SOCIÉTÉ DE SECOURS MUTUELS
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Comme nous le faisions observer ces jours derniers, les Sociétés de Secours Mutuels corporatives vont se multipliant par l'initiative des travailleurs et le bienveillant appui de l'autorité. C'est ainsi que la Société de Secours Mutuels de la Typographie dijonnaise vient d'èlre autorisée» et qu'un décret impérial en a nommé le président.
Nous sommes heureux d'avoir à rendre compte de la première assemblée générale qui a eu lieu dimanche 19 janvier, à Dijon, dans l'une des salles de l'HôteWe-Ville.
La présidence ayant été déférée au présadont de la Société de Secours Mutuels de la Typographie parisienne, M. V.-Eugëne Gauthier, il prononça un discours fort applaudi, et d*où nous extrayons quelques passages.
Après avoir rappelé « que partout en France la typographie se meut pour obtenir que ses salaires soit portés au niveau des besoins actuels de la vie, et qu elle procède à son organisation pour conjurer par l'association les misères futures, » il a dit combien il était lier a d' assister à l'enfantement de ces Sociétés jumelles que la mutualité professionnelle a fait surgir en si peu de temps dans l'imprimerie française. »
Puis il ajouta:
• Ces fondations ont eu la vertu de relever de robscurîté je ne sais combien de dévouements en dispDiiibiliti; elles ont ouvert la voie à des intelligences supérieures jusqu'alors stérilisées dans Tapithie et le découragement ; elles ont donné un caractère, une forme, une ime aux vœux des graaJs cœurs, aux études des penseurs bien humbles de la classe ouvrière...
(f Plus tard, nous demanderons à Tautorité d'associer entre elles toutes ces Sociétés, pour qu'elles s' entr aident et se protègent.
c Lorsque ce but sera atteint, le membre d'une association que des circonstances fâcheuses enlèveront à son pays retrouvera partout des frères, des secours de route, des secours de maladie, des secours pour manque involoutalre de travail, des secours dans les infirmités et la vieillesse !
c Ce que nous aspirons à fonder, c'est la mutualité professionnelle, basée sur les principes évangéliques et protégée par la loi.
c D'autres industries nous imiteront successivement.
c Notre organisation doit protéger nos semblables contre l'injustice, et tenir en échec les audacieux qui fondeat eurs etitreprises sur l'avilissement de nos salaires.
c Nous voulons représenter dignement la France en face du monde. Que nous importe le bon marché des produits sur les places européennes, lorsqu'ils ont été fabriqués par des mains crispées par la faim l
c C'est avec un grand bontieiir^we j'ai ajpfvis me à aaeles marques de haute bienveillance dont la typographie dijonnaîse a été l'objrt de la part de M. le préfet de la Côted*Or. (Apptandrssements pretongés.)
c Je termine en déclarant à Ta Société dijonnaîse qn'en signe de baptême je la salue au nom du progrès dans Dxrt typographnque, au nom do bieo-étra par la nuilmlité^ au nom de rémaocipalâMm par la tsavaîl» ki fataeté, la dij^té.- »
. M. Nlquevertfdit Lucenay, président de h Société di|onnaise, a fait un discours vraiment éLequeat, dont nous citerons quelques phrases :
c C'est par l'association que nous devenons forts, c'est contre elle que s'é m t m mm t Im
traits de I*adTerstté ; par die s'agranditUe cercle de la famille^ et les liens que la Crater- Bité resserrent sont aassi puissants que les liens du sang.
c Oui, nous faisons une famille à ceux qui n'en ont plus, ou qni, par la main de la nécessité, ont été éloignés, séparés de ceux qu'ils avaient appris à chérir. Appuis du malade et du vieillard, nous offrons à tous, non plus Taumône qui humilie^ niais un secours fraternel qui élève rhorame en le consolant !
a Soyons fier» de notre siècle, messieurs, puisqu'il a déposé dans nos coeurs de tels germes d'amour! Soyons fiers de ces institutions nouvelles qui, chaque jour, tendent à s'étendre, à se multiplier; institutions morales s'il en fut, car elles pénètrent les hommes du plus doux^ mais du plus impérieux de leurs devoirs.
c Aimons-nous et entr aidons-nous mutuellement! Mais que vous dirai-je de plus sur ce sujet que vous ne sachiez depuis longtemps vous-mêmes? Dans cette Société qui se fonde aujourd'hui, n'avons-nous pas l'expression vivante de nos sentiments les meilleurs, de nos sentiments de solidarité, de fraternité...
ff Chacun de nous sait que notre Société de Secours Mutuels est une véritable caisse d'épargne...
« Que demande le travailleur? Les moyens de se livrer ^ son labeur quotidien sans avoir à jeter constamment sur l'avenir un regard plein de perplexité et d'elTroi, sans avoir à penser sans cesse qu'un jour ou l'autre son travail, interrompu par la maladie, plongera toute une famille dans la désolation, dans la misère. Ces moyens de bien-être dans le présent, de sécurité dans l'avenir, la Société fraternelle de secours mutuels vient vous les ofîrir aujourd'hui. »
M. V.-Eugone Gauthier proposa de voter des remerciements à M. Eugène Jobard, éditeur du Moniteur de la Côie-d'Or^ pour la bienveillance et le dévouement dont il a fait preuve à l'égard des ouvriers typographes.
Cette proposition fut votée à Tunanimité.
M. A. Grange, maître imprimeur, s* est ensuite exprimé comme il suit :
c Quand la besogne est abondante, l'ouvrier peut vivre dau^ilemcut et honorablement du produit de son travail ; mais s'il a de la famille, il ne pourvoit que péniblement à ses besoins. Si le chômage ou la maladie frappe à sa porte, ses économies seront bien vite épuisées, et il n'aura d'autres ressources que la charité publique. Mais^ si au lieu de rester isolé, il s'associe avec ses camarades pour former un fonds commun qii lui servira dans la mauvaise fortune, 11 conservera le sentiment de sa dignité et n'aura pas à rougir du secours qui lui sera donné; car ce secours n'est plus une aumône, mais son propre bien qui lui rentre ou un prêt d'honneur qui lui est fait...
« Pour arriver plus promptement à l'extinction du paupérisme, il suffirait de voir transformer la plupart des établissements de charité, qui, malgré leur généreuse destination, sont une des principales causes de la misère ; car, il font bien l'avouer, i'aumdne engendre la paresse. »
Sur la proposition du bureau, des remerciements ont été votés à runanimité à M. Grange.
A trois heures a eu lieu le banquet. Plusieurs invitations avaient été adressées. Au nombre de ces invités se trouvaient : MM. Adolphe Grange et Eugène Jobard »maîtres imprimeurs ; MM. Richard et Cochereau, représentant les ouvriers lyonnais; MM. Yialet, Maubert et Fillion, les ouvriers de Besançon; MM. Grîsot et Darcier, les ouvriers de Beaune ; M. Pouget, les ouvriers de Semur ; M. Edmond Delière, rédacteur en chef du Moniteur de la Côie-SOr.
On a lu une lettre de M. Joseph Mairet, représentant la typographie dijonniise à Paris :
« A la prospérité de votre association ! A Tunion entre vous et entre nous tous, afin de solidariser nos efforts. Il faut désormais qu'aucun membre de la famille typographique ne se trouve étranger dans n'importe quelle ville de France... »
M. Eugène Jobard, mattre imprimeur, a prononcé de nobles paroles :
c Nous avons péché tous plus ou moins par inexpérience ; mais c'est une leçon : ne Toublions pas.
c La fondation de votre Société de secours mutuels prouve que vous avez su profiter de l'expérience acquise. Je vous en félicite, et suis certain qu'elle aura pour tous, ouvriers et patrons, les plus heureux résultats.
c €e n'est que d'un contrat librement consenti, sauvegardant à la fois les intérêts des ouvriers et des patrons, que l'on peut espérer des résultats productifs.
c Espérons donc, messieurs, que par la libre discussion et par ube entente cordiale nous parviendrons à concilier tous nos intérêts. . »
M. Edmond Delière, rédacteur en chef du Moniteur de la Côte-d'Or^ entre autres excellentes choses, a dit :
c Quelle sympathie peut être plus naturelle que celle qui unit, d'un lien intime, pour ainsi dire, le compositeur et l'écrivain. •
On a lu une lettre de M. Mazier, président de la Société de Secours Mutuels de Lyon et un toast envoyé par la Société typographique de Nantes. MM. Maubert et Vialet, délégués de Besançon, Cochereau et Richard, délégués de Lyon, et Bellenant, de Dijon, ont porté des toasts qui montrent combien les typographes de France sont pénétrés de l'idée de la mutualité coi*porative, toasts que nous regrettons de ne pouvoir reproduire faute d'espace.
Nous ajouterons seulement que M. Boutinon, de Dijon, a, à la fin du banquet, porté un toast fort applaudi.
c A Cespérance dans ^avenir !
a Notre espérance dan* Tav^mr, messieurs, c'est comme l'a dit notre honorable confrère
Victor-Eugëne Gauthier, ici présent, rétablissement des Chambres syndicales ouvrières, tt
M. Adolphe Grange, mattre imprimeur, bibliothécaire-adjoint de la ville de
Dijon, a répondu :
> Après les toasts chaleureux qui viennent d'être portés par MM. les délégués des Sociétés typographiques de Paris, Lyon et Besançon, et par plusieurs d'entre vous, il est de mon devoir d'en porter un à Vuniou ei à la concorde entre les ouvriers et les patrons! »
Gomment ne pas se réjouir d'une fête où les sentiments les plus excellents sont témoignés à la fois par les patrons et par les ouvriers! Puisse un tel exemple être suivi partout I
Lundi, 27 janvier21862.