‹ Mémoire présenté à Son Altesse Royale Mgr. le duc d'Orléans, régent de France [microforme]Chapitre 6 sur 8 · LS SR · texte numérisé non relu

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J’ai trouvé dans plusieurs le reste des tiges des deux ou trois années précédentes au-dessous de celles de l’année qui court, et au-dessus de celle-ci on voit se former en automne celle qui doit pousser le printemps d’après. En ccmptant les nœuds jai vu des racines qui marquaient prés de cent ans.

On voit souvent sortir du collet d’espace en espace deux ou trois de ces navets simples, aussi bien que quelques fibres, ce qui peut étre l’effet d’une trop grande abondance de sève, qui trouvant une issue par le collet, forme une nouvelle racine , ne pouvant se répandre et circuler toute entière dans la tige. On voit quelquefois sottir

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un nouveau collet à côté du premier, qui devient alors stérile , cette plante n’ayant jamais qu’une seule tige.

La tige sort du collet environ deux ou trois pouces avant dans la terre, La difficulté qu’elle trouve à la percer et à se faire jour la gauchit (1) un peu ; mais dès qu’elle en est sortie , elle s’élève à la hauteur d’un pied où même de plus d’un pied. Elle est ordinairement fort droite et assez unie.

Tandis qu’elle est dans la terre, la terre la blanchit ; mais des qu’elle arrive au grand air, elle se colore d’un beau vert glacé d’un rouge amarante qui se confond et se perd aussi bien que ce vert foncé, à mesure qu’elle approche du nœud.

Ce nœud se forme au sommet de la tige, et il est le centre de trois ou quatre branches , que je nomme ainsi, pour me conformer à la manière de parler du Père Jartoux, qui appelle branches ce qai n’est proprement que les queues des feuilles. Ces branches s’étendant horizontalement et s’écartant également les unes des autres , {orment avec leurs feuilles une espèce de parasol renversé et assez arrondi. La couleur d’amarante et de vert se renouvelle au nœud , et se dégrade insensiblement en approchant des feuilles.

Quelques-unes de res tiges n’ont que deux branches. Il s’en trouve , au rapport du Père Jartoux , qui en ont cinq ou même sept. Je n’en ai point vu de si touffues en Canada. Les plus communes sont de trois ou quatre branches. Celles qui en portent quatre sont les plus belles et les plus agréables à l’œil.

Chaque branche contient cinq feuilles inégales, et qui partent toutes d’un même centre, elles s’étendent en forme d’une main ouverte. La feuille du milieu est plus grande que les deux voisines , et celles-ci sont plus grandes que les deux plus basses. Le Père Jartoux dit qu’on ne voit jamais moins de cinq feuilles à chaque branche ; j’en ai vu qui n’en avaient que quatre on même que trois. Il est cependant facile de voir que c’est alors un dérangement produit par une cause étrangère ou par la faiblesse de la plante, qui n’a pas eu assez de suc pour se développer toute entière, et qui est devenue monstrueuse faute d’aliment.

Les feuilles de la nouvelle plante sont oblongues, dentelées , et d’une finesse extrême ; elles se retrécissent et s’allongent ÿers la pointe. Le dessus de la feuille est d’un vert foncé, le revers en est plus blanchâtre , plus uni et fort transparent. Les fibres qui se répandent sur toute sa superficie sont plus saillantes sur ce revers, eton y distingue de petits poils blancs et droits qui s’élèvent de distance en distance. Il faut cependant beaucoup d’attention pour lés observer , et on ne les apperçois bien qu’en les plaçant horizontâlement entre l’œil et la lumière.

Les couleurs de la tige et des branches s’éclaircissent à mesure que la plante approche de sa maturité; le vert se change en un blanc terne , le rouge n’est plus si foncé, et dans l’automne les feuilles en séchant prennent ou la couleur ordinaire de la feuille morte , ou une couleur vineuse pareille à celle des feuilles de la vigne rampante.

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() La force à se courber.

Au centre du nœud où se forment les branches , s’élève un pédicule d’environ cinq à six pouces, qui paraît être la continuation de la première tige, et soutient un bouquet de petites fleurs. En son temps , de très beaux fruits leur succèdent. Îls sont entés par leur base sur autant de petits filets ou pédicules particuliers de la longueur d’un pouce et déliés à proportion, écartés à égale distance les uns des autres en forme sphérique. Ils composent une ombrelle à peu près semblable par sa figure à celle du lierre , mais bien différente par la beauté de son fruit. Ces pédicules sont d’une couleur plus vineuse que le reste.

Je ne pus examiner la fleur du garent-oguen en 1716, que je le découvris ; le fruit était alors dans sa maturité. Ainsi, quand je Penvoyai en France, je n’en pus pas bien rendre raison. Je me trompai même ,en prenant pour la fleur de petits fruits avortés ; mais l’aÿant examinée au printemps passé, voici ce que je crois y avoir observé. Quand le bouquet commence à s’épanouir , on voit se évelopper une fleur fort petite, mais bien ouverte et bien distincte. Elle a cinq feuilles blanchâtres en forme d'étoile, comme le font communément les fleurs dex plantes en parasol ou en ombrelle. Elles sont soutenttes par un calice, au centre duquel on voit un pistil recourbé en deux petits filaments , et environné de cinq étamines couvertes d’une farine gruméleuse extrêmement blanche, Je ne puis rien dire de l’odeur ayant oublié d’y faire attention; du moins elle n’avait pas d’odeur forte, puisque je ne m’en suis pas apperçu. Ces etamines sont bientôt desséchées , et cette poussière farineuse s’évopore en peu de temps.

Le pistil de la fleur en s’unissant au calice devient un fruit, prend la figure dun rein. Il se voûte par son sommet, où le calice te la fleur lui fait une couronne à cinq rayons, au centre de laquelle paraît la pointe du pistil ; à ses extrémités il s’arrondit en orillon, et s’applatit par ses côtés, où il se distingue par des lignes épaisses de bas en haut , en manière de côtes de melon ; mais à mesure que ce fruit se remplit, ces lignes s’eflacent et paraissent peu sensibles ; la peau se rafine , devient pius mince , plus delicate , et couvre ure pulpe en chair spongieuse un peu jaunâtre , d’où sort un suc vineux et qui est à peu près du goût de la racine et des feuilles. Ce fruit est d’abord d’une couleur vert foncé, il bianchit en approchant de sa maturité ; quand il est mûr, il est d’un beau rouge carmin, et il noircit en séchant à mesure que la peau se colle sur les noyaux.

Quand le fruit est parfait, il renferme deux de ces noyaux séparés en Geux cellules, et posés sur le même plan. Il y a de ces fruits qui n’en ont qu’un et semblent un rein coupé par le milieu. J’en ai trouvé un disposé en forme triangulaire et qui avait trois noyaux. Ces noyaux ont aussi la figure d’un rein, ils sont durs, distingués en côtes de melon comme le fruit ; l’amande en est blanche, et d’un goût un peu amer, ainsi que le reste de la plarite.

Outre ce bouquet on remarque souvent un ou deux de ces iruits portés sur des pédicules séparés et attachés au pédicule commun à deux pouces au-dessous de l’ombelle. Quelquefois il en naît plusieurs Qui partent du nœud d’où sortent les branches. J’ai vu une de ces plantes qui me parut plus extraordinaire, elle avait un second

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