‹ Memoire pour les ouvriers typographesChapitre 8 sur 25 · PÉTITION A L* EMPEREUR · texte numérisé non relu

PÉTITION A L* EMPEREUR

Sire,

Nous venons prier Votre Majesté, dans sa sollicitude pour le bien-être des classes laborieuses, do vouloir donner les ordres nécessaires afin que le règlement d'administration publique, promis par le décret du 5 février 1810, sur l'organisation de Timprimerie, reçoive enfin sa réalisation.

A défaut de la liberté de Timprimerie, du moins nous désirerions jouir des garanties que Napoléon I"^ avait fait espérer en faveur des ouvriers privés de la possibilité de s'établir.

Nous pensons que le règlement en question devrait stipuler: T que les ouvriers typographes sont autorisés à avoir leur chambre syndicale, comme les patrons la leur ; 2"" que le Tarif, périodiquement fixé par une conférence composée mi-partie de patrons et mi-partie d'ouvriers élus

(1) Voyez le Mémoire ffour les ouvriers typographes, p. 63.

par le suffrage universel de leurs pairs, est obligatoire pour tous, patrons et ouvriers, sans exception ; 3^ que le nombre des apprentis nécessaires sera successivement déterminé par une Commission arbitrale mixte.

Nous sommes amenés, Sire, à faire ette demande à Votre Majesté, par suite de la perturbation que certains maîtres imprimeurs apportent dans notre industrie par l'introduction anormale des femmes, comme compositrices, en violation du Tarif signé par eux-mêmes et contrairement aux considérants du décret de 1810 sur le nombre des apprentis.

Les maîtres imprimeurs , en méconnaissant la tradition constante de notre corps de métier, ont nécessité ce recours à Votre Majesté.

Si les femmes souffrent, remédierait--on à leur misère en créant notre malheur? Il vaudrait mieux s'efforcer d'améliorer la situation des femmes dans les métiers qu'elles exercent que de se servir d'elles pour détruire le nôtre.

L'introduction des femmes n'ayant lieu qu'en vue de faire baisser les salaires, aurait pour conséquence forcée et prévue notre expulsion àjour fixe, sans quil nous fût possible de résister. On ne nous garderait que pour former nos successeurs.

Si nous ne pouvions repousser l'invasion de notre industrie par un élément étranger, nous pourrions nous trouver contraints par la prévoyance à quitter l'exercice d'une profession qui menacerait à chaque instant de nous échapper.

Une situation si douloureuse nous fait espérer, Sire, que Votre Majesté daignera prendre en sérieuse considération les doléances et les vœux de ceux qui se disent, avec le plus profond respect,

Sire, De Votre Majesté,

Les très-humbles serviteurs :

80 Mai 1862. (Suivent deux mille et quelques cents signatures

d'ouvriers typographes.)

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