‹ Mémoire pour servir à l'histoire du tapirChapitre 3 sur 6 · PREMIERS RENSEIGNEMENS ORIGIMAUX SUR LE TAPIR · texte numérisé non relu

PREMIERS RENSEIGNEMENS ORIGIMAUX SUR LE TAPIR

J’ai dit que le Tapir avait été connu des Espagnols vers l’année 1609, époque de leur établissement au Darien ; cependant, les plus anciennes observations originales que j’aie citées, sont celles d’Oviedo, publiées en i52Ô; je ne doutais pas qu’on n’en trouvât d’antérieures dans un livre écrit par un des chefs même de l’expédition , dans la géographie d’Enciso ; mais j’avais cherché vainement à me procurer ce livre, que la Bibliothèque royale elle-même ne possédait pas, et dont elle vient de faire récemment l’acquisition.

Le bachelier Martin Fernandez deEnciso, était, comme on le sait, l’associé d’Ojeda pour la conquête du Darien, et se trouva un moment à la tête de l’entreprise. Dépossédé bientôt par Balboa, il fut envoyé prisonnier en Espagne, où s’étant aisément justifié des accusations portées contre lui , il reçut le titre d’ Alguazil major de Caslilla del oro. Peu désireux cependant de se retrouver en contact avec ses anciens compagnons , notre bachelier resta en Espagne , reprit ses travaux littéraires, et bientôt fit paraître un Traité de Géographie universelle , dont la première édition est de 1 5 1 g , et la seconde de i546.

Comme Enciso est le premier écrivain qui ait parlé de visu du Tapir, nous reproduirons ici ce qu’il en dit, et même tout le commencement du paragraphe relatif au Darien.

« Sur la bande occidentale du golfe d’Uraba, dit Enciso, et à cinq lieues » dans l’intérieur, se trouve le Darien , qui est peuplade de chrétiens. On y » recueille , dans certaines rivières qui descendent de hautes montagnes » toutes couvertes de bois , de l’or au plus haut titre. Dans ces bois il y a » une multitude d’animaux divers, beaucoup de tigres; beaucoup de lions et » de cliats à longue queue, qui, à la queue près, ressemblent de tout point à » des singes. Il y a quantité de porcs. Il y a encore certaines bêtes, grandes » comme des vaches et très charnues, qui sont de couleur brunâtre; elles » ont les pieds comme la vache et la tête comme la mule, avec de grandes n oreilles. On les appelle dans ce pays vaches écornées ( vacas mochas ) ; leur » chair est très bonne à manger. Il y a encore dans ce pays bien d’autres » animaux , et j’ai vu tous ceux dont je parlerai ici , le sort m’ayant fait « conquérant de ce pays, qui est le premier qu’aient possédé les chrétiens » sur le Continent. Quelques-uns des nôtres m’ont dit avoir vu des onces, » mais pour moi je n’en ai pas vu. » (Suma de Geographia que trata, etc. Scville, i5ig. )

Lorsque les Espagnols arrivèrent au lieu où fut fondée la ville de Darien, ils venaient de perdre , par un naufrage , presque toutes leurs provisions ;

MEMOIRE

par conséquent , de toutes les productions de ce nouveau pays , celles-là devaient les intéresser le plus, qui pouvaient mieux remédier à la perte qu’ils avaient faite. Ils trouvèrent de grandes bêtes très charnues , et dont la chair était bonne à manger j ils les désignèrent sous le nom de vaches, parce qu’en Espagne la grosse viande de boucherie s’appelle de la vache , au lieu de s’appeler, comme chez nous, du bœuf.

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