‹ Memoire pour les ouvriers typographesChapitre 6 sur 25 · DE L ESPRIT CORPORATIF · texte numérisé non relu

DE L ESPRIT CORPORATIF

Eu première instance, on reprocha aux ouvriers typographes leur esprit (le corps, leurs liens corporatifs.

Nous ne croyons pouvoir mieux faire que de rappeler les paroles élo- ([uentes que M^ Marie, alors bâtonnier du barreau de Paris, prononça dans son discours d ouverture de la Conférence des avocats, le 4 décembre 1 84 1 .

M* Marie es(|uissa l'histoire de l'Ordre des avocats. Il fit voir la puissance de ces mêmes formes corporatives au moyen desquelles tant d'individualités, considérables par elles-mêmes, apparaissent, non plus isolées, distinctes, mais organisées, disciplinées, formant une société au sein de la grande société, une force centralisée au milieu de la centralisation.

Puis, se rapprochant de notre époque, il montra l'Ordre des avocats organisé par la discipline, fort par Tassociation, puissant par la vertu sous l'action de ces mêmes formes traditionnellement acceptées. Il parla de ces traditions de la corporation qui, après 89, en dépit de la légalité, subsistèrent par la moralité, et de ces hommes de cœur qui préférèrent le joug vivifiant de l'ancien barreau à l'indépendance mortelle que la Révolution leur avait offerte ;

Enfin il ajouta :

« Appelons à nous toutes les professions, toutes les industries qui se « dégradent et périssent sous le feu des guerres intestines ; appelons-les, « non pas, certes, pour nous parer à leurs yeux de je ne sais quelle noa blesse ou quelle supériorité que personne ne songe à revendiquer, mais

a pour qu!eUes voient comment, dans nos rangs, l'activité est en contact

<( pei^étuel avec l'activité, l'intelligence avec l'intelligence, sans cepen-

n dant que Tharmonie de Tensemble en soit jamais troublé. « Appelons-les pour qu'elles se vivifient et se moralisent à l'ardeur de cette fraternité expressive et solidaire, dont Faction toujours vigilante concentre incessamment dans l'intérêt général de l'ordre toutes les forces individuelles, intelligentes et morales. Action admirable, en effet, qui dans son développement éternel créant au profit de tous une solidarité de gloire et d'honneur, communique à la vertu qui chancelle la force de la vertu éprouvée, et fait reverdir, par la sève

( d'une gloire qui commence, la couronne d'une gloire qui s'éteint. « Il me semble que notre constitution pourrait servir de type à lorga-

( nisation de tous les travailleurs, à quelque sphère d'activité qu'ils ap-

( partiennent.

« 11 me semble que si, au sein de notre grande société, tous les intérêts

: identiques se classaient ainsi en corps tout à la fois disciplinés et indépendants, la morale individuelle y gagnerait quelque élévation et quelque pureté, et qu'enfin de l'union de ces corps distincts, mais moralises, pourrait sortir une France nouvelle qui, resaisissant dans l'harmonie môme des intérêts privés le secret aujourd'hui perdu de l'harmonie sociale, réchaufferait ainsi les intelligences sceptiques, les cœurs découragés, et, en affermissant les croyances ébranlées, redonnerait de l'éclat et de la puissance aux grands noms de patriotisme et de nationalité. »

Si les ouvriers de la maison Dupont ont montré un grand esprit de corps, est-ce à M. Dupont à le leur reprocher.

Lui-même émettait, en 1851, les considérations suivantes :

i* Cette année, malgré 300,000 francs de travaux exécutés en plus « qu'en 1841, on gagne la moitié moins; résultat bien décourageant, « vous le voyez, et capable d'abattre les esprits les plus hardis.

a La principale cause de cette réduction qui menace de perdre noire « industrie vient de la concurrence de mauvaise foi (jui s'établit entre

« gens d'une même partie ; je dis de mauvaise foi, car vous comprenez « qu entre deux maisons rivales , Tune honoraUe et travaillant avec ses « propres fonds, lautre ne possédant rien, la chance n est pas égale^ (( puisque la première épuise des ressources réelles, tandis que Tautre (( ne fait qu'accroître ses dettes après avoir dissipé les foiids que de trop (( confiants capitalistes lui avaient prêtés.

(( On serait tenté, en présence de semblables abus, de regretter les <( anciennes corporations si utiles autrefois à tous les corps d'état. L'im- « priraerie, particulièrement, trouvait dans la sienne une sage et frater- « nelîe sollicitude qui s'étendai); à chacun de ses membres.

« La corporation prenait l'imprimeur au début de sa carrière et le « protégeait jusqu'à sa dernière heure : apprenti, elle veillait à la durée « de son apprentissage et à la bonne nourriture qu'on lui donnait, car « les ouvriers logeaient chez les maîtres, y étaient nourris, et faisaient, « pour ainsi dire, partie de sa famille ; devenu ouvrier, la corporation « était encore pour lui une mère attentive, prête à intervenir dans les « questions de salaire; enfin, s'il passait maître, elle le forçait, quelles « que fussent les imperfections de sa nature, h suivre le chemin de la « droiture et de l'honneur, et à éviter des écarts qui auraient pu porter « préjudice à ses confrères.

(( En l'absence de ses institutions salutaires, nous n'avons qu'un moyen « de paralyser de fatales concurrences, c'est de faire mieux, plus rapide dément, surtout de réduire les dépenses de toute nature.

« Intéressés comme moi dans les bénéfices, vous ne devez rester « étrangers à aucune des améliorations et des mesures d'ordre qui '( pourraient être apportées dans les divers détails de l'imprimerie. >»

M. Dupont a appelé lui-même la publicité sur ses actes. 11 a imprimé une série de rapports, série d'engagements d'un ordre purement moral, il est vrai, contractés envers ses ouvriers et dont il ne reste rien.... que

les procès-verbaux. C'est pourquoi nous puiserons dans ces procès-verbaux. M. Dupont a parlé du bien qu'il a fait aux ouvriers. Et ne leur doit-il rien lui-même? Nous verrons beaucoup de preuves du contraire. Certes, en recevant ses accolades annuelles, les ouvriers ne prévoyaient pas que, pour lui avoir consacré vingt ans de leur vie, c'est la prison qu'il leur réservait.

Nous ne prétendons pas que M. Dupont n'ait rien fait pour les ouvriers. Seulement, un jour il a voulu abuser de sa position et de l'honorabilité de son passé pour faire subir à ses ouvriers des conditions qui compromettaient l'avenir de la typographie.

C'est au lendemain de la Révolution de février 1848 que M. Dupont inaugura son système de la participation de ses ouvriers aux bénéfices.

Nous lisons dans le premier recueil des Comptes^ttendus de l'Assemblée générale des ouvriers de sa maison la proposition suivante faite par M. Dupont à ses actionnaires^ le 2 mars 1848, et qui fut adoptée:

«Jusqu'à ce jour. Messieurs, aucune imprimerie, que je sache, n'a eu a la pensée d'intéresser les ouvriers aux bénéfices. Je vous proposerai de f< prendre cette initiative et de leur accorder une participation dans les tf résultats nets de nos inventaires.

Accorderons-nous une part dans les bénéfices, en faisant con-

<f courir, dans une proportion déterminée, le capital argent et le capital « travail?

H Ce dernier mode, qui est le plus moral et ne livre rien aux chances du (• hasard, rendant chaque ouvrier sociétaire et intéressé, nous pourrions « espérer de lui une plus grande part de zèle et de dévouement pour une (( maison qu'il considérerait comme sa propre chose. »

Dans un discours du 9 avril 1848, M. Dupont s'exprimait ainsi :

a Une affiche que j'ai lue tout récemment sur les murs de Paris donne

« un projet d'association entre le patron et les ouvriers d'après lequel

<i ceux-ci peuvent, dans certains cas, prendre sa place. Je vous avoue que

n je considérerais comme un jour très-heureux celui où l'un ou plusieurs

« d'entre vous se chargerait de ma besogne, et me permettrait d'aller me

« reposer, tout en sauvegardant mes intérêts de simple actionnaire

« Jusque-là, je réclame votre concours pour m'aider à maintenir et ac- « croître, s'il est possible, la position d'un établissement dont vous êtes

« aujourd'hui les cointéressés Je ne terminerai pas sans vous remer-

H cier du concours que vous m'avez prêté dans les journées de Février, « en m'aidant à défendre nos machines, qui sont notre gagne-pain à i( tous. »

Plus loin, M. Dupont rendait à ses ouvriers ce témoignage :

(c Vous n'avez pas été moins sages sur la question des salaires. • • »

Enfin, il caractérisait en ces termes sa situation à l'égard des ouvriers contre lesquels il s'acharne maintenant. II s'agissait de jetons donnés à chaque ouvrier qui entrait dans la maison :

« Chaque jeton est de la valeur de 5 fr. C'est la médaille d'un mariage « que, de mon côté, je vous l'assure, je m'efforcerai toujours de vous « rendre heureux.

« Fils d'un imprimeur qui a été ouvrier et l'artisan de sa fortune, j'ai « commencé par être apprenti, puis compositeur gagnant 3 à 4 fr. par « jour ; c'est vous dire que vous continuerez h trouver en moi un cama-« a i*ade et un ami qui saura apprécier vos vœux et vos besoins.

c< Je vous le prouverai en me dévouant, tant que mes forces me le perce mettront, au service de notre imprimerie.

« C'est dans cet unique but de vous assurer du travail que je viens de « me rendre adjudicataire pour neuf années des impressions des hospices. « Je n'y gagnerai rien, sans doute, puisque j'ai consenti à un rabais de « 37 p. 100 sur les prix précédemment payés; mais, je vous le répète, « en soumissionnant, je n'ai songé qu'à vos intérêts et à vous sauver du « chômage. »

Dans son rapport du 30 mars 1849, M. Dupont dit :

« Il y a un an, à pareille époque, j'avais chaque jour l'inquiétude de « ne pas trouver l'argent nécessaire aux dépenses du lendemain.... Et, « cependant, je puis vous assurer qu'à cette heure suprême où se jouait en

ff quelque sorte mon honneur commercial, j'étais moins préoccupé de c< moi que de la crainte de ne point payer vos banques et de vous laisser « par suite sans travail. »

Le 7 avril 1850, M. Dupont, en rappelant à ses ouvriers la médaille d or qui lui avait été décernée à TExposition, les médailles d'honneur de Suède et d'Autriche et la décoration de Danemarck qu'il avait obtenues, ajoutait :

c J*ai voulu mettre sous vos yeux et en quelque sorte vous faire homc mage de ces récompenses; car, si j'ai été la tête qui. a conçu l'idée, a vous avez été le bras qui Ta exécutée, et nostitres se trouvent ainsi sur (( un pied de parfaite égalité. » Plus tard, dans la même intention, il leur montrait la bague en diamants que lui avait transmise l'empereur de Russie.

En 1836, à propos de l'Exposition de Londres, M. Dupont insérait dans son Rapport les lignes que voici :

n En inscrivant sur notre enseigne : Paul Dupont et ses Ouvriers^ et (f en proclamant cette union ra quelque sorte aux yeux de l'Europe, je (( ne remplissais pas seulement un besoin de mon cœur, mais je faisais (( acte de justice, parce que c'est à vous que sont dues une partie de (C nos découvertes. Cependant, vous le dirai-je, cette manifestation a « soulevé, comme il arrive d'ordinaire pour toute idée nouvelle, une « vive opposition parmi ceux-là, sans doute, qui ne sont pas entrés » jusqu'à présent dans une semblable voie. On avait été jusqu'à me « faire signifier, par l'un des commissaires, l'ordre de changer l'écri- « teau placé au-dessus de nos presses ; j'ai résisté à cette injonction dans « l'intérêt de l'administration elle-même, qui n'a pas osé la renouveler, « et l'enseigne a été maintenue jusqu'à la fin. »

Dans le Compte-Rendu du 8 avril 1859, M. DuiK)rit voit « dans une Caisse de retraites une institution destinée à couronner l'œuvre o qu'il disait poursuivre depuis tant d'années, et « dont lo bu tétait d'améliorer la position des ouvriers par tous les moyens possibhui. » Au lieu de cou-»

rouoer soû œuvre, il la, par uo fatal aveuglement, détruite presque dans ses fondations. Parmi les patrons comme parmi les rois, ceux qui commencent le mieux Tmissent quelquefois le plus mal.

M. Dup(mt répète chaque année, sous une forme ou une autre, la pensée que voici, d'après le Compte-Rendu de 1861 : « Si nos bénéfices ne croissent pas en raison des travaux, e^la ne tient point seulement à rabaissement des prix, mais encore aux sacrifices incessants qu*est obligé de faire un établissement industriel qui veut se maintenir au premier rang. » En un mot, ses ouvriers associés recevaient peu chaque année, mais rétablissement grandissait, et M. Dupont leur disait qu'ils pouvaient avoir l'espoir d'être remplacés un jour par leurs enfants. Ces retenues sur les bénéfices ont profité à la maison Dupont. Aujourd'hui il a un nouveau personnel avec lequel il est libre d'engagements. Il peut de nouveau assurer que cv. qu'il retient aux pères il le rendra aux fils.

Le 9 mai 1861 , M. Dupont annonçait que dans la crainte d'être exproprié, il avait acheté des terrains à Clichy et il joignait à cette aunonce celle de la création de ce qu'il aimait depuis nommer son phalanstère.

C'est en ce jour que M. Bosson, au nom de ses ouvriers lui tint un discours dont M. Dupont le remercia « d'un ton pénétré. »> M. Bosson s'ex* prima ainsi :

<t Dans une réunion précédente, vous regrettiez de ne pas voir les inté- « rets des maîtres et des ouvriers sauvegardés par la corporation.

ce Cette corporation existe maintenant; vous en avez jeté les larges et « solides bases : c'est la corporation nouvelle, où tous les intérêts divers « sont solidarisés, où tous les travailleurs sont élevés à la dignité d*assoa ciés, où chaque ouvrier est maître, mais responsable de son travail, dé- (i barrassant ainsi les chefs d'emploi d'une surveillance pénible, leurlais- « sant tout le temps nécessaire pour apporter des améliorations dans le « service administratif.

<i Nous pressentons que le moment n'est pas éloigné où tous les paa trons comprenant enfin leur véritable intérêt, prendront pour modèle (I une institution corporative, et unissant leurs efforts aux nôtres, consti- •< luemnt d'une manière définitive la grande famille de Gutenberg.

« Dans rhistoire de la seconde moitié !du dix-neuvième siècle, une « grande page vous sera réservée; car, par votre énergie, par votre intel- « gence, vous avez vaincu tous les obtacles qui se sont multipliés sur « votre chemin, et vous avez poursuivi invariablement votre but.

« Tandis que tout ce qui s'était élevé autour de nous à grand bruit s'est « écroulé, votre œuvre qui faisait sourire les hommes de parole, a été <( toujours grandissant : à cette heure elle a des proportions colossales. « — Maintenant vous songez à nous rendre tous propriétaires.

c( Conservant les droits de lancienneté, nous sommes certains qu'à <( votre succursale, vous ferez profiter les ouvriers du bénéfice de la ville <( tout en les faisant jouir du séjour de la campagne.

« Gomment ne serions-nous pas touchés de voir que l'avenir de tous (I les membres de votre grande famille vous préoccupe à ce point que, a par, delà le temps, dans votre sentiment profondément religieux, vous « voyez déjà tous les petits-fils groupés comme leurs pères, autour de f( l'instrument de travail qui vous a coûté tant de peine à élever ! . . .

« Oui, votre œuvre est impérissable : basée sur le progrès, la justice « et la vérité, rien ne pourra l'ébranler.

(c Non, ce n'est pas sans raisou que la Providence vous a confié un « poste si éminent, puisqu'elle vous fait accomplir de si grandes choses.

« Vos enfants vous crient ; Courage ! car votre tâche n'est pas finie. a Nous avons encore besoin de vous, et vous pouvez compter sur notre « concours dévoué.

K Quand l'heure aura sonné, vous apporterez au Juge suprême, les « actes d'une vie passée tout entière pour le bonheur de vos semblables ; « et nos arrière-petits-neveux, en couronnant l'immortel inventeur de « l'imprimerie, n'oublieront pas le généreux citoyen, le père de la cor* « PORATioN NOUVELLE, et réunirout votre nom au sien dans une bénédic- <t tiou commune. »

Après tant d'éloges acceptés pendant tant d'années, après ces cérémonies touchantes, ces émotions nouvelles, ces creclo^ humanitaires, on n'en croit pas ses yeux lorsqu'on lit la déclaration de ce même M. Dupont au commissaire de police, quand il remet, afin de les faire emprisonner et juger,

les noms de ceux qu*il appelait ses associés, ses amis, les noms de ceux pour qui uniquement il restait dans les affaires. C est une belle scène à ajouter à la comédie humaine. S'il y a de faux bons hommes, il faut avouer qu'il y a aussi des philanthropes de mauvais aloi.

Le moment n*est-il pas venu de rappeler à M. Dupont cette phrase du Rapport qu'il a lu le 5 avril 1858 :

(( Dans une association bien comprise, les fautes personnelles ne sont pas permises parce qu'elles nuisent à Tintérêt général. »

Une brochure de M. Dupont, oîi le chef de l'imprimerie administrative, pour faire sa cour aux employés de toutes les administrations, trace un parallèle entre eux et les ouvriers, d'après lequel tout est au plus mal pour les premiers, et tout est au mieux pour les derniers, commença à détacher de lui ses ouvriers.

Dans cette brochure, chef-d'œuvre d'inconséquence, M. Dupont avoue que • la cherté croissante et générale des subsistances, des loyers et de toutes les choses nécessaires à la vie, a affecté la plupart des positions sociales... » Il reconnaît qu'il n'y a «qu'un moyen de remédier au mal, l'élévation de salaires, élévation qui doit se faire dans la proportion même du taux des denrées. »

Mais il se hâte d'en tirer la conclusion inattendue qu'à aucune époque on a autant fait pour les classes populaires, qu'elles n'ont plus besoin qu'on s'occupe d'elles, que le salaire des ouvriers est suffisant, qu'il faut augmenter celui des employés.

Et il dépeint la félicité de l'ouvrier, Texiguité de ses besoins qu'il satisfait aisément.

A l'entendre, on croirait qu'ouvriers et employés ne sont pas formés du même limon.

(t L'ouvrier règle, selon son gain journalier et comme il l'entend, ses dépenses ; l'employé ne le peut pas.

a L'ouvrier, à Paris, mange à la gargote et couche en garni. Il trouve

« son repas dans de nombreux établissements de crémeries, si même il « ne se fournit plus économiquement aux fourneaux de Tlmpératrice ; en tout cas, ce repas lui coûte à peine 30 cent. ; son garni 6 ou 7 fr. « par mois.

» L'employé, s'il est célibataire, paie son logement 25 fr. au a moins par mois, et il ne peut pas se nourrir à moins de 50 fr. S*il « a 100 fr. de traitement, réduit à 95 fr. par la retenue, il ne lui reste « plus que 20 fr. pour se blanchir, se chaufiTer, s'éclairer et s'ha- « biller.

« L'ouvrier est vêtu le plus ordinairement avec une blouse .et peut a s'habiller pour 100 fr. par an. L'employé, obligé à un certain décoci rum, ne dépensera pas moins de 300 fr. pour son entretien.

« La femme de l'ouvrier a toujours une profession; celle de l'employé K ne doit s'occuper que des soins du ménage. Soumis à un travail pure- « ment manuel, l'ouvrier n'éprouvera aucun trouble dans son intérieur « de l'exercice d'une seconde industrie dirigée par sa femme ou ses en- « fants. La femme de l'employé, au contraire, ne peut exercer un état « sans introduire des éléments qui ne se concilient ni avec les habitudes « résultant de la profession d'employé, ni avec les convenances.

a Les salaires de l'ouvrier se sont élevés progressivement depuis 50 a ans. — Les émoluments des fonctionnaires sont, en 1857, ce qu'ils ce étaient en 1807.

« L'ouvrier peut quitter l'atelier où on le paie mal; — l'employé, (( quel que soit le renchérissement des objets de consommation, n'a aua cun droit de réclamer une augmentation de salaire ; il faut qu'il reste a attaché h son devoir, sans espoir certain d'avancement, parce que, dans « les fonctions publiques, il n'y a jamais de concurrence.

« Notons encore, au désavantage de l'employé, que celui-ci a dû, le c< plus souvent, rester pendant de longues années sur lesbancs de l'école c< pour acquérir de l'instruction, tandis que l'ouvrier, après un an ou c< deux d'apprentissage, a pu vivre de son salaire, »

L'institution de Victorior-Press^ dont M. Edmond Texier, et après lui M. Claye, ont parlé avec une si incroyable légèreté, est un établissement où vingt femmes seulement, ou plutôt vingt jeunes filles, sont employées aux travaux les plus légers de Timprimerie, auxquels, seuleSy elles ont été reconnues propres.

Quand elles ont atteint leur majorité, elles sont remplacées par d'autres jeunes filles, sans que leur nombre puisse jamais dépasser vingt. — EUes sont payées d'après le Tarif des ouvriers compositeurs.

C'est à peu près ce qui se passe dans nos couvents où on exerce les jeunes filles à des travaux de couture dont on tire un profit qui contribue aux frais d'entretien de la maison.

Invoquer cet exemple pour justifier l'emploi des femmes aux travaux de composition, c'est comme si, pour fixer le prix des travaux de couture payé aux ouvrières libres, on se basait sur le prix payé aux élèves des communautés religieuses ou des femmes qui hcAitent les maisons de détention.

(Voir Transaction de la Société anglaise pour V amélioration de la science sociale, vol. de 1861, p. 685.)

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