‹ Memoire pour les ouvriers typographesChapitre 16 sur 25 · AU RÉDACTEUR · texte numérisé non relu

AU RÉDACTEUR

Monsieur,

Le numéro de VOpinion nationale du 24 courant contient une petite note dans laquelle vous présentez comme un fait déplorable Tiutroduction, dans une imprimerie de Paris, d ouvrières compositilces. Vous espérez, dites- vous, « qu'on renoncera à une innovation qui jetterait la perturbation dans la typographie, et qui ne tendrait à rien moins qu'à abaisser par la femme le salaire de l'homme, en leur préparant à l'un et à l'autre une misère commune. > Permettez-moi, monsieur, de défendre très vivement la mesure que vous attaquez.

Eu 1859, mon père, qui, pendant quarante années, a exercé la profession de maître imprimeur, et qui a laissé dans li typographie un nom à juste titre estimé, avait, par philanthropie, admis une compositrice dans sa nouvelle jmaison de Neuilly. Son travail était rémunéré sur le même pied que celui des ouvriers de l'atelier. Néanmoins, mon père fut forcé de la congédier, parce que nos compositeurs mirent bas, la Société typographique de Paris nous ayant mis en interdit; car elle parle beaucoup de liberté, mais ne veut pas admettre qu'un patron ait le droit de donner de l'ouvrage à une femme, même en la payant comme un ouvrier homme. Mon père résolut dès lors de former un atelier de femmes, et de leur payer la composition le même prix qu'il l'a payait aux hommes.

11 mit à exécution son projet au mois d'octobre 1859, et congédia tous ses compositeurs qu'il remplaça par des compositrices venues de province. Il s'en trouva fort bien ; le travail fut plus régulier et rien n'en souffrit, au contraire. Peu de temps après, des compositeurs qui ne faisaient pas partie de la Société typographique vinrent nous demander de l'ouvrage et furent embauchés.

Depuis ce moment, j'ai eu le malheur de perdre mon père , mais j'ai suivi ses erre-

ments, et j'ai conservé dans mon atelier des femmes compositrices, et même en con-

science j je les paye, comme mon père, le même prix que les hommes que j'emploie poui"

les travaux de même nature, et je crois, en suivant cette voie, ne préparer en aucune

manière un abaissement dans les salaires, ni une misère commune à l'homme et à la femme.

Que vous vous éleviez contre la spéculation qui consiste à faire composer au rabais dans des ateliers de femmes des ouvrages qui sont comptés aux clients sur le prix réglé par le tarif des compositeurs, je le comprends et je me joins de grand cœur à vous. Mais que vous vouliez, avec MM. les ouvriers typographes, interdire aux femmes une profession à laquelle elles sont parfaitement aptes, voilà ce que je crois devoir combattre autant que le pourra ma faible voix.

De tous côtés on peut voir le travail de la femme diminuer; on voit même des industries qui devraient être exclusivement réservées aux femmes être envahies par les homnxes, qui maintenant tiennent presque tous les comptoirs des magasins de nouveautés, de mercerie et de cordonnerie pour femmes. Depuis l'invention des machines à coudre, des hommes absorbent les travaux d'aiguille, et fabriquent jusqu'à des corsets l Avec quoi donc veut-on que la femme vive?

Et pourquoi chercher à lui fermer une carrière qui lui donne un moyen de pourvoir honorablement à son existence en lui fournissant un travail tout à fait à sa portée?

Vous annoncez, monsieur, que vous traiterez longuement la question du travail des femmes. J'aime à penser que vous reconnaîtrez la justesse de mes observations, et que vous ne réclamerez que contre l'exploitation de la femme, à laquelle on voudi*ail faire exécuter à vil prix un travail sur lequel on prélèverait ainsi un bénéfice illégitime.

J'espère aussi, monsieur, que vous voudrez bien, en prenant la défense des intérêts des ouvriers et en réclamant la juste augmentation de salaires qu'ils demandent, vousranger aussi du côté de ceux qui disent que la femme a le même droit au travail que l'homme, et qui veulent que son travail soit rétribué autant que celui de l'homme, puisqu'il est au moins aussi bon.

II est question d'une très-prochaine révision du tarif des prix de composition, la Commission est même nommée et fonctionne. Je vous demande, monsieur, de vouloir bien examiner mûrement la question du travail des femmes dans les imprimeries, et j'espère qu'après ces réflexions vous me prêterez votre concours pour obtenir que le nouveau tarif contienne un article iu'erdisant aux patrons de faire iravaiUer les femmes à des prix inférieurs à ceux qui seront fizés pour ks hommes. Quand cette mesure aura été adoptée à Paris, elle sera bien près de l'être dans les déparlements, et alors tombera tonte objection sérieuse contre l'admission des femmes dans les imprimeries.

Puis, petit à petit, l'idée faisant son chemin s'étendra, espérons-le, aux autres professions où l'on ne donne pas aux femmes un salaire égal à celui des hommes, et cela même pour un travail égal en qualité et fait aux pièces.

Pardonnez-moi. monsieur, la longueur de cette lettre, et permettez- moi, tout en étant opposé à l'une de vos idées, de ni'unir sincèrement aux efforts que vous faites pour l'amélioration de la position des ouvriers typographes.

Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de ma considération la plus distinguée.

GCIRAUDET,

Imprimeur à Neuilly-sur-Seine.

Ce n'est plus à titre de combinaison destinée h introduire une économie d.ins le prix de revient, que M. Guiraudet prend la défense du travail des femmes dans rimprimerie; c'est au nom des principes, au nom de 1 égalité de rhomme et de la femme.

Mais quand on payerait aujourd'hui les femmes comme les hommes, quelle garantie y a-t-il que demain on les payera le même prix? Le tarif! Mais toug les maîtres imprimeurs ne s'y conforment pas. Et d'ailleurs l'un des résultats cherchés par Tintioduction des femmes, est d'empêcher Texistence de tout tarif.

En effet, dès que le travail des femmes comme compositrices se serait généralisé, il faudrait donc avoir des déléguées pour la discussion et la révision du tarif, et ceux qui préconisent un système dont Tune des conclusions serait d'avoir des ouvrières déléguées n'ont pas été les derniers à rire de la pensée qu'il pût y avoir des représentâmes du peuple.

Ce qui a effrayé certains maîtres imprimeurs, c'est l'unanimité typographique, et ce que quelques-uns voudraient, c'est jeter des germes de division dans le corps de métier, par l'introduction d'éléments étrangers , dans Tespérance d'être bientôt seuls à dicter la loi.

ï)or^ ouvriers ont foimulé ainsi la situation :

«c On nous gardera un temps pour nous faire former des compositrices, mais on ne tardera pas à substituer à notre travail celui des femmes comme coûtant moins cher, La feunne servira aux patrons de moyen d'intimidation contre nous; le patron nous dira ; c Si vous ne voulez pas faire le travail b, tel prix, « ]a femme le travail à tel prix, la femme le fera ; c'est à prendre ou à laisser. » De telle sorte ()ue, après avoir promis et même payé à la femme un salaire égal à celui de l'homme, « l'homme sera réduit h accepter un n)oindre salaire, égal à celui de la fennne, ou à s'en aller. »

Voilà donc ix quoi se réduit celte prétenduD égalité de salaire de l'homme et de la fennne.

N'est-il pas curieuv, après avoir vu repousser le droit au travail pour l'homme, d'entendre un patron le réclamer pour la femme. Ce que la femme veut, c'est moins le droit au travail que le droit au repos, c'est-à-dire la possibilité de vivre chez elle par le travail de son mari ; de même que ce que le mari veut, c'est travailler pour sa femme et non que sa femme travaille à sa place.

Que le travail vienne à diminuer dans un atelier, le patron dira à l'ouvrier ;

« Je ne puis vons garder, vous et votre femme ; je garderai votre femme, parce que son travail me coûte moins. »

Et si le travail diminue encore, le patron dira à la femme : « Je ne puis vous garder, vous et votre enfant ; je garderai votre enfant, parce que son travail me coûte moins. » Et si le travail vient à manquer tout à fait, voilà donc toute la famille sans pain.

Nous ne reviendrons pas sur les inconvénients physiques du travail des femmes dans l'imprimerie, mais nous insisterons spécialement sur les inconvé nients moraux.

Il y a dans l'imprimerie des travaux trop pénibles pour la femme : donc il y aura un mélange d'hommes et de femmes dans les ateliers. Et, comme partout ailleurs, c'est l'homme qui commandera. Ce ne sera pas le mari qui commandera à sa femme, mais un même homme à plusieurs femmes.

Si un homnje peut supporter d'être commandé par un autre et même, pour ne pas être privé du travail, subir des humiliations, comment souffrira-t-il de voir sous ses yeux sa femme froissée par un patron, un prote, un camarade !

Alors on verrait s'émousser tout sentiment d'honneur et de délicatesse, ou se développer dans le cœur de l'homme les plus terribles instincts.

Ceux qui rêvent une nouvelle féodalité industrielle ne devraient jamais oublier quelle haine s'était accumulée chez les paysans contre la féodalité territoriale par ce que Ton a appelé le droit du seigneur, et qui était non-seulement un acte accidentel, mais embrassciit l'ensemble des détails de la vie, et comprenait la domination du noble sur la femme et les enfants sous les yeux du marî.

JL Guiraucîet prend à partie la Société typographique. S'il peut y avoir concert entre certains mattres imprimeurs pour l'introduction des femmes dans leurs ateliers, il n'est besoin d'aucun concert entre les ouvriers pour protester contre une telle anomalie.

11 y a chez eux une tradition constante : c'est l'instinct même de la conservation du salaire qui les fait se retirer de tout atelier où l'on introduit les femmes ; c'est aussi cet amour de la famille qui faisait répondre par un ouvrier aux sollicitations d'un abbé imprimeur : — Je respecte trop ma sœur pour la laisser entrer dans de semblables ateliers.

— Vous êtes bien collet-monté, aurait répondu l'abbé.

Mais que resterait-il à l'ouvrier, si l'on avait tué en lui la moralité du foyer

i»mestique?

Quant à demander qu'on insère dans le nouveau tarif un article « interdisant de faire travailler les femmes à des prix inférieurs à ceux qui seront fixés pour

JesbommeSi » les ouvriers n'y consentiront jamais, car ils craignent le piège ; ils voient bien que ce que l'on voudrait obtenir d'eux, c'est une concession de principe, sauf, dans la pratique, k en tirer les conséquences.

Quels que soient les rêves dorés que Ton fasse miroiter à leurs yeux, ils se bornent à répondre : c Nous ne nous rendrons pas complices d'un système qui tend à avilir nos salaires en créant la confection typographique pour que, après avoir pris notre place, la femme arrive à gagner vingt-cinq sous par jour ! »

Mardi 11 février 1862.

Des présidents de Sociétés de Secoure Mutuels professionnelles, en nous adressant pour les ouvrier lyonnais des souscriptions que nous transmettons au SièclCf nous ont exprimé les réflexions suivantes :

Si les Sociétés de Secours Mutuels professionnelles étaient généralisées, e^ qu'elles s'étendissent non-seulement aux cas de maladie et d'infirmité, mais encore aux cas de chômage, elles offriraient en temps de crise le double avantage de pouvoir s'entr'aider sans faire appel soit à l'intervention de TÉtat soit à la bienfaisance publique.

Ce seraient là, en effet, nous le pensons, des institutions qui procureraient d'excellents résultats.

On nous rapporte que les membres de la Société de Secours Mutuels Typographique parisienne, réunis ces jours derniers en assemblée générale, on^ adopté un projet qui doit être soumis au ministre, à l'effet d'étendre aux cas de chômage, régulièrement constatés, l'assistance jusqu'ici réservée par les statuts aux cas de maladie et d'infirmité. Le même projet demande en même temps que toutes les Sociétés de Secours Mutuels de ce même corps de métier existant en France s'allient entre elles pour le soutien réciproque de leurs membres.

26 avril 1862.

Divers journaux insèrent une note au sujet de la réunion annuelle des ouvriers de l'imprimerie Paul Dupont. Ils y joignent l'éloge de ce que M. Pau Dupont appelle son organisation ouvrière perfectionnée, et qui consiste à

introduire des femmes comme compositrices dans rimprimerîe et à loger les ménages dans l'établissement. Cette théorie, sous une apparence philanthropique, présente des inconvénients graves qui ont déjà été signalés dans YOpinion nationale. L'indépendance de l'ouvrier, dans le présent et dans l'avenir, serait en effet compromise : comment résister à une baisse de salaire quand on serait attaché au logement môme dont on aurait commencé l'achat par des versements? Si de tels projets étaient réalisés, cela ne conduirait-il pointa une sorte de caste industrielle, tout au moins à une inféodation de l'ouvrier?

Ladite note relate la participation des ouvriers aux bénéfices. Mais elle passe sous silence la retraite de la presque universalité des ouvriers de celte maison, qui ont mieux aimé se retirer d'un établissement où ils gagnaient convenablement leur vie et renoncer aux avantages qu'ils y trouvaient, que d'acquiescer à une combinaison qui leur paraissait devoir compromettre leur avenir et l'avenir de la profession.

Les autres années, la réunion des ouvriers de l'imprimerie Dupont était comme une fête de famille. Cette année, elle était composés en partie de nouveaux venus. Plusieurs des ouvriers les plus anciens, les plus capables, les plus considérés de la maison, par exemple, M. Moulinet, membre de la Conférence mixte, et même quelques-uns de ceux qui avaient, de vive voix et par écrit, pris en toute occasion la défense de M. Dupont et persisté jusqu'au dernier moment dans leur confiance en lui, par exemple, M. Parrot, également uîemhre de la conférence mixte, étaient et sont encore à iMazas, comme soupçonnés de coalition.

La loi qui régit la matière est conçu dans des termes tels que les faits de coalition sont très-délicats quand les ouvriers en sont accusés : puisqu'un même grief ressenti par tous, s'il y a simultanéité dans la réclamation du livret, donne ouverture au reproche pins ou moins fondé d'une entente préalable.

Mais le vague même des termes de la loi nécessite une grande discrétion dans l'application qui en est faite. Il y a à apprécier avec une complète impartialité les circonstances de la cause ; autrement un patron n'aurait qu'à froisser plusieurs de ses ouvriers à la fois, pour avoir nne arme contre eux au cas où ils viendraient à le quitter dans le même moment.

Ce que le Code a voulu, c'est que les ouvriers ne pussent, par un concert blâmable, dicter arbitrairement la loi à un patron et, d'un quart d'heuie à l'autre, compromettre les affaires da la maison et jeter la perturbation dans l'industrie ; mais elle n'a pu vouloir que ceux qui travaillent fussent abandonnés au bon plaisir absolu de ceux qui font travailler.

L'égalité de tous devant la loi doit avoir pour première conséquence une égale protection des droits de chacun. Et à la liberté de l'industrie correspond forcément la liberté du travail.

Quant à l'incident qui s'est produii dans rimprimerie Dupont, il convient d'y apporter une extrême circonspeclion d'examen. Ce n'est point le cas d'employer le mol dégrève, car,si nous sommes bien informés, les chosesse seraient passées ainsi : M. Dupont avait souvent discuté avec ses ouvriers son nouveau système; il voulait le leur faire adopter, et ce n'est que lorsqu'il y eut refus définitif de se laisser convaincre que les arrestations commencèrent à domicile. La masse des ouvriers n'en revenait pas moins le lendemain à l'atelier, lorsque, y trouvant le commissaire de police, ils se crurent froissés dans leur dignité et réclamèrent leur livret. On leur refusa la signature du livret et la délivrance de leurs outils les mettant ainsi dans l'impossibilité d'aller travailler ailleurs.

C'est à l'occasion de l'emploi des femmes dans la maison de Clichy que s'est produit ce regrettable incident. M. Dupont, qui tenait de la tolérance ministérielle l'annexe de cette succursale à son établissement de Paris, avait reculé devant l'essai de son utopie, dans la crainte sans doute que la tolérance ne lui fut retirée : car, légalement, un maître imprimeur ne peut avoir ni deux bre» vêts, ni deux établissements sous le même brevet. La liquidation de la maison Guirodet étant survenue, le brevet de cet imprimeur fut acquis par un associé de M. Dupont : alors la théorie de M. Dupont reçut à Clichy, sous ce brevet, son application immédiate.

Ce qui fait naître cette réflexion : n'y a-t-il point là une violation de la loi qui régit les brevets , ou une violation de la loi qui punit les coalitions de patrons?

Quoi qu'il en soit, ce fait doit être pris en sérieuse considération, pourapprécier à sa juste valeur la retraite des ouvriers de la maison Dupont. Nous ajouterons que le décret sur l'imprimerie a été rendu à une époque où l'industrie n'avait pas encore l'extension c[ue nous lui voyons prendre chaque jour. Nonseulement les patons typographes, dont Je nombre est limité par la loi, profitent seuls des inventions, mais encore ils ont à leur disposition une vétable coalition de capitaux. Le plus souvent le maitre imprimeur n'est plus le patron de l'ancienne loi, mais le simple gérant d'une grosse commandite. Et cela doit entrer en ligne de compte, quand il s'agit de la conduite d'ouvriers, nécessairement préoccupés de .sauvegarder leur travail, qui est la plus sacrée des propriétés.

Nous ne traiterons pas aujourd'hui la question du travail des femmes, ques*

tion très- complexe, qui a besoin de grands développements si l'on veut éviter les malentendus, et qui, en tous cas, comporte la distinction entre les métiers de femmes et les métiers d'hommes.

Nous rappellerons seulement que cette question, soulevée par les maîtres imprimeurs (et notamment par M. Claye,dans sa brochure, dès septembre 1861), ne Ta été que comme une tactiqne supposée habile pour faire échouer la révision du tai*if| prévue par la charte typographique, et retarder l'augmentation de salaire, admise en principe par les patrons eux-mêmes, comme M. Pion, président de l'association qui fonctionnait alors sous le titre de Chambre des imprimeurs, l'indiquait, dans sa lettre du 5 décembre 1861 aux ouvriers compositeurs.

Plusieurs réunions ont en lieu durant plus de deux mois entre délégués patrons et délégués ouvriers. Les patrons se sont refusés à conciliation, ont posé un ultimatum et rompu les conférences. Alors les délégués ouvriers ont soumis les propositions des patrons à une espèce de plébiscite corporatif. On a eu tort de dire qu'un nombre assez respectable s'était prononcé pour l'acceptation. Les chiffres officiels sont A80 pour et 2,250 contre.

Dans de telles circonstances, ce qu'il pourrait y avoir de plus heureux, ce serait un arbitrage. F^'autorité ne peut entrer dans une fixation de salaires ; mais un arbitrage peut utilement être recommandé et accepté.

Nous espérons que les ouvriers typographes encore arrêtés, et parmi lesquels se trouve le président de la Société de Secours Mutuels typographique parisienne, M. Gauthier, nommé par l'Empereur, et membre du conseil des prud'hommes, seront promptement tous remis en liberté (vingt-deux sur trente Tout déjà été); et que l'arbitrage désiré tranchera définitivement et à la satisfaction commune la question actuellement pendante entre patrons et ouvriers typo. graphes.

Mardi 29 avril 1862.

M. Paul Dupont, imprimeur, nous a fail l'honneur de nous écrire, à propos de notre article du 26 avril, la lettre suivante, que nous nous empressons de publier. Nous aurions été heureux d'avoir à constater que nous nous étions trompés, tant les faits que nous avons mentionnés nous ont semblé tristes. Mais M. Dupont, telle est du moins notre appréciation, confirme nos assertions plutô

qu'il ne les contredit. La lettre quil nous adresse est moins une rectification d'erreur qu'une apologie de son système; nous ne l'en mettons pas moins sous les yeux du public, qui jugera :

Paris, 26 avril 1862.

Monsieur,

L'article que vous avez publié ce matin, dansTOptnion nationale, contient, à votre insu, sans doute, plusieurs inexactitudes que je suis dans la nécessité de relever.

Vous reprochez aux jovrnaux qui ont rendu compte de l'Assemblée du 21 avril, où a eu lieu la distribution des livrets de participation aux bénéfices de ma maison, de n'avoir pas dit que c la presque universalité des ouvriers avait déserté l établissement, v

Vous êtes à cet égard dans une complète erreur, car mon personnel était au complet, et en voici la preuve : sur les six cents personnes environ que j'occupe, il y a cent vingt compositeurs parmi lesquels, seuls, s'était manifestée l'agitation à propos du travail des femmes. De ces cent vingt compositeurs, quatre-vingts environ avaient, comme vous le dites, déserté dans le premier moment, mais les jours suivants, une partie notable rentrait, et les autres ayant été promptcment remplacés^ il ne restait plus une seule place à prendre. Quelques compositeurs anciens manquaient sans doute, et leur absence m'était pénible, car ce n'est pas impunément que l'on se trouve séparé d'ouvriers qu'on a vu travailler à ses côtés pendant quinze à vingt ans. Je savais d*ailleurs que leur départ n'était pas volontaire, conmie ils me l'avaient dit à plusieui-s reprises, et qu'il avait eu lieu, après bien des hésitations, sur l'ordre exprès d'un comité du dehors. — C'est à ce sentiment que j'ai répondu, en faisant supprimer pour cette annéc^ les chants et la musique qui avaient toujours figuré dans nos réunions.

Vous dikes que les ouvriers qui se sont présentés le lendemain, ayant trouvé la police installée dans les ateliers, se sont sentis blessés dans leur dignité, et ont rebroussé chemin. La police n'a paru qu'un instant pour requérir la liste du personnel, et je puis vous assurer qu'aucun des ouvriers qui sont venus reprendre leui-s travaux les jours suivants, n'a cru avoir compromis sa dignité.

Enfin, monsieur, aucun livret ni instrument de travail n'a été refusé, par cette excellente raison que je désire la liberté pour tous, et que, voulant rester maître chez moi, je ne pouvais pas contester aux compositeurs le droit de cesser d'y travailler. Si, au lieu de leur offrir les livrets, j'ai désiré qu'ils en fissent eux-mêmes la demande, c'est afin de leur laisser un jour de plus de réflexion, et beaucoup, en effet, ne sont pas venus le réclamer et ont repris leurs occupations.

Vous dites r^ue j'ai réuni plusieui*s fois les ouvriers pour essayer de les rallier à mes idées. Je n'ai pas pour habitude de laisser mettre en discussion les projets que j'ai défini, tivement résolus.

Je n'avais donc point de conseils à demander; mais je n'ai jamais refusé les explications qu'ils sont venus me demander, et chaque fois, je leur ai fait connaître nettement mes résolutions, en disant que vouloir priver la femme d'un travail facile et fructueux me semblait un acte de sauvage barbarie, dont j'e.spéraie bien qu'aucun d'eux ne se rendrai|

coupable.

Si rinsUllation des femmes à Clichy a été retardée, c'est uniquement pour satisûdre au désir de mes ouvriers, qui craignaient que l'inauguration de ce nouvel atelier ne nui« sit aux conférences ouvertes en ce moment pour la révision du tarif. Plusieurs camarades du dehors se sont réunis à eux pour venir me faire part de leurs appréhensions : ils demandaient un délai de trois semaines, c'est-à-dire jusqu'au jour où finissaient les conférences du tarif. Cet ajournement, vous le voyez, a été motivé, non par un sentiment d'hésitation ou de crainte^ mais uniquement par déférencee.

Votre lettre contient beaucoup d'autres erreurs, mais j'ai cru devoir me borner à réfuter les plus graves. Quant au fond même de la question, je ne l'aborderais pas. Tous considérez comme fdchevx el démoraluateur le travail de la femme; vous prétendez que k logement des ménagée dans rétablissement présente de graves inconvénients, compromet Tia-

dépendance des ouvriers et les conduit à une sorte dHnféodation Ce sont les faits qui se

chargeront de répondre pour moi : mon organisation ouvrière, malgré tout ce qu'on a pu faire et dii*e, est constituée ; elle fonctionne depuis plusieurs semaines déjà, et j'espère que l'expérience démontrera bientôt à vous-même et à tous les hommes qui s'occu« peut d'économie sociale.

r Qu'il n'était pas sans utilité de donner à la femme, si mal partagée, une oc^^upation qui lui permit, sans fatigue, sans nuire à sa santé, de tripler son salaire ordinaire tout en vivant au sein de sa famille ;

T Que la résidence de l'ouvrier dans un établissement qu'il peut quitter à toute heure, à sa volonté, n'enchaîne en rien son indépendance pour l'avenir, et lui rend, pour le présent, un véritable service, puisqu'elle lui permet tout à la fois, de vivre à côté de ses enfants et de réaliser 30 à 40 pour cent d'économie sur son logement et sa nourriture.

Un dernier mot, et je termine : Si vous avez, à différentes fois déjà, pris la parole au sujet de l'incident qui s'est produit dans mon établissement, je pense que c'est au point de vue des principes démocratiques ; mais il faut convenir qu'en récusant aujourd'hui 'l'emploi des femmes, vous faites faire à ces principes une évolution tout-à-fait inattendue, car depuis tantôt trente ans, la démocratie, par ses représentants les plus éclairés, n'a cessé de réclamer dans le travail industriel une plus large part pour ces mêmes femmes^ que voulez à toute force, exclure des ateliers typographiques. Permettez-moi de vous le dire, vous avez rompu avec la tradition.

Agréez, monsieur, l'assurance de mes sentiments distingués.

Paul Dupont, Imprimeur, membre du Corps législatif.

Nous ne voyons pas, qu'en définitive» M. Dupont ait relevé d'erreur dans notre article. II se plaint que nous ayons dit que la presque universalité des ouvriers de sa maison ait déserté ses ateliers, tandis qu'il n'y a que la presque universalité des ouvriers compositeurs. Or, l'omission du mot compositeur ne pouvait occasionner d'équivoque, puisque dans tout l'article il n'est question ' que d'ouvriers compositeurs.

M. Dupont avoue que sur 120 ouvriers compositeurs qu'il occupe, 80 environ ^ ont quitté la maison ; il y en a eu même davantage, car six à huit à peinte sont restés, et pour des motifs tout exceptionnels de position, d'âge ou d'infirmité. Qu'est-ce que M. Dupont entend par la partie notable qui est rentrée? Le trèsgrand nombre a persisté dans Téloignement.

M. Dupont accuse ses ouvriers de n'être point partis volontairement, mais par ordre exprès d'un comité du dehors; c'est-à-dire qu'il réclame ' contre ses ouvriers, mais surtout contre certains ouvriers étrangers à la maison, l'application de la loi contre les coalitions. Et quel est ce comité du dehors qu'il dénonce ainsi : — a lettre qu'il a récemment envoyée à ses correspondants, et que

nous avons sous les yeux, signée de lui, il s'exprime ainsi :

c La Société des Typographes de Paris a soulevé, à propos de cette question (rintroduction des femmes dans rimprimerie', une agitation à la suite de laquelle la moitié environ de mes compositeurs a déserté ma maison. Cette grève, vous le comprenez, me met dans un embarras extrême. Compléter mon personnel à Paris est chose fort difficile pour ne pas dire impossible en ce menient. J*ai donc songé à recruter en province ....

Donc, selon M. Dupont, le vrai coupable et par conséquent ce qu'il faiit poursuivre c'est la Société typographique» Toutes les fois, en effet, qu'il se présente une résistance aux prétentions même les moins fondées d'un patron, on entend les mêmes insinuations contre la Société typographique, bien qu'elle ne soit qu'un lien de secours mutuels entre ses membres; mais parce qu'étant moins isolés il se forme naturellement un esprit de corps qui permet aux ouvriers d'être moins à la discrétion des maîtres, selon les belles réflexions de l'Empereur dans son livre populaire de V Extinction du paupérisme.

En réalité, on en veut à la Société typographique. La voilà bien avertie par M. Dupont lui-même.

Mais M. Dupont, qui met toute une Société en cause, n'aurait-il pas, au contraire, à se reprocher d'être l'auteur de la retraite d'ouvriers dont il souffire? Dans la lettre à ses correspondants, M. Dupont dit :

c J'ai songé dans ces derniers temps a compléter l'organisation ouvrière de ma maison en admettant à composer les femmes et les filles des ouvriers que j'occupe dans un établissement annexe situé dans la banlieue de Paris.

Et dans la lettre qu'il vient de nous écrire, M. Dupont confirme que l'établissement de Clichy est à lui. Et pourtant il n'est pas sous son nom. Les clients

ont été prévenus que c'est désormais sous la raison sociale Maurice Loignon et C^ que se feront les opérations de la maison de Clicby.

Ainsi M. Dupont, tout en croyant se défendre victorieusement s'accuse Inimême d'une violation de la loi. Si M. Loignon n'est qu'un prôte-uora, M. Dupont tombe sous l'application de la loi qni défend à un maître imprimeur d'avoir deux brevets et peut ainsi se voir retirer le sien.

Que si M. Dupont réplique qu'il s'est trompé dans sa manière de s'exprimer^ que c'est par une vieille habitude qu'il dit mon établissement, et par un intérêt bien naturel à un prédécesseur, qu'il continue à s'en occuper, il retombe alors évidemment sous le coup de l'article Al A, qui punit les coalitions de ceux qui font travailler, tendant à faire baisser les salaires

En effet, il est difficile à M. Dupont de sortir de ce dilemme : ou l'établissement de Clicby est à lui sous uu prête-nom, et pour violation de la loi des brevets, il peut être privé du sien ; ou il est réellement au titulaire, et alors l'entente entre eux est telle qu'elle constitue le délit de coalition de patrons punie par l'art, àlà du Code pénal. '

A ce dernier égard, comment échapper à la logique des faits. Et que répon. drait M. Dupont à une question ainsi posée : Est-il vrai, oui ou non, que l'introduction des femmes dans l'imprimerie tend à faire baisser les salaires ? Vousmêmes l'avez avoué et écrit, promettant de faire participer vos associés au bêbéfice qu'en retirerait la maison. Est-il vrai, oui ou non, que plusieurs maîtres imprimeurs, M. Le Clère, à IMris, imprimeur de l'archevêché,' et M. Loignon, à Clicby, introduisent des femmes dans le même moment? et n'y a-t-il pas plus que présomption qu'il y a entente entre vous, puisque M. Loignon et M. Dupont ^ ne font guère qu'un 7

Quant aux faits qui se rapportent à la retraite des ouvriers compositeurs de la mûson Dupont, voici ce que nous lisons dans une note en date du 31 mars, signée des membres ouvriers de la Conférence mixte : Baraguet, Alfonsi, Coûtant, Huet, Parmentier, Viguier :

c . . Dans le courant de décembre. M. Dupont crut devoir prévenir ses ouvriers de son intention d'établir dans sa succursale de Clichy un atelier de compositrices. M. Dupont ouvrait donc ntairement avec ses ouvriers une discussion, et les appelait, pour ainsi dire, à juger son œuvre encore en projet

c Les signataires de la présente note furent appelés par M. Dupont pour assister à une conférence entre lui et ses ouvriers Ils démontrèrent sans peine les inconvénients de l'innovation, nuisible à tous, patrons et ouvriers, et sans aucun avantage pour personne. De plus, les soussignés déclarèrent le moment mal choisi, puisque, chargés de réviser le

Tarif de composition dans le sens de l'augmentation, ils allaient se trouver en présence de patrons que la tentative de M. Dupont effrayerait, et qui, par conséquent, ne voudraient pas entendre parler d'augmentation.

f A la suite de la conférence, M. Dupont fit savoir à ses ouvriers qu'il renonçait pour le moment à son projet.

t 11 le reprit plus tard, malgré sa promesse d'attendre la révision du tarif, et, après oir plu sieurs fois ouvert des discussions avec des commissions de ses ateliers créées à

8on instigation, leur déclara que les ouvriers étaient libres de le quitter, comme il étai^

libre, lui, de gérer ses intérêts à sa guise.

f Comme Clicby était une succursale de la maison de la rue de Grenelle, et que la lodéfend aux imprimeurs d'avoir deux maisons distinctes sous le même brevet, M. Dupont acheta sous main le brevet de M. Guiraudet, de Neuilly, le fit mettre au nom de MM. Mau" rice Loignon et C» (M. Loignon a été son banquier et est encore un de ses associés; en suivant ce système, M. Dupont, s'il trouvait des banquiers assez riches, pourrait acheter tous les brevets de Paris et éluder ainsi la loi), et le 22 mars, des femmes furent introduites à Clichy en qualité de compositrices.

f Le lundi 24, Témoi fut grand dans les ateliers de la rue de Grenelle, si grand que les travaux se trouvèrent suspendus : les ouvriers, découragés par la perspective d'un avenir misérable dans une profession où le travail est nécessairement limité, où ils n'ont pas la liberté de s'établir, et où, par conséquent, ils sont, de par la loi, condamnés à ne vivre qife de salaires, les ouvriers, disons-nous, cessèrent de travailler, sans se livrer à des manifestations bruyantes, comme on aurait pu le craindre.

« Le lendemain, eurent lieu de nouvelles conférences entre les ouvriers de M. Dupont Enfin, M. Dupont fit appeler quinze de ses plus anciens compositeurs et leur dit : t C'esl f moi qui ai acheté le brevet Guiraudet, c'est moi qui l'ai payé, le matériel de Clichy t est à moi, tout ce qui est à Clichy m'appartient, moi seul fournirai des travaux à Clichy, f quoique ces travaux ne doivent pas porter mon nom. Vous voulez me quitter vous « êtes des barbares, des sauvages, mais je vous ferai tous arrêter, et, dusse je fermer ma c maison de Paris pendant un an, je ne renoncerai pas à mon projet, v

La nuit suivante cinq compositeurs furent arrêtés, parmi lesquels M. Parrot, notre collègue à la Conférence mixte.

c Jusqu'à ce moment, pas un ouvrier n'avait quitté la maison Dupont, ne s'était rois en grève, n'avait occasionné le moindre désordre, ni au dedans, ni au dehors.

« Le mercredi matin, les compositeurs, venant à Tatelier, y trouvèrent un commissaire de police et des agents qui les mettaient en demeure de travailler ou de se retirer immédiatement. Presque tous les compositeurs, étonnés et émus d'une semblable injonction, se retirèrent, et l'atelier se trouva désert. La plupart des ouvriers, se considérant comme congédiés, demandèrent à faire signer leur livret, ce qui leur fut refusé.

« La nuit suivante, eurent lieu six nouvelles arrestations. Notre collègue M. Moulinet, un des ouvriers les plus estimables de la typographie parisienne et l'une desgloires de |a maison Dupont , était au nombre des victimes. — Cala ne suffisait pas encore : M. V.- Eugène Gauthier, aussi notre collègue, nommé par décret de S. M. l'Empereur pré-

gidflot de la Sœiéli typographique pariiimne, membre du conseil des prud'homme», t été privé de sa liberté, quoique cependant il n'ait jamais travaillé chez M. Dupont.

t Le 29, jour de la banque (paie), rentrée des ateliers a été interdite aux ouvriers; sur l'ordre de M. Dupont, on leur a de nouveau et formellement refusé la signature des livrets et.la délivrance des outils, les metunt ainsi flans rirapcssibilité de travailler dans les maisons où un certain nombre d'entre eux avaient trouvé de l'occupation.

« M. Dupont a fait dire qu'il tutpendait les arrestations jusqu'à mardi prochain, et qu'à partir de ce jour-là. Il rendrmt à la justice toute sa rigueur. »

Nous n'ajouterons que peu de mots :

M. Dupont dit qu'il désire la liberté pour tous, et que voulant rester maître chez lui, il ne pouvait contester aux compositeurs le droit de cesser d'y tra. vailler. Nous ne comprenons paâ alors la présence de la police dans l'établissement pour y recueillir la liste du personnel, comme le dit M. Dupont. Et de quoi donc alors M. Dupont accuse-t-il ses ouvriers si en se retirant ils n'ont fait qu'user du droit que leur accorde la liberté du tiavail.

M. Dupont s'étonne que l'on aperçoive des inconvénients dans son projet d'organisation ouvrière relaté dans ce que nous avons appelé une Note, qu'il appelle un compte-rendu de journaux, et qui est réellement ce que l'on désigne habituellement sous le nom de réclames.

Nous soumettons à M. Dupont lui-même celle réflexion : quand il se sera fait le logeur de ses ouvriers ne pourra-t-il pas arriver que l'ouvrier soil amené à subir plus aisément une augmentation de loyer par la crainte de perdre son travail en se retirant. Et si l'ouvrier commence à devenir acquéreur de l'habitation occupée par lui. n'est-il pas à craindre qu'il se soustraie difficilement à une diminution de salaire, puisqu'en se retirant, il perdrait une partie du fruit de

ses avances?

M. Dupont invoque les principes démocratiques en faveur du travail des

femmes. Mais l'intérêt si légitime que porte tout homme de cœur à la position

de la femme, n'a rien à faire dans la question qui est traitée ici. Nous ne voyons

pas le bénéfice qui pourrait résulter ni pour la femme, ni pour la société, de ce

que les femmes prendraient les métiers d'hommes et les hommes les métiers de

femmes. ...

Si M. Dupont veut sincèrement le bien des femmes, et cherche à procurer

quelques utiles travaux aux ménages dont il occupe les hommes, que n'emploie-t-il les femme» et les filles de ses ouvriers comme brocheuses, plieuses et régleuses, au lieu de les appeler à devenir, comme compositrices, les concurrentes de leurs pères et de leurs maris?

1 mai 1882.

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