamment définis. Les prix sont donc restés les mêmes qu'il y a vingt ans ; et Ton peut dire, à très-peu de chose près, les mêmes qu'il y a trente ans; car en 1843, on s'était proposé déniveler les prix de composition et non de les augmenter.

Aujourd'hui, um* surdlévatioir dv prix àm vivres et des loyers a rendu une révision du tarif nécessaire.

Quand tout a si profondément changé autour des ouvriers, il est urgent que le salaire qui les fait vivre soit également modifié.

C'est ce que les ouvriers typographes ont signalé dans la pétition, digne et modérée, qu'ils ont adressée à MM. les maîtres imprimeurs de Paris. La presse tout entière s'est associée à leur demande, et c'était un acte tout à la fois de justice et de confraternité : car l'ouvrier compositeur est en quelque sorte le collaborateur du journaliste, comme le journaliste est le premier témoin de son labeur.

Bien que plusieurs mois se fussent écoulés sans réponse, les ouvriers n'en ont pas moins persisté à espérer que l'esprit d'équité inclinerait les patrons aux concessions légitimes.

Nous devons noter deux faits fort honorables d'initiative pour Taugmentation des salaires : l'initiative d'une puissante imprimerie de province, à Tours, et celle de l'impiimerie impériale de Paris.

Enfin, ces jours derniers, les ouvriers compositeurs, sur l'invitation du président de la Chambre des imprimeurs, se sont réunis pour procéder à l'élection des membres-ouvriers de la Conférence mixte qui doit réviser le tarif.

Une chose bien remarquable, c'est l'unanimité qui n'a cessé de régner .parmi les ouvriers. En effet, sur 3,050 compositeurs de Paris, 2,682 ont signé Fa pétition, 2,953 ont pris part au vote» et le premier commissaire ouvrier élu a obtenu 2,i0i voix.

Sous peu la Conférence mixte des maîtres imprimeurs et des ouvriers compositeurs se réunira. — Il n'est pas douteux qu'il n'y ait une élévation des salaires, les maîtres déjà n'en discutent que la quotité.

Mais voici le fond de la question. Les ouvriers désirent avoir une Chambre des ouvriers typographes, comme les patrons leur Chambre des maîtres imprimeurs. Celle-ci existe de fait, maïs u'a pu encore, malgré de nombreuses ins* tances, être reconnue par l'autorité ; et pourtant les maîtres imprimeurs sen-

tent mmbien ce Menai «ttik i la dignité de la proféssâon. Mus T AdmiBÛHraioii ne pourrait équîtablement autoriser les patrane à avoir leur Chambre, wbs autoriser les ouvriers à avoir également la leur. Autrcmctil, une association de tous les maîtres imprimeurs, les ouvriers restant forcément isolés, serait une coalilîeii permauenleetl^ale contre les ouvriers.

Combien il serais honorable pour MM. les maîtres imprimeurs de demander, d'accord avec les <nivriera, que l'Administration autorisât simultanément les deux Chambres : la Chambre des maîtres imprimeurs et la Chambre des ouvriers

typographes !

Un examen attentif de la question convaincra que cette combinaison ne serait pas moins profitable aux patrons qu'aux ouvriers*

Yendredi, 27 décembre tOM.

LES SALAIBES A nMPBIMËBIE IMPÉBIALE

Chaque fois que 1* Autorité supérieure prend une mesure dans Fintérét des masses, le devoir de tout homme de progrès est de s'en réjouir et d'y applaudir, puisque le progrès se trouve aîo^ accéléré de toute l'impulsion de la puissance publique.

En présence de ces questions de salaire qui préoccupent si vivement ]a population ouvrière, H. k Ministre de la justice s'est inquiété du sort des ouvriers typographes qui dépendent de son administration, et la direction de l'Imprimerie impériale s'est associée A sa soUkitude.

Chaque année, MM. les délégués des grandes administrations publiques se réunissent pour la rédaction du tarif des travaux à exécuter pour l'Imprimerie impériale pendant Tannée suivante, pour ce tarif être présentés à M. le garde de sceaux et soumis à l'approbation de l'Empereur.

Le directeur actuel dei'Imprimerie impériale, M. Anselme Petetin, comprenant les besoins des ouvriers typographes employés sous ses ordres, aurait fait valoir à peu près comme il suit les raisons urgentes qui nécessitent une augmentatiop de salaire :

c La cherté actuelle des denrées alimentaires, le taux élevé et progressif du prix des l«yenoBt créé, pour k dame owrîère pamieiuie, on état de malaise et de gène auquel f humanité et to justice eoianadent d'apparier un Irès-prampt adaMusemeflL iMîà

rAotorité supérieure est entrée dans cette voie en améliorant la position delà plufNurt de ses agents inférieurs. Presque toutes les grandes compagnies industrielles ont agi de même, en élevant le traitemeut ou le salaire de leurs employés et de leurs ouvriers* une puissante imprimerie de province a suivi cet exemple, et la typographie de Paris est en instance près la Chambre des imprimeut*s pour réclamer le même bienfait.

c Des considérations politiques, que MM. les délégués apprécieront, sans qu'il soit besoin de les développer devant eux, ne permettent pas à Tlmprimerie impériale de rester plus longtemps en dehors de ce mouvement. Aussi M. le garde des sceaux vient-il d'autoriser l'augmentation immédiate du salaire des ouvriers à la journée, mesure qui prélèvera sur Tactif de Tlmprimerie impériale une somme annuelle d'au moins 14,000 fr. Il s'agit maintenant d'étendre la même mesure aux ouvriers travaillant aux pièces. Mais ici la tâche est plus difficile : la somme nécessaire est considérable, elle s'élève à plus de 80.000 fr. et l'Imprimerie impériale ne saurait, sans imprudence, charger son budget seul de cette somme tout entière. Les vingt-cinq centimes demandés y pourvoiront pour la moitié à peu près et l'Imprimerie impériale devra réaliser le surplus, soit par des transformations de mains-d'œuvre, soit par des économies de toute nature, soit enfin par une réduction dans la somme des bénéfices qu'elle verse annuellement au Trésor.

« Dès qu'il est reconnu que les denrées coûtent plus cher, que le prix des loyers est excessif et que le salaire actuel des ouvriers n'est plus en rapport convenable avec tout ce qui constitue les exigences impérieuses de la vie, il est juste, il est humain, il est politique surtout d*y apporter quelque remède, il y a véritablement force majeure ; et si, par impossibilité, la dotation de certains services ministériels était insuffisante, la voie des crédits supplémentaires n'est pas fermée absolument, et nul doute qu'en présence de motifs aussi légitimes^ de faits aussi évidents, le Conseil d'État et le Corps législatif ne s'empressent de les voter.

c Si le traité de commerce avec l'Angleterre, par exemple, avait amené une élévation persistante et excessive du prix des papiers ; si ce fait de force majeure avait entraîné la résiliation de tous les marchés passés par l'Imprimerie impériale au compte des administrations publiques; que serait il donc arrivé ?

t A ce besoin nouveau, on aurait appliqué des mesures nouvelles ; on aurait demandé, on aurait obtenu des crédits. Pourquoi n'agirait-on pas ainsi lorsqu'il est question de salaires? Ne se passe-t-il pas ici un fait analogue, un fait bien plus digne d'intérêt? Les aliments, les denrées ne sont-ils pas plus chers, les logements d'ouvriers plus coûteux qu'ils ne l'étaient il y a quinze ans? Les ouvriers, pour se loger, ne sont-ils pas forcés, de plus en plus, chaque jour de se porter vers les points extrêmes de la ville? Ne sont-ils pas soumis à des frais journaliers de chaussures, de vêtements, de transport, et à des pertes ruineuses de temps ou de repos? MM. les délégués le reconnaissent, ils approuveront l'augmentation demandée.

a L'Imprimerie impériale est l'ouvrière des administrations publiques; c'est doncà elles qu'elle doit réclamer le prix de son travail en le leur faisant payer ce qu'il vaut, c'est-àdire ce qu'il coûte.

c Quelle est au fond la mission réglementaire du comité? C'est de constater, de concert avec l'Imprimerie impéiiale, le prix de revient des travaux dont elle est chargée pour

rÉUt et notamment celui de la mam-d'œuvre ; oi% est-il contesté que le prix des éléments de l'existence à Paris se soit aggravé, et que par conséquent la main-d'œuvre soit en ellemême plus chère? Non.

« Ce qui est juste et légitime au jugement et dans la conscience du comité paraîtra tel aux pouvoirs publics, il serait irrespectueux de supposer le contraire.

« Quant à la proposition d'ajournement, elle n'est point admissible, elle n'est point discutable : la faim ne s'ajourne pas. »

MH. les délégués des ministères» pénétrés des motifs exposés par M. le directeur de l'Imprimer ie impériale, auraient, si nous sommes bien informés, volé à lu presque unanimité la proposition de l'augmentation des salaires.

Nous avons lieu de penser que cette décision des derniers jours de novembre n'a pas été sans influence sur la détermination de MM. les maîtres imprimeurs de Paris qui, le à décembre, ont, en réponse à la pétition des ouvriers compositeurs, annoncé qu'ils adhéraient à la formation de la Conférence mixte pour la révision du tarif.

C'est un heureux précédent.

Nous ajouterons que l'Administration a d'autant plus le droit de faire écouter ses conseils par les maîtres imprimeurs, que l'imprimerie est un monopole. Si dans un intérêt général, l'Autorité fait périodiquement modifier les tarifs des grandes compagnies industrielles privilégiées, elle a assurément ici un droit analogue.

Là où il y a un monopole, TAutorité qui Ta accordé et qui le maintient, peut en fixer les conditions pour prévenir ou diminuer les abus.

Ce qui est incontestable, c'est que la reconnaissance de l'ouvrier est assurée d'avance à tous ceux qui mettront l'amélioration de son sort au nombre des premières nécessités politiques.

Mardi, 31 décembre 1861.

Le Siècle^ en reproduisant une partie de notre article sur les ouvriers typographes s'associe à Tidée émise par Y Opinion nationale ^ que les ouvriers typographes aient une Chambre comme les maîtres imprimeurs. Il pense avec nous que cette mesure pourrait être appliquée à d'autres professions. Il ajoute : « Mais pour établir une Chambre syndicale l'autorisation du Gouvernement est nécessaire; espérons qu'il l'accordera aux ouvriers typographes. •

(Test ce qu'il est permis, en effet, d'attendrc'èe Féquîté du GooTernemeDl. Plusieurs ouvriers typographes nous communiquent, avec prière de riosérer, la lettre suivante, qui a été adressée à M. Anselme Petetin :

€ A M. le directew de Vlm^mme impériale^ • Monsieur, c Nous avons appris avec joie la généreuse initiative prise par M. le Blinistre de la justice et par vous pour Tauginentatiion des salaires des ouvriers typographes de l'imprimerie impériale.

c Les nobles et chaleureuses paroles que vous avez prononcées, et dont nous avons retrouvé la substance dans YOpinion nationale, nous ont émus, c Recevez-en nos remerciements avec Texpression de notre reconnaissance. « Paissent vos paroles retentir dans le cœur de tous nos patrons, à Paris et dans les dépEiitements!

« Au nom de nos camarades,

« Les Commiêêaireê-oavriera de la Conférence mU^ :

« Baragnet, Parmentier père, Viguier., Moulinet, Y.-Eu^àne 'Gauthier, Geutani, E. Uiiet, iifbnsi, Pacrot.

c Paris, ce 27 décembre 1861. p

Nous avons la ferme confiance que dans les discussions qui vont s'ouvrir, patrons et ouvriers typographes seront animés du même esprit de justice et de condliatioD.

lUmanche, 5 janvier 1682.

Il y a toujours sagesse à ne foini se contenter de résoudre la difficulté du jour, mais à se prémunir contre les difficultés à venir. C'est ce qui a fait naître Id pensée de constituer une Chambre des ouvriers typographes à côté de la Chambre des maîtres imprimeurs.

Les questions de salaires, en effet, ne sont point de celles qui peuvent être décidées une fois pour toutes. Il serait aussi malaisé de fiier équitablement le salaire pour une longue période, que de fixer d'avance, par exemple, le prix du blé pour plusieurs années. Mais, de même qu'il y a une mercuriale pour les céréales, il pourrait y en avoir une pour les prix du travail.

Les salaires sont déterminés par une quantité de causes multiples, qu'il est

presque imposable de prévoir, mais qii*il est indispensable d'examiner et dé débattre. Or, à qui appartient-il de les examiner et de les débattre, sinon aux intéressés, c'est-à-dire aux patrons et aux ouvriers. II faut non-seulement que les prix conviennent au public, mais qu'ils ne soient pas établis en fraude des droits de l'ouvrier. Il faut que les salaires soient tenus en rapport tant avec les nécessités de la vie qu'avec les intérêts généraux de la corporation.

Ce qui a porté les maîtres imprimeurs à constituer leur Chambre en i8S9^ c'était le besoin d'uniformiser leurs prix pour mettre un terme à la concurrence funeste qu'ils se faisaient entre eux dans leurs relations avec le public. Ce qui a porté les ouvriers typographes à constituer leur délégation en 18i2, c'était le besoin d'arrêter un tarif commun pour échapper aux dangers de la concurrence qu'ils se seraient faite entre eux dans leurs relations avec les patrons. Ce qui fait aujourd'hui prévaloir l'idée des deux Chambres typographiques, celle deâ patrons et celle des ouvriers, c'est le besoin d'établir une entente continue pour que le public soit satisfait, que l'industrie typographique prospère et que cette prospérité tourne à l'avantage des ouvriers comme des patrons.

Patrons et ouvriers, tout en ayant des intérêts corporatifs communs, ont pourtant certains intérêts distincts, d'où la nécessité pour eux de discuter d'à* bord séparément, patrons entre patrons, ouvriers entre ouvriers, pour que les droits des uns et des autres en soient mieux précisés et qu'un juste accord en soit plus facile.

Quand des patrons n'accordent pas aux ouvriers tout le salaire dont ils ont besoin, il faut sans doute moins en accuser leur mauvaise volonté que les né*

cessités sociales qui les dominent eux-mêmes. Hais c est ce dont les ouvriers ne se rendent pas toujoiu*s suffisamment compte.

-^ D'autre part, quand les ouvriers élèvent les plus fortes réclamations contre leurs patrons, ce qui augmente surtout leur mécontentement, c'est que, n'étant pas initiés aux motifs supérieurs des patrons, si ceux-ci en ont, ils ne peuvent mesurer la durée de la patience qu'il leur faut avoir, eux et leur famille. . Et c'est aussi ce dcmt les patrons ne se rendent pas suffisamment compte.

Supposons que la Chambre des ouvriers typographes existe : les patrons pourraient, dans certains cas, expliquer aux ouvriers pourquoi ils ne cèdent point à leurs demandes, leur faire entrevoir quand les concessions désirées de-* viendraient possibles. £t si les obstacles sont trc^ considérables pour que les patrons puissent les écarter tout seuls, peut-être la Chambre des ouvriers et la Chambre des patrons, en s'entendant, les feraient disparaître. On accède davan-

tage, en effet, à ce qui est évidemment un intérêt collectif, qu'à ce qui peut être considéré comme n*étant que l'intérêt de quelques-uns.

Si la Chambre des maîtres imprimeurs, depuis vingt-deux ans qu'elle existe n'a pas pu grand chose [dans l'intérêt de la typographie, cela tient moins à ce qu'elle n'est que tolérée, qu'à ce qu'elle n'est qu'une réunion de notables. Or, on sait combien les notables, réduits à eux seuls, sont peu propres à l'introduction des réformes : il y faut pour cela le concours de tous les intéressés.

Les maîtres imprimeurs ont fréquemment exprimé le regret que leur Chambre ne fût pas légalement autorisée comme celles des notaires et des avoués ; car alors ils pourraient au besoin, disent ils, traduire leurs membres à la barre et leur infliger un blâme pour manquement aux devoirs de la profession. Les ouvriers pourraient trouver dans leur Chambre à eux un avantage analogue. Les répressions disciplinaires sont plus efficaces même que beaucoup de condamnations judiciaires, en même temps qu elles maintiennent intact l'honneur du corps.

Nous avons entendu cette objection : « Pourquoi, quand les notaires n'ont qu'une Chambre, les typographes en auraient-ils deux 7 » Il est vrai qu'il n'y a pas une Chambre des clercs ; mais c'est que les clercs ne sont guère que des surnuméraires, c'est-à dire des apprentis. Or, il n'est pas question de constituer une Chambre des apprentis typographes. L'objection tombe donc d'elle-même^ faute de parité.

La Chambre des ouvriers typographes aurait non-seulement la mission de dibcuter périodiquement et de déterminer les salaires, de concert avec la Chambre des maîtres imprimeurs, mais encore de veiller à ce que l'apprentissage soit sérieux, c'est-à-dire profite à Teiifant et aide au progrès de la corporation typographique.

Lorsque le Gouvernement veut prendre des mesures dans l'intérêt de la typographie, il serait à même de se renseigner, non plus seulement comme aujourd'hui, près des patrons, mais aussi près des ouvriers.

On nous dit que déjà parmi les maîtres imprimeurs, il y en a qui trouvent juste et bonne Tidée d'une Chambre des ouvriers typographes. Celui d'entre eux qui prendra cette initiative recueillera une grande reconnaissance.

Pour nous, nous avons la conviction que si le bon vouloir des patrons peut hâter une solution aussi désirable, elle n'en est pas moins celle que le temps lui-même finirait par imposer.

Nous avions lu dernièrement dans le Moniteur de la Côtei' Or et dans un petit journal spécial, le Guttenberg^ les lignes suivantes :

c Son Exe. le comte de Persigny, ministre de l'intérieur, a adressé au président de. la Chambre des imprimeurs de Paris une lettre particulière pour appeler l'attention de cette Chambre sur la question du salaire des ouvriers compositeurs.

c Par suite de cette lettre, M. Pion, aujourd'hui président de la Chambre des imprimeurs, a invité les membres délégués des ouvriers à se réunir à ceux des patrons, pour former une Commission mixte qui sera chargée de la révision du tarif.

c Nous sommes heureux de voir une solution aussi favorable due à Tinitiativc d ç. S. Exe. le ministre de l'intérieur, sur une question aussi sérieuse et qui préoccupe vive ment patrons et ouvriers. »

M. Pion a écrit pour réclamer contre ce récit, et fait annoncer par l'un des deux journaux cités plus haut, queTinitiative delà mesure appartient à la Chambre des imprimeurs. Si les patrons ont pris cette initiative, c'est une raison de plus d'espérer que les vœux des ouvriers seront exaucés. 11 était difficile de penser que le ministre eût écrit officiellement à une Ciiambre qui n'a point d'existence légale. Mais la sollicitude de M. de Persigny n'en est pas moins certaine.

Les ouvriers typographes se rappellent avec plaisir qu'au mois d'août dernier, l'Administration a fait exprimer au président de leur Société de Secours mutuels, M* V.-Eugène Gauthier, son contentement du discours prononcé par lui loi*s de l'assemblée générale semestrielle qui eut lieu à l'Hôtel-de- Ville, salle Saint-Jean, et dans lequel les l,iOO sociétaires avaient surtout applaudi le passage suivant :

c En somme, après quoi aspirons-nous :

« Nous aspirons à posséder le bien-être obtenu par nous-mêmes avec la mutualité.

« Nous aspirons à voir la protection des lois et de l'autorité équilibrer d'une manière plus complète la puissance des heureux avec les besoins impérieux des déshérités.

c Nous aspirons, par des Chambres syndicales ouvrières, par des délégations corporatives, à posséder une facilité plus grande de faire parvenir au chef de TÉtat les plaintes des faibles, comme lui arrivent les doléances des forts! •

Nous devons citer un fait bien honorable pour la typographie. Les ouvriers

typographes viennent d'assurer une retraite à un de leurs confrères qui avait

bien mérité de la corporation. 11 s'agit de M. Michel (de Namur),qui, âgé de

67 ans, travaillait depuis quarante-deux ans à l'imprimerie Bailly, Divry et C*%

rue Notre-Dame-des-Champs, n« à9. L'appel fait par les membres du Bureau

administratif de la Société de Secours Mutuels typographique parisienne renfermait les belles paroles que void :

« En faisant un appel à TOtre sympathie ponr notre vieil ami Michel (de Namnr), c'est une dette de reconnaissance que nousarons voulu tous inviter à acquitter. A Tépoque on notre Société devient florissante, il y aurait ingratitude à oublier un de ses fondateurs, que Ti^ge et la maladie frappent aujourd'hui et forcent à la retraite.

« Michel est un des quelques hommes qui, comptant sur leur dévouement pour entraîner les masses, fondèrent obscurément, il y a vingt-deux ans, l'œuvre que nous voyons si prospère de nos jours. '

c En 1842, nommé délégué, par la maison Bailly, pour l'organisation du premier tarif, il eut l'honneur de faire partie de la Commission qui institua celte charte typographique, et son nom figure sur la médaille que l'imprimerie parisienne décerna à ses auteurs.

c Depuis, il fit continuellement partie de nos conseils administratifs, et, dans une circonstance néfaste, ce fui à sa probité que Ton fit appel pour sauvegarder nos intérêts menaces.

c Lors de la révision du tarif, en 1851, Michel fut encore désigné, par le vote de ses confrères, pour faire partie de la nouvelle Commission.

« Enfin, délégations, comités, Commission arbitrale*., l'ont vu prodiguer son zèle aussi longteiups que sa santé lui permit d*y figurer, et, si plusieurs de nos jeunes typographes ne le connaissent que de nom, c'est que, chez lui, le zèle a survécu à la puissance de fiiire.

« Chers confrères, la patrie dote généreusement le soldat qui, victime de son courage, sort mutilé d'un champ de bataille, mais les invalides civils restent à créer ; que notre reconnaissance y supplée : n'abandonnons point ceux qui ont donné leur courage, qui ont consacré leur vie à enseigner les bienfaits de la mutualité corporative. >

Les ouvriers typographes répondirent avec empressement à ce noble appel. La typographie départementale s'as.^ocia par un élan fraternel, à la bonne œuvre de la typographie parisienne, témoignant une juste reconnaissance pour l'un des hommes qui, en inaugurant le t&rif parisien, avaient préparé ramélioratiou du sort de tous les typographes de France. Une somme de i ,500 fr. environ fut ainsi réunie.

Et de plus, dans sa dernière assemblée, la Société de Secours Mutuels typographique parisienne a voté une pension de 25 fr. par mois à ce vénérable fondateur de l'œuvre.

Le directeur de l'établissement dans lequel M. Michel (de Namur) a travaillé quarante ans, ajoute un secours^ annuel de 00 fr. à la somme accordée parla Société typographique.

Samedi dernier, h jamier, a eu lieu le banquet d'adieux donné à leur cama-

rade par les ouvriers typographes avec lesquels il était resié le plus étroitement lié : kor vieux collègue peut maintenant s'en retourner glorieusement dans sa ville natale de Namur, où les sympathies générales de la typographie parisienne l'accompagneront et ne lui feront jamais défaut.

Autre fait qui montre toutes les bonnes choses qui découleront un jour d'une organisadon corporative complète : il y a deux ans, M. Amédée Pannentier, fils de M. Parmentier, actuellement commissaire-ouvrier à la Conférence mixte, tombait au sort, une somme de 2,500 fr. était hécessadre pour la libération du service militaire de cet excellent ouvrier.

Les confrères de M. Parmentier, .en raison des services notables rendus par lui à la cause typographique, tenaient à lui conserver son fils; mais il ne voulut accepter qu'on prêt. On créa donc des obligations corporatives de cinq francs chacune, que les ouvriers typographes se partagèrent. Chaque année a lieu un tirage au sort, et le prêt se trouve ainsi peu à peu régulièrement remboursé.

Nous ajouterons que quinze patrons ont eu la bonne pensée de participer à cet acte confraternel, affirmant par là la solidarité qui lie, dans une même corporation, tous les travailleurs, maîtres et ouvriers : ce sont IVIM. Pion, Tbunot, Delalain, Wittersheim, Lahure, Martinet, Cbaix, MaUet-Bacbeiier, Bourdier, Claye, Serrière, Maréchal, Jouaust, Malteste et Meynieis.

La commission qui s'en occupa était composée de MM. les maîtres imprimeurs Ch. Jouaust, membre du conseil des prud'hommes; Juteau et Thunot, président au conseil des prud'hommes; -*- de H. Richard, prote, président de la Société de Secours Mutuels de la Montagne-Sainte-Geneviève ; de M. A. Vicz, prote, et des ouvriers typographes Alfonsii, Baraguet et V. -Eugène Gauthier, ces deux derniers membres du conseil des prud'hommes.

Voilà de bonnes et heureuses initiatives qui méritent d'être fortement applaudies! Un jour la corporation suppléera l'Etat dans beaucoup de choses qui ne sont point du ressort réel du Gouvernement.

12 ianvier 1S62.

LA TYPOGRAPHIE DÉPARTE SIENTALE

Si nous avons insisté sur ce qui concerne les ouvriers typographes, c'est surtout parce que leur orgaaiaatioa pourra servir de modèle pour ks aotraa corps de méûer.

^ La Conférence mixte, en vue de la révision du tarif, s'est déjà réunie. Les délégués patrons ont trouvé dans les délégués ouvriers une fermeté ccmcilia- Irice qui est d'un bon augure.

La seule objection, sinon sérieuse du moins spécieuse, qui se soit produite depuis l'origine du débat, a été que l'augmentation du salaire à Paris ferait refluer le travail en province. Or, comme il était à prévoir, sous l'influence des mêmes causes, les mêmes réclamations qu'à Paris se sont élevées dans les départements.

Aussitôt après la pétition des ouvriers typographes parisiens, les ouvriers typographes lyonnais ont adressé une demande à messieurs les maîtres imprimeurs de Lyon, pour que le tarif adopté en 1848, et qu'on n'appliquait plus, fût remis en vigueur et complété.

Ils disaient dans leur pétition :

c Les typographes lyonnais ne sont pas sortis des voies de la légalité, et les moyens de grève et de coalition ont été délaissés par eux comme attentoires à la sécurité des intérêts généraux. Aujourd'hui notre situation n*est plus tenable. Il est presque impossible à la majorité des typographes de suffire à leurs besoins avec le salaire médiocre qui leur est alloué, et qu'encore on leur conteste souvent Vous savez, messieurs, comme a haussé le prix des choses de première nécessité, de quelle augmentation les loyers se sont accrus, de combien de surcharges nouvelles les ouvriers se trouvent grevés.

Cette pétition fut signée par 173 ouvriers, c'est-&-dire à l'unanimité. L'Adhiinistration apprécia la justesse de leurs demandes, et le tarif fut remis en vigueur.

A Dijon, dès le 31 mai dernier, un tarif fut adopté, d'un commun accord, dans l'imprimerie Jobard. Le même mouvement se poursuit dans les principales villes de France, à Tours notamment. Non-seulement à Dijon, mais à Toulouse et à Nantes, les préfets ont été favorables aux ouvriers. Dans d'autres localité*', à Rouen, par exemple, l'Administration a été, paralt-if, moins bien inspirée.

L'intervention de l'autorité dans l'intérêt des ouvriers des départements est d'autant plus justifiée, que leurs groupes sont plus faibles qu'à Paris pour faire valoir leurs droits.

Du reste, rien n'est plus naturel que l'établissement d'un tarif. Celui de Londres date de 1809, et il en existe à Genève, à Florence, à Milan, à Turin, à Bruxelles et dans toute l'Allemagne; et quand il en existe un à Stuttgart,

on s'étonne qu'il n'y en ait plus dans des centres aussi importants que Bordeaux et Marseille.

La généralisation du tarif typographique en France ne se fera pas attendre.

Vendredi, 24 janvier 1862.

On nous signale un fait bien regrettable ; une imprimerie de Paris vient d'introduire des femmes comme compositrices, et d'autres maisons se disposent à suivre ce fâcheux exemple. Depuis quelque temps déjà nous avions entendu parler de ces projets. Mais nous nous étions abstenus d'en pailer, dans la pensée que les patrons qui les avaient formés renonceraient, après mûr examen, à une innovation qui jetterait la perturbation dans la typographie, et qui ne tend à rien de moins qu'à abaisser par la femme le salaire de l'homme en leur préparant à l'un et à l'autre une misère commune. Résultat déplorable qu'on ne devrait pas, du moins, couvrir d*un masque de philanthropie ni du prétexte de la liberté de llndustrie.

C'est là une grave question que nous traiterons spécialement. Nous avons peine à croire que la Chambre des imprimeurs ne fasse rien pour empêcher un tel mal.

Samedi. 25 janvier 1862.

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