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tionné. Dans l’état actuel des choses il n°y aurait rien de semblable à craindre.
Ne paraît-il point, du reste,étonnant que les populations asiatiques aient trouvé et trouvent encore , à cette racine , des propriétés médicales si puissantes , et, qu’en Amérique et en Europe, on ne lui reconnaisse aucune de ces vertus? Il est vrai que lénergie des substances chimiques généralement employées dans la pharmacie moderne à fait tomber dans l’insignifiance la plupart des simples ; mais comment se fait-il, cependant , que la droguerie américaine , qui fait encore ou prétend faire un si grand usage des végétaux, n’aît pas exploité davantage une plante dont les asiatiques disent tant de merveilles ? Ne serait-il pas intéressant de constater avec soin effet qu’elle peut avoir dans nos climats ; aussi de déterminer Pinfluence qu’exercerait sur elle la culture , qui modifie quelquefois une si singulière manière les propriétés des végétaux ? (1)
Quoiqu’il en soit , la découverte du gin-seng en Canada a suffsamment marqué dans notre histoire pour rendre mémorable le nom de Lafitau, illustré, du reste, par d’autres travaux. En 1717, il repassa en France pour les affaires de la mission du Sault St. Louis, comme il le dit dans une de ses lettres. Il s’agissait, en effet, d’obteuir de la Cour la permission de transporter le village Jroquois du Sault à l’endroit où il se trouve aujourd’hui. Les principales raisons alléguées étaient la supériorité du terrain sous le rapport de l’agriculture et les avantages que présentait le site pro- »0sé au point de vue stratévique. Îl parait qu’il plaida si bien sa cause que le terrain nécessaire au nouvel établissement fut accordé
“année suivante. Il présenta aussi uu autre mémoire, qui se trouve traduit en anglais et imprimé dans le neuvième volume de la splendide collection de documents historiques que l’Etat de New- York fait pablier actuellement sous la direction du Dr. O’Callaghan. Ce document a rapport à la traite de l’eau-de-vie et signale les excès et les malheurs qu’elle cause parmi les peuples sauvages.
(1) On lit ce qui suit dans un dictionnaire pharmaceutique américain à l’article gin-seng : According to the Chinese this root nourrishes and strengthens the body, checks vomiting, removes hypochondriasis, and all other nervous affections, and in shert is capable of giving a vigorous tone to the system, even in old age and is a panacea for all corporal ills. It is administered in a variety of forms and the only ill result arising rom overdoses they state to be a tendency to hemorrage. Several of the Jesuits who have used the Chinese root are of opinion that many of the properties attributed to it are real and that it is a truly valuable remedy. On the other hand, the trials made in the United States and in Europe with the american kind prove that it is merely a gentle stimulant with some slight antispasmodic qualities. No extended observations however have becn made on it, and as regard the Chinese variety it is difficult to come to any just conclusion for it can scarcely be possible that an article so long in use and so highly prized, can be wholly worthless, and yet there is every reason to believe that its beneficial effects should be attributed rather to the effects of imagination than to any extraordinaryÿ power in the root. ”— Griffith’s american edition of Chr'istison’s dispensatory —Philadelphia 1848.
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Une des remarques peut-être les plus habiles qu’il contient est cette réflexion que, malgré la p:ssion qu’éprouvent les sauvages pour l’eau de feu, comme ils l’appellent, eux-mêmes demandent à être délivrés de ce fléau, et que refuser une demande aussi héroïque de leur, part c’est s’exposer à s’aliéner ces nations : lo. parce que les sauvages savent très bien que l’eau-de-vie détruit leurs nations et a déjà presque détruit celle des Algonquins, et parce que les coureurs de bois et les sauvages démoralisés par l’ivrognerie et chargés de dettes, prennent refuge chez les colons anglais et travaillent ensuite à debaucher les autres sauvages et à leur montrer le chemin de Manhatte. Il cite , de plus, l’exemple des autorités de la Nouvelle-Angleterre elle-même, qui, sur la demande du Père Pierron, missionnaire dans les cantons [roquois, avaient promis de réprimer les abus de la vente des spiritueux. La lettre suivante du gouverneur de Manhatte (aujourd’hui New-York) nous parait tellement intéressante que nous croyons devoir la traduire. Elle était adressée au Pàe Pierron, et Lafitau la citait à l’appui de son assertion :
“# Fort James, 18 novembre 1618.
‘6 Mon PERE,
‘ Votre dernière lettre me fait connaître votre plainte <° ‘ondée par celle des Chefs des Capitaines Iroquois, comme il parait plus amplement par leur requête incluse dans la vôtre, concernant la très grande quantité de liqueurs que certaines gens d’Albany se permettent de vendre aux sauvages, ce qui leur fait commettre de très grands excès et désordres, qui ne peuvent qu’augmenter si rien n’et fait pour les prévenir. En réponse, vous apprendrez que jai pris toutes les précautions possibles, et que je continuerai, par des amendes très rigoureusement prélevées, à empêcher qu’on ne fournisse aux sauvages l’eau-de-vie en trop grande quantité, et je suis très heureux d’apprendre que d’aussi vertueuses suggestions nous viennent des païens à la grande houte de beaucoup de chrétiens; mais ceci doit être attribué à vos pieuses instructions et à ce qu’étant vous-même formé à la plus stricte discipline, vous leur avez prêché la mortification autant par vos exemples que par vos préceptes.
6 FRANCIS LovELACE.”
Cette citation, dans l’état des relations de la France avec l’Angleterre, n’était point ce que le Père Lafitau pouvait mettre de plus maladroit dans son mémoire qui, d’ailleurs, outre les motifs de religion et d’humanité, faisait valoir habilement les intérêts même du commerce et de la colonisation. Son succès cependant ne fut que partiel, comme le fait voir la note suivante : “ Divers mémoires ont été envoyés au Conseil sur ce sujet, par MM. de Vaudreuil, Begon et Ramezay. Tous s’accordent sur les inconvénients du commerce de l’eau-de-vie ; mais le donnent comme nécessaire ; et M. de Vaudreuil ayant suggéré qu’il était indispensable d’allouer deux ou trois pots d’eau-de-vie, par tête, aux sauvages des pays d’en haut qui visitent la colonie, et même de les traiter modérément
au fort Frontenac ; ce sur quoi il fut délibéré en conseil le 31 mar: 1716, qu’il était nécessaire de maintenir les défenses générales qui ont déjà été faites ; mais en même temps de permettre le transport de l’eau-de-vie, en petites quantités, aux endroits proposés par M. de Vaudreuil. S’il juge à propos de renouveler les anciennes défenses, il devra le faire sans en changer la teneur. Observations. —La traite de l’eau-de-vie dont se plaint le Père Lafitau est évidemment celle qui se fait dans les villes de la colonie, laquelle il est toujours nécessaire de supprimer. Fait et arrêté, le ler juin 1715 —Signé L. A. de Bourbon. Le maréchal d’Estrées—Par le Conseil, La Chapelle. Et plus bas: Faire savoir à MM. de Vaudreuil et Bégon, que le Conseil a appris qu’un grand nombre de permis ont été délivrés en sus de ceux que l’on avait alloués. Défendre l’octroi d’aucun permis de ce genre sous quelque prétexte que ce soit. Accorder, une autre année, le nombre ordinaire de permis; et * déclarer ensuite qu’il n’en sera plus octroyé. Les porteurs de ces permis devront en informer les sauvages afin qu’ils apportent leurs effets. Défendre d’inclure dans les permis qui seront donnés en deruier lieu, la permission d’emporter de l’eau-de-vie même pour l'usage des voyageurs.”
Tel fut, pour le moment, le résultat des efforts de notre missionnaire; mais les intérêts de son cher troupeau n’étaient pas les seuls qui le préoccupaient. La découverte qu’il avait faite devait trop influer sur le commerce et la prospérité du Canada, pour qu’il ne cherchât pas à la faire apprécier du gouvernement. Il présenta donc lui-même sa précieuse racine au Régent dont on a dû remarquer la signature au bas de l’arrêté du conseil. En l’honneur de ce prince, il appela le gin-seng du Canada : 4 l’auréliane du Canada ?? (Aureliana Canadensis) (1).
Peu de temps après, il publiait le mémoire que nous reproduisons. Les exemplaires, nous l’avons déjà dit, en sont devenus tré rares. Il en existe un à la bibliothèque du Parlement (le second ov le troisième peut-être: on sait que notre bibliothèque nationale brûle périodiquement), et Sir L. H. Lafontaine en possède un autre, qu’il a bien voulu nous prêter et d’après lequel a lieu la réimpression actuelle (2). Cette complaisance mérite d’autant plus notre reconnaissance et celle du public, que ce livre est doublement précieux à celui qui le possède, par le fait assez singulier que c’est l’exemplaire même offert par le Père Lafitau au Marquis de Vaudreuii, alors gouverneur de la Nouvelle-France. On lit, en effet, sur la première page, ces mots en écriture très fine: “ A M. le Marquis
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(1) Le Régent était, comme on sait, le Duc d'Orléans, et le nom latin d'Orléans, devenu cité sous l’empereur Aurélien, était Aurelianum.
(2) Les recherches et les généreux efforts de notre Juge-en-Chef ont déjà enrichi nos annales de précieux documents. Sans parler de ceux qu'il a obtenus en France et de ses Observations, publiées dans les Questions Seigneuriales, les motifs de son jugement, dans la cause de Wilcox et Wilcox, méritent d’être lus par tous ceux qui s’intéressent à la partie de netre histoire qui suit immédiatement la conquête.
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de Vaudreuil ;? et M. le commandeur Viger, qui possède plusieurs autographes dé Lafitau, entr’autres celui dont nous publions un facsimile, ne doute pas que ces mots n’aient été tracés de la main de missionnaire.
Il semble étrange qu’après avoir pris tant d’intérêt au Canada le Père Lafitau n’y soit point revenu finir ses jours ; mais il resta en Europe quoiqu’il fut ardemment réclamé par le Supérieur de Québec, le vénérable Père Julien Garnier (1). Bien que sur la liste des missionnaires de 1718 à 1719, il soit encore porté comme attaché à la mission du Sault St. Louis, une note, nunc Rome, indique ail devait se trouver alors dans la ville éternelle, où il pouvait ‘omplèter ses études sur l’antiquité mieux que partout ailleurs. Plus tard il devint professeur de belles-lettres, poste comparativement hamble si l’on considère la grande réputation qu’il s’était acquise ; mais qu’il rechercha sans doute par modestie et aussi pour pouvoir travailler plus facilement à son grand ouvrage. Les Mœurs des Sauvages, etc., terminés au mois de mai 172, ne parurent qu’en 1724. On ne sait ce qu’il faut y admirer davantage, ou de l’exactitude de l’observateur ou de l’érudition du savant. Les conjectures «dn Père Lafitau se sont depuis changées en certitude ; personne ne doute aujourd’hui que l’Amérique n'’aît été peuplée par l’Asie, comme il le prétendait. Quant aux races particulières d’où il faisait descendre nos sauvages, rien dans les découvertes et les observations postérieures ne contredit victorieusement ses opinions, qui paraissent d’ailleurs si fondées, entourées qu’elles sont non seulement du prestige de l’érudition du texte ; mais de celui que produisent les admirables gravures dont ses deux volumes sont ornés. Il cherche à prouver, dit la Biographie Universelle, que la plupart des peuples de l'Amérique viennent originairement de ces barbares qui occupèrent d’abord le continent de la Grèce et ses isles, d’où ayant envoyé de tous côtés diverses colonies pendant plusieurs siècles, ils furent obligés, enfin, d’en sortir, ayant été chassés en dernier lieu par les Cadméens. Ceux, ajoute Lafitau, qui connaîtront bien les peuples barbares de l’Amérique Septentrionale, y trouveront le caractère de ces Helléniens et de ces Peslasgiens. On ne peut nier que plusieurs des aperçus du Père Lafitau ne soient ingénieux, et que ce livre n’annonce une grande connaissance de l’antiquité.??
Les types des diverses divinités, les cérémonies religieuses et les instruments même du culte chez tous les peuples dont il a scruté si savamment les mœurs, les monuments et les coutumes, établissent, du reste, cette identité des traditions humaines que Lamennais avait ue pour base de son système philosophique et théologique, et que, dans son aveuglement, Dupuis avait exploitée en sens contraire dans son Origine de tous les Cultes. Lafitau a fait parler cette ressemblance aux yeux de son lecteur dans ses belles gravures,
(1) Le Père Garnier est un de ces vétérans de la foi dont la vie mériterait d’être mieux connue. Il mourut, à Québec, à l'âge de 87 ans; il en avait passé 68 en Canada.
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