‹ Mémoire présenté à Son Altesse Royale Mgr. le duc d'Orléans, régent de France [microforme]Chapitre 2 sur 8 · EX · texte numérisé non relu

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sujet, notre historien M. Garneau : ‘ Le gin-seng que les Chinois tiraient à grand frais du nord de l’Asie, fut porté des bords du Si. Laurent à Canton. Il fut trouvé excellent et vendu très cher; de sorte que bientôt une livre, qui ne valait à Québec que deux francs, y monta jusqu’à vingt-cinq francs. Ilen fut exporté, une année, pour 500,000 francs. Le haut prix que cette racine avait atteint, excita une aveugle cupidité. On la cueillit au mois de mai au jeu du mois de septembre, et on la fit sècher au four au lieu de la faire sècher lentement et à l’ombre : elle ne valut plus rien aux yeux des Chinois, qui cessèrent d’en acheter. Ainsi, uu commerce qui promettait de devenir une source de richesse, tomba et s’éteignit complètement en peu d’années.”” Ceci prouve que nos pères méritaient un peu le reproche qu’on nous adresse aujourd’hui, de vouloir recueillir presqu’avant d’avoir semé. Toujours est-il qu’en 1754 on n’en exporta que pour 33,000 francs, et de ce grand commerce, il n’est resté qu’un dicton populaire que nous avons entendu plusieurs fois répéter à des vieillards dans nos campagnes: 4 C°es! tombé, ou ça tombera comme le gin-seng.??

Le commerce du gin-seng a cependant continué à se faire de l'Amérique à la Chine, e:, chose étrange que nous apprend le Dictionnaire de McCulloch, les marchands anglais l’ont, pendant longtemps, acheté des négociants des Etats-Unis, l’important en trans. en Angleterre et l’exportant à la Chine tandis qu’on aurait pu l’exporter du Canada. Aujourd’hui, ‘es Américains l’exportent directement eux-mêmes à la Chine. Depuis quarante ans une forte proportion de ce qui s’en consomme est exportée des Etats-Unis. La Chine et le Japon sont, du reste, les seuls pays où l’on paraisse croire aux vertus de cette plante et c’est, par conséquent, le set marché aan lui connaisse. Le gin-seng s’exporte tantôt cru, tantô préparé.

en a été découvert dans les monts Himalaya, maïs st exportation à la Chine ne paraît pas avoir réussi. Cependant, la oncurrence du commerce américain en a fait baisser le prix, et nese vend pas aussi cher que lorsque tout l’approvisionnement st faisait en Tartarie. Le gin-seng cru se vend à Canton de 60 à 70 1astres par picul (poids chinois équivalent à 1334 livres avoir du pt is), et préparé il se vend de 70 à 80 piastres. En 1852, ilenaété +zorté des Etats-Unis à la Chine 158,455 livres, équivalent à 04702 piastres. Îl ne paraît point que le gin-seng de l’Amériqye au -{ord soit en rien inférieur à celui de la Tartarie, et sa dépréciation pendant un certain temps, a été dû uniquement aux causes que mentionne M. Garneau. On ne voit point que celui des Etats-Unis se vende moins cher que celui de la Tartarie ou du Thibet, et, dans tous les cas, celui du Canada bien préparé doit valoir au moins celui des Etats-Unis. C’est donc une branche de commerce assez importante encore aujourd’hui que nous avons perdue uniquement par notre faute, et qu’il ne tiendrait qu’à nous de reconquérir, puisque le gin-seng croît encore dans nos forêts aujourd’hui comme au temps de Lafitau. La plante existe encore dans les environs même du Sault St. Louis, et M. St.-Germain, curé de St. Laurent, en a trouvé dans les bois du comté de Terrebonne.

Dans son mémoire, le Père Lafitau s’occupe surtout d’établir

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Pidentité de la Dia qu’il avait découverte avec celle qui était si fameuse à la Chine. On a nié depuis cette identité et aujourd’hui même, dans tous les dictionnaires (1), on attribue à tort au gin-seng d'Amérique une grande infériorité. Le passage suivant, d’un des mémoires publiés par la Société Littéraire et Historique de Québec, attribué à M. Querdisien Trémais par notre savant bibliographe, M. Faribault, corrobore ce que nous avons déjà dit, d’après M. Garneëu, sur l’unique cause de la dépréciation de notre gin-seng à la Chine (2): “ C’est ici, écrit l’auteur de ce mémoire, le lieu de dire qu’il eût peut-être été à souhaiter que la Compagnie des Indes eût eu le commerce du gin-seng. On n’en fait usage qu’à la Chine où la Compagnie seule a le privilége d’envoyer des vaisseaux. Autrefois ce commerce était presqu’inconnu en Europe, les Chinois tiraient le gin-seng de la Tartarie ; ce n’est que depuis quelques années qu’on Pa découvert en Canada. Dans le commencement, il ne valait que trente à quarante sols la livre, séché et trié, et la Compagrie ne regardant point cet objet, permit aux officiers et supercargues de ses vaisseaux de la porter à la Chine en pacotille ; mais, en 1751, s’étant aperçue que le commerce du gin-seng devenait considérable, elle défendit aux officiers et supercargues de ses vaisseaux

(1) On lit dans le Dictionnaire des Sciences et des Lettres de Bouillet (1857) :—“ En Asie, où on lui fait subir une préparation à cet effet, cette racine est livrée au commerce transparente. La saveur en est aromatique, d’abord sucrée, ensuite âcre et amère. Elle est tonique, stimulante et réparatrice. Les Chinois, les Japonais et les Tartares la préconisent Comme un remède universel, et l’empereur de la Chine s'en réserve le monopole. On la vendait encore, au siècle dernier, deux à trois fois son poids en argent en Chine même. On ne la trouvait alors, dit-on, qu’en Tartarie, entre les 10e et 20e degrés de latitude est, à partir de Pékin, et les 39e et 47e degrés de latitude nord. Elle ne fut apportée en Europe qu’en 1606. Le Père Lafitau vers 1712 la trouva en Canada; mais le gin-seng d'Amérique passe pour être inférieur. Du reste, il s’en faut de beaucoup que cette plante produise dans nos climats les merveilleux effets dont parlent les asiatiques. Peut-être la dessication, la vétusté, la vermoulure sont-elles pour beaucoup dans cette infériorité. On cultive mais rarement le gin-seng dans nos. jardins botaniques ; il s’y multiplie difficilement.

(2) Considérations sur l’état présent du Canada, octobre 1758, dans la # Collection de mémoires et de relations sur l’histoire ancienne du Canada, d'après des manuscrits récemment obtenus des archives et bureaux publics en France, publiés sous la direction de la société littéraire et historique de Québec.”’—Québec, W. Cowan et fils, 1840. On remarque que l’auteur écrit gin-sing. Lafitau et Charlevoix écrivent gin-seng, d’autres, ging-seng, d'autres enfin geng-seng. McOulloch dit que les Chinois appellent cette plante yan-sam et que les Tartares l’appellent orhota. En hollandais, en allemand et en italien c’est gin-seng ; dans cettg dernière langue aussi gin-sem, On verra que Lafitau insiste beaucoup sur la signification du mot chinois, qui veut dire les cuisses de l’homme, et sur celle du nom iroquois garent-oguen, qui a le même sens. La biographie universelle dit que le nom chinois se prononce gir-chen et que le nom Mandchou est orkhoda.

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de s’en charger. Il valait alors douze francs en Canada, et la Compagnie l’acheta jusqu’à trente-trois francs la livre. A la Rochelle, alors, les négociants de cette place donnèrent ordre à leurs correspondants à Québec, d’en acheter à tout prix; on en fit chercher partout sans avoir égard à la saison de le cueillir, et au tems de sécher à propos : on le mettait, au sortir de la terre, dans des fours ou à côté des poëles ; ce gin-seng ainsi cueilli à contretems et mal séché, valut jusqu’à vingt-cinq francs la livre à Québec, et il en sortit, en 1752, pour environ 500,000 francs. Dans ce même temps, la Compagnie des Indes, qui pouvait se rendre ce commerce exclusif, ne voulut port en demander le privilége ; elle se contenta dé'ne point acheter des particuliers le gin-seng mal conditionné, ‘et de prendre des mesures pour en faire cueillir dans la saison convenable et le faire sécher à propos, en le gardant à Montréal une année entière. Le parti considérable qui avait passé à la Rothelle resta invendu. A force de sollicitations, la Compaunie dés Indes en a acheté une partie; une autre a passé en Hollande, èn Angleterre et en Espagne, et ce qui en reste à la Rochelle tombera en pure perte. Il est arrivé de là, que, malgré les défenses de la Compagnie, on en a chargé en contrebande dans ses vaisseaux, qu’il en est parvenu à la Chine par la voye de l’étranger, et que la quantité et la mauvaise qualité de ce gin-seng y a décrié totalement le sin-seng du Canada. La Compagnie des Indes vient de donner ordre de cesser d’en faire cueillir.

.# Le gin-seng est plus ou moins bon, suivant la qualité du terrein et le temps qu y a qu’il est en terre; mais tout le monde convient. qu’il faut le cueillir en septembre et le faire sécher dans des greniers, sans feu. En 1752, on le cueillait en may; on le séchait au four pour pouvoir le faire passer la même année ; les häbitants, trouvant plus de profit à chercher du gin-seng qu’à semer dn blé, abandonnoïent leurs terres pour courir dans les bois, qui se sont trouvés incendiés, en plusieurs endroits, par le peu de précautions qu’ils prenoient en faisant du feu.

“ Si la Compagnie des Indes eût eu ce commerce exclusivement, elle n’auroit reçu que le gin-seng séché à propos et cueilli en septembre ; tems auquel les travaux de la Compagnie sont presque. finis, et par ce moyen le gin-seng du Canada ne seroit point décrié. aujourd’hui en Chine. Observons que cette branche de commerce est de la nature de celles qu’il faut rechercher, parce qu’elle donne des profits réels à l’état: le gin-seng en Canada ne coûte que la perñe de le cueillir, et la consommation s’en fait à la Chine. Observons de plus, que.ce privilége exclusif accordé à la Compagnie des Indes était analogue à celui qu’elle a déjà, et qu’il ne portoit aucun préjudice au commerce général.”

On peut conciure de ce passage que nous n’exagérons point en disant que le gin-seng excita au Canada, chez nos pères (car il y a de cela un siècle seulement), une fièvre assez semblable à celle que cause l’or de la Californie et des nonvelles régions aurifères de la rivière Frazer, dans ce moment. On négligeait l’agriculture et la perturbation amenée dans le pays par la chute de ce commerce, est bien indiquée , par le proverbe ou dicton que nous avons men-

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