‹ Memoire pour les ouvriers typographesChapitre 2 sur 25 · A NOS JUGES · texte numérisé non relu

A NOS JUGES

M. DmiOCK I

Messieurs^

Oa parle de coalition ; mais, si la coalition existe, elle n'est pas dn côté des ouvriers. Disons d'abord que la crise typographique actuelle provient en grande partie du fait de certains maîtres imprimeurs, heureusement peu nombreux. Un examen attentif de l'affaire démontre, en effet, que la responsabilité de la. perturbation dont souffre notre industrie doit remonter presque uniquement à MM. Claye, Le Glere et Dupont.

Il serait utile, pour avoir la physionomie exacte de la cause, de nous reporter un instant à quelques mois en arrière.

Les typographes, qui avaient eu la délicatesse de ne pas profiter des circonstances favorables de l'année 1848, et qui depuis avaient témoigné une modération jamais démentie, s'étaient vus contraints par le renchérissement de toutes choses à adresser aux maîtres imprimeurs une pétition pour la révision du Tarif dans le sens d'une augmentation. Cette pétition, la presque unanimité des typographes de Paris la signa.

M. Claye répondit en nous menaçant de ce que M. Dupont réalise maintenant contre nous. Il annonçait aux ouvriers typographes que, s'ils ne se considéraient pas comme dans la meilleure des industries possibles, et s'ils ne renonçaient pas à vouloir améliorer le sort de leur famille, ils seraient punis par l'introduction de machines h composer et de femmes compositrices qui seraient meilleur marché que les machines.

Les oaTTîen répliquèrent en démontrant que cette eomUnaison serait la raine d'un art auquel la dyilisation doit ses plus beaux triomphes, qu'elle affamerait les hommes, débiliterait les femmes et finirait par tourner contre les patrons.

Ils poaraient se flatter d'aroir convaincu tours tdrersaires quand, après sept mois d'oubli, la Chambre des maîtres imprimeurs accueillait leur pétition et les invitait à se choisir une commission de neuf membres qui discuterait le Tarif avec une oommissicHi nommée par les patrons.

Les commissaires ouvriers formulèrent leurs demandes et les dis^ entèrent ; mais les commissaires patrons ne se prêtèrent à aucune concession sérieuse.

Les ouvriers typographes poursuivaient l'augmentation d'un salaire qui n'a pas varié depuis trente ans, alors que les charges dès ménages se sont accrues considérablement

Sur ces entrefaites, M. Dupont manifesta son intention d'employer des femmes, c'est-à-dire d'avilir les salaires. Et M. Adrien Le Glere, imprimeur de rArchevêché, installa des femmes dans son atelier.

M. Dupont a prétendu depuis qu'il n'a différé son projet que par condescendance pour les ouvriers. G^est une erreur. Il lui fallait préparer l'outillage spécial et Templaoement

Qaantà M. Le Glere, qui fut le premier prêt, il vit les ouvrieis de son imprimerie suivre la tradition typographique et quitter spontanément son atelier.

L'un d'eux avait été embauché dans une autre imprimeriei de ce qu'il sortait de la maison Le Glere, on le oongédia.

Les ouvriers sortant do cette imprimerie liturgique, sfils ont élé un instant inquiétés par la police, arrachés à leurs familles, les a-t-on vus venir, après plusieurs semaines de détention préventive, s'asseoir sur les bancs de la police correctionnelle ?... Non, messieurs, et je les en félicite^ car, lorsque vous aurez reconnu notre innocence, moins heureux qu'eux, nous trouverons k notre rentrée au foyer que plus d'un objet aura été échangé contre un monSeau de pain que notre absence nous a empêché de procuier k dos enfants.

Pourquoi cette différence? La justice aurait-elle donc deux poids et deux mesures ?... Loin de nous, messieurs, oette mauvaise pensée! Nous sommes fermement convaincus que la justice plane andessus de toute considération de personnes, et qu'elle pèse dans sa balance avec une égale équité les actions des puissants comme celles des faibles, du riche comme du pauvre, du patron comme de roovrier; mais, avant de paraître devant ses leprésentanls, nous mes à la merci de bien des dénondations I

Bt quand les indications émaDent d'un patron qui occupe une haute position sociale et politique n'y a-t-il pas à craindre qu'elles aient un plus grand poids ? Notre patron, messieurs, n'était pas un patron ordinaire.

La preuve, selon nous, que nous n'avions pas enfreint la loi, c'est qu'en commençant tous nos interrogatoires, depuis celui que nous a fait subir le cofnmissaire de police et celui subi chez le chef du service de sûreté, jusque chez le magistrat instructeur, on débuta toujours par demander si nous voulions rentrer chez M. Dupont, que notre liberté était k ce prix. Or, ceci prouve surabondamment que nous ne méritons pas les rigueurs de la justice ; car il n'est pas supposable qu'un magistrat voulût soustraire des coupables à une punition méritée.

Mais n'anticipons pas.

Enfin, M. Dupont est en mesure de marcher sur les traces de M. Le Glere, et, à son tour, il embauche des compositrices.

Quand nous avons su que M.Dupontavait mis a exécution ce qu'il appelait lui-même une t toquade, » les bras sont tombés comme atteints d'une commotion électrique.

Le premier moment de stupeur passé, quelques-uns, néanmoins, dont les fonctions n'exigent pas une application spéciale de l'esprit, ont continué leur travail, tandis que ceux qui s'occupaient de la composition ont dû cesser, la composition ne souffrant pas que celui qui l'exécute ait dans l'esprit d'autre préoccupation, car, dans ce cas, il est sujet k des méprises qui, pour être corrigées, exigent souvent quatre fois le teihps qu'il faut pour les commettre.

Ceci, messieurs, est encore une preuve qu'il n'y a pas eu de la part des ouvriers ce qu'on appelle coalition, puisque quelques hommes n'ont pas cessé de travailler et que personne n'a exercé sur eux la moindre pression.

Nous n'avons pas cessé, jusqu'au jour de notre arrestation, d'être en communication avec nos chefs d'atelier et le patron ; nous sommée restés constamment à l'atelier, afin de connattre les résultats des démarches qu'on ne cessait de faire auprès de M. Dupont.

Yoilk, messieurs, queUe a été notre attitude dans les journées des 26 et 26 mars ; voilà cette terrible coalition d'hommes qui ne demandent pas une augmentation de salaire, qui n'exigent pas une dûDuaatîon sur leurs heures de travail; qui ne disent rien à ceux qui continuent leurs occupations, par la raison qu'ils n'ont rien dit à ceux qui les ont abandonnées, laissant chacun maître de ses actions; d'hommes enfin, dont on ne peut méconnaître la modération et la sagesse; et ce sont eux que, sur la plainte d'un patron considérable, on enlève à leurs femmes et à ietus enfants!...

En essayant de détourner M. Dupont de sa funeste résolution.

— là —

nous servions ses intérêts autant , sinon plus que les nôtres.

En effet, un des chefs d'atelier a confessé lui-même que Texpérience démontrait que tous ceux qui avaient eu recours à la femme pour rimprimerie s'en étaient repentis, parce que son emploi avait souvent la faillite pour résultat.

Quelques semaines auparavant, M. Guiraudet, mattre imprimeur à Neuilly-surSeine, prit part à une polémique que cette question avait soulevée dans les journaux, et parla en faveur des compositrices, lui-même les employant, et vanta fort ce système. Quelques jours plus tard, l'apologiste du travail des femmes, comme compositrices, était en déconfiture et cédait à M. Dupont son biievet, et peut-être quelques-unes de ses ouvrières t

Mais, nous dit-on, cela ne vous regarde pas; s'il platt à un patron de faire de mauvaises affaires, vous n'avez rien à y voir.

C'est une erreur, messieurs, qu'il importe de détruire.

Depuis quand sait-on mauvais gré à celui qui essaie de retenir un homme qui veut se noyer ? D*ailleurs M. Dupont traitait ses ouvriers d'amis et les avait associés à ses bénéfices.

Mais, il y a plus, et nous disons qu'un maître imprimeur n'est pas libre de faire absolument tout ce qu'il lui plaît. Il jouit d'une position exceptionnelle, privilégiée, et par cette raison, le législateur a voulu donner aux ouvriers de cette industrie privilégiée des garanties spéciales.

Une preuve de la sujétion qu'entraîne l'emploi de toute une famille au même ouvrage, c'est qu'un père qui avait une place chez M. Dupont se vit notifier de faire rentrer son fils s'il ne voulait être chassé lui-même aiosi que son autre fils. Quoi de plus terrible que la solidarité de tous les membres d'une famille comme la comprend M. Dupont t

La Typographie n'est pas un métier comme un autre; c'est de tous les métiers celui où les ouvriers sont le plus jaloux d'en agir à leur guise» et pour qu'on voie les typographes faire une même chose, il faut que ce soit depuis longtemps fortement entré dans leur conscience et soit devenu pour eux comme un article de foi.

C'est si vrai, qu'on ne trouverait pas d'ouvriers typographes qui conviennent que l'emploi des femmes comme compositrices au rabais soit une chose bonne.

En présence d'un danger collectif, il n'est pas besoin d'entente pour se garer.

M. DSIiADHSVE :

Messieurs,

Le mardi 25 avril, j'apprends, en arrirant à l'atelier, Finstallation des femmes dans rétablissement de Clichy ; alors je suis trop ému pour travailler. Mais sur les dix heures, je ne sais qui a fait la demande de parler à M. Paye, notre prote, afin de voir M. Dupont. — M. Paye écrivit à M. Dupont; une réponse fut faite. Elle a été lue; cela n'a pas paru satisfaisant aux ouvriers.— Il y disait : « Oui, certainement j'ei acheté et payé un brevet qui est sous la raison Loignon et es etc. B J*ai quitté l'atelier vers Theure du déjeuner. En mon absence, on nomma une délégation de sept membres. A mon retour, il étaii à peu près deux heures et demie, on me dit que j'étais un de ces délégués. — Je suis allé le soir à la Société, — la Société nous a donné un blâme; puis je me suis retiré de là. Je suis parti sur les dix heures; je suis entré au café Mazarin : j'y ai vu Grosley; il me dit qu'on avait voté : qu'il y avait eu quinze voix contre cinq; sans en demander davantage et comprenant que c'était le blâme, je me rendis à mon domicile, pour retourner le lendemain à l'atelier.

Aucune entente n'a été faite entre nous. Chacun a agi d'après son sentiment.

Mercredi 26 avril. — Je retourne à l'atelier comme à l'ordinaire. Ayant confiance dans M. Dupont, ne croyant pas à sa malheureuse idée, une démarche fut faite par une douzaine de personnes les plus recommandables de sa mai^on, et là nous l'avons supplié de renoncer à .^on projet. Et c'est là qu'il a été inflexible, et même peu convenable à Dotre égard, etc., etc. Je suis parti sur les quatre heures, et je ne suis plus revenu, ayant été arrêté dans la nuit du mercredi au jeudi.

Cela a été fait avec toute liberté, au point que M. Paye a été de place en place demander si Ton voulait travailler, et il inscrivait les noms de chaque personne qui se disait démoralisée et incapable de travail pour l'instant. Vous voyez qu'il n'y a pas eu de coalition, délit dont je suis accusé. .

H. «ROftIiET t

Messieurs,

Depuis le mois de décembre 1861, M. Dupont avait annoncé lion intention formelle d'occuper des femmes, dans sa succursale de Giicfay, aux travaux de composition. Cette innovation devait avoir lieu

au commencement de l'année saivante (1862) : plosieun fois* depuis cette époque, on annonça que ce projet avait reçu un commencement d'exécution, et cette nouYelle t\A toujoun démentie, jusqu'au lundi 24 mars, où le fait fut prouvé.

Dans cet intervalle de trois mois, des délégations des ouvriers de la maison, et même de maisons étrangères, pnirent M. Dupont de renoncer h son projet, et lui firent comprendre tout le tort que cette innovation ferait à la typographie, surtout en ce moment où la discussion d'un nouveau tarif était commencée; M. Dupont promit d'attendre la promulgation de ce nouveau tarif {ce qu'il n'a point i$nu)f mais en ajoutant qu'il ne pensait pas que son idée pût en rien nuire à la typographie, et que c'était un but philanthropique qui le faisait agir : la régénération de la femme; et quant à cette idée eUe«fliôme, il y persisterait plus que jamais. Bien entendu que, dans cette réponse, il n'a pas dit que cette régénération de la femme aurait lieu au détriment du salaire de l'homme, et que sa prétendue philanthropie servait de manteau à une économie annuelle de vingt mille francs (il l'a avoué lui-même). Ceci se comprend aisément^

M. Dupont fait la concurrence à tous ses confrères de Paris et de la province. Dernièrement, il a soumissionné un travail important avec un rabais tellement fort que tous les imprimeurs de province ont dû reculer devant lui, et cependant la main-d'œuvre et les frais généraux sont bien moins élevés qu'à Paris. Pour arriver à remplir ses engagements^ il fallait que M. Dupont trouvât un biais : le travail dee femmes à un prix moindre que celui des hommes s'offrit caché, comme je l'ai dit plus haut, sous le manteau d'une soi-disant philanthropie, protectrice de la femme,

La preuve que M. Dupont ne croyait pas énormément à la justice de son procédé, c*est qu'il en a ajourné l'exécution jusqu'au moment où*, par un hajsard heureux pour lui, il put se procurer un second brevet, celui de M. Guiraudet, imprimeur à Neuiliy, chef-lien du canton dans lequel se trouve situé son établissement de GUchy. Il s'empressa d'en demander le transfert au nom de M. Maurice Loignon» banquier, son associé, et aussitôt les femmes commencèrent à travailler.

A cette nouvelle, la periurbation commença à régner dans l'imprimerie de Paris. Dans la journée du lundi 24 mars, plusieurs ouvriers allèrent trouver M. Paye, prote, pour le prier de vouloir bien fournir une preuve authentique que la maison de Glichy était tout à fait distincte de celle de Paris, comme on en avait répandu le bruit, afin de rassurer tout le monde d'une façon complète. M. Paye leur assura le fait et, de plus, s'engagea à ce qu'une affiche ou une lettre, signée de M. Dupont, leur en donnerait la certitude.

JL cette nouvelle, chacun reprit son travail. Le lendemain, per-

sonna n'ayant encore reçu oette preuve^ la plupart se sentirent trop d'anxiété pour trarailler ayant qu'elle fût arrivée. Vers dix heures arrire nne lettre de M. Dupont, qui finissait en annonçant que la maison de Glichy marcherait sous la raison sociale ; MùuHcê Loi* fnon et Compagnie, Celte lettre fut loin de rassurer les espnts, et les ouvriers en furent inquiétés au point qu'ils quittèrent presque tous l'atelier. Le mercredi 26 mars iU étalent encore dans L'incerti** tude ; aussi le travail ne fut pas repris. Une commission, composée d'environ quinze ouvriers, alla faire auprès de M. Dupont une deV' nière démarche en conciliation. Mt Dupont les reçut d'une façon assez rude, en leur jurant que, dût-il y perdre sa fortune, il ne re* noncerait à aucune de ses prétentions ; qu'ils étaient des barbareSy des tauvagess que, sous un gouvernement qui se pique de liberté, un grand industriel doit être libre de faire faire son travail comme il l'entend et par qui il l'entend. Il termina en disant qu'il prendrait nos noms et nos adresses, les enverrait à qui de droite et saurait bien nous faire rentrer dans l'ordre. Le résultat de cette démarche ayant été transmis, il fut loin de faire reprendre le travail. Lorsqu'il était possible de s'arranger, on répond par une menace de prison ; ce n'était pas le moyen de faire revenir h d'autres sentiments, et la preuve, c'est que l'atelier fut subitement déserté.

Dans cette dernière entrevue, M. Dupont confirma le fait du préte-nom par ces paroles :

« Il est assez pénible pour moi de ne pas voir figurer mon nom

• sur les ouvrages dont j'accepte la responsabilité : c'est dé]h là

• une grande concession, et Je n'en ferai pas d'autre. »

Gomme il l'avait dit, les arrestations commencèrent le jeudi matin et se continuèrent jusqu'au mardi de la semaine suivante. L'entrée de l'atelier fut interdite : impossible d'avoir ses outils.

Le prote, depuis le commencement de cette affaire, avait refusé constamment de signer les livrets, et ce n'est que le samedi 6 avri] qu'il commença à les signer : chose arbitraire, contre toutes les règles, et qui mettait tout le monde dans l'impossibilité de travailler ailleurs.

Cette question du travail des femmes au rabais a une énorme importance, et elle intéresse toute la typographie. Notre métier n'est pas un métier ordinaire, fort peu d'ouvriers arrivent à être patrons, à cause du nombre restreint des brevets et de l'énormo mise de fonds nécessaire pour les acquérir et pour acheter un matériel. La condition du plus grand nombre, de presque tous, je puis dire, est de rester ouvriers toute leur vie. Par conséquent, toute diminution de salaire nous touche d'autant plus, que jamais nous n'aurons un bénéfice quelconque à en tirer par la suite.

Quant à cette question de transfert de brevet k un assodé, qui

empêche les autres grands imprimeurs d'en faire autant ? Ils pourront acheter le brevet et le matériel d'un petit imprimeur qui yégète, et malheureusement il n'en manque pas ; monter une seconde maison à côté de la première, et ne laisser dans celle-ci que le trayall que les femmes ne pourront pas faire, sans que la loi ait rien à y Yoir, grâce à TiDgénieux secours du prête-nom. Ja vais plus loin: si une société était assez riche, elle pourrait acheter tous les brevets et monopoliser ainsi l'imprimerie. En ne réprimant pas un semblable abus, tout le monde est autorisé à battre en brèche le~ métier de compositeur qui, dans la suite, sera un métier perdu ; car à peine un quart des ouvriers actuels trouveront à s'occuper.

On aura beau cherdier dans la conduite que nous avons tenue des preuves de coalilioUy elles n'existent pas. Tous les moyens d'accommodement ont été essayés, toutes les démarches possibles n'ont pu amener autre chose que les faits accomplis. Il semblait que M. Dupont eût un bandeau devant les yeux ; et certes, si de fausses idées ne lui avaient pas été suggérées, il serait revenu sur son projet. On lui a dit : ^ mauvais têuls partiront ; toui les bons ouwriere vont reiter^ et ce sera un bien. C'était le contraire qu'il fallait dire, car tout ouvrier qui a du cœur est toujours le premier à défendre ses droits. L'événement l'a pleinement prouvé. Aucun empêchement, aucune menace n'ont été faits à ceux, qui sont restés. On a conservé le sentiment de sa dignité. Il n'y a pas eu de mot d'ordre : il n^y en avait pas besoin,ets'il y a eu une entente, elle est toute naturelle : c'est celle qu'ont tousles honnêtes ouvriers pour défendre leurs principes, c'est celle que toute la typographie aura chaque fois qu'elle aura à défendre son droit à manger du pain ! Il n'y a pas besoin de mot d'ordre^ pas besoin de coalition pour cela.

Dans ses dénonciations, M. Dupont prétend que ses ouvriers ne l'ont quitté que sur Vordre qui leur en a été donné par le comité de la Société de secours mutuels typographique parisienne. Si l'on veut bien se donner la peine d'examiner le but de la Société et les faits qui se sont accomplis, cette accusation tombera d'elle-même. La société incriminée est une société de secours mutuels, tout comme celles qui existent sur tous les points de la France. — Elle a le malheur, aux yeux des patrons, d'être une société corporative, et eux, qui n'ont jamais pu s'entendre, voient d'un mauvais œil que leurs ouvriers, quoique très nombreux, s'entendent un peu mieux ensemble. Partant de ce point, toute mésintelligence entre patrons et ouvriers ne vient que de la Société ; c'est elle qui est cause de tout ce qui arrive de fâcheux dans les ateliers. La fausseté de ce principe est évidente : s'il en était ainsi, pir quels moyens exercerait -on cette pression ? Ceux qui ne voudront pas

obéir aux ordres de la Société, arec qaol les réglementera-t-on, devant qael tribunal la Société les poursnivra-t-elle? Les membres da Comité se trouveraient dans une fausse position par ces décisions qu'ils ne pourraient ni coitimuniquér, ni exécuter euxmêmes, encore moins les feraient-ils exécuter par les autres.

Tout cela ne fait rien, et, dans le cas présent, H. Dupont persiste à accuser la Société de tout ce qui s'est fait cbez lui. Mieux que cela, il l'a imprimé dans une circulaire adressée à ses confrères de province, dans laquelle il les prie de lui envoyer des ouvriers pour reformer son atelier.

On bous demandera alors pourquoi, si la Société n'avait rien ft voir dans cette question, une commission nommée parmi les ouvriers de M. Dupont, est allée trouver le Comité le mardi 25 mars, jour de séance? La réponse est toute simple et plausible pour les gens non prévenus : Dans le courant de cette journée (25 mars), et même la veille, de faux bruits avaient circulé dans toutes les imprimeries de Paris, relativement à la déseriion des ateliers.

Pour les faire cesser et rétablir la vérité, il fallait remonter à la source certaine des choses, c^est-4i-dire aux ouvriers de M. Dupont, et comme tous ne pouvaient pas être entendus, il a bien fallu nommer une commission qui, devant le comité, devait rapporter fidèlement tout ce qui s'était passé. — Ici vient se placer la fameuse question : « Pourquoi devant le comité? » C'est que le comité est composé de tous les éléments de la typographie parisienne, et que le lendemain , en rassurant les esprits et en rétablissant les faits, eux seuls seraient crus, car ils sont en quelque sorte les représentants de la typographie par le mandat qui leur a été confié, et inspirent toute confiance.

On s'est étonné que les membres ouvriers de la Conférence mixte fussent h cette séance. Par la même raison que les ouvriers n'étaient pas informés fidèlement des faits, les patrons ne l'étaient pas davantage, et comme la Commission mixte se trouve en rapport avec eux, cette commission devait leur donner nécessairement tous les renseignements qu'ils auraient recueillis de la part des ouvriers de M. Dupont.

Cette présence de la Commission mixte était d'autant plus nécessaire, que la malveillance avait répandu le bruit que la maison Dupont donnait le signal d'une grève de toute la typographie.

On a accusé le Comité d'avoir voté l'opportunité de la reprise on de la cessation du travail, et le résultat obtenu aurait été de 15 voix pour la cessation et de 6 voix pour la reprise des travaux. Ce vote a été dénaturé de la façon la plus grossière et retourné de manière à servir d'arme contre la Société.

Il est impossible de supposer que le Comité de la Société qui, Je

le lépAto, esl «ne Sodélé de seooorft mntoélsi m poee m {«ge une questioa qui ne le regarde ea rien, sinoo comme renseignement, et personne ne doute que, quel que soit le résultat obtenu, pas un sociétaire ne soit en droit de récuser le fait comme abus de pouToir. Tout le monde sait cela, le Comité mieux que personne^ pour qu'il se soit avisé de (aire une semblable sottise.

Le vote a eu lieu après le départ des délégués el de la Commission arUtrale, sur la demande de M. Gautbîer, président, lequel i^était cm autorisé, connaissant les idées de presque tout le Comité, de blâmer les ouvriers de M. Dupont de leur conduite, et de les engager k la conciliation, et ce vote a ratifié, par 15 voix contre 6,. la croyance de M. Gauthier. Au reste , c'était un vote pour la forme, une mesure d'ordre intérieur, une satisfaction rendue k notre président qui avait été notre interprète. Ceci est bien loin de la chose dont on nous accuse.

On a dit aussi que les délégués de l'imprimerie Dupcmt attendaient le résultat du vote; ce qui est encore faux, d'autant plus que l'on a ajouté que l'avais mission de leur annoncer ce résultat. Après la séance, en allant k mon domicile, rue Saint-Audré-des-Arts, 56, j'ai vu de mes camarades de la maison Dupont chez le marchand de vins situé au coin de la rue des Grands- Augustios et de la rue Christine. Je suis entré me rafraîchir vers eux, et là, eh causant, je leur ai appris ce qui avait eu lieu après leur départ. Je n'avais aucune mission pour le faire : seulement, comme tout ce qui se fait au Comité se fait au grand jour, que rien n'y est caché; je me crois parfaitement autorisé à communiquer k mes camarades ce qui se fait parmi nous, et tous les lendemains de séance à l'atelier, j'en faisais autant. Etant le délégué de mes camarades, il est très naturel que je leur rapporte ce qui se fait

Si l'on persiste, malgré tout, k prétendre qu'il y a un mot d'ordre venant de la Société de secours mutuels typographique parisienne, on voudra bien nous expliquer comment il se fait que des ouvriers non sociétaires ont quitté leur travail tout comme les autres, et comment il se fait que, le mardi 25 mars, l'atelier était désert, et que le mot d'ordre n'a été donné que le soir de ce même jour.

Bn résumé, de toute cette affaire il ressort une chose certaine. Tai agi suivant ma propre volonté, sans mol d^ordrêy sans prassien» et si j'ai fait comme les autres, ou si les autresont fait comme moi, je ne m'en suis pas inquiété. — J ) défie qui que ce soit de pouvoir dire que je l'ai engagé k cesser son travail, ou que j'aie dit ce que |e ferais et ce que je ne ferais pas.

Si on voit là un<) coalition de ma part, je demande sur ^oi on ^appuie.

Naïas, » avril 1S68.

MessieuiBy

Vers la fin de ddbembre (1861 (du 20 aa 25), une not^ mè fut remise ptfr M. Paye, prote de Timprîmerie Paul Dupont. Cette note, écrite par le patron, était ainsi congue : Monsieur Faye^ amenezmoi Moulinet. Je fus bien peiné et bien attristé à la lecture d'un pareil écrit, et, impatient de connaître ce qui avait pu motiver une aussi dure eipression, je m'empressai de me mettre à la disposition de M. Paye qui, tout aussitôt, me conduisit auprès de M. Dupont. Lorsque je fus en sa présence, il» m'interpella en ces termes : — Ditesmûi, Moulinet; n'avez-vous pas été nommé, vous, ainsi que plusieurs autres de vos camarades, délégué des ouvriers de ma maisoû, pour me soumettre quelques observations au sujet de l'introduction des femmes comme compositrices dans mes ateliers de Clichv T — Non, monsieur, ai-]e répondu, je n'ai pas été nommé membre de cette délégation» — On m'a po rtant bien assuré que tous faisiez partie d'une commission? — En efiet, monsieur, je fais partie d'une commission, mais je vous ferai remarquer qu'elle n'a pas été élue seulement par les ouvriers de votre maison, mais bien par toute la typographie parisienne, pour que, réunie à celle nommée par MM. les maîtres imprimeurs, ces deux commissions puissent discuter des intérêts généraux et reviser le tarif de composition. *- C'est vrai, je fais confusion; aussi, c'était bien de cette dernière que je voulais vous parler ; car si je vous fais venir, Moulinet, c'est pour vous prier d'inviter les membres de cette commission à vouloir bien assister à notre réunion, parce que j'ai le plus grand désir que toutes les observations qui pourraient m'être adressées, ne viennent pas seulement des compositeurs travaillant chez moi. mais bien ausiii des compositeurs travaillant au dehors. Puis, d*un autre côté, je tiens essentiellement à ce que tout se passe au grand jour, afin qu'on ne puisse pas dire que j'ai usé de mon influence sur mes ouvriers, pour les forcer à accepter des conditions qui ne leur conviendraient pas ou qui seraient contre leurs intérêts. — Je ne sais, monsieur Dupont, quelle sera la décision que prendront mes camarades, mais soyez bien assuré que Je m'acquitterai auprès d'eux de la mission dont vous me chargez, et que, s'il y a hésitation de leur part, je ferai tous mes efTorts pour les engager Il se rendre à votre invitation.

Comme il y avait, ce jour-là même, réunion des membres de la Conférence mixte (section des ouvriers), je leur donnai conmiunicatiouy sans en rien omettre, de la conversation que j'avais eue avec

mon patron. On accepta la proposition faite par lai, et il fut décidée à l'unanimitéy qu'on se rendrait à son invitation. Deux jours aprè:», la Conférence mixte, ainsi que les délégués des ouvriers, se réunissaient, k huit heures du matin, dans les appartements de M. Dupont. A l'ouverture de la séance, la lecture d'un rapport de la délégation fut faite par M. Hemoud, secrétaire. M. Dupont y ayant répondu, M. Parmenftier demanda la parole et réfuta divers passages de cettB réponse. Alors une très longue discussion, qui ne dura pas moins d'une heure et demie, s'engagea entre M. Parmentier et M. Dupont. Ce dernier, paraissant fatigué et voulant mettre fin k ce débat, se leva de son siège, et dit que tous les arguments dont on s'était servi pour le faire changer d'idée ne l'ayant pas convaincu, fl déclarait ne pas renoncer au projet qu'il avait d'occuper «les femmes comme compositrices dans ses ateliers de Clichy. Après une déclaration aussi formelle, la discussion ne pouvant plus continuer, la séance fut levée. Avant de se séparer, notre camarade Viguier, s*adre8«ant à M. Dupont, le supplia de vouloir bien attendre, pour mettre son projet & exécution, que le Tarif des prix de main-d'œuvre fût entièrement revisé, parce qu'il craignait que l'introduction des femmes dans l'imprimerie ne mtt empêchement k l'augmentation des salaires,' pourtant si nécessaire aux ouvriers, potit parer et suffire aux besoins de la vie actuelle. M. Dupont répondit qu'il n'était pas du tout de cet avis, et qu'au contraire il était bien convaincu que son système nous serait très favorable, pour faire accepter nos justes réclamations et nous faire obtenir une augmentation si désirée et tant nécessaire ; mais que, néanmoins, puisque nous manifestions des craintes à ce sujet, il voulait bien donner droit k notre demande, et différer jusqu'à ce que la Conférence mixte eût complètement terminé ses travaux.

Dans les premiers jours de février, M. Boyer, directeur de l'imprimerie, vint nous prier, Parrot et moi, de vouloir bien raccompagner jusqu'à son bureau, parce qu'il désirait causer avec nous quelques instants. La conversation roula constamment sur la question des femmes, moins au point de vue humanitaire qu'au point de vue industriel. Il nous fut très facile de lui démontrer combien le système de M. Dupont était nuisible aux intérêts de tous, Don-:^eulement parce qu'il établissait une concurrence désastreuse contre les mattres imprimeurs des départements et contre la plupart de ceux de Paris, mais encore parce qu'il créait un mode qui pouvait servir à l'abaissement du salaire de l'ouvrier, puisque le prix de main-d'œuvre payé à l'homme 50 et 55 centimes, n'était plus payé à la femme, pour la même quantité de travail, que 35 et 40 centimes. M. Boyer, sans approuver ni combattre notre raisonnement, nous répondit qu'il n'était plus possible à M. Dupont de reculer, attendu qu'il avait

pris un engagement d'honneur, et qu'abandonner son projet ce serait commettre un acte de faiblesse. Il nous paria ensuite des pertes considérables que l'achat du terrain de Clichy ferait épronrer à M. Dupont, et que celui-ci était bien obligé d'employer quelque moyen, sinon pour réaliser des bénéfices, au moins pour se garantir d'une ruine presque certaine. Puis, s'adressant directement à moi, il me demanda quelles étaient mes iatentionset ce que je ferais lorsque le projet de M. Dupont serait mis è exécution. — Monsieur, lui^i-je répondu, le jour où les femmes seront admises dans ros ateliers, pour y faire des travaux delcomposition à un prix inférieur à celui qui nous est donné, vous n'aurez plus à compter sur aucun de mes services comme compositeur, et je vous prierai d'accepter ma démission. — Alors, puisque telle est votre détermination, me dit-il, veuillez au moins, en souvenir des bons rapports que nous avons eus ensemble, me faire la .promesse, afin d'éviter que vos camarades ne suivent votre exemple, de ne pas faire signer votre livret ni vous en aller le premier. — Je le lui promis. Sans cette promesse, qui me fît Tesclave de ma parole, depuis longtemps déjà j'aurais cessé de travailler pour le compte de M. Dupont, et je ne serais pas aujourd'hui poursuivi comme accusé de coalition.

Le lundi 24 mars, à la nouvelle que fHusteurs femmes avaient commencé des travaux de composition dans la maison de Glichy, les ouvriers compositeurs, voulant être définitivement fixés, nommèrent une commission qui fut chargée de se rendre auprès de M. Paye, prote, pour le prier d'employer toute son influence et de faire tous ses efforts afin d'obtenir que M. Dupont voulût bien déclarer que l'imprimerie de Glichy était sous un autre nom que le sien et tout à fait étrangère à son imprimerie de Paris. M. Paye voulut bien se charger de cette difficile mission, et promit de s'en occuper le jour même.

Le mardi 25, à dix heures du matin, une déclaration, signée par M. Dupont, était remise, par M. Paye, à MM. Parrot et Dutemple, qui en firent la lecture à haute voix dans l'imprimerie. Cette déclaration, qui semblait devoir satisfaire et tranquilliser Icb ouvriers, ne fut probablement pas trouvée par ceux-ci assez explicite, car elle fut commentée et discutée dans différents groupes d'ouvriers une bonne partie de la journée. Le seir, la Commission du Tarif (section des ouvriers) s'étant réunie pour préparer et faire l'envoi des circulaires invitant les compositeurs de Paru à exprimer leur vote sur diverses propositions concernant la révision du Tarif, MM. Baraguet et Dutemple vinrent nous prier de vouloir bien nous présenter au siège de la Société, parce que les membres du Comité, ainsi qu'un certain nombre de compositeurs de M. Dupont, désiraient nous consulter et avoir notre avis sur la question du travail des fenunes. M. Parmea-

tâcTi iiott« présideAti leor tépondil qm noiiè n'étioBs pis pour nftms occuper d'une semblable ^uébUoii, et qu'en conséquence nous ne poiitieils pas nous rendre à leur inritation. M. Dntemple dit qu'il regrettait sinoèrement nous vt>ir leur refuser, parce qu'il était bien eonraincu que, paf notre présence et par nos conseils, nous pourrions éviter un grave conflit. Les bonnes raisons doûnéos par M« Dutemple^ «nsi que ses chaleureuses instances, nous firent revenir sur notre première décision, et nous nous présentâmes à la aéance du Comité. A notre arrivée» on fit lire la déclaration de M* Dupont ; puis, après cette lecture, M^ Gauthier nous ayant donné connaissance de ce qui s*était passé dans les ateliers de M. Dupont^ invita M. Parmraiier à émettre son opinioB et à donner son avis. M* Fadrmentier prit la parole et engagea les ouvners è reprendre leurs travaux.

UUt Farrot, Gâuthisr et Baraguet parlèrent dans le mène sens. Uk Gotraission, n'ayant plus rien à faire an (Somité, se retira pour aller continuer ses occupations un moment interrompues. Eatre dix nt onae heures, MM. Gauthier et Baraguet^ tous deux membres de notre Ckimmission, étant venus pour nous aider à terminer notre travail, nom apprîreàt que les propositions, n'ayant pas été bien comprises par la pèupart^es membres du Comité, awent apporté la plus grande oonAisien dans le vote.

Le mercredi iS (les Ouvriers de M. P. Dupont n^avaient pas encore repris leurs travanx), quelques compositeurs émirent le matin l'avis qu'une d él éga tion des plus ancinis ouvriers de la maison pourrait bien faire une éernière démarche auprès de M< Dupont pour le prier, le supplier méme^ de renonce^ à un projet qui, par sa mise à exécution, apporterait non-seulement la misère chez Touvrier, mais seimt probablement cause de la ruine de sa maison. M. Paye, consulté à ce sujet, approuva la proposition. Alors, une donxaine des doyens des ouvriers se présentèrent au bureau de Uk Dupont. M. Parrot, tonl rempli d'étaotion, lui exposa les motifs de cette deraâèrs démarche. M. Dupont répondit avec colère et emportement que nous n'étions que des ingrats i que nous n'avions aucune reoonnaissance pour tout le bien qu'il nous avait Mt; qu'il avait été jusqu'à dépenser une somme de trois mil te francs pour l'echat d'i^ breret^ afin de nous mettre à eourert et nous garantir ém reproches et des réoriannations qu'auraient pu nous adresser nos autres camarades ; qne nous étions pis que des sauvages; que nous n'avions m eeior, ni humanité, et, puisqu'il en était ainsi, il n'agirait pas^ lui, cemaie avait agi M. Le Clere : qu'il allait donner des orditti pour faire prendre les noms de ohacnn des ouvriers qui lefuseraiettt de travnttiwi et qne la liste de leos ces noms serait réalise svtre lesmalns de l'anlarilésnpérîettiet i^ qu'elle eH * pom^

saivrt) pan» qoe, a4-il igonté» il tooMI étra le mallre de faire ehez lai ce que bon loi semblerait, et que» si ob lui contealait sa liberté indostrieliey il en ferait au besoin ubb question gouyemeoieBtale.

Je dois ajotttf^r :

Le 20 septembre 1860, d'après les ordres donnés par M. Dupont je fus invité par 11. Jules Boyer» directeur de rimprimeriei à prea dre k direction de la eomposition et des tirages du Spécimen de M. Ch. Derriex, graveur et fondeur. Cet ouvrage, destiné k figurera l'Exposition de Londres, ezigeaiti afin d'obtenir une parfaite ezéeu« tion, le plus grand soin, la plus grande aptitude. Aussi, à pa/lir du jour où il me fut confié, tous mes instants furent absorbés, et il ne me fut plus possible d'accepter ni d'entreprendre aucun autre travail.

Si le mer<^di, 26 mars, je crus, après les violentes menaces de M. Dupont, et qui m'ont blessé comme mes camarades, devoir refuser un modèle que M. Paye me donnait à faire, je n'en retournai pas moins à l'imprimerie le jeudi 27, après avoir été prendre au(Hiès de M. Derriey quelques renseignements relatifs à son travail, car tout en étant décidé à no plus rester cbez M. Dupont, je tenais à honneur de terminer pour l'Exposition de Londres le travail de 11. Derriey. Mais un des surveillants me prévint qu'il était défendu d'y entrer. Ne considérant pas cette défenlse comme bien sérieuse» je passai outre et montai dans l'atelier de mes imprimeurs. Pendant que je leur transmettais les renseignements que j'avais reçus^ M. Richard, prote aux presses, vint me dire que la mesure qui avait été prise étant une mesure générale, il m'engageait, dans mon intérêt, à me retirer. Je remerciai M. Richard de son conseil. Puis ensuite, ayant demandé à 11. Paye de vouloir bien m'aecorder Vmx^ torisation d'envoyer M. Vannier prévenir M, Derriey de oe qui se passait, je me retirai.

Le lendemain, vendredi, à cinq heures et demie du nutin, j'étais arrêté et conduit à la préfecture de police.

llazas^ 29 avril 1962.

Messieurs,

Au commencement de décembre, on apprend dans Tatelier qu'il doit prochainement y avoir des femmes k la succursale de Clichy ; cette nouvelle jette un grand découragement. La Commission arbitrale, à qui les intérêts généraux de la typographie sont confiés, s'en émeut à bon droit, parce que cette tentatiire peut et doit nitiftl k la révision du Tarif.

~ai —

Cette nouvelle de l'introduction des femmes porte un préjudice notable è le célérité du travail. Sellier, rencontrant M Dupont, Taccoste et lui fait part des appréhensions de tous les compositeurs de la maison. Le soir même, les commissaires délégués de la Société de secours sont invités è se rendre chez le patron.

M. Dupont leur fait un long discours sur ses intentions tout à fait dëiiniéresiées (1), il ne veut qu'agrandir sa famille ouwriére; en un mot Glichy ne sera que le trop plein de sa maison de Paris. Dans la dernière séance annuelle, M. Dupont, pour rassurer les esprits craintifs, avait déjà affirmé que les prix de Glichy seraient semblables è ceux de Paris, et on apprenait que les femmes ne devaient recevoir que 40 c. du mille an lieu de R5 et... L'entretien fut long et assez vif de la part de quelques délégués. Le lendemain de cette entrevue, une affiche était posée dans l'imprimerie qui annonçait que désormais les indemnités annuelles, se distribuant le 31 décembre, étaient renvoyées au mois d'avril.

Quelques jours après, l'atelier de composition fit une liste de candidats pour rédiger une note et représenter au patron les désavantages de l'introduction des femmes dans son imprimerie. La Commission, choisie parmi les plus anciens compositeurs et premiers fonctionnaires de la maison, fut reçue par 11. Dupont, qui avait prié le prote, M. Paye, de faire venir des ouvriers du dehors, afin qu'il soit bien entendu qu'il voulait donner des explications, non-seulement aux siens, mais aussi à la typographie parisienne. MM. Gauthier, Parmentier, Yîguier, Huet, Moulinet et moi, nous deax comme ouvriers de la maison; assistions è cette séance.

M. Dupont reçoit tout le monde avec affabilité ; il dit même à Gauthier qu'ib sont collègues, puisqu'ils sont tous deux présidents de sociétés de secours mutuels.

M. Parmentier adresse quelques mots à M. Dupont, et lui dit que les personnes présentes n'ont aucun caractère officiel ; qu'il n'a devant lui ni prÀident de société, ni membres de la Révision du Tarif, mais des ouvriers compositeurs de divers ateUers de Paris, se rendant avec plaisir à une si honorable invitation.

M. Hemoud donne lecture, au nom de ses confrères de l'atelier, d'un rapport, expression des sentiments de tous ; il démontre que M. Dupont, dont la sollicitude a été si grande jusqu'à ce jour, viendrait à déchoir dans l'esprit de chacun s'il penévérait dans cette résolution de l'introduction des femmes dans ses ateliers. Il termine

(1) On a établi un compte de différence pour le Momtêur parlementaire : le chiflire de plusieurs milliers de francs en moins de main-d'œuvre se trouve avec l'iemploi des femmes.

en le suppliant de renoncer à une idée qoi jette le déeeuragement partout.

M. Dupont, désirant ne répondre que lorsque chacun aura émis son opinion^ prie toutes les personnes qui auraient des observations à présenter à les faire valoir l'une après l'autre, pour qu'il puisse les résumer, et donner son avis.

Mil. Parmentier, Gauthier et plusieurs autres affirment que les femmes, dans l'imprimerie, ont toujours été un signe de désarroi des maîtres qui s'en servaient, et, par-dessus tout, la cause forcée d'un abaissement de salaire ; que cette dernière crainte était partagée par son personnel. De plus, M. Dupont était prié de réfléchir sur une pareille mesure. Une grande partie de ses ouvriers, recommandables par leur capacité, s'en iraient, et ses concurrents, se réjouissant déjà de l'idée que la perturbation amènera dans son imprimerie, feront leur possible pour attirer chez eux des hommes expérimentés et capables.

Après avoir entendu encore quelques personnes, M. Dupont jure, sur l'honneur, qu'il a bien écouté, médité les paroles émises, mais n'a rien trouvé de concluant, c Je vois, ajoute-t-il, que le sentiment qui vous anime est tout simplement un sentiment égoïste; on me fait craindre la perte de mes bons ouviiersî Que vouiez- vousî lorsqu'on est forcé de se faire retrancher un membre, on subit l'amputation : je la subirai. J'attache à l'introduction des femmes une importance réelle. Ce n'est pas Yàbaistmnent det latoiref, soyez-en bien convaincus; je veux établir a Glichj une espèce de phalanstèrci appelez cela toquade, si vous voulez ; oui, c'est ma toquade, et j'en veux faire l'expérience. Aucun de mes travaux de Paris ne s'en ira à la succursale, j'ai fait des traités pour des ouvrages volumineux, des labeurs. Je veux rendre vos femmes, vos filles plus heureuses : voudriez-vous m'en faire un crime?»

Un membre adresse une question à 11. Dupont: « Vous dites, Monsieur, vouloir nous rendre tous heureux : est-ce en donnant moins aux femmes, car vous avez dit tout à l'heure que vous les payerez 40 cent, du mille, quand nous recevons 65 cent; il est certain que si le travail venait à baisser, vous n'iriez pas garder des hommes, ils devraient faire place à celles rétribuées à salaire moindre ; alors que deviendrait la famille que vous dites vouloir protéger ? Nous croyons fermement, monsieur, la mesure immorale et dangereuse, peu honorable pour votre maison, dont la renommée est européenne. »

M. Dupont s'étant levé, s'adressa pour ainsi dire à tout le monde en souriant: c Pourquoi ne pas vouloir me laisser tenter l'expérience?»

Yiguier répondit « qu'après toutes les judicieuses .appréciations de ses camarades, il y avait encore une raison maieure : c'était la

~ad

léfîiioa du Tairif; la question de l'introduetion des femmes, dans une des premières maisons de la capitale, pourrait porter un grave préjudice aux intérêts de la typographie tout entière, et servir de prétexte pour la non- révision.

« — Je vous as5ure^ répondit M. Dupont, que vous êtes dans Fer-' reur, votre demaude est juste, l'augmentation est nécessaire, et pour vous prouver que je ne veux entraver ni nuire à vos intérêts, J4 m^êngageàne rien evpéritnemUr d'ici la rMii&n de voire Tarif.»

L'entrevue avait duré plus d'une heure et demie, elle se termina par un mot de 11. Dupont : « Mon conseil d'administration avait décidé que les indemnités annuelles ne seraient plus accordées doréna? ant qu'au mois d'avril, comme il m*a été représenté que plusieurs de moe camanadee comptaient sur cette indemnité, j'ai cou* aenti à lever la décision, en la rendant applicable seulement dans unan. •

L'affiche qui annonçait la remise des indemnités comme par le passé remplaça celle qui les ajournait au mois d'avril.

On en resta là des premières appréhensions.

La Conférence mixte pour la révision du Tarif se réunit, pour la première fois, le 9 janvier. Quelques jours après nous recevions la triste nouvelle qu'un des membres de ladite Conférence , M. Le Glere, imprimeur du Pape et de l'Anhevêché, introduisail des fem-» mes dans ses ateliers à un prix inférieur. Le SI janrier, plusieurs ouvriers avaient été congédiés; le lendemain, tous les oomposi* teurs, sauf deux, se retiraient en présence des femmes.

Le jeudi, jour de séance, une proteâtation des membres, ouvriers se produisait devant les commissaires-patrons. Des paroles amèrea s'échangaient de part et d'autre, parce qu'on savait que 11. Le Le Clere avait dénoncé et fait arrêter des compositeurs qui ne voulaient plus traf ailler chez lui. Quinze jours après, nous apprenions que ce patron renvoyait son prote, qui lui avait déoMntié par des cbifibes la perle réelle de l'emploi des femmes» en comparaison du même travail fait par des hommes.

Lea quelques séances de la Conférence mixte se resaenttoent toujours de cet acte déloyal d'un de ses membres. Les propositiona euvrièree furent rejetées à l'unanimité de la section des patrons. Fendant ces déboires, la section ouvrière croyait remplir un devoir en auertisaant l'adminibtration des tendances de plusieurs maîtres imprlmeuis non^eulement par refus d'augmentation ; mais encore, poursuivant l'œuvre d'abaissement des salaires en introduisant du matériel d'imprimerie dans certaines communautés religieuses pour dresser des jeunes filles. Un prêtre même, à Montiouge, aermonait et invitait, dit-on, les parents à envoyer leurs petites filles comme compositricea^apprenties chez M. Le Glere» lent assurant un gain

avantageu dans im temps peu éloigné. Jamais ligue ne fui mieux eoDStatée contre les ouvriers typographes de Paris.

M. le ministre de Tintérieur reçut également une supplique des memhras ouvriers de la Commission arbitrale. Ils demandaient à Son Excellence s'il était permis à un législateur industriel tel que M. Dupont, d'avoir, au mépris de la loi, deux imprimeries distinctes avec un seul brevet.

La situation décourageante grandissait plus que jamais dans notre imprimerie. M. Boyer, second de M. Dupont, nous fit demander, Moulinet et moi, dans les derniers jours de février. Il nous priait de rassurer nos camarades, que M. Dupont n'avait aucunement l'intention de diminuer les salaires. Nous lui répondîmes tout d*abord que nous n'avions aucune autorité sur nos confrères; que le découragement gagnait tout le monde, que nous-mêmes étions navrés de cette introduction des femmes dans les ateliers de 11. Dupont.

M. Boyer nous répondit que M. Dupont était trop avancé pour reculer, qu'au surplus ce n'était qu'un esssai de trois mois an plus. Je répondis qu'on savait qu^un parti cherchait par tous les moyens à froisser les intérêts ouvriers, et que notre patron, malgré lui, semblerait seconder les vues de ce parti. Au surplus, ajoutionsnous. Moulinet et moi, nous ne voudrions pas rester dans un atelier qui mtroduirait des femmes, les payant au-dessous des prix habituels. Après quelques réflexions de M. Boyer, nous nous engageftmes d'honneur è ne pas partir des premiers de l'atelier, pour ne pas donner prétexte à d'autres sorties, mais l'avertissant que, du moment où il y aurait des femmes è Clicby, M. Dupont n'avait plus à compter sur nous comme ouvriers de la maison. ' Le lundi 24 mars, on apprend que M. Dupont a acheté le brevet de M. Guiraudet, et qu'il doit êire au nom de M. Loignon, banquier de la maison, que ce jour même il y a des femmes k Glichy. Le mardi 25, tout Tatelier est en émoi, je demande au prote de ra!i»urer la composition par un mot de M. Dupont. Vers midi, ce mot circule : « Oui, le brevet de M. Guiraudet a été acheté au nom de M. Loignon, et désormais les ateliers de Glichy seront sous la raison sociale : Loignon et G*. — Signé : Dupont. •

Ge mot, loin de satisfaire* augmente l'agitation. J'invite tous les confrères à accélérer leurs travaux.

Le soir, Gautbier fit une semonce à quelques ouvriers de la maison Dupont. Gomme membres de la Gonférence mixte, nous désirions par-dessus tout éviter tout ce qui pourrait entraver la révision du Tarif; et nous étions, pour ce motif, disposés à accepter même le subterfuge de M. Dupont quant au brevet. G'était l'avis de notre collègue Pdrmentier. Je reviens le mercredi à l'atelier, le même désanoi s'y retrouve. Le prote m'appelle plus de vingt fois à son

bureau, pour que f engage tout le monde à reprendre les Iravauz ; à un de ces appels, M. Bojer est présent; je lui dis qu'il y a un découragement, que le travail est stagnant. Comme il j a une épreure très pressée pour le chemin de fer d'Orléans, le prote me dit de faire tous mes efforts pour la faire partir, je la remets entre les mains du nommé Michelet; puis je demande en grâce à M. Boyer de chercher à faire revenir 11. Dupont de sa détermina* tion. M. Boyer me répond que M. Dupont ne peut ni ne doit reculer, parce qu'ti â'esl engagé d'honneur. Je le supplie, ainsi que le prote, de laisser tenter encore une dernière démarche près de M. Dupont; quatorze personnes sont indiquées par l'ensemble de la composition; je m'offre de m'adjoindreè elles.

Je suis introduit, ainsi que mes confrères. Je dis à notre patron : « Je TOUS demande pardon, Monsieur, de tous déranger de vos importants travaux, mais je viens vous faire connaître le triste état de vos ateliers; le découragement est invincible. Je vous supplie, llondeur, vous qui nous avez donné tant dégages de bienveillance, de renoncer à cette malheureuse idée des femmes qui jette la perturbation dans nos travaux. »

M. Dupont répond que sa détermination est bien prise, qu'on ferait tout ce qu'on voudrait, mais qu'il ne céderait rien devant un mauvais vouloir aussi manifeste; qu'il aimerait mieux fermer ses ateliers, vendre son imprimerie que de céder une seconde fois, ayant acheté déjà un brevet pour couvrir notre susceptibilité; que c'était déjà assez pénible pour lui de voir ses travaux de Clichy sous un autre nom que le sien ; qu'au reste, nous étions libres d'agir comme bon nous semblerait.

M. Dupont ajoute qu'on le forcerait plutôt à arborer la bannière des femmes sur ses ateliers de Paris. Il nous congédie en nous traitant d*ingrait et de eauvagei.

Peu de temps après, le prote dresse une liste de tons les compositeurs qui n'acceptent point le travail qu'il leur présente. Je lui remets le carton où se trouvaient plusieurs travaux è distribuer. Ma fonction consistant à distribuer la besogne, je n'avais rien à faite en présence du non-travail des compositeurs découragés. Il me dit qu'il se verrait forcé de m'appeler aussi, et que si je refusais, je serais sur la liste des refusants. Je lui répondis d'agir comme il l'entendrait ; que cependant j'aimerais tout autant qu^il me signât mon livret, pour être débarrassé de toutes ces trilnUatiant. Jusqu'à cinq heures du soir je reste dans l'atelier, attendant vainement cet appel.

Le lendemain jeudi, 27 mars, je suis arrêté à dnq heures et demie du matin à mon domicile, amené à la Préfecture, puis conduit au poste des Halles, où je reste jusqu'à trois heures ne l'après-

midi dans un cachot infect, et sans avoir pris de nowritiire ! L'in- * terrogatoire de M. ie commissaire de police a lieu : il me reproche le délit de coalition, ce qne je nie formellement en offrant d'en fournir les preuves. Le commissaire me dit qne si je toux Atre libre, je n'ai qu'à retourner à l'imprimerie. Je refuse en disant qu'un patron qui dénonce et fait arrêter un ouvrier innocent ne ne peut plus attendre de lui aucun dévouement.

On m'emmène à la Préfecture ; ]' j rencontre ce pauvre ami Dorison, puis nous montons au troisième ; le spectacle le plus repoussant s'offlre à;nous, et je demande au gardien s'il peut nous faire avoir une pistole, comme le brigadier nous l'avait promis.

Le chef des gardiens nous fait descendre ; nous allons encore à la Préfecture; j'entre le premier, un chef de police m'interroge; je lui réponds comme je l'ai fait chez le commissaire de police, et, comme ce dernier, il me dit que je puis rentrer à l'instant môme chea M. Dupont. Je refuse par les mêmes raisons données au commissaire de police, et remonte; le gardien nous met dans une nouvelle chambre, où nous nous trouvons, Deladreue, Dorizon, Le Roy et moi. Le lendemain vendredi, nous y recevons Samié, Gamon et Moulinet.

Après une détention de huit jours, couchés sur une paillasse, sans pouvoir nous déshabiller, nous nous trouvions jusqu'à quinze dans une chambre de quelques mètres carrés ; heureusement, tous camarades d'atelier.

Je suis enfin interrogé, le sixième jour, par M. Benoit, juge d'instruction; lui aussi me demande si je veux rentrer dans les ateliers, je lui réponds négativement, en ajoutant que j'aime mieux me retrouver simple ouvrier dans une autre imprimerie que sous-prote chez un patron qui m'a dénoncé .injustement. Nous sommes six désignés pour être transférés à la prison cellulaire de Mazas.

Justice t que d'erreurs on commet en ton nom t

Un patron peut-il forcer un ouvrier à rester ou à rentrer chez lui, lorsqu'il est démontré que toutes les promesses faites par lui depuis un an ne sont que mensongères, et que son atelier de Giichy est une manufacture au rabais?

L'ouvrier est-il attaché et serf, peut-on l'emprisonner lorsqu'il ne cherche pas è faire augmenter son salaire par chômage, qu'il n'interdit k personne sa liberté d'action, qu'il demande seulement la signature de son livret, en présence du flagrant délit et de la nonsécurité du gain de son travail? — li y a eu déjà, dans la maison Dupont, diminution réelle du prix de la journée, fixée depuis longues années à 5 fr. 50 pour dix heures de travail effectif, et descendue maintenant à 5 fr. (11 est vrai de dire que ce dernier prix n'est donné qu'aux nouveaux acceptants, que les anciens reçoivent au

bout da mois xm^ indemnité de 15 fr. pour parfaire le chiflir qt'ito recevaient naguère par semaine ; mais il est de toute évidence qu'aussitôt que le personnel à 5 fr. sera assez nombreux, Tindemnité disparaîtra, et que la diminution sera effectuée.)

Les affirmations antérieures de M. Dupont sur Clicbj, comme garantie du même prix de main-d'œuvre, sont démenties par les faits, le travail étant de 28 p. 100 au-dessous de ceux de sa maison de Paris. Si on admet qu'un maître est libre de diminuer/ peut-on défendre à un ouvrier de refuser sa coopération à un patron dont toutes les tendances sont à l'abaissement des salaires?

Objectera-t-on que la mai^^on Leignon et C« est tout à fait distincte de l'impnmene Dupont, qu'il y a injustice de la part des ouvriers à vouloir sortir d'un atelier bien rétribué? D'après la déclaration de M. Dupont devant dix-sept personnes, Glicbj est Uen sa propriété. M. Loignon, soa parent., banquier et actionnaire de l'établissement parisien, n'en est que le prête-nom, pour respecter la loi l Les ouvrages de M. Dupont se feront au rabais par des femoMs, et il est constant que les compositeurs de sa maison de Pans auront toujours devant eux une perspective menaçante I

La coalition de plusieurs maîtres imprimeurs de Paris est notoire, nos renseignements exacts. M. Dupont a assisté à plusieurs réunions de la cbambre syndicale, où la question de l'introductioi des femmes a été discutée et résolue, dit-on, pour contrecarrer le vœu formulé par prè^ de 3,000 ouvriers typographes de Paris d'une révi> sion de leur Tarif. M. Dupont devait être le premier à en faire la désastreuse application dans ses ateliers de Glicby ; l'illégalité de deux imprimeries distinctes sous un même brevet l'en a seule empêché.

M. Le Glere, imprimeur re^teua;, n'ayant pas les mêmes inconvénients, s'est exécuté en opposition à la typographie parisienne, qui veut maintenir sa dignité ouvrière en la mettant sous la sauvegarde des nobles paroles du chef de l'Etat, qui lui-même a conseillé aux chefs industriels : fi De ne pas oublier de faire une juste part dams » la rémunération du travail. »

La pétition unanimo des ouvriers typographes de Paris a été approuvée dans toutes ses parties par les organes des opmions les plus diverses. Cette pétition eut pour résultat de faire nommer une commission de maîtres imprimonrs et d'ouvriers : je fis partie de ces derniers. Notre commission siégea quatre fois. Le principe d'augmentation fut reconnu, mais non résolu. L'introductiondes fenunes dans les ateliers de M. Dupont fut cause de l'emprisonnement de trois membres de cette Commission; le Tarif n'a pas été revisé par suite de cette calamité, et malgré l'engagement formai de M. Dupont de ne rien tenter avant la révision de notre pacte de aécurité.

L'anterilé gouTomemeDtale intenriendia, je Pespère, pour sauvegarder B€S salaires, rimpnmerie étant, sous sa tutelle immédiate. Le noble eiemple qu'elle a doané, en établissant à rimpiimerie impériale un tarif bien au-dessus des prix de l'industrie parisienne, est OM preuve de sa sollicitude pour le travailleur. Invoquer, pour nous condamner, la liberté commerciale, est un non-sens, sinon une menstruosilé, car l'Etat est dispensateur de brevets, qu'il donne et retire à la moindre infraction. — Les agents de change, notaires, buissiers, ne peuvent se départir d'un tarif; pourquoi les maîtres imprimeurs invoqueraientrils une liberté absolue d'action, quand ils se trouvent possesseurs d'un n^me ]xrivilége eiceptiomel?

On voudrait nous rendre victimes d'une prétention que rien ne peut ni ne doit justifier, cela n'est pas possible. Gomme citoyens, nous avons les mêmes droits politiques, et une anomalie injuste ferait retomber l'ouvrier sous un caprice pire cent fois que la servitude h... Des patrons, an nom d'une liberté qu'ils invoquent, détruiraient la sécurité dans un grand nombre de familbs, aviliraient la main-d'œuvre, s'entendraient dans ce but; et l'bomme qui sentirait en lui sa dignité froissée, son avenir menacé, ne pourrait secouer le jpug sans se trouver ^ous le coup d'une loi ! Non I les législateurs, en rédigeant l'article 414 du Code pénal, n'ont jamais eu en vue de dire au travailleur : Tu subiras toutes les misères de ton bumble condition t Le travailleur a foi en l'avenir, une main puissante lui viendra un jour en aide, et il ne fait pas remonter la responsabilité de ses douleurs à celui qui disait, il y a peu de jours encore, aux grands corps de l'Etat : Le peuple sait que ce n'esi pas ma fauUj ^ii n'obtient pas une plus prompte amélioration.

Mazas, 8 avril 186S.

A. PABROT,

OttTfft» ^xpognphe, wambn do la ConuttiOB aiUlrala*

H. SJUUÉ.

Measleuis,

A l'imprimerie Dupont, le mal est venu de ce que M. Dupcmt â introduit des femmes dans ses ateliersr de ce qu'il devait leur donner nos meilleAurs travaux en les payant un tiers de moins, puisque ce que Ton nous payait à nous 60 centimes, ou ne le paye aux femmes que 40 centimes ; c'était donc une diminution de salaire.

Il semblait^ du reste, que Ton i ût pris à lâcbe, depuis quelque temps, d'indisposer les compositeurs. Ainsi, il y a quelques moiSf on affiobait un règlement ; il n'y en avait jamais eu jusqu'alors» ot

— sale trayalL n'en marchait pas plus mal ; puis, s'il y a une maison qui ne soit pas susceptible de réglementation , c'est bien l'imprimerie Dupont, par rapport à la diversité des travaux qui s'j font. Par exemple, un travail arrivait, on prenait le personnel nécessaire pour le faire, quelquefois on n'allait manger que lorsque le travail était terminé; d'autres fois, on passait une partie de la nuit et souvent la nuit tout entière, alors on ne pouvait donc pas se conformer au règlement, et cela arrivait très souvent, car, toutes les nuits, il y avait des compositeurs qui travaillaient.

Un peu plus tard, on afficha un nouveau règlement, ou plutôt une annexe au premier ; il eut le môme sort que le précédent, puisque c'était le travail seul qui commandait les heures d'arrivée, de repos et de départ.

Un peu plus tard encore, on est arrivé à diminuer la conscience, c'est-à-dire les ouvriers qui travaillent à la journée ; on les payait 5 fr. 50 c. par jour, on ne leur donne plus que 5 fr. ; mais comme il y avait parmi ces ouvriers des honmes qui étaient dans l'imprimerie depuis vingt, vingt-cinq et trente années, on leur donna une gratification de 15 fr. par mois ; mais la preuve que c'était bien une diminution que l'on voulait, c'est que ceux qui sont passés en conscience depuis n'ont eu que 5 fr. et pas de gratification.

Maintenant, on arrive h l'introduction des femmes avec une réduction de salaire d'un tiers pour commencer. Où cela s'arrêterait-il?...

En présence d'un pareil système, je n'ai plus eu le cœur de continuer mon travail ; j'espérais que M. Dupont, voyant la perturbation que cela jetait dans ses ateliers et d'après plusieurs démarches que l'on avait faites auprès de lui, renoncerait à cette malheureuse idée de l'abaissement des salaires, surtout dans un moment oîi les denrées sont si chères et le prix des loyers si élevé, qu'en travaillant bien assidûment on arrive à grand'peine à faire honneur à ses affaires.

Quand je suis arrivé à la réunion ordinaire du Comité, il était déjà tard ; la séance était commencée, et la discussion était engagée entre des compositeurs de l'imprimerie Dupont et des membres du Comité. Ces compositeurs étaient venus pour savoir si, dans les circonstances actuelles, ils avaient droit, comme les autres Sociétaires, de consulter l'agenda de placement, parce qu'il est d'usage que tout Sociétaire travaillant dans une imprimerie où l'on a besoin d'ouvriers en donne avis au siège de la Société, où les compositeurs inoccupés viennent prendre connaissance des maisons dans lesquelles on a besoin de monde. La discussion terminée, ces messieurs se sont retirés, et le Comité a voté. Le résultat du vote, tel que je l'ai compris, a été qu'ils jouiraient des mêmes privilèges que les autres Sociétaires.

Je demande que le Tribunal prenne en considération que c'est la première fois de notre vie que nous sommes arrêtés, que nous sommes, au contraire, des ouvriers tranquilles et laborieux.

Que le Tribunal prenne aussi en considération le temps que nous Tenons de passer en prison, le chagrin et le tort que cela nous a causée nous et à notre tamille.

Mazas» 30 ayril 1863.

H. CkiklJTHlBH I

Messieurs,

Je me suis toujours efforcé de me montrer digne de la confiance que le gouvernement de l'Empereur a mise en moi.

Il y a environ un an, J'adressai une demande d'audience à M. le Préfet de police.

Les motifii n'en étaient point déduits dans ma lettre ; mais voici ceux que J'avais l'intention de faire valoir devant ce magistrat :

Appelé à l'honneur de présider, depuis un an, la Société de Se^ cours mutuels dite Typographique parisienne, j'avais traversé les phases les plus difficiles de mon mandat : celles de l'organisatign et de la fusion de toutes les parties du sociétarisme typographique.

Déjà j'entrevoyaiçi une éclaircie de repos, lorsque Je vis poindra k l'horizon des tendances à réclamer des augmentations de sa* laire fondées sur la cherté des subsistances et des loyers, tendances dont j'étais à même d'apprécier la Justice comme ouvrier.

En ma personne, l'on s'adressa d'abord au membre dii Conseil des Prud'hommes, puis au président de la Société, et enfin à la Société elle-même, par Torgane des receveurs de maisons.

Bien qu'alléguant toujours que la Société de Secours mutuels devait rester étrangère aux questions de salaires, comme me l'avaient recommandé les membres de la Commission supérieure, l'on n'en multiplia pas moins les sollicitations.

Bans la crainte de rien faire qui compromît l'avenir de la Société, je songeai à recourir k M. le Préfet de police pour lui demander avis en cette grave occurrence.

Mais Je n'eus pas Thonneur d'obtenir l'audience sollicitée, audience à laquelle, cependant, J'attachais un très grand prix.

Attristé d'avoir échoué auprès de M. Boittelle, mais non pas découragé, je m'adressai à M. Thunot, président des industries diverses au Conseil des Prud'hommes.

Cet honorable imprimeur Jouit d'une estime et d'une considération si générales, dans l'indusIDrie typographique, que j'entrevoyais la possibilité de bons résultats de son intervention.

J'allai donc le voir.

n convint de prime abord que le salaire du compositeur n'était plna en rapport avec ses besoins ; mais il déclina toute espèce de participation à des démarches tendant à remédier au présent état dea choses.

Je montrai à M. Thunot deux projets de supplique à S. Bxc. M. le Ministre de l'intérieur, pour demander l'autorisation de réunir en assemblée générale les patrons, les protes et les compositeurs typographes, afin qu'ils pussent rechercher en commun les moyens d'arriver à une augmentation paciftqpiay régolièrf» amiable des salaires.

Entre les deux projets, M. Thunot Ût un choix, et me donna l'avis d'aller voir M. Pion, président de la Chambre des imprimeurs, avec une lettre d'introduction de sa part.

En prenant congé de mon président au Conseil des prud'hommea^ Je me rendis immédiatement chez M. Pion.

L'imprimeur de Sa Majesté m'écouta avec bienveillance, prit connaissance du projet de lettre à M. le Ministre de l'intérieur, et m'assura de ses bons offices en cette circonstance, bien que le moment lui parût mal choisi pour réclamer une augmentation de salaire dans la typographie.

n me congédia en me promettant de venir me voir dans un bref délai à l'imprimerie de M. Dubuisson, rue Coq-Héron, 5, dana la • quelle je travaille depuis 1845.

Le lendemain de œ Jour, je rencontrai M. Thunot au Conseil des prud'hommes.

En présence de nos coliques Baraguet et Dargent, je le suppliai de fidre tous ses efTorts pour que les patrons s'occupassent les premiers et le plus tôt possible de l'élévation de nos salaires :

c Quelle que soit, lui di»-je, l'augmentation accordée actuellement par les patrons, elle sera bien accueillie.

» Prenez-en donc l'initiative, et vous «n aurez tout Fhonneur ; et puis, de cette fiiçon, vous éluderez les vœux, peut-être trop près* sants, que pourraient apporter plus tard, devant les patrons, les délégués élus de la typographie ouvrière.

» Je vous en supplie, faites ainsi, et vous m'aurez aidé à épargner à l'imprimerie parisienne les crises qui, Je le crains» pourront survenir si les patrons ne prennent pas les devants. •

A la suite de cette prière, M. Thunot me promit d'aller voir M. Pion le lendemain, ce qu'il ât en effet. . Plusieurs semaines s'écoulèrent sans que J'eusse aucune nouvelle du président de la Chambre, ni du président aux industries diverses du Conseil des prud'hommes, et les inquiétudes «liaient (^augmentant sans cease.

Chaque dimanche, cinq, dix, vingt personnes venaient me menacer de leur démission.

Les receveurs montraient des listes entières de compositeurs qui se proposaient d'envoyer leur demande de radiation.

Par l'initiative des anciens membres des Commissions arbitrales» le projet de la pétition aux maîtres imprimeurs fut formé.

Quant à moi, J'avais eucore une fois été voir M. Pion.

Le président de la Chambre des imprimeurs m'accueillit avec des récriminations assez vives sur les anciennes sociétéSi dont les actes, après tout, ne me regardaient pas.

Bt puis il me parla du traité de commerce avec la Belgique, qui permettait l'entrée en franchise des impressions françaises faites dans un Etat plus rapproché de Paris que la Bourgogne même.

Bnfln, l'entrevue se termina, de sa part, par un ensemble de raisons qui tendait à prouver que lo moment était déplorable pour oliiciter une augmentation. Je fus profondément chagriné par le tableau esquissé par M. Pion.

Voilà, sommairement, les origines de la pétition signée les li, 15 et 16 mai 1861, pétition qui a mis la Société à l'abri de démissions et d'organisations nouvelles susceptibles de jeter la désunion dans les rangs de la typographie ouvrière.

Je profitai de ce temps de répit pour lire les six volumes du BuUetin des Sociétés de S&eowrs mutuels que J'avais chez moi.

J'étudiai tous les comptes-rendus de Société que Je pus me pror curer; enfin, je pris môme connaissance approfondie de la partie des rapports des préfets aux Conseils généraux relative aux Sociétés de Secours mutuels.

De oet examen, il résulta pour moi que je ferais une œuvre méritante si j'arrivais à développer le principe de la mutualité parmi les typographes de toutes les villes de France.

L'idée me vint idors de créer une vaste assurance typographique contre la maladie, les infirmités, la vieillesse et Fémigration forcée en cas de manque involontaire de travail.

Le système trouvé était bien simple - c'était de donner notre règlement approuvé à toutes les villes de France, à cette seule condition de mettre les secours en harmonie avec la cotisation, selon les données économiques de la Société de Secours mutuels typographique parisienne, laquelle" fournirait les modèles de tout ce qui constitue l'administratioB d'une association de ce genre, registres^ carnets, bordereaux, cachets, etc.

Certaines objections me firent modifier mon prçjet.

A rassemblée de juillet 1861, qui se tint à i'Hdtel-de-ViUe de Paris, je demandai purement et simplement l'autorisation de préparer un règlement type qui serait adressé à toutes les localités

typographiques qui en feraient la demande pour les aider à ee former en Société ou section de Société de Secours mutuels.

Le lien qui devait unir ces «ssociations, c'était la réversibilité de leurs membres d'une société dans l'autre^ en cas de force mineure les forçant à quitter une localité.

De plus, elles s'engageaient k ne donner des secours de voyage qu'aux compositeurs munis d'un carnet ou d'une feuille de route.

Sur l'encaisse annuel, chaque Société devait prélever 1 ou S 0(0, afin de venir, au besoin, en aide aux associations frappées par une épidémie ou par un malheur quelconque.

Tous les trimestres, les sociétés devaient faire connaître à l'autorité l'emploi des fonds distribués de cette façon ou encaissés dans le but spécifié plus haut.

L'assemblée ratifia à l'unanimité ce projet, et dés lors je me mis à l'œuvre.

M. Alexis Chevalier, alors secrétaire à la division des Sociétés de secours mutuels au Ministère de l'Intérieur, me conseilla d'entreprendre seul cette œuvre délicate, pour ne pas avoir à regretter peut-être les maladresses de quelque collaborateur moins au courant des Sociétés de secours mutuels^

La première association à laquelle je donnai un règlement fut la Société toulousaine.

Puis vinrent successivement la Tourangelle, la Rouennaise, la Bizontine, la Dijonnaise, la Lilloise, l'Amiénoise, la Corbeilloise, l'Algérienne, la Marseillaise, la Champenoise, la Bordelaise, la Lorraine, etc., etc., auxquelles j'envoyai soit des conseils, soit des statuts.

On peut se procurer les règlements dont s'agit ; ils sont tous à peu près semblables, sauf quelques modifications introduites sur place pour donner satisfaction' à d'anciennes coutumes ou à des besoins exclusivement locaux.

Du reste, deux ont été approuvés, l'un par le préfet de la CAted'Or, l'autre par le préfet de la Gironde.

Les autres règlements Sont sous les yeux de l'autorité dans les villes où ils doivent étre'appliqués.

Pour compléter mon entreprise, Jefas obligé d'établir des modèles de comptabilité de tous genres et de fournir des instructions très étendues aux administrations naissantes.

Pendant cette même période, je fus l'agent principal d'une fusion entre deux Sociétés de secours mutuels de Paris, let Âmii de la Philanihropie et la Bienfaisance mutuelle, renfermant l'une et l'autre beaucoup de typographes.

J'aidai aussi à la réunion en une seule association les différentea

brandies du BodAtariama lyonnala^qni af eutre-déchlTaient de tompa à autre.

Lea excellenta oonseilB de M. AlexlB Chevalier m'aidèrent beaucoup dans cette dernière circonstance.

Or, tout seul, J'ai accompli cette tâche, sans que jamais le Comité n'ait exercé aucune intenrentioD.

J'ai toujours prêché la concorde, l'entente cordiale avec lea patrons et la soumission complète à l'autorité et aux lois.

On ne trouvera pas d'écrit de ma main qui contredise ce que J'avance ici

Ce que J'ai consumé de veilles à cette œuvre est considérable.

Lorsque J'apprenais qu'il y avait de l'agitation dans quelquesunes des localités en relation avec moi, vite J'envoyais des con eila pour la faire cesser, et J'arrêtais après la correspondance.

Au commencement de décembre 1861, Je revis M. Pion.

Le président de la Chambre des imprimeurs, à cette époque, se donnait infiniment de mal, me dit-il, pour décider ses confirères à une augmentation de salaire.

Maintes et maintes fois il me répéta que la concurrence de la banlieue et de la province y faisait obstacle.

Pour moD compte, sans cesse je lui répondais que rien n'était plus invraisemblable que cette concurrence.

Afin de couper court à ces contestations, je fis une enquête minutieuse dans la banlieue pour conualtra la situation vraie et du personnel, et du matériel, et «les travaux.

Cinq ans auparavant, J'avais fait un pareil travail par correspondance et par statistique : Je veux parler de YÀnnuaire de P Imprimerie, que j'ai publié pendant trois ans.

Or, Je n'étais pas fftché, cette fois, d'étudier de vim.

La tournée fut tout à fait à l'avantage de la capitale.

M. Pion a pu rassurer ses confrères par les bulletins que Je lui adressais en quittant chaque localité.

Je prononçai une allocution ^orbeil, en présence des typographes de la localité et des employés principaux de l'unique imprimerie qui y fonctionne.

Lorsque J'arrivai à Lagny, il 7 existait un désaccord des plus graves entre le patron, M. Yarigaud , le prote, M. Grostête, et les ouvriers, au nombre de cinq ou six.

M. Grostête réclama mon arbitrage : mes bons offices furent agréés ; l'examen dea faits me conduisit à blâmer la conduite des ouvriers.

Voilà comment Je semais l'agitation!

Comme Je l'ai déjà dit, au commencement de décembre, gn^âce aux démarches de quelques-uns de ses membres, et surtout de

M. Pion, PÀModatton des Imprimean da PuriB se décida à aoeor^ der la révision dans le sens d'une angroientation.

Au même moment, M. Le Glere, imprimear, rue Cassette, demandait à chacon de ses compositeors leors prénoms et l'indication de leur domicile.

Huit jours avant que les patrons prissent leur parti, la Société des protes s'était réunie dans le but d'ouvrir une délibération sur la question pendante de Faugmentation, délibération qui avait été solûcilée par les patrons eux-mêmes.

Cette réunion, empêchée par Tautorité, le Jour même de sa convocation, se reàra sans émettre aucun avis formel, mais les tendances générales de MM. les protes inclinèrent ib? tement vers l'élévation des prix.

C'est également vers la même époque que M. Anselme Petetin prononça son éloquente allocution devant les délégués des ministères, auxquels il était demandé un surcroît de charges, pour pouvoir faeiliter l'élévation des salaires à l'Imprimerie impériale.

Les élections ouvrières se firent avec un ordre parfait.

Il s'agissait d'opérer en ftunille le dépouillement général des votes, conformément aux traditiona profl^ionnelles.

Bn ma qualité de membre du Conseil des prud'hommes pour la typographie, et au nom des derniers membres de la Commission arbitrale, je fis une demande à la Préfecture de police tendant à obtenir l'autorisation de réunir tous les candidats commissaires de chaque imprimerie, afin qu'ils pussent valider en assemblée les opérations électorales.

Gette autorisalion me fut aoceidée nominalement.

La réunion se tint salle Barthélémy.

Avant l'ouveitufe de la séance, un délégué de l'autorité vint m*y lire une instruotioii qui définissait et limitait les attributions de cette réunion.

Je ne sache pas qu'aucune personne ait en seulement la pensée d'aller au délh.

Le lendemain, M. Pion me fit mander ches lui ; il désirait connaître le résultat du vote ; je le lui appris.

Après m'avoir prié de lui faire parvtmir le plus têt possible , par qui de droit, la prooès-verbal du dépouillement général , il m'annonçait qu'avant peu la Conférence commencerait ses travaux.

Le procèfrpverbid Ait remis, je crois, le jour même de ma visite, et cependant la Conférence ne se constitua que cinq on six semaines après.

Pendant cet intervalle, les oonmistairee-patronS' se réunirent à dififtrontes reprisée. S'il m'en souvient bien, ils assemblèrent deux fois leors oollègnas de Pari?, tandis que les déléguée ouvriers at-

teudaleot ronTertoie des relations avec une aiiziM6 qui se doablait des impatieiices de toDS, et Toid pourquoi :

Au moment des élections ouTrières, H. Paul Dupont fit connidtre à son personnel Tintention dans laquelle il était de prendre et de former des compoeitrioes à Clichy.

Je crois aussi avoir remarqué que certains patrons étaient très mécontents de la faveur qui permettait à M. Paul Dupont de posséder une imprimerie à la ville et une autre à la campagne, contrairement aux usages, aux lois peut-être, et cela pour Ikiie concurrence à la province, qui se ré<^iait d^à beaucoup de l'envahissement existant.

Je via dernièrement encore cette même mauvaise humeur se manifester, lorsqu'on annonça que M. Loignon servirait de couvef^ ture aux opérations de l'imprimerie administrative.

De cette façon, un capitaliste disposant de douze à quinie cent mille francs, pourrait parfaitement accaparer quatre-vingts ou|quatre- vingt-cinq brevets, et dès lors que deviendraient les ouvriers t Quelle garantie aurait l'Btat en face d'un si puissant monopole T Où serait la concurrence si honorée de nos jours î Quel refuge aurait l'écrivain, dont les idées seraient en désaccord avec celles du capitaliste?

Yoilà ce que j'entendais dire, non pas parmi les ouvriers, mais par les collègues même de M. Paul Dupont, et par leurs prêtes aussi.

Mais il ne faut pas sfimaginer non plus qur la spéculation sur remploi des femmes ait ému seulement les compositeurs I

J'ai entendu un des principaux impiimeurs s'éciier un jour, avec une raillerie superbe :

~ Cest pourtant le grand Dldot qui nous vaut cela 1

Combien de fois ai-je écouté deschefii d*étiJ)Us8ement ou des che& d'atelier s^exprimant à peu près ainsi :

— Les éditeurs, si bien au courant des afGaires d'imprimerie, ont assez de perspicacité pour exiger plus tard des rabais sur les prix de composition, rabais motiva sur le salaire moindre accordé à la femme, comme cela se fait déjà pour leb apprentis et comme cela s^est fait aussi pour les prix du tirage, quelque temps après l'introduction des machines...

Les ouvriers m&les réclamant davantage que les ouvriers femmes, Tarif en main, se trouveront éconduits ou subiront le sort des femmes, ou bien encore exécuteront la besogne dif&cultneuse à des conditions dérisoires. De là, évidemment, abaissement de salaire, lorsque le taux actuel ne suffit plus ; de là aussi, amoindrissement des étoffés, et conséquemment nécessité pour les pa* trais hostiles au travail des femmes de recourir à d'autres

moyenspour soutenir la lotte ou pour reconqaôrir les bénéflcecr disparus. Que devient le Tarif lui-môme^ observé pour les hommes, dont les services sont nuls, et mis à néant pour les femmes, qui feront la besogne au rabais T.... D'un autre côté, si les compositrices font le travail tarifé à des conditions inférieures au Tarif, et si' les ouvriers n'exécutent que ce qui a été intarifable Jusqu'alors, la mise en pages en conscience, les tableaux, les ouvrages de ville, la correction, quelle est l'utilité de faire une révision?... Qui profitera de cette évolution 1 Personne, ni l'imprimeur, ni le public, auquel on ne demandera pas deux ou quatrô centimes, taux probable de l'augmentation d'un livre ordinaire ; mais bien deux ou quatre sous fort illégalement. Il n'y a donc que quelques hommes, les éditeurs, qui trouveront leur compte dcms cette combinaison. »

C'est sur de pareilles données que J'ai assis ma conviction, déjà vieille de vingt ans.

Je reviens à la tentative de M. Paul Dupont.

A l'annonce de son projet, une sorte de découragement s'empara (les ouvriers.

Au moment où ces symptômes se faisaient Jour, Je recevais du chef de bureau de la première division de la Préfecture de police l'invitation de me rendre en son cabinet.

J'obtempérai à l'avis.

M. Mettétal m'accueillit par des représentations pleines d'urbanité, mais qui avaient le désagrément de m'engager dans une affàiro à laquelle J'étais resté étranger.

Il m'apprit que l'autorité avait remarqué dans la typographie certains symptômes d'agitation tant à Paris au'en province, et qu'on en attribuait une grande part aux ouvners qui faisaient partie de la Société.

A cela. Je répondis que les compositeurs de province, désolés d'un salaire insuffisant et ayant presque tous des compatriotes à Paris, en g^nde partie membres de la Société typographique parisienne , devaient nécessairement correspondre avec eux et les interroger sur les probabilités d'amélioration qui se présentaient pour les typographes parisiens.

De là, cette émotion observée dans quelques localités.

Quant à la situation des esprits dans la typographie parisienne, Je lui affirmai qu'elle serait excellente si le malheureux projet de M. Paul Dupont disparaissait ; car, patrons comme ouvriers, le voyaient avec un vif déplaisir.

J'ajoutai qu'il était mille /ois à regretter qu'un homme aussi considérable que M. Paul Dupont cherchât à descendre le prix du mille lettres Juste au moment où tout le monde le déclarait insoffi-

noti et surtout lorsque les patrons et les ouyriers se préparaient à la concorde.

J'entrai même dans quelques détails pour faire saisir k M. Mettôtal la gravité d'une semblable tentative.

Il me répliqua que la liberté industrielle couvrait pleinement M. Paul Dupont, lequel était libre d'expérimenter tout^ les théories, même les plus bizarres, Eoit pour ouvrir une nouvelle carrière aux femmeSj soit pour grossir ses bénéfices commerciaux.

fl Quant à moi, ajouta M. le chef de division, je ne crois pas k l'industrialisihe philanthropique... On est industriel avant tout pour gagner de l'argent. •

Comme j'avais vu M. Pion le matin môme de cet entretien, je rapportai k M. Mettétal quelques-uties de ses paroles, entre autres celles-ci, prononcées par le président de la Chambre, lorsque je lui appris le désarroi produit dans quelques imprimeries par la communication de M. Paul Dupont.

« — Que voulez-vous que j'y fasse ?.... Si la Chambre était autorisée, on traduirait l'expérimentateur k sa barre, et on l'engagerait k renoncer k un dessein qui menace tout le monde.... Mais nous ne sommes pas reconnus ! •

M. Mettétal fut tell ment stupéfait de ces paroles que, sur-lechamp, il prit le parti de mander M. Pion auprès de lui.

Il me congédia par cet avertissement qu'il réitéra dans le courant de l'entretien et qui s'incrusta solidement dans ma mémoire : « — Arrangez-vous comme vous voudrez, je vous ronds responsable de l'sgitation qui pourrait se produire. Si vous ne la conjurez pas, eh bien ! on fera disparaître la Société typographique, et l'on broiera les hommes qui sont k sa tète... i

J'eus beau dire k M. Mettétal qu'il me donnait une responsabilité étrangère k mon mandat présidentiel ; que la Société n'avait pas k s'occuper des intérêts du travail, bien que les sociétaires s^en occupassent isolément et en dehors du siège social, je ne pua modifier en rien sa manière de voir...

Il me fallait, quand même, aller combattre le découragement des compositeurs de M. Paul Dupont.

Le surlendemain de ce jour, je fu^ encore mandé k la préfecture de police, au cab net du chef de la l'^ division.

Circonstantiellement, M. Baraguet m'accompagna dans cette seconde visite.

Nous eûmes de trois k quatre heures de conférence avec M. Mettétal sur les points litigieux des affaires typographiques.

Il fut question, dans cette entrevue, du di'^cours que je prononçai k Dijon, le jour de l'installation du président de la Société typographique de l'endroit, discours dont le journal l'Opinion na-

Mdfiala publia des f ragmemi, maig qui ftit iniérA iBtégntanM^ dans le Jf onifmir ife /a Côie-d^Or, organe officiel du départeoMiiL

Tea remifl un exemplaire à M. Meiiétal, eo loi raoontant que mon excursion en Bourgogne ayait déterminé une entente Traiment cordiale entre les patrons, les oontre-midtres et les ourriers.

Je lui parlai également de notre feuille de voyage typogrraphique ; je rappelai que le seul lien qui ezisiftt présentement entre certaines sociétés typographiques, c'était, d'abord, l'avantage, en parcourant la France, d'entrer d'une société dans Tautre sans être soumis à une nouvelle affiliation et à un nouveau noviciat, pourvu, toutefois, que l'affiliation et le noviciat eussent été subis ailleurs.

D'autre part, des secours de route étant' aveuglément distribués chaque Jour à des gens souvent sans aveu, et cela depuis une infinité d'années, il était essentiel de convenir qu'il n'en serait plus accordé désormais par les Caisses de province et de Paris qu'à des compositeurs munis de la susdite feuille, sur laquelle seraient constatées l'absence de travail dans la localité et la quoUté du secours délivré.

Le secours de route n'est pas une innovation récente de la typographie française; la plupart des imprimeries des départements l'ont emprunté à l'Allemagne, à l'Angleterre et à l'Amérique au commencement du siècle.

Bans ces divers Etats, nos nationaux appartenant à la typogra* phie reçoivent partout des secours de route en cas de besoin ; or, la France ne pouvait fedre autrement que d'user de rédppocitél

Seulement, l'organisation nouvelia tendait à régulariser un état de choses grandement défectueux, cette organisation était appe* lée à faire disparaître le vagabondage typographique et devait forcer ceux qui reçoivent beaucoup à ooopérer un peu au malheur des mutuellistes de conviction.

M. Mettétal m'invita particulièrement à venir le voir toutes les fbis que J'aurais quelque grave embarras dans naes fonctions.

Deux jours après cette seconde audience, la tension des événemens me conduisit encore à la Préfecture.

M. Parmentier y vint avec moL

Bu l'absence de M. Mettétal, nous fûmes reçus par M. Boy, souschef de cabinet, lequel voulut bien nous écouter une bonne heure.

En quittant la Préfecture, nous allâmes au ministère de l'intérieur, où nous nous entretînmes fort longtemps avec M. Juillerat, de la question des femmes.

n nous conseilla d'adresser une note à Son Excellence le ministre de l'intérieur, ce que nous fîmes dans le plus bref dtiai.

Toutes oes allées et venues auprès des déf^taires de l'autorité

disent usses, Je pense, cotnbien favais pria k cœor d'empdcher tout espèce d'événement fàcbenz dans la typographie.

Avant ma première entreyue avec M. Mettétal, J'avais supplié plusieurs de mes confrères, sociétaires, de ne point compromettre^ môme par la plus inoâlansiye des manifestalions^ l'avenir et la prospérité de la Société.

Cette démarche y entreprise récemment avec répugnance, il ftillait la renouveler, sous peine devoir disparaître une institution à laquelle J'avais voué toute mon existence depuis longtemps.

Je fus obligé de rester à mon poste, et il me fallut svpplier une infinité de mes conflrères de l'impriiBerie Paul Dupont de 8ur« monter leur découragement et de ne point donner de préteste contre la typographie, dans les circonstances où elle se trouvait.

Ainsi, par devoir de président, j'étais forcé de conseiller aux autres une patienoe que peut-être Je n'eusse pas eue, si J'eusse appartenu aux ateliers de M. Paul Dupont ; car Je suis aussi aatl* pathique au travail à bas prix exécuté par les femmes que mes confrères peuvent Tetra. ,

Il y avait quatre ou cinq Jours que les élections ouvrières étaient terminées, lorsque M. Paul Dupont fit prier les nenf ouvriers élus de venir s'entretenir avec lui de la question pei.dante.

Six membres seulement se rendirent à cette invitation, et J'étais de oe nombre.

Tons les premiers ouvriers de l'établissement nous accompagnèrent à cette conférence, qui eut lieu dans le si^n de M. Paul Dupont.

L'un d'eux, M. Hernoud, ouvrit la conversation par la lecture d'un travail très respectueux envers son patron, travail dans lequel il le suppliait, tant en son nom qu'au nom de ses camarades, d'abandonner une idée funeste pour les intérêts de tous.

Nouis sortions les derniers, M. Parmentler et moi, du salon d'audience, lorsque M. Paul Dupont nous invita k venir le voir souvent, nous avertissant qu'il était toujours visible le matin...

A la première séance de la Conférence mixte, des patrons que J'avais critiqués dans une publication bien antérieure (Annuaire de f imprimerie de t853, 1854 et 18S5 56) viennent me serrer la main.

Lorsqu'il s'est agi de nommer le vice- président, qui se prend parmi les ouvriers, j'obtins les huit voix des patrons présents.

Par contre, M. Parmentier eut les huit voix de ses camarades.

Ce n'est qu'au deuxième tour de scrutin qu'il fut élu.

Une indiscrétion commise plus tard m'a mis au courant de ces détails intérieurs de l'élection.

La même circonstance se présenta immédiatement pour la fonc-

tiou de Bccrétairei qui échut au second tour de scrutin à mon ami Baragruet.

Ces marques de confiance et d'estime de la section des patrons témoignent de mon esprit de conciliation.

Je n'entreprendrai pas ici l'exposé des discussions *qui eurent lieu au cercle de l'imprimerie entre patrons et ouvriers.

Les procès- verbaux existent.

J'ai oublié à ces conférences que J'étais président et prud'homme, pour me rappeler que j'avais en main le mandat de commissaire pour la révision du Tarif.

Je dirai un mot seulement d'un incident qui s'est produit penûant nos pourparlers professionnels : celui qui est relatif à l'introduction des femmes dans l'atelier de M. Le Clere, imprimeur rue Cassette.

Le mardi qui précédait notre deuxième conférence, M. Le Clere ûtappeler,lesunsapiès les autres ses ouvriers, et leur apprit spontanément qu'il allait introduire des compositrices dans sa maison. «

Il leur demanda s'ils consentaient à rester au travail dans un tel voisinage.

Sauf deux ou trois personnes, peut être quatre, tous les compositeurs répondirent qu'ils préféraient aller chercher du travail ailleurs.

Le lendemain, l'un d'eux prétendit qu'il n'était resté dans l'atelier qu'un pauvre homme à moitié idiot et une personne qui avait subi une condamnation à trois ans pour vol.

Ce dernier était justement celui qui avait été chargé du recrutement des compositrices.

Or, les anciens ouvriers quittèrent donc la rue Cassette.

Une chose indispensable à relater ici, au moment où la Société typographique sert de bouc émissaire aux mauvais vouloirs et aux maladresse des uns et des autres, c'est qu'il n'y avait qu'un seul membre de la Société, parmi les vingt ou vingt-cinq compositeurs qui ont jugé à propos de quitter la place, et je ne sache pas qu'il ait entraîné personne; au contraire, il est parti le dernier.

Il est bon de dire que, depuis la révision du dernier tarif, la maison Le Clere vivait en dehors des traditions généralement observées par la presque unanimité des maîtres imprimeurs de la capitale.

La veille de ce jour d'ultimatum, M. Le Clere avait renvoyé six compositeurs brutalement pour faire place aux femmes.

Comme les restants, d'après leurs impressions, étaient susceptibles d'avoir le môme sort plus tard, leur choix fut vivement fait.

Du reste, dès le lendemain de la première Conférencoi M. Le Clere

mit déclaré assez haut pour qu'on rentendit qu'en face des prétentions des commissaires ouvriers, qui demandaient 10 centimes d'augmentation par mille, il se voyait dans la nécessité de prendre des femmes, qui travailleraient à i: eilleur compte.

Le salaire, le prix du mille baisse-t-il, oui ou non, par ce moyen 1

A la suite de cette équ^pée^ une pensée toute naturelle était veaux commissaires ouvriers : c'est que M. Le Glère, qui avait accepté le mandat de commissaire patron à la Conférence, pour léviser le Tarif dans le sens d'une augmentation, Deviendrait plus occuper son siège après avoir pris le parti de fouler aux pieds le susdit Tarif, et api es s'être mis à couvert d'une augmentation qu'il venait stipuler pour le compte de ses collègues.

Nous nous étions trompés.

M. Le Clere revint siéger parmi nous.

J'ai été un peu rude pour l'imprimeur de la rue Cassette, mais j'ai été sincère.

Mes collègues, patrons comme ouvriers, se rappelleront que j'ai déclaré parler comme compositeur, purement et simplement, et non comme président de la Société.

La résolution de M. Le Clere, rapprochée du projet annoncé de M. Paul Dupont Jeta la typographie dans la consternation.

Ajoutons encore qu'il n'était hruit partout que d'offres d'apprentisEage faites par des religieuses et des mères de famille pour leurs demoiselles, et que, dsns différentes imprimeries, le patron faisait de l'introduction des femmes une sorte d'épée de Damoclès, chaque fois que la question de la légitime élévation des salaires se présentait.

La généralité des compositeurs croyait sérieusement à l'existence d'une coalition entre certains patrons, ayant leurs chefs dans le sein de la Conférence même.

L'on se figure ma position au milieu de toutes ces anxiétés, avec la menace de M. Mette tal constammf nt dans les oreilles !

Aussi, quelles nuits blanches j'ai pas8ée&> !

Il b'agis&ait de prévenir et de contenir, chose difficile pour un ouvrier qui ne comptait que sur son zèle et sa raison pour écarter les difûcultée^ momentanées ; mais je doute qu'un autre tût fait de la meilleure hesogne, quoi qu'on en dise...

J'arrive à la soirée du jeudi 20 mars 1862, qui fut notre dernière séance des Conférences entre les patrons et les ouvriers au Cercle de l'imprimerie, et les procès- verbaux sont là pour attester compendieu^ement notre lorganimité et notre bon vouloir.

M. Wittersheim eut la parole.

n lut, avec des airs provocateurs et avec une voix tourmentée par la mauvaise humeur, une sorte de réfutation du travail d'en-

semble préeentè par la section ouvrièrey lequel trttaii a été nmte iea iS et 33 mars à tous les compositeurs de Paris.

Le document de la section des patrons, non -seulement a enim interprète maladroit, mais encore il nous a semblé écrit en un style dur, incisif, irritant.

Le rapport des patrons concluait à la rupture des Conférences...

M. Parmenlier demanda la parole, on la lui refusa.

Je suppliai à mon tour M. le président de me raccorder, Je ne ftes pas plas heureux.

Quelques jours auparaTant, les imprimeurs de la capitale 8*étaient réunis en assemblée.

Leurs commissaires y avaient sans doute reçu des consignes impératives pour agir de la sorte.

fl ~ Ne nous plaignons pas trop, dis-je, ce sont les patrons qui mettent les torts de leur côté.... i

Yoilà à quoi avaient abouti neuf mois de tourment?, de iraimux et de démarches incessantes !....

Le vendredi 21 mars, j'apprie, pour comble de malheur, que M. Paul Dupont se préparait à mettre à exécution son projet le lundi 24 mars.

Il avait annoncé son intention ce Jour-là même, c'est-à-dire le lendemain de l'éclat de ses collègues à la Conférence.

Je courus à la Préfecture de police pour y voir M. Mettéial ; mais il était absent.

Je laissai une lettre ouverte entre les mains de M. Roy, le souschef de cabinet. M. Roy, après l'avoir lue, me dit :

« — Eh bienl venez mardi avec M. Pion... Je préviendrai M. Mettétai, qui est un peu malade, et l'on cherchera le moyen d'aviser... »

Bn sortant dé la Préfecture, l'idée me vint d'aller voir M. Serrière, l'un des commissaires-patrons , imprimeur de la Bresse.

M. Serrière me ût bon accueil.

Dans le temps, il avait été le premier à encourag^er notre demande d'augmentation ; Je penchais à croire qu'il serait encore le dernier à l'appuyer.

Je lui ûs part de la démarche que Je venais d'entreprendre à la Préfecture de police, de ce qui se passait chez M. Paul Dupont et du rendez-vous arrêté pour le mardi suivant entre M. l^ettétal, M. Pion et moi.

En conséquence de ces nouveaux faits, je le priai de faire en sorte d'effacer les souvenirs de la dernière séance et d'obtenir une nouvelle réunion des patrons, dans laquelle il serait permis aux ouvrier d'expliquer le travail qu'ils avaient présenté, ajoutant que

jamftift ifar n* iMtaiMit imagind que to tout lerait «UnU {lur lea patrons.

Par ce moyen, lea mattres imprimeurs coDsenmient la faculté de nenS: signaler courtodaernent ce qui leur semblait acceptable daas ce travail d'ensemble.

M. Bsrrière accepta les ouvertures que Je lui fia.

Seulement, il réclama une lettre de moi comme gage de mes bonnes dispositions. Je la lui donnai. Je la vis le dimanche d'après entre les mains de M. Pion.

Oette lettre était adressée à MM. Lahure et Serrièrei et devait passer sous les yeux du président de la Chambre.

Je pris congé de l'imprimeur de la Pressé, et le lendemain, samedi 22 mars, je recevais la lettre suivante :

• Paris, le 22 mars 18M.

» Mon cher monsieur Gauthier,

D Selon que nous en somme» convenu*}, j'ai envoyé votre lettre k M. Labure, qui en a conféré avec M. Pion.

s Je visas de voir ce dernier, qui m'a dit de vous prier de vous trouver chez lui demain, à sept heures trois quarts du matin, où M. Lahure et moi nous serons. Ils désirent entendre ce que vous m'avez dit, et sont dans de bonnes dispositions.

s Je vous prie d'être exact, parce que M. Lahure part à huit heures et demie, et il faut que je sois à neuf heures au chemin de fer de Mulhouse forcément, ayant un réndeL>voua depuis plusieurs jours.

» Mes compliments et tout à vous.

D saaRiÈaB. s

Je me trouvai au rendez-vous à l'heure indiquée, et j'y rencontrai les personnsges nommés dans la lettre précédente.

Je renouvelai devant ces messieurs mes regrets à l'égard de la réponse des patrons, si brutalement lue à la dernière séance de la Conférence mixte.

Aussitôt M. Lahure convint qu'en effet M. Wittersheim avait été tin peu raide dans sa lecture :

— Si j'avais été chargé de vous en donner connaissance, dit-il, ce document ne vous eût nullement froissé, j'en suis 6Ùf ; car il n'a pas les caractères que vous lui attribuez.

M Pion rejeta sur l'oubli de ses lunettes la nécessité qui l'avait forcé à choisir M. Wittershei» pour lecteur.

Le président de la Chambre accepta le rendez-vous pour le mardi à la Préfecture ; de plus, il me félicita, ainsi que MM. Lahure et Serrière, de la nouvelle démarche conciliante que je fait^ais.

Je donnai connaissance à ces massieurs d*une lettre que je me

propofiaifl d'adreaser k M. le Préfet de police, par rintermédiaire de M. Mettétal.

Le brouillon de cette missive est dans mon dossier.

Le plan oonça par moi ne reçit pas Tadhésion des trois maîtres imprimeurs.

D's uns après les autres déclarèrent qu'il valait mieux régler en famille les affaires d'intérêts professionnels que de faire intervenir des tiers étrangers à l'industrie :

— Voyez vos collègues, me dit M. Pion ; nous laisserons le Tarii de 1850 tel qu'il est et nous n'y ferons d'autres changements que ceux nécessités dans les chiffres par l'augmentation de cinq centimes, qu'on vous offre.

MM. Lahureet S arrière adhérèrent à ces paroles.

Je promis à ces messieurs de convoquer mes collègues pour le lendemain lundi, et Je courus au siège de la Société, rue de Savoie, pour y donner les fonds nécessaires au paiement des trentedeux à trente-cinq malades secourus chaque semaine.

Comme Je quittais le siège social pour aller travailler, je fus accosté par un compositeur qui voulait me consulter, comme membre de la Conférence mixte, pour savoir s'il pouvait accepter cinq centimes par mille que son patron devait offrir le lendemain sur tons les ouvrages nouveaux.

— Faites comme vous l'entendrez, lui répondis-Je.

— C'est qu'il y en a qui veulent et d'autres qui ne veulent pas: ça va faire un baau g&chis demain !

— Jhlon DIeul Je ne pnis rien pour l'éviter !...

Et je m'esquivai... ^

En arrivant à l'atelier. J'y trouvai deux personnes accourues de maibons diff<^rentes pour m'adreeser les mêmes questions et m'informer des mêmes faits, en me faisant pressentir les mêmes difficultés.

Je fis une réponse identique k l'autre.

Dans l'après-midi, je vis encore un quatrième confrère, qui n'eut pas plus de succès auprès de moi , malgré les craintes qu'il manifesta pour son atelier.

La Journée finie , J'opérai la convocation de mes collègues ouvriers de la Conférence mixte pour le lendemain.

Je ne parle pas ici des mille commentaires qui circulaient sur l'attitude déjà prise la veille par l'atelier Dui)ont, ni des tendances qu'on entrevoyait pour le lendemain, relativement à la question des femmes.

Toijours est-il que tout cela me Jeta dans des perplexités inouïes.

— Je vous rends responsable^ de l'agitation qui pourrait se pro-

duire... SI vous ne la conjurez pas, eh bien ! on fera disparaître la Société typographique et oh broiera les hommes qui sont à la

t«te.

Ce pronostic menaçant ne m'abandonnait plus...

^ous étions au dimanche : je résolus de mettre au net le brouillon de la lettre à M. le préfet de police , dont j'avais donné connaissance à MM. Lahure, Pion et Serrière la veille, au matin, aûn de remettre cette pièca à M. Mettétal pour M. Boittelle.

Le lundi, j*eu9 de bonne heure un entretien chez M. Pion, entretien qui ne produisit riea d'important.

Sorti de chez M. Pion, je vins rejoindre mes collègues ouvriers.

La section des patrons ayant déclaré avoir rendu ses pouvoirs, on inclina à penser qu'il était urgent qu'à leur tour les ouvriers rendissent les leurs, en mettant toutefois à mêm^les compositeurs de la capitale d'accepter solennellement les offres des patrons, 8*ils le jugeaient convenable.

En conséquence, il fut décidé qu'un exemplaire des propositions de la section ouvrière serait envoyé, à titre d'informations, à chaque compositeur de Paris.

De plus, on arrêta séance tenante le texte d'une circulaire explicative des actes de la susdite section ouvrière, laquelle circulaire devait accompagner l'exemplaire des propositions.

Un bulletin de vote devait clore le tout.

Chacun s'engagea d'honneur à empêcher toute espèce de pression dans les ateliers, et à prêcher la liberté complète des élections.

On porta la copie à l'imprimerie, et, dès que les conventions de tirage furent arrêtées, je me rendis à la Préfecture pour y déposer la missive que j'avais préparée la veille pour M. le Préfet de police, missive communiquée à mes collègues, qui l'avaient trouvée de leur goût.

En route, je rencontrai un confrère de l'imprimerie de M. de Mourgues, qui m'apprit qu'il y avait un désarroi indescriptible dans les ateliers de M. Paul Dupont, ce qui me ût accélérer mes pas du côté du cabinet de M. Mettétal.

Malheureusement, cet honorable fonctionnaire était encore absent.

M. Roy me donna audience à sa place; je lui ûs lire la lettre à M. Boittelle, dont il approuva le fond et la forme.

11 me promit de la faire parvenir à qui de droit; puis il me rappela le rendez-vous du lendemain avec MM. M'^ttétal et Pion.

Le lendemain, j'allai voir le président de la Chambre, aûn d'aller ensemble à la Préfecture de police.

n me demnida où en étmient les poorptrieie avec mm oollègoei» TelatiTement à la démarche de dimaDche matin.

Je lui répondis que nous allions nous tirer de la situation avec nn vote par oui on par non, dans les atelietSy sor la prcposition de la seetion patronna de la conférence mixte.

M. Pion approuva cette idée, et me dit, en me montrant les galeries de pon atelier :

c — Tout le monde ya voter ça ici ! >

Or, M. Pion s'illusionnait grandement à Tégard du vote dans son imprimerie.

Sur 54 votans, Télection donna 52 non.

A propos du plébiscite corporatif dont Je parle actuellement, je veux faire une remarque qui a bien sa valeur :

Sur 450 compositeurs formant le personnel des commissairespatrons de la conférence, 63 seulement ont voté oui, 385 ont voté non, et il y a eu deux abàten tiens chez M. Pion.

Cependant, ces patrous ne cessaient de nous dire que nous étions exagérés dans dos prétentions ! que le^ ouvriers de leurs ateliers semblaient disposés à accepter les cinq centimes 1 que nous exercions mal notre mandat! etc., etc.

Quant à moi*, je le déclare franchement, j'ai voté otti , et plusieurs membres de la section ouvrière ont agi comme mol, snr la foi des renseignements fournis par les maîtres imprimeurs de ,1a Conférence mixte sur leurs ateliers respectifs. . BevenoDS à M. Pion, qui me déclara, le mardi matin, 25 mars, qu'étant occupé de ses expéditions à Londres pour l'Exposition universelle de 1862, il lui était impossible de se déplacer un seul Instant.

Il m'invita à demander la journée de vendredi 37 It M. MettétiU, Justement le jour oii je' fus incarcéré.

Je me chari?eai de la commission.

Je me souviens de lui avoir exprimé ce matin-là mes fâcheux pressentiments à l'égard de la tentative de Clichy :

• — Eh ! qu'est-ce que peut nous faire M. Paul Dupont ?... Laissez-le donc se noyer...

D — Mais, monsieur Pion, répondis-je, c'est que son projet jette l'alarme partout ; les esprits sont irrités, et l'on n'arrivera à rien de bon avec tout cela.

s — Ne vous faites donc xms tant de mauvais sang, ât le président de la Chambre, et allez vite demander l'i^ ournement de notre entrevue pour vendredi...»

En quittant, M. Pion, je fus appelé pour affaire au Crédit fon» cier, puis j'allai ensuite à Yaugirard pour rendre les derniers devoirs à l'un de nos sociétaires mort subitemen .

(fmkfmaitÊmmi enquittevt le dmttiAre qm Je medMgMi da eAM de Is Préfeotim depoUce^ peor la dofoième ou sixième foie depuis Irait Joiunk

Par une aorte de fittallté, M. Mettétal était encore indispoeé.

Je fia part à M. Boy des véBolaiioiiB neuvelles adoptées par la aeetioii ooTrièrede la Gonléiefioey et Je loi soumis la demanda d'a« Joumement formulée par M. Pion.

M. Boy me pria de lui apportsr le résultat du plébiscite comparatif sitèt oonnu^ et il ajouta que le rendes* vous avec M. Pion s'ar joumait de lui-même par Tabsence de M. Mettétal.

Je retournais k Tatelier, lorsque je rencontrai mon ami Parret^ en fiuse de la rue des Deux-Boales, dans la rue de Grenelle-Saiat- Honoré.

n me fit part de la démoralisatiod de Tatelier.

Je puis affirmer sur l'honneur qu'il en était, comme moi, désolé.

Je dis à Parrot que je serais bien aise de voir quelquej hommes flSgi'S, modérés, considérés de la maison, t pour les eidiorter à combattre le décoursgement de leurs camarades , lequel était susceptible de compromettre l'augmeatatlon de nos salaires quelque minime qu'elle fût. »

La conviction de mon ami, de même que la mienne et celle de tous nos collègues de la Conférence, était de faire abnégation de la question d«8 femmes poor sauver l'élévation espérée de notre gain jouroaller ; mais, les uns comme les autre9, nous avons la même aversion pour cette exploitation de la femme.

Avant d'aller pli» loin, il ne faut pas que j'oublie un renseigne* ment d'assez haute importance par le temps d'incrimination qui court.

A notre assemblée de janvier, la Société apporta quelques modifications aux anciens statuts, vota une réglementation nouvelle relative au manque involontaire de travail et arrêta les clauses d'une alliance entre toutes les sociétés typographiques existantes ou à créer.

Par un article spécial, l'assemblée décida, sur ma proposition, que toutes ces améliorations ne seraient exécutoires qu'après Tapprobation de l'autorité.

Bq face des' mesures prises contre la Eoctété de Saint-Vineenti* de-Paul et après lecture des discours de M. Billault, je fis abandonner le projet d'alliance et démolir le texte qui en était composé chez M. Blot.

Quant aux modications et adjonettoos réglementaires, j'obtins de ne les présenter à l'autorité que lorsque la concorde serait eortièreoient réteMie entra les patrons ei les ouvriers de l'industrie typographique. ^

Ainsi ïonc, jusqu'à nouvel ordre, toutes les décisions prises à runanimité dans rassemblée de janvier, où six à sept cents mem* bres étaient présents, toutes ces décisions, dis-je, sont indéfiniment ijournées.

M. Eugène Clostre, actuellement encore employé comme correcteur cbez M. Paul Dupont, avait été nommé rapporteur en cette circonstance.

Son travail est la plus belle disculpation qu'on puisse opposer aux insiDuations des mécbants, travail qu'il a toujours entre les malDS.

Enfin des temps meilleurs viendront peut-être où il nous sera permis de démontrer la justice, l'honnêteté et la générosité de nos vues, pour conquérir la haute sanction de l'Etat.

Maint'^Dant j'arrive à la soirée du 25 mars, que l'on incrimine. On m'a fait le reproche d'avoir laissé discuter des choses étrangères à notre règlement.

Or, il ne faut pas oublier que, lorsque, au mois de janvier, je fus mandé à la Préfecture de police, alor3> malgré les incompatibUités que je signalais, on m'y rendit responsable des mouvemeus qui pourraient éclater chez M. Paul Dupont.

De plus, on me déclara qu'au cas échéant, on ferait disparaître la Société et qu'on broierait les hommes placés à sa tète.

Qu'on me le pardonne, c'est la dernière fois que je rapporte ces paroles!

La mission qui m'était alors dévolue était, comme on le voit, contraire à mes fonctions présidentielles : on faisait de moi un protecteur de l'ordre moral dans ma profession, et l'on m'obligeait à réagir sur le mécontement et la volonté libre de mes camarades.

Depuis lors, j'ai lutté constamment avec mes trois mandats pour empêcher l'agitation.

L'historique que je viens de faire doit l'avoir prouvé surabondamment.

Quant à cette soirée à laquelle on a attaché une importance qu'elle n'avait point, et qui fut moins une séance qu'une conversation avec des camarades visiteurs, ce qu'il y a de vrai, c'est qu'on y parla un peu tous à la fois et sans trop bien se comprendre, et qu'on se sépara sans avoir pris de décisions nettes, chacun ayant interprété à sa façon les choses contradictoires qui s'étaient dites.

Je travaillai le mercredi 26. Dans la journée, je vis un membre du Comité qui vint me prévenir que les choses prenaient une tournure grave chez M. Paul Dupont.

« — Je n'y puis rien et n'y suis pour rien, » lui réptndis-Je.

Vers le soir, je reçus l'avis suivant de la Préfecture de police :

« Le cbef au premier bureau de la première division prie M. Gauthier de se présenter k son cabinet jeadi prochain, 27 du couranti à midi, pour une affaire qui l'intéresse.

» Le chef de bureau, dROY.

» M. Gauthier, imprimeur, chaussée du Maine, 3. »

Nous avions réunion de la section ouvrière de la Conférence le soir même, pour dépouiller les résultats du plébiscite.

Là, on nous apprit l'arrestation de Parrot.

Moi, je montrai le billet ci-dessus.

Je me rendis à l'invitation faite la veille. Je trouvai ce jour-]à M. Roy fort sec dans son accueil, lui d'ordinaire si bienveillant avec moi.

En résumé, il me donna le conseil d'aller voir M. Tenaille, commissaire de police des Halles, ce que je ûs sur-le-champ.

Depuis, ballotté du bureau de sûreté au dépôt, du dépôt au bureau de sûreté, du bureau de sûreté au dépôt, enfin du dépôt à Mazas, j'attends la conscience tranquille l'arrôt de mes juges.

Bn terminant, je puis dire ceci comme l'expression de la plus gprande vérité : je n'ai rien négligé pour rester fidèle au serment que j'ai prôié à l'Empereur comme prud*homme, et pour sauver et faire prospérer la Société typographique parisienne à laquelle Je me suis résolument consacré.

Nos seize cents sociétaires sont là pour l'attester.

Maintenant, je suis certain que patrons et prêtes ne pourront dire que des vérités honorables pour moi...

J'attends la liberté ; car je suis innocent au milieu de l'échafaudage qui a été élevé par la méchanceté et la haine contre la Société typographique pari^^ienne et le Tarif, et contre les hommes qui ont fondé l'une et défendu l'autre.

Mazas, 26 avril.

PIÈCES A LAPPUI

A flk»B BxcelleBce ■onilewr le HlnUtre de Vlntérlewr.

Monsieur le Ministre,

Les soussignés, délégués par les compositeurs -typographes de Paris pour réviser, dfl concert avec les maîtres imprimeurs, le Tarif des prix de main d'œaVre, ont été riyement émus à la nouvelle annoncée par M. Dupont, ch^f d'une maison considérable, que ses ateliers typographiques de Clichy allaient ôire mi^ en actinie avec un personnel de compositrices.

Plusieurs tentatives de ce genre ont eu lieu; elles n'ont abouti qu'à précipiter plus vile la chute de ceux qui y avaient eu recours, comme au seul moyen de les tirer d'une situation précaire.

Nous n'aurions donc attaché aucune importance à ce nouvel essai, si les circonstances actuelles ne lui donnaient un caractère d'opposition à l'accomplissi^mHnt du mandat dont nous sommes investis, et si la nature d^s travaux de composition off»>rts par M. Dupont ne lui donnait un caractère presque officiel aux yeux de notre corporation.

C'est au moment oîi le gouvernement de l'Empereur témoigne de sa sollicitude pour le bien être des ma^^ses, au moment où les maîtres imprimeurs reconnaissent enfin qu'il y a lieu d'augmenter le salaire des tyocgraphes, que M. Dupont, député au Corps législatif, auteur d'une brochure dans laquelle il déplore 1» sort des employés, abusant de l'autorisation obtenue de votre bienveillance de créer, en dt-hors de sa maison, une succursale, vient effrayer ses collègues par une concurrence qu'ils croiront ne pouvoir soutenir.

Que vont répondre les maîtres imprimeurs h nos justes demandes, en voyant s'établir è leur porte une fabrique à bon marché^ colorée du prétexte de philanthropie pour les ouvrières.

Nous ne saurions croire que la liberté commerciale puisse être

\e Ml «6tto drcotiflCnies, Timpri maie étant une ind^stria régie par des lois qui ne sont applicables qi^k elle.

■• DDpoDt ne le pense certes pas plus que nous, car, daSB sôn BUtûire éê Vfmprimerie^ il cite à propos de la limitation d« nombre den imprimeurs à Paris^ les paroles suivantes prononcées pur Napoléon I*' dans la discussion du projet de loi au sein du oonaeii d'Btat :

« L'imprimerie est une ratreprise, c'estrk-dire qu'elle ne mène à sa suite aucune spéculation. On va chez un imprimeur, on fait le prix par feuille d'impression de tel format, de tel caractère, tiré à tel nombre ; l'imprimeur ne peut rien gagner au delà du bénéfice convenu d'arance; fût-il le plus grand spéculateur du monde, il ne gagnerait pas plus c|ue celui qui ne sait que les deux premières règles de l'arithmétique; il peut être savant, habile, mais il n'est ni négociant, ni marchand; il est entrepreneur.

• Puisque les bénéfices ne dépendent pas de lui, mais des spéculatîens de ceux qui remploient, il est clair qu'en bonne administration le nombre des imprimeurs doit être fixé... »

« Le nombre des imprimeurs étant borné, celui des apprentis est calculé sur le besoin probable d'ouvriers, et c'est ainM que i'admi* nistratioa parvient à carantir, môme à l'artisan, la sûreté de vivre dans la profession qu'il a embrassée... a (MUL de Vlmpr^ page i63, Pwis, P. Dupont, 1854.)

Et M. Dupont ajoute :

c .... La limitation du nombre des imprimeurs était une mesure nécessaire. 11 y a toujours eu plus d'imprimeries qu'il n'en était besoin pour exécuter tous les travaux. La raison en est bien simple. C'est que le nombre des presses n'a jamais été limité. Dans les

Suatre-vingts imprimeries brevetées depuis 1810, à peine la moitié es presses ont été occupées aux meilleures époques. » {Ibid., p. 267.)

Nous ne croyons pas que les commentaires puissent rien ajouter aux intentions exprimées parle législateur et è l'approbitton sans réserve de celui qui veut aujourd'hui se transformer en spéculateur au lieu de rester entrepreneur.

Nul matire imprimeur ne peut posséder deux ateliers. H» Dupont n'a pu obtenir de votre bienveillance l'autorisation d'en avoir un second qu'en s'appuyant sur l'expropriation dont il était menacé, prétexte qui disparaît devant l'ajournement indéfini du projet municipal.

Mais, nous en avons la conviction. Votre Excellence eût refusé toute autorisation si elle avait pu penser que M. Dtipont profiterait de cette faveur pour tenter de créer une concurrence, que nous n'hê.^itoDs pas à déclarer déloyale.

La mission de la femme est, selon nous, toute intime, et c'est l'fn délourner que de développer pour elle la vie d'atelier. Cette réflexion prend plus de force encore lorsqu'il s'agit de la placer dans un atelier où elle est forcément en contact avec des nommes de

qai elle dépend; dans riedustrie typographiqaei un atelier absolument féminin étant matériellement impossible.

Offrir aux femmes pour ressources une profession dans laquelle, par suite de l'intoxication des molécules du plomb, elles sont exposées à l'avortement, cela ne nous paraît pas plus moral que philanthropique.

Nous n'exagérons point : ce phénomène morbide se produit, dans les fonderies de caractères, pour les femmes employées à la frot^ terie; l^s compositrices ne pourraient se soustraire complètement aux mêmes influences. .

En terminant, les soussignés ne peuvent s'empêcher de témoigner la confiance que leur inspire la simplicité de la question pendante.

L'établissement de Glichy ne peut fonctionner qu^avec l'autorisation de Votre Excellence, puisque la résidence vraie de M. Dupont est à Paris, qu'il est maître imprimeur à Paris, qu'une faveur spéciale peut seule lui pr^rmeltre de dédoubler sa maison de Paris.

Que cette faveur lui soit retirée, s'il persiste dans son idée soidisant philanthropique, et toute appréhension disparaîtra.

Nous pourrons alors accomplir Toeuvre de la révision du Tarif, œuvre qui, nous en avons l'assurance, ne peut manquer d'obtenir votre approbation, puisqu'elle doit assurer aux typographes un salaire en rapport avec les besoins matériels de la vie.

Permettez-nous de vous témoigner à l'avance la reconnaissance de ceux qui ont l'honneur de se dire. Monsieur le Ministre, de Votre Excellence les très humbles et très obéissants serviteurs.

Les membres ouvriers de la conférence mixte :

BAIAGUBT, PARMBNTIBR, VIGUIEE, MODLINBT, GlUTHIBI, COUTANT, HUET, ALFONSI, PABROT.

30 janvier 4862.

L'intoxication saturnine, qui est une calamité pour les femmes emplovi^es dans les fonderies en caractère, a donné lieu à des études de physiologie expériuientale, applicables, dans une proportion considérable, aux imprimeries typographiques, dont l'atmosphère est viciée par la présence des mêmes ageos toxiques, lesquels, comme on va le voir, jettent la perturbatioa dans l'organisme de la femme. Voici les observations que nous trouvons dans un compte rendu présenté à la Société de Biologie, en janvier 1864, par M. le docteur de Luys (i), secrétaire, relativement aux effets de l'intoxication saturnine sur le produit de la conception.

Sur 141 grossesses constatées, il y a eu :

^'i Âvortements; 4 Accouchements prématurés;

(1) Gazette médicale de Parit^ n^ 10, 7 mars, page 164.

5 morts-nés ;

20 enfants morts dans la première année ; 8 enfants morts dans la deuxième; 7 enfants morts dans la troisième; i autre est mort plus tard.

14 enfants sont vivants; 10 seulement ont dépassé T&ge de trois ans.

Ainsi, sur 141 grossesses, 10 enfants seulement ont pu parvenir au delà de trois ans dans les fonderies où Tair respirable est empoisonné comme f 1 l'est également dans les imprimeries;

À une époque où les progrès de la science tendent à transformer les moyens de fabrication du blanc de oéruse, du verre, etc., pour conserver la vie plus longue aux ouvriers qui périssent jeunes dans ce genre de production^ n'est-il pas inbumain d'ouvrir, dans d'autres branches d'industries, une carrière qui anéantit les principes de maternité chez les femmes t

A S#« Bseelloico HoMSlewr le HlnUtvv de Platériewr.

Monsieur le Ministre,

De6 faite de la [>lus haute gravité ont ému ces jours derniers la tyoographie parisienne. Nous venons en faire l'exposé à Votre Excellence, et nous ferons en même temps appel à sa bienveillante justice contre un abus criant d'autorité de la part d'un patron, qui profite de sa position de membre du Corps législatif et de hautes relations admmistratives.

Nous avons déjà eu l'honneur d'adresser à Votre Excellence, dans le courant de février, une note relative à un projet de M. Dupont. Cette note nous avait été demandée par M. .Juillerat, à la suite d'une entrevue qui nous avait été accordée.

Comme les nombreuses et graves occupations de Votre Excellence peuvent lui avoir fait perdre de vue notre question, nous nous permettrons de lui rappeler, dans la présente, les faits contenus dans la Note de février, en y ajoutant les faits actuels.

Dans le courant de décembre, M. Dupont crut devoir prévenir ses ouvriers de son intention d'établir, dans sa succursale de Glichy, un atelier de compositrices. M. Dupont ouvrait donc volontairement avec ses ouvriers une discussion, et les appelait, pour ainsi dire, à juger son œuvre encore en projet. Les signataires de la présente

Note furent appelés par M. Dupont, pour assister à une conférence entre lui et ses ouvriers. Ils démontrèrent sans peine les inconvénients de l'innovation, nuisible à tous, patrons et ouvriers, et sans aucun avantage pour personne. De plus, les soiissignés déclarèrent le moment mal choisi, puisque, chargés de reviser le Tarif de composition dans le sens de Taugmentation, ils allaient se trouver en présence de patrons que la tentative de M. Dupont effrayerait, et qui, par conséquent, ne voudraient pas entendre parler d'augmentation.

A la suite de la conférence, M. Dupont fit savoir à ses ouvriers qu'il renonçait pour le moment à son projet.

Il le reprit plus tard, malgré sa promesse d'attendre la révision du Tarif, et après avoir plusieurs fois ouvert des discussions avec des eommissions de ses ateliers, créées à son instigation^ leur déclara que les ouvriers étaient libres de le quitter, comme il était libre, lui, de gérer ses intérêts à sa guise.

Gomme Clichj était une succursale de la maison de la rue de Grenelle, et que la loi défend aux imprimeurs d*avoir deux maisons distinctes sous le même brevet, M. Dupont acheta sous main le brevet de M. Guiraudet, de Neuilly, le fit mettre au nom de MM. Maurice Loignon et G* (M. Loignon a été son banquier, et est encore un de ses associés; en suivant ce système, M. Dupont, s'il trouvait des banquif rs assez riches, pourrait acheter tous les brevets de Paris et éluder ainsi la loi), et, le 22 mars, des femmes furent introduites à Glichj en qualité de compositrices.

Le lundi 24, l'émoi fut grand dans les ateliers de la rue de Grenelle, ai grand que les travaux se trouvèrent suspendus ; les ouvriers, décourages par la perspective d'un avenir misérable, dans une profession où le travail est nécessairement limité, où ils n'ont pas la liberté de s'établir, et où, par conséquent, ils sont, de par la loi, condamnés à ne vivre que de salaires^ les ouvriers, disons-nous, cessèrent de travailler, sans se livrer a des manifestations bruyantes, comme on aurait pu le craindre.

Le lendemain eurent lieu de nouvelles conférences entre les ouvriers et M. Dupont. Enfin, M. Dupont fit appeler quinze de ses plus anciens ouvriers, et leur dit :

• G'est moi qui ai acheté le brevet Guiraudet, c'est moi qui l'ai payé; le matériel de Glichy est à moi, tout ce qui est à Glidiy m'aptient; moi seul foumiiai aes travaux à Glichy, quoique ces travaux ne doivent pas por)er mon nom... Yous voulez me quitter; vous êtes des barbares, des sauvages, mais je vous ferai tous anêter, et, dussé-je fermer ma maison de Paris pendant un an, je ne renoncerai pas è mon projet »

M. Dupont tint parole. La nuit suivante, cinq compositeurs furent arrêtés, parmi lesquels M. Pairot, notre collègue à la Gonimission mixte.

Nous prions Votre Excellence de remarquer que, jusqu'àce moment, pas un ouvrier n'avait quitté la maison Dupont, ne s'était mis en

grève, n'avait occasionne le moindre désordre, ni au dedans ni au ebors.

La jeudi matin les compositeurs, venant è l'atelkf , y trouvi»

reiit un commissaire de police et des agents qui les mettaient en demeure de travailler ou de se retirer immédiatement. Presque tous les compositeurs , étonnés et émus d'une semblable injonction, se retirèrent, et Tatelier se trouva désert. La plupart des ouvriers, se considérant comme congédiés , demandèrent à faire signer leur livret, ce (]ni leur fut refusé.

La nuit suivante eurent lieu six nouvelles arrestations. Notre collègue H. Moulinet, un des ouvriers les plus estimables de la typographie parisienne e| l'une des gloires de la maison Dupont, était au nombre des victimes. Gela ne suffisait pas encore : M. Y.* Eugène Gauthier, aussi notre collègue , nommé par décret de S M. l'Empereur président de la Société typographique parisienne, membre du Conseil des Prud'hommes, a été privé de sa liberté, quoique cependant il n'ait jamais travaillé chez M. Dupont.

Le 29, jour de la banque (la paie), l'entrée des ateliers a été interdite aux ouvriers; sur l'ordre de M. Dupont, on leur a de nouveau et formellement refusé la signature des livrets et la délivrance des outils, les mettant ainsi dans l'impossibilité de travailler dans les maisons où un certain nombre d'entre eux avaient trouvé de l'occupation.

M. Dupont a fait dire qu'il iuspendait les arrestations Jusqu'à mardi prochain, et qu'à partir de ce jour-là 11 rendrait à la justice toute sa rigueur.

En présence de tous ces faits , nous avons recours à Votre Excellence, et nous déclarons M. Dupont coupable d'avoir porté la perturbation et le désordre dans notre industrie, et d'avoir troublé la paix publique :

10 Par l'annonce à ses ouvriers de son essai du travail des femmes à Glichy, et les interminables discussions qu'il ai entamées avec des ouvriers, soit de chez lui, soit d'aillejiîs ;

2» En provoquant ses ouvners au désordre et en cherchant à les exaspérer par des menaces et par l'arrestation d'un certain nombre d'entre eux , et en refusant de signer leurs livrets et de restituer leurs outils, les empêchant ainsi de travailler.

Nous nous abstiendrons de qualifier l'appel de M, Dupont è la force armée, quand il avait déclaré à ses ouvriers que, dans un pays où règne la liberté industrielle, ils étaient parfaitement libres de le quitter, s'ils n'approuvaient pas son projet.

Mais nous devons signaler à Votre Kicellence le subterfuc[e que M. Dupont a employé pour tourner la loi qui interdit à un imprimeur d'avoir deux maisons, et .qui consiste dans l'achat du brevet Ouiraudet (de Neuilly); au nom de M. Loigoon, banquier et associé de la rue de Grenelle. M. Dupont l'a nettement déclaré à ses ouvriers.

En terminant nous exprimons l'espoir que Votre Excellence fera mettre en liberté ceux de nos camarades incarcérés sous prétexte de coalition, et qui semblent n'avoir été choisis que parce qu'ils sont les plus recommandables entre les ouvriers typographes.

Napoléon III disait dernièrement aux grands corps de l'Etat : « Quand le peuple souffre, dans sa justice, il ne me rend pas res-

» poDsable de ses souffrances. » OoDÛants dans oes paroles, nous croyons faire acte de bons citoyens en vous signalant un homme qui abuse de ses influences pour aggraver les souffrances des ouvriers et provoquer le désordre dans une corporation tout entière.

Nous prions Votre Excellence d'excuser la longueur de cette note, incompletlB cependant; si Votre Excellence désirait entendre nos explications verbales, nous en serions heureux, et nous nous tenons à sa disposition.

Nous prions Votre Excellence de recevoir Texpression de nos sentiments les plus distingués et l'assurance de notre dévouement.

Im membres ounriers Conférence miœte,

Signé : BiRAGinn', alforsi, goutaut, hubt,

PARIIBNTIBR, VIGUIBR.

Paris, 31 mars 1862.

A fla Maieslé l'Enipercar NapaléoB.

Sire

Les soussignés viennent porter à la connaissance de Votre Majesté des faits d'une importance majeure, et ils espèrent ainsi empedier une grande injustice de s'accomplir.

La position des soussignés est des plus difûciles : désignés par le suffrage unanime de leurs confrères les ouvriers typographes, et sur l'invitation des patrons, pour reviser le Tarif des prix de mamd'œuvre, ils ont eu a s'interposer plusieurs fois pour prévenir des conflits fâcheux.

Au mois de mai dernier, tous les compositeurs de Paris signèrent une demande adressée à leurs patrons, dans le but d'augmenter les salaires, qui n'étaient plus en rapport avec leurs besoins. Ils ne faisaient en cela que se conformer au Tarif, dont ils demandaient la révision, puisqu'un des articles prévoyait la nécessité de cette révision.

Cette demande fut prise en considération, au bout de six mois, par la Chambre des imprimeurs de Paris, q[ui nomma une oommisblon munie de pleins pouvoirs pour traiter avec les délégués ouvriers.

La nécessité de l'augmentation était donc reconnue ; il ne s'agissait plus que d'en fixer le chiffre.

L60 séasces de la Commission mixte commeneèrent en janTÎer 1868, les soussignés y apportèrent les dispositions les pins oondlianteSy et leurs demandes furent très modérées , ainsi qu'il est facile de s'en convaincre par la simple inspection des procès-verbaujt.

Malheureusement, les patrons n'ont pas tenu compte de cette modération, et ils nous ont offert une augmentation inacceptable, tant elle est minime. Les dioses en sont venues à ce point qu'ils ont refusé de continuer à discuter^ et ont déclaré la Conférence rompue.

Gomme il nous semblait Impossible de subir une pareille situation; que, d'ailleurs, nos commettants souffrent toujours de la disproportion entre leurs salaires et le prix de tous les objets de consommation, nous nous sommes adressés à S. Exe. le ministre du commerce, le priant d'intervenir, et nous lui avons soumis un projet d'arbitrage, qui, nous l'espérons, obtiendra l'approbation de Votre Majesté.

Pendant les séances de la Conférence, certains patrons, voulant détruire l'effet de l'augmentation proposée, ont employé un expédient dont ils avaient mûri le projet dans rintervallo qai a séparé notre demande de sa prise en considération. Ils ont essayé de faire exécuter les travaux de composition par des femmes^ espérant ainsi • intimider les ouvriers en leur montrant en perspective le chômage forcé par la substitution de l'élément féminin, toujours moins payé, et cela dans une profession que la loi monopolise entre les mains de quelques-uns.

pour cnerctier de l'ouvrage

En même temps, le chef d'une des maisons les plus importantes de Paris, M. Dupont, entrait en discussion avec ses ouvriers sur le même sujet, prétenaant améliorer ainsi leur sort. Il fit même appeler les soussignés, se flattant d'obtenir leur approbation. Mais ceuxci, au contraire, employèrent tous leurs efforts pour lui faire abandonner son projet.

M. Dapont tenant essentiellement è son essai du travail des femmes, l'installa le 22 mars dans sa succursale de Glichy, et il termina les conférences entamées avec ses oumers depuis trois mois, en appelant sur eux les rigueurs du parquet.

votre Majesté, dans sa justice, appréciera cette façon de respecter la liberté d'autrui. Il est certain que M. Dupont a abusé de rinfluence que lui donnent sa position politique et ses nombreuses relations administratives pour opprimer nos malheureux confrères, qui étaient parfaitement libres de refuser des conditions nouvelles et onéreuses.

Quoi qu'il en soit, trente arrestations ont eu lieu à la requête de M. Dupont. Sept de nos confrères sont encore à la prison de Mazas, parmi lesquels MM. Parrot, Moulinet et Gauthier, nos collègues à la Conférence mixte. M. Gauthier, membre du Conseil des prud'hommes, a été nommé, par Yotre Majesté, président de la Société typographique parisienne ; il n'a jamais fait partie des ateliers de M. Du-

rni| et son arrestation est une prouve oonyaincanle qu'on en veut Texistence môme de la Société, dont on a saisi les livres et la caisse.

La Sodété typographique parisienne a jusqu'à présent rendu d'immenses services aux ouvriers et à Tordre public: elle est éminemment moralisatrice et conservatrice, et pourtant il a sufâ d'une dénonciation injuste pour la rendre suspecte, pour qu'on entrave sa marche bienfaisante et que son existence même soit mise en question*

Il n'y aurait plus de sécuriié possible pour les Sociétés de secours mutuels, si les démêlés de quelques-uns de leurs membres avec des tiers pouvaient fairti suspendre leurs opérations.

Les soussignés s'adressent donc en toute confiance à Votre Ma* iesté et la supplient ds doDoer des ordres pour faire cesser le tort immense causé à leurs coUéjd^ues et amis par leur incarcération, et pour la restitution des livres et de la caisse de la Société typographique parisienne, dont ils sont membres.

Ils espèrent que Votre Majesté daignera prendre sous sa protection la demande d'arbitrage adressée par eux à Soc Excellence le ministre du commerce, aûa de résoudre la question si importante du salaire des ouvriers typographes.

Plus de trois mille ouvriers attendent cette solution avec la plus vive et la plus légitime impatience, le prix des loyers et des objets de consomoaation les mettant dans l'impossibilité de faire faœ a leurs besoins, avec un salaire qui n'a pas varié depuis près de trente ans.

Se rappelant les nobles paroles prononcées par Votre Majesté à l'ouverture de la session législative, loin de renare l'Empereur responsable de cette situation, ils sont convaincus qu'il suffira de la mettre sous vos yeux pour que la crise actuelle aboutisse à uqe conclusion favorable et pour que les périls dont ils sont menacés soient conjurés.

C'est dans cette confiance que les soussiffnés, organes et représentants de la corporation entière, pénétrés de la justice de leur cause, remettent leur sort entre les mains de Votre Majesté, dont ils connaissent toute la bienveillance pour tout ce qui touche au bien-être du peuple, et ont l'honneur de se dire,

Sira, De Votre Majesté,

Les très humbles et très fidèles sujets,

HOTrr"' ( ^^^^^ ouvriers CoSïSî?,"' ( Conférînci*mixte.

VlOOJRt,

Paris, le 15 avril 1862.

Au coiiMii nukt

Nous appelons la sollicitude du cooseil d'Btat sur la sîtiiation de rimprimerie, prolession priTilégiée, dont le sort a été fixé par cette illustre assemblée.

Le nombre des maîtres imprimeurs, qui s'était éleré de quatre cent YiDgi-eina environ sous le régime fécond de la liberté individuelle, a été réduit, par un décret de ISi^ à quatre-vingts établissements typographiques.

Bu accomplissant cet acte d'autorité^ TBmpereur Napoléon I*' ordonna, — c'est inscrit dans la loi, ^ qu'avant toute réduction, les imprimeurs conservés eussent a indemniser ceux qui seraient supprimé^

En outre, dans son esprit de justice, TEmpereur stipula, en faveur des ouvriers typographes, certains avantages qui les dédommageaient de la perte de la liberté de s'établir, dont joaissaiefit alors, comme aujourd'hui, toutes les professions.

C'est en ces termes que, devant le conseil d'Etat, lors de la discussion concernant la nouvelle organisation de l'imprimerie. Napoléon réserva les intérêts des ouvriers compositeurs :

« Le nombre des imprimeurs étant borné, celui des apprentis est » calculé sur les besoins probables d'ouvriers; et c'est ainsi que a l'administration parvient à garantir, même à l'artisan, la sArete de » vivre dans l'état qu'il embrasse. »

Cet état de choses n'a pas changé depuis l'Empire. Les gouvernements se sont succédé, mais tous ont maintenu le décret que Nappléon I" a rendu en 4810.

Les quatre-vingts imprimeries se sont développées considérablement; des procédés nouveaux ont été employés; des mécaniques permettent de faire en peu de temps des tirages immenses. OrAce à ces progrès, l'imprimerie Jouit d'une prospérité inconnue jusqu'à nos jours. Ce qui était autrefois une entreprise glorieuse seulement est devenu une industrie florissante, une spéculation œrdinaire qui n'exige plus de profond savoir ni de grands talents chez les chefs, mais simplement des capitaux.

La plupart des imprimeries sont formées en commandite; il n'y a plus, à proprement parler, d'imprimeurs, mais des gens brevetés placés sous l'influence occulte d'actionnaires qui, complètement étrangers k la profession, n'ont que la préoccupation unique du dividende t

Il s'agit donc maintenant, pour les imprimeurs, de produire beaucoup et à très bon marché, se souciant peu des intérêts des ariisans de la corporation. •

Que la bon marché s'obtieime par des prooédiSs nouyeanx, à Taide^ de mécaniques perfectionnées, on est dans le droit ; mais les imprimeurs, oubliant les devoirs de leur situation exceptionnelle envers les ouvriers typographes, ne se bornent pas à ces moyens. Après avoir augmente le personnel au delà de toute raison, après avoir appelé en France des étrangers, ce qui a produit une surabondance de bras, à tel point que le salaire est généralement tombéèSfr.SS.— 3 fr., — 4 fr., — ainsi que Tont établi les patrons eux-mêmes, les imprimeurs viennent ajouter encore un personnel féminin, considérant froidement remploi des femmes dans les métiers d'hommes comme un moyen mécanique tout à fait propre à diminuer les salaires.

Les intérêts des artisans compositeurs, réservés par l'Bmpereur devant le Conseil d'Etat, sont ainsi méconnus et foulés aux pieds.

Il y a donc Ift, de la part des mattres imprimeurs, un abus évident de pouvoir, de situation, de privilège.

Nous venons réclamer contre cet abus devant le Conseil d'état, de

aui relève la profession des typographes. Pleins de foi dans sa Jus» ce, nous appelons de tous nos vœux son intervention légale et naturelle.

Comme on a limité le nombre des mattres imprimeurs, de même on doit restreindre au nécessaire le personnel des ouvriers compositeurs» en déterminant la quantité d'apprentis.

Nous demandons, en conséquence, que l'apprentissage soit sérieux, calculé sur les buoim probables ei d'une durée détruis ans au moins.

Nous demandons que, se conformant à l'article 7 du règlement de l'imprimerie, on n'accorde de brevet qu'aux hommes qm juilifieni de leur capacité^ selon l'expression de la loi, et que le certificat d'apprentissage soit Tunique preuve de capacité.

Ce que nous espérons du Conseil d'Btat est un simple rappel à la lettre et à l'esprit de la loi, dont les imprimeurs privilégies s'éloignent d'une manière déplorable, ce qui contriste la typographie ouvrière, qui voit ses garanties méprisées et ses droits impunément violés.

Noos ajouterons une réflexion d'un autre ordre.

Bn maintenant les privilèges, on donne aux quatre-vingts imprimeurs de Paris le droit de profiter seuls des innovations, des découvertes et des progrès accomplis dans le monde entier. Les méca* niques d'hier sont exclusivement à leur service, comme le seront les mécaniques de demain. L'inventeur même ne pourrait pas utiliser un chef-d'œuvre : il lui faudrait, pour cela, le bon plaisir, le caprice, la pitié peut-être d'un imprimeur quelconque, qui se trouve ainsi résumer en lui tous les privilèges.

Bn effet, que demain il naisse d'un cerveau d'homme une méca* nique parfaite qui exécute seule tous les travaux typoçraphiques, les trois mille ouvriers seront évidemment ruinés, et nul au monde ne s'occupera de leur sort, de leur lendemain! Mais les imprimeurs, sans se soucier plus que d'autres des Irois mille vielimee^ s'empareront Joyeusement du procédé, qu'ils sollicitent de toutes part?, et l'emploieront exclusivement à leur profit.

Tel est le pouvoir qu'on a doimé aux imprimeuTs ; il est absolu et uniYerseU

Cette hypothèse n'est pas exagérée, car déjà un 4e ces privilégiés, dans une orochure que rauteur a envoyée mystérieusement dans les ateliers, d'autres dans des conversations, ont fait entrevoir aux ou« vriers, dans des vues d'abaissem^t de salaire, cette terrible perspectire d'une mécanique parfaite supprimant l'ouvrier, le père de famille; et c'est ainsi que, non contents de ce qu'ils possèdent, nous les voyons exploiter, avant même qu'il soit conçu, un chef-d'œuvre futur et probablement impossible.

Nous croyons que le temps est venu d'examiner h nouveau si l'organisation de l'imprimerie est toujours dans les meilleures conditions possibles, s'il y a quelques modifications à y apporter, et si l'artisan typographe est « sûr de vivre dans l'état qu'il embrasse, • selon la volonté formelle de Napoléon !•'.

Yoici, quant à nous, la double conclusion que nous soumettons au conseil d'Btat :

Ou l'application sérieuse du décret de 1810,

Ou la liberté de l'industrie typographique.

Nous avons l'honneur d'être, messieurs les Conseillers, Yos très humbles et très dévoués serviteurs,

Au nom de mes camarades,

GOUTANT, ouvrier typographe , Memifre d$ la Canférenee mixte de la typographie parinennef

Rue Saint-Oervais, 4. Paris, 21 avril 1862.

N. B. Cette pièce a été déposée le mardi matin aa arril.

A MoaMiemw le Pi«e«re«r impérial

Monsieur le Procureur impérial, *

J'ai rhonneur d'appeler votre attention sur les faits suivants : « Damièrement. le 81 janvier 1862, H. Adrien Le Glere, imprimeur de l'Archevêché, demeurant rue Cassette, renvoyait à la fois et le même jour, sans alléguer de motifs, six compositeurs qu'il remplaçait immédiatement par six femmes. Le lendemain, la plu-

Mit des autoe» mvrieis, ctaigotti le ntei^floi^ «e vottrènol de rimprimerie.

» Airètés le jour suiTant à la première beure^ coBdiûta I U préfecture» et menés chez le commissaire pour y être intmogés, ils furent remis en liberté.

Un des ouTriers» M. Marécbal, sorti de chez Jl. Le Clere. mais non arrêté, avait été s'embaucher è l'imprimerie Donaud, rue Cassette; le soir même il fut remercié par M« Donaud, qui lui dit ne pouvoir plus Toocuper parce qu'il sortait de th^i^ M. La Clerei son ami, qui venait de l'en avertir.

* Dans le même temps» un autre imprimeur, M. Paul Dupont, dé puté et chef de l'imprimerie ildministrative, rue de Grenelle-Saint'* Honoré, 45, préconisait l'emploi des femmes dans l'imprimerie ; et même, dans une lettre du S7 janvier, publiée dans VOpiniim na^ Honale du 30, M. Paul Dupont insistait sur Teieellenoe de cette innovation comme devant produire une économie pour son imprimerie, et par conséquent des bénéfices à partager avec ses assodéSi c'est* à-dire une baisse de prix pour ses ouvriers.

C'est dans l'imprimerie annexe de Clictiy, que M. Dupont avait établie, par tolérance ministérielle (car, d'après la loi, nul maître imprimeur ne peut avoir deux hrevetSi l deux Imprimefies sous le même brevet), que M. Dupont voulait faire l'essai de ce qu'il appelait son organisation ouvrière perfectionnée^ et qui ne tendait, en réalité, qu'à l'abaissement du salaire des ouvriers typographes.

M. Dupont retarda l'application de son système, parce que, si je suis bien informé, l'autorité supérieure, qui n'eût pas vu d'un bon œil un essai destiné à jeter de la perturbation dans notfB industrie, lui aurait fait entendre que la tolérance qui lui avait été accordée pourrait bien, dans ce cas, lui être retirée.

Survint la liquidation de la maison Guitftddet, de Neuilly. Le brevet de cet imprimeur fat acquis par M. Maurice Loignon, qui fut le banquier de M. Dupont et est présentement son associëi Alors des femmes furent introduites dans le même établissement de Clichy dont nous avons parlé.

M. Dupont a dit devant quinze de ses plus anciens compositeurs : « C'est moi qui ai acheté te brevet Guiraudet, c'est moi qui l'ai » payé; le matériel de Ciichy est à moi; tout ce qui est à Clichy » m'appartient. Moi seul fournirai des travaux à Chchy, quoique ces » travaux ne doivent pas porter mon nom. Vous voulez me quitter: » vous êtes des barbares, des sauvages! Mais je vous ferai tous ar- » rêter ; et dussé-je fermer ma maison de Paris pendant un an» je » ne renoncerai pas à mon projet. »

Ces faits d'introduction des femmes dans l'imprimerie sont conformes d'ailleurs au plan tracé par M. Clave des septembre 1861, dans une brochure où il menace « de la sunstitution de l'ouvrier féminin à l'ouvrier masculin, • comme « du moyen le plus efficace da produire économiquement (1). a

(1) De to OMttion tTaugmentotian du Sdlmrs dit Co w^ontêum 'HP^f^^y par M, J. Claye» imprimeur, p9ge 3#, deruiëiç ligne.

De Ms feitSy MoMiear le prooaTeur impArial , ne tombeDt-fls point 8POS le coup de l'article 414 du Gode pénal, ainsi modifié pas la loi du ff7 novembre 1849 : *

« Sera ponie d'un emprisonnement de six jours à six mois^ et

• d'une amende de 16 fr. a 9,000 ft., toute coalition entre ceux qui » fbnt travailler des ouvriers, tendant à forcer Tabaissernebi des sa-

• lairssy s'il y a eu tentative ou commencement d'exécution.

a Les eiiefs ou moteurs sont punis d'un emprisonnement de deux

• ans à cinq ans. »

Il est évident que l'introduction des femmes dans l'imprimerie tend à faire baisser les salaires; la simultanéité des actes relatés d-desBus décèle une entente ou coalition entre plusieurs maîtres imprimeurs. Bt c'est ce que l'autorité judiciaire ne pourra manquer de constater si une enquête et instruction sont faites : de nombreux témoignages vii^ndraient confirmer ce que j'ai été chargé de porter à votve coBBaiflsance par beaucoup de tiies camarades qui ont foi dans l'équité de la magistrature et dans l'égalité de tous devant la loi.

Signé : BAAAâUBT,

Ouvrier compositeur typographe, commiseaire ouvrier à la Conférence mixte, membre du Conseil des Frud^hommes.

Paris, le 83 avril 1862.

A mmm ■zcallMiee Honalawr le HbiUtre de Im #«a«iee

Monsieur le ministre,

Nous avons l'honnenr de soumettre à Votre Bxcellenoe les deux pièces cl* jointes c ^ ,„

1» Une lettre du Si mars, à M. votre collègue le Ministre de l'in*» térieur, concernant les faits qui se sont passés à l'imprimerie Paul Dupont, rue de Grenelle ;

8» Une plainte, à la date du 23 avril, déposée au parquet, en coalition contre plusieurs maîtres imprimeurs coupables d'une entente pour faire tNiisser les salaires.

Par suite d'une interprétatioa erronée des faits, plusieurs ou-^ vriers typographes ont été préventivement privés de leur liberté. Nous ne doutoos pas, Monsieur le Ministre^ qu'un examen consciencieux de la quesaon n'établisse que, s'il y a des coupables, ils ne

sont point panni les ouvriers. Bk pourtant, trente de nos camarades ont été incarrérés, et sept sont encore k Mazas depuis an mois, ce qui fait le plus mauvais effet dans les ateliers, où l'on aime à rendre hommage aux dispositions bienveillantes de l'Empereur envers les masses. C'est pourquoi nous avons cru devoir, Monsieur le Ministre, appeler la sollicitude de Votre Excellence sur un fait d'autant plus malheureux que les ouvriers arrêtés sont précisément de ceux qui ont le plus constamment déconseillé toute grève et recommandé, au coDtraîre, la conciliation envers les patrons et la eonfiance dans le gouvernement de TEmpereur.

Veuillez agréer. Monsieur le Ministre, l'assurance du profond respect avec lequel nous avons Tbonneur d'être, de Votre Exceltence, les tiès humbles et très obéissants serf iteurs.

Lei membreê ouvrien de la Conférwcê m%xU :

(Signé) BÂiAGun', vieum, goutaht, alvohsi, Hcn*, PAiiiBifTnm.

Paria, le 24 avril 1868.

vn

Détalla raUttfli à PlDteo««ctioB «m Ummw ehes M. I^e €l«re,

Imprteew de r AreteTéelié.

Paris, ce 5 mars 1S68.

Monsieur,

Vous m'avez demandé de vous communiquer une note sur les faits parvenus à ma connaissance qui se rattachent k l'arrestation de cinq des anciens compositeurs de M. Le Glere.

Voici donc ce que je puis vous certifier en toute conscience :

Le dimanche 26 janvier, quatre jours après le départ de ses ouvriers, M. Jutes Le Clere, prenant vis-à-vis de moi une attitude confidentielle et mystérieuse, m'apprit que l'administration, informée des faits qni venaient de s'accomplir dans sa maison, s'en était émue; et qu'il avait, la veille et l'avant- veille, reçu la visite de personnes attachées à la police, qui avaient été chargées de faire une enquête.

Il s'est bâté d'ajouter que, convaincu de la non-culpabilité de ses ouvriers, il avait énergiquement plaidé leur cause auprès de ces agents, faisant retomber entièrement la culpabilité de leurs résistance sur les agitateurs qui s'arrogeaient le droit de leur donner des conseils et de leur dicter une ligne de conduite.

Le mot agiiaieurtf s'il n'a pas été prononcé, est synonyme de celai qui a été employé.

M. Jules Lé Glere termina cet entretien en me disant qu'il nour-

riffiait respéranœ de Toir abandonner les pounoiteai si elles xeoeyaient an commencement d'exécution.

Mais y en même temps, il me recommanda de garder a?ec le plus grand soin le secret sur la communication qu'il venait de me faire.

Cette recommandation n'avait certainement pas pour but de mettre les ouvriers ainsi compromis en garde contre la surprise qui leur était ménagée pour le lendemain. M. Jules Le Glere savait en effet, mes relations avec l'un de ces ouvriers, qui n'a échappé aux investigations que parce que son adresse avait été donnée fausse.

Le lendemain lundi, S7 Janvier, M. Jules Le Glere m'informa que des arrestations avaient eu lieu mais U me recommanda de n en point parler : c'était avant midi.

Dans le courant du tantôt, vers quatre heures, il m'annonça que tout était terminé, et que, sur ses instances^ on avait relftché les ouvriers.

Le dimanche suivant, S février, les ^anciens ouvriers compositeurs de M. Le Glere venaient d'accompagner à sa dernière demeure un de leurs confrères. M. Thénaibre.

Au sortir du cimetière, un groupe s'était formé; on m'arrêta. Chacun s^empressa d'accuser M. Jules Le Glere d'avoir fait une dénonciation, à laquelle quelques-uns d'entre eux avaient dû d'être anêtés. M'appuyant sur les déclarations que m'avait faites M. Jules Le Clere lui-même, je m'efforçai de les détourner de cette opinion.

Je ne rencontrai la que des incrédules: et l'un de ceux qu'on avait arrêtés, M. Jourde, me dit que l'écrit dont s'était servi H. le corn* missaire jpour l'interroger était de la main de M. Jules Le Glere, et qu'il avait remarqué sur cet écrit des passages marqués à l'encre rouge, sans doute parce qu'ils relataient les faits les plus importants.

Je venais de quitter ce groupe, et marchais avec M. Gamier, correcteur dans la maison Le Glere, quand je fus rejoint par M. Henry Le Glere, frère de M. Jules } d'après son désir, je lui ns part de la conversation qui venait d'avoir lieu.

M. Henry Le Glere me dit alors oue M. le commissaire avait été 6»efi iimple que d'employer dans l instruction le papier fourni par son frère.

Le lendemain 3 février, M. Jules me parla de ce papier, qu'il me dit être le rapport qu'il avait été obligé d'adresser à M. le commissaire.

Il ajouta que ce rapport avait été rédigé par lui dans des termes favorables à ses ouvriers, et, pour me le prouver, il me dit qu'il allait m'en donner connaissance.

Il en chercha le double dans une liasse, et je crus qu'il allait m'en faire la lecture complète. Mais il se ravisa, se contentant de me lire la dernière phrase, dont voici le sens :

Que le meilleur moyen de prévenir les coalitions dans les ateliers typographiques était de supprimer les icfluences regrettables que subissaient les compositeurs de la part d'un certain nombre de leurs collègues plus déterminés et plus audacieux ; et que, pour atteindre ce but, il fallait avant tout saper par aa base l'assodatioii

typog^phique^ qui |Miyait les chômages votontaires de ses membres quand (rétait elle qui les leur commandait.

Voilà, monsieur, tout ce que le sais, et je me suis attaché à vous le raCooDter avec la plus scrupuleuse exactitude.

Je TOUS livre ces documents pour en faire tel usage que tous Jugerex utile k ilntérèt général...

• Âgréexy monsieur, etc.

Paris, 8 mus 1863.

Monsieur Gauthier,

Depuis quelque temps, il circule dAM la typogmphie un bruit bien singulier, etqni^ s'il pouvait trouver créance, serait de nature k Jeter le blftme et la défaveur sur ma conduite et sur celle de quel^ ques-uus de mes camarades» travaillant précédemment dans l'impri^ merîB de M» A« Le Clere» imprimwir efo i'wrchevdehé ei du pape ; si ee que Ton me rapporta est vrai, je dois protester de toutes mes toroes contre une accusation calomnieuse et mensongère, tant en mon nom personnel qu'en celui de mes confrères mêlés dans cette affaire.

Quelques confrères m'avaient assuré que M. Le Glere, sans doute pour se disculper quelque peu des faits regrettables qui se sont pa^és dans sa maison, à l'occasion de la déplorable mesure qu'il a cru devoir prendre, en subsUtnant le travail des femmes k celui des hompiesr que M. Le Clere, dis- je, avait déclaré k la Chambre des imprimeurs que ceux des ouvriers qui avaiecft été arrêtés, l'avalent été par les sergents de ville du quartier, k la suite d'esclandre, de disputes, de rixes devant la maison, avec les individus qui étaient restés chez lui. — Gela m'a grandement étonné; tout d'abord Je ne voulais point le croire; je puis être en désaccord avec M. Le Glere, mais ce n'est point pour moi une raison d'accepter et ée répéter légèrement une pareille accusation contre. lui, d'autant plus que cela me semblait impossible de sa part, lui qui connaît les faits mieux que tout autre.

Pourtant d'autres personnes me l'ont encore affirmé, et vous* même, m'a-t-on dit, avez eu connaissance de cette accusation toute malveilUmte et en avez donné le démenti : si cela est, monsieur, vous avez bien faitj et si, devant la corporation typographique, certains ouvriers doivent encourir une juste réprobation pour la conduite qu'ils ont tenue dans cette circonstance, assurément ce ne sont pas ceux qui ffit quitté les ateliers de M. Le Glere.

Pour mieux vous éclairer k ce sujet, pour vous édifier, je crois devoir vous raconter» avec la plus scrupuleuse exactitude, les faits tels qu'ils se sont passés. «« Les void dans t«Mite leur tenté 4

lA U janvier, à six heures du soir, M. Le Glere a signifié à un certain nombre d'ouvriers compositeurs (six ou huit environ) qu'ils aient à quitter sa maison dans le délai de deqz heures, avec injono^ tion formelle de ne point repamUre dans h$ mtêliert^ leur disant» pour toute explication, qu'il n'avait rien à leur reprocher sous le rapport du travail.

IL ût, eu outre, déclarer aux ouvriers restants qu'il aurait, le lendemain, 2i, à neut heures du matin, une communication importante à leur faire. — Tous se trouvaient là le lendemain^ à l'heure indiquée, et fort intrigués, tout émus encore de la mesure brutale qui, la veille, avait frappé quelques*uns de leurs camarades, lorsque M. Le Glere les fit tour a tour appeler k son bureau t là il leur déclara, après un préambule assez long et quelque peu obscur, qu'il était oetermlné à substituer le travail typographique des femmes à celui des hommes.

A la suite de cette communication, chacun sa retira» k plus grande partie voyant clairement dans cette triste mesure une tentati 'e ayant pour but sinon avoué, mais réel de faire baisser un salairej déjà de beaucoup insuffisant, dans un temps plus ou nioing rap« prochét résolut de s'y soustraire an cherchant do travail dans des malsons plus sérieuses où ils espéraient être à l'abri d'une pareille diose. — Je fus de ce nombre, et le lendemain je travaillais dans une autre maison.

Le lundi, 27 janvier, je ne fus pas peu surpris de voir, à cinq heures du matin, deux agents de police se présenter chez moi et m'inviter à les suivre à la préfecture de police ; j'étais au lit depuis le samedi 80ir« giavement indisposé. Je me trouvai donc dans l'obligation de quitter mon lit et de suivre ces messieurs à la préfecture. Eq chemin, ils m'apprirent que )'ét|iis accusé de coalition* reliitivement aux fait^ passés chez M. Le Glëre, ainsi que plusieurs de mes camarades, que je vis effectivement arriver à la préfecture quelque temps après moi.

Pour ma part, je trouvai l'accasatioa assez singulière, car si une coalition existe quelque part, œ n'est assurément pas du oôté des ouvriers^ comme les faits le prouvent surabondamment.

Bref, moi et mes eamp^icêê nous sommes restés à la préfecture jusqu'à dix heures du matin, heure à laquelle, acoompagnés d'agents, nous nous sommes mis en chemin pour nous rendre au bureau du commissaire de police du boulevard Montparnasse. — Arrivés au commissariat^ où nous étiCMis attendus, le commissaire de police nous ût subir un interrogatoire particulier, qui eut pour résultat de mettre en éiridenoe que, tous, nous avions agi individuellement, que nous avions quittté la maison de M* Le Qlere pares que nous étions intimement convaincus que la mesure qa'il prenait ae« Tait, à un moment donné, nous porter un grave préjudice sous le rapport de notre gain journalier.

Le commissaire de police voyant, par nos interrogatoires, quil n'y avait, qu'il ne pouvait y avoir de coalition, eut l'exirême complaisance d'aller lui-même à la préfecture montrer son enquête, qui démontrait les faits dans toute tour vérité, et, en revenant à son

bureau, il nous appela pour nous annoDcer que la poursuite dont nous éUoDs l*objel était sinon abandonnée oomplétement, mais sus-

Emdue indéfiniment; que si des cas analogues se présentaient ailurs. ce qu'à Dieu ne plaise, nous pourrions Atre encore appelés ; puis U nous dit que nous étions libres de nous retirer : il était cinq heures du soir.

D'ailleurs, je dois le dire, k part le désaflprément 4le l'arrestation, nous n'avons eu gu'à nous louer des égaras et des bons procédés employés vis-à-yis de nous, tant k la préfecture qu'au commissariat de police.

Yoilè, monsieur, les faits tels qu'ib se sont passés, et que J'affirme être de la plus exacte yérité.— Vous n'y verrez gue des hommes arrêtés la nuit dans leur lit, et non point des individus se battant et causant du scandale devant la maison de M. Le Glere et enipoignés par la garde.

Tels sont, monsieur, les faits que J'ai cru devoir vous signaler, sachant que, par votre position de président de la Société de Secours mutuels typographique, vous Ates en rapport avec un grand nombre d'ouvriers mes conf réresy et, par conséquent, à mémo, mieux que tout autre, de rectifier ces faits et de les faire connaître sous leur véritable Jour.

YeuilleZy monsieur, agréer mes salutations.

Yotre tout dévoué

Frédéric Maiéchal.

typographe.

Dans une autre lettre, M. Frédéric Maréchal dit encore :

Le 18 Janvier, vers dix heures, M. Le Glere fit appeler plusieurs de ses ouvners k son bureau. Je fus appelé k mon tour avec deux ou trois autres, et Ik M Le Glere nous déclara qu'il était tout k fait résolu k rewèplaeer une partie de ses compositeurs par des femmes, se basant sur des considérations très longues At très confuses, mais nous disant surtout qu'il avait mûrement réfléchi avant de prendre eettedétermination; qu'il avait prévu le cas où quelques ouvriers le quitteraient; qu'il le regretterait, mais que cela ne pourrait modifier sa résolution, ajoutant qu'il entendait être libre , et laisser aussi liberté pleine et entière k ceux qui croiraient devoir le quitter.

Il nous dit môme qu'il tenait tellement k la plus grande iil^rté tant pour lui que pour les ouvriers qui seraient dans l'intention de le quitter, fu'il pimrraii lei êignaler à de» ma£(ret impriimeurt pour leur faite refuê^r du tranwU chez eux, wmù qu'il ne fêtait poini. Bemarquez, monsieur, cette déclaration, que je vous affirme sur l'honneur.

A l'exception de deux ou trois apprentis et de deux ouvriers, tout le monde se retira.

I«e lendemain, Je travaillais dans une autre imprimerie du quar*

tter, chez M. Domieaii, admis imr son proie ; le troisième jour, M. Dooneau me fit appeler, me dit qu'il venait d'apprendre que je sortais des ateliers de M. Le Glere, que s*il l'avait su plus tôt, il ne m'aurait pas admis dans son atelier; que j'aie à le quitter sur-lechamp, ajoutant qu'il se croyait, comme maître imprimeur, toitdaire des intérêts de M. Le Glere. — Ce brusque renvoi eut lieu à la suite d'une entrevue de ces deux messieurs.

C'était un samedi. Je me retirai chez moi ; depuis quelques Jours j'étais déjà souffrant; je me mis au lit le dimanche, n'allant pas mieux, et le lundi matin vers cinq heures^ je ne fus pas peu surpris de voir deux agents se présenter chez moi...

Yoilà, monsieur, les faits tels qu'ils se sont passés : je vous les garantis de la plus scrupuleuse exactitude ; ils portent du reste leur signification par eux-mêmes.

Il n'est peut-être point inutile d'ajouter en terminant que M. Le Glere, lorsque nous étions dans son bureau, nous fit différentes promesses, nous disant entre autres qu'il n'entendait confier aux femmes que les travaux les plus élémentaires, les plus courants, les h'^nas, enfin ; garantissant aux metteurs en pages et aux ouvriers faisant des travaux de conscience qu'ils n'avaient rien à craindre pour leurs travaux, que les femmes n'y toucheraient point : moins de quinze jours après l'introduction des femmes dans les ateliers, des travaux de conscience et des mises en pages étaient confiés à ces dernières, qui s^escrimaient de leur mieux pour tftcher de s'en acquitter.

Tous voyez, monsieur, toutes les déclarations et de quelle façon elles ont été tenues.

Quelle garantie peut-on attendre en présence de pareilles choses t

Agréez, etc.

Frédéric Mauéchal,

107, rue de Yaugirard.

Tin

Objections prëseniéé^i à M. Dupont^ tut sa demande, par M. Hemoud,

au nom de ses camarades.

Cette pièce a été lue le 19 décembre 1861, à M. Dupont, en présence de vingt délégués do la niaiso:^ et de MM. Gauthier, Baraguet, Huet, Parmentier et Yiguier, mandés sur le désir de M. Dupont.

Monsieur et honoré patron,

Vous avez, en réunissant les délégués de la Commission des ma« lades, fait c<jmmuniquer aux ateliers voire intention d'essayer du travail des femmes dans votre établissement de Glicby.

Depuis eette époqve, bous d0T#iis tous le diiei un gnnd iécon* ragement s'est emparé de vos ouvriers , et ils se sont décida à nommer une Commission chargée de vous faire part de leur vife inquiétude, après les assurances que tous leur aviez données^ que l'établissement de Ciicby n'entraînerait jamais une diminution de salaire.

Nommés à une grande majorité, et sans avoir brigué l'honneur dessuffirages de nos camarades, nous /enons vous communiquer leurs appréhensions et les nôtres.

Le travail des femmes a été depuis longlemps essayé dans diverses imprimeries, depuis les machines introduites chez vous par M. Ghaix jusqu'à aujourd hui, et tous ces essais n'ont abouti qu'à des résultats négatifs*

fi est à remarquer que le plus souvent ces essais ont été tentés par des maisons en désarroi, à la recherche d'expédients plus on moins économiques.

Bn effet, l'instruction des femmes n'est pas assez généralement sérieuse pour faire de bons compositeurs, et celles pour qui les parents ont pu faire les sacrifices d'instruction nécessaires ne seront point envoyée dans des ateliers où il y aura forcément des hommes

Bour la mise en pages, les fonctions, les corrections, travaux péni« les qui nécessitent la force et le savoir à la foio.

Elles n'y seront point envoyées, disons-nous, parce que partout où cela se fait, il en résult» un certain relâchement de mœurs, en paroles d'abord, et en actious ensuite; relâchement que nous avons pu observer nous-mêmes, à Tépoque des machines à composer dont nous parlions tout à l'heure.

Gela est si vrai, que vous avez, dans la maison même, fait transporter l'atelier des brocheuses dans une partie presque spéciale de la maison, pour éviter les relations qpi s'établissaient, alors que la composition avait une salle au Voltaire.

Que sera-ce dohC lorsqiie la nature du travail appellera des relations continues?

L'occasion fait le larron, dit le proverbe, et ainsi tombera votre idée de morahsation et de relèvement de la femme.

Nous vous mettons sous les yeux le relevé officiel de ce qu'ont gagné 50 femmes occupées dans l'atelier de M. Crété, à Gorbeil, pendant le mois de novembre. Les noms y sont, avec la somme qu'A gagnée chacune d'elles. La moyenne donne 1 fr. 22 c par jour I

L'émotion produite dans vos ateliers s'est répandue dans toute la typographie parisienne; on craint que ce précédent ne soit suivi par d'autres patrons, et comme la peur grandit toujours les choses, chacun voit dans cet essai, fait par un patron des mieux renouâmes, la rume de son travail et de son salaire, au moment où l'autorité elle-même approuve hautement en i>rovince et à Paris la révision des tarifs ancienâ et la création de tarifii nouveaux «ntre patrons et ouvrier.*".

L'abaissement du talaire apporté par les femmes enirahie tout natuielloment l'abaissement de celui des hommes, et alors quelle sécurité voulez-vous que nous ayons t

Ciel abaissement de salaire crée an antagonisme dont toqs do serez pas maître.

La prorince, en admettant le succès de TOtre entreprise» peut créer aassl des ateliers de femmes, et alors que devientiTOtre «urrei au point de vue de la concurrence ? — Nulle et illusoire, elle ne sert qu'à déconsidérer et faire tomber encore le métier déjà précaire.

Voilà, Monsieur , en substance, les appréhensions qui nous agitent.

Presque tous, ici, nous avons vieilli dans votre maison, à vos côtés. Etant envoyés par nos camarades, il est de notre devoir 4e vous dire : Yeus n'avez point assez à gagner avec le travail des femmes, pour y perdre votre réputation, longuement établie, d'in« cUistriel honorable et de père des ouvriers.

Renoncez, nous vous en supplions, à cette idée.

Vous aureï contre vous beaucoup de gens qui ne cherchent qu'à dire du mal de ceux arrivés par leurs capacités et leur habileté à un rang aussi élevé que le votre, et nous en serons peines, parce que vous nous avez habitués à vous connaître bon el juste, que dans ce moment le doute s'est emparé de nos camarades, et que nous craignons qu'il ne nous gagne.

Nous ne terminerons pas, monsieur et cher patron, sans vous remercier d'avoir bien voulu convoquer avec nous plusieurs de nos camarades étrangers à votre imprimerie, pour entendre l'explicatloB de votre projet. C'est un gage de vos bonnes intentions et do votre bienvmllance peur la typographie tout entiire.

EmUre ém M. IHipent à aee corVMpeMâMitei

J'ai songé, dans ces derniers temps, à compléter l'organisatiofl ouvrière de ma maison en admettant a composer les femmes et les filles des ouvriers que j'occupe dans un étahlissement-annexe, situé dans la banlieue de Paris. Je considérais comme éminemment utile cette combinaison, qui devait permettre à la famille de ne plus rester séparée et de trouver pour chacun de ses membres, mari, fem^r mes et enfants, le logement et le travail dans un mèoie local.

La Société des typographes de Paris en a jugé autrement Elle a soulevé, à propos de cette question, une agitation à la suite de laquelle la moitié environ de mes compositeurs a subitement déserté mes ateliers.

Cette grève, vous le comprendrez, me met dans un embarras ex* trême. compléter mon personnel à Paris est chose fort difficile, pour ne pas dire impossible, en ce moment. Tai donc songé à recruter en provihce au moins une partie des compositeurs qui ma font défaui, et j'ai pensé que vous voudriez bien me rendre ce ser« vice de voir, non pas les ouvriers occupés aujourd'hui par les im-

f frimeurs de votre localité, à aucun prix je ne voudrais porter préudîce h mes confrères de province, mais les compositeurs qui. D'ayant pas d'ouvrage, pourraient consentir à se rendre imméHatement à Paris, ob les attendent un travail assuré et un salaire de 6 à 8 francs par jour. Au besoin, je leur tiendrais compte de leurs frais de voyage.

Je vous remercie par avance de l'empressement que vous voudrez bien mettre à vous occuper de cette affaire et à me faire part du résultat de vos démarches.

Agréez, monsieur et cher correspondant, l'assurance de mes sentiments distingués.

(Signé) P. Dupout.

A MoBslevr le lUreetevr de V0pini0m t^iimmie*

Paris, 30 avril 1868.

Monsieur,

VOpinion nationale du 29 avril contient une lettre de M. Paul Dupont que nous devons rectifier, particulièrement sur un point, afin de rétablir les faits dans toute leur vérité.

Pour arriver à ce but, nous venons vous prier, monsieur le rédacteur, de vouloir bien nous accorder une place dans votre estimable journal, qui nous a si généreusement prêté son appui.

Voici ce passage de la lettre do M. Dupont :

■ Quelques anciens compositeurs manquaient sans doute, et leur » absence m'était pénible, car ce n'est pas impunément que l'on se

• trouve séparé d'ouvriers qu'on a vu travailler à ses côtés pendant

• qumze et vingt ans. Je savais d'ailleurs que leur départ n'était pas » volontaire, comme ils me l'avaient dit à plusieurs reprises, et qu'il » avait eu lieu, après bien des hésitations, sur l'ordre exprès d'un

• comité du dehors. »

Nous protestons de toutes nos forces contre une pareille insinuation, qui n'est qu'une dénonciation ayant pour but de compromettre nos camarades du dehors. La conduite qu'on nous prête eût été absolument contraire au bon sens comme à notre dignité.

Dans la situation qui nous était faite, en présence d'un système (l'introduction des femmes dans l'imprimerie, comme compositrices) que nous coosidérons comme la ruine de la typographie tout entière (aussi bien pour les patrons que pour les ouvriers), l'homme ne peut et ne doit relever que de soi-même ; il n'obéit qu'à ses intérêts les plus intimes : c'est l'instinct de la conservation. Nous avons sans douté obéi au même sentiment, puisque, spontanément et sans entente, les trois quarts des compositeurs se sont retirés. Vouloir de ces faits tirer l'induction d'un concert avec le dehors, c'est nous faire jouer un rôle iodigne de nous, que nous repoussons de la manière la plus formelle et contre lequel nous ne cesserons de protester.

M. Dupont n'ignore pas qu'il y a une tradition typographioue constante, à sayoir que, quand la lemone est introduite dans Vimprimerie comme compositrice, l'homme se retire. Contre une tradition si antique, si générale, on ne peut rien. La yioler, c'est proyoquer sciemment le désordre dans notre industrie. M. Dupont parle sur le ton d'un yéritable autocrate industriel ; il oublie que la loi est loin d'accorder au patron des droits absolus; mais qu'au contraire, elle a posé des règles qui protésent les droits de l'ouyrier, et qn'il n'est sans doute pas possible de les transgresser impunément.

M. Dupont a Pair de croire que l'ouyrier a besoin d'être excité

S}ur ressentir une injure. L'ouyrier a aussi son point d'honneur, uand l'injure est collectiye, tous peuyent la ressentir sans que cela prouye autre chose que l'unanimité de sentiment; mais cela n'implique ni coalition ni entente préalable. Il n'y a eu è cet égard de concert ni ayec le dehors ni entre nous. Tous se sont trouyés agir de même, mais la conduite de chacun a été spontanée. Nous n'ayons point accusé l'autonté, dont la bienyeillance nous est connue et dont la religion a pu être surprise. Nous n'ayons accusé de nos souffrances actuelles, dans cette crise typographique, que M. Dupont, qui, après l'ayoir proyoquée, nous a dénoncés à la police , sans même ayoir la pudeur de s'en cacher.

Nous ne répondons à aucun des autres points de la lettre de M. Dupont. Ils ont été suffisamment releyés dans les articles de M. Armand Leyy, que nous trouyons d'une exactitude parfaite, et dont nous le remercions.

Agréez, monsieur le Directeur, ayec nos remerctments, l'assurance de nos sentiments les plus déyoués.

lei onctaiM ouvrien de l'imprimerie Dupont :

Roy, — Jacquet^ — J. Fromont, — F. Ann^ père,

— Dutemple, — Pécon, — A. Mulot, — E. Brunat,— G. Gorteyn, — J. Brancas, ^ J.-M. Leleux,

— Mutel, — E. Sellier,— Aug. Massart, — Zaman, J. Le Roy père,— Arthur Tranchant,— Mégnier,

— Bony,— G. Weidling, — L. Pinard, — A. Daunis, — Deieau,— A. Hemoud, — Leffrand (Jean),

— Morisot, — J. Malou, — Le Roy fils, — Pillon

— Desmarais, — Legrand (Victor-Auguste), — Gustaze Sezaire,— A. Janin,— Gamon, — Tardif,

— Dupuis, — A. Michel père, — Caluwaerts, — J. Hulot, — Gh. Lesigne, — E. Jaoquemard, — Bormans, — Deroubaix, — L. Abel Agogué, ^ Mauduit, — Formigé, — Justaud, — Tenworde,

— Rouyer, — Desante, — J. Dufau, — Berthold,

— Vidon, — Vigoureux, — Dussourd, — F. Ghoppin, — Blanchemin, — Cartier, — Bacot père,— Ancellin Jeune, — L.*P. Guerrier.

Hrii, ImpriBvU et DUBUISSOll •! G», •» rat Coq-Héff«B. 4Alt

ÏÏFOCBAflES

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