‹ Mémoire qui à partagé le prix du concours ouvert devant l'Académie royale de médecine, en execution du testament de M. Moreau de la Sarthe, sur la question suivanteChapitre 4 sur 5 · I ■ —— -MI. „ ., ..-^^^ .... I - , I I II · texte numérisé non relu

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(î) On peut se faire une itlëe de Tëtat où se trouvait la science en

Nous espérions trouver , dans la dissertation d'un niéliecin sorti de l'école de Reil (i), des vues neuves sur l'encéphalite. C.-F. Constantin regarde comme un des principaux titres de gloire de ce médecin célèbre d'avoir toujours cherché à rapporter , dans les maladies composées, chaque symptôme à l'organe ou au tissu de la lésion duquel il dépendait. Il pense que cette méthode est la seule qui puisse conduire à l'établissement d'un bon système nosologique , et pour s'y conformer, il promet de distinguer parmi les symptômes décrits sous les noms d'encéphalite , phrénésie , maux de tête, etc. , ceux qui appartiennent essentiellement à la maladie, ceux qui caractérisent ses espèces et ses variétés , et d'en séparer tous ceux qui tiennent à des complications; mais les résultats de son travail ne répondent pas à de telles promesses. Il y a trop de raisonnement dans son ouvrage et pas assez d'anatomie pathologique pour que nous devions nous y arrêter plus long-temps.

Les principaux nosographes de TAllemagne (2) n'ont pas ajouté beaucoup à l'histoire de la phlegmasie du cerveau telle qu'elle ressort des travaux que nous "venons d'indiquer. Nous avons la satisfaction de trouver dans des productions de notre pays des notions beaucoup plus précises sur la cérébrite.

Dès les premières années de ce siècle , M. Récatnier se livra , avec une attention toute particulière , à des recherches sur la maladie qui nous occupe. Il n'en a

France, à cette e'poque , en voyant la discussion à laquelle donna lieu, dans une Socie'té savante, une obs. de Chizeau , sur la fonte purulente d'un lobe cere'bral. (^Recueil périod. de la Soc, de Méd, T. VI,anVîI.

(1) Car. Frld. Cosiantin. JJiss. de Encephatiùde. Lips. , iSoa. Eecus. in Biera , syllog. opiisc. sélect. T. YI.

(2) Marcus, Sprcngcl , îlichter, J. Frank ^ Hildcnbrand.

(Go ) point encore publié les résultats ; mais c'est de sa clinique que sont sortis les premiers renseîgnemens exacts que nous ayons à signaler. Ils sont consig^nés dans la thèse d'un de ses élèves, P.-A. Dan de La Vauterie [i]. Voici les principaux traits de la description qu'il donne de la maladie et des désordres trouvés à l'ouverture des corps. Invasion quelquefois subite , ordinairement graduée. Dans ce cas on peut observer des douleurs gravatives de la tête , vertiges , état de somnolence ou d'insomnie , tîntemens d'oreilles, bégaiement accidentel et réitéré, engourdissement des membres, sentiment de formication , légers mouvemens convulsifs , affaiblissement et perte de la vue , de l'ouïe , de la mémoire. Quand l'invasion est brusque , le malade tombe dans un état de somnolence ou de coma. S'il peut encore se faire entendre , il se plaint d'une céphalalgie qu'il rapporte spécialement à quelque endroit du crâne, ou il l'indique de la main. Il éprouve une diminution plus ou moins considérable, ou une abolition de la sensibilité. Il est privé plus ou moins complètement du mouvement volontaire et de la parole. Quand il conserve encore quelques mouvemens , on le voit porter de temps en temps la main vers sa tête , machinalement et d'une manière automatique. Paralysie quelquefois générale , mais le plus souvent partielle, ou hémiplégie, avec rigidité plus ou moins prononcée dans la partie qui en est le siège , et cela constamment du côté opposé à celui où se trouve l'affection cérébrale. Déglu-r tition très-dilficile ou impossible, pouls assez souvent dans Fétat naturel , ordinairement fréquent et petit , ou développé et fébrile, quelquefois serré et dur. La respiration

{i) Diss. siw V Apoplexie considérée spécial, comme l'effet d'une phleginasie de la siibsl. céréh, Paris, 1807, in-^^.

est d^abord naturelle , puis elle s'embarrasse peu-à-peu, devient élevée , difficile et enfin sterloreuse. La maladie se termine presque toujours par la mort (i).

Dans le plus grand nombre des cas , on trouve la substance cérébrale d'un rouge plus ou moins foncé , dans une étendue plus ou moins considérable, avec ou sans épanchement d'une matière qui peut être du sang , de la sérosité ou du pus. Tantôt c'est un ulcère dont la circonférence est encore rouge et enflammée, tantôt c'est une portion de l'organe encéphalique, ramollie, désorganisée, réduite en putrilage. D'après une suite d'observations très-multipliées , M. Récauûer croyait pouvoir établir, dès cette époque , les signes pathcgnomoniques de l'inflammation du cerveau. lisse réduisent, suivant M. Dan. de Lavauterie, à deux principaux, outre ceux d'une apoplexie forte ou faible, auxquels ils sont toujours nécessairement associés : i.*^ douleur gravative, quelquefois avec des battemens que le malade rapporte à quelque point de la tête, ou qu'il indique simplement par des mouvemens automatiques ; 2.^ contraction permanente, quelquefois accompagnée de douleur, ou rigidité plus ou moins prononcée dans un des côtés du corps , ou la locomotion volontaire est en même temps notablement diminuée ou abolie. Enfin, quand, par les progrès du mal, le cerveau se trouve fortement comprimé ou désorganisé^

(i)(c Quelquefois, dit M. Dan de Laïauterie, le poiilsdevientfëlDrile; il se manifeste des convulsions générales ou partielles ; un deJire sourd se joint à cet ëtat comateux ; enfin , la maladie prend tout à fait l'aspect d'une fièvre ataxique. N'est-ce pas ici le lieu de remarquer que les fièvres de cet ordre sont rarement des maladies essentielles, qu'elles dépendent peut-être même toujours d'une affection du cerveau , telle qu'une plilegmasie, une collection séreuse , etc. , ou d\uie lésion de quelque autre organe , quoique on ne trouve pas constamment des traces de celle-ci sur les cadavres?» Ce passage est d'autant plus remarquable , que l'auteur rapporte n M. Rëcamier tout ce qu'il y a de neuf dans sa Thèse.

ces caractères spécifiques disparaissent, et font place aii cavus le plus profond, à la paralysie générale et complète , avec laxité des membres , dont les muscles deviennent flasques , et la mort est toujours très prochaine. Les recherches de J. Howship sur les maladies du cerveau (i) se rapportent principalement à l'apoplexie ; mais quelques-unes de ses observations sont du nombre de celles qui ne permettent pas d'établir une limite bien tranchée entre cette maladie et l'inflammation aiguë du cerveau avec infiltration, combinaison du sang dans la substance cérébrale, si l'on s'en tient aux données fournies par Panatomie pathologique. « La couleur brune dé la substance corticale du cerveau, dit Howship, comparée à celle de la partie médullaire, présentait un contraste infiniment plus marqué que dans l'état naturel; En examinant attentivement le cerveau , on observait une disposition particulière , produite , sans doute , par un état morbide des extrémités des vaisseaux capillaIreSé On aurait dit qu'il y avait des pétéchies on des morsures de puces ; et d'après la correspondance apparente avec la situation connue et la distribution des vaisseaux, on devait penser que ces taches provenaient d'une altération morbide dans la structure des capillaires, au moyen de laquelle une portion de la partie colorante du sang, justement suffisante pour colorer la circonférence du vaisseau , s'était échappée sans produire d'autre extravasation.» Howship décritun cas d'inflammation évidente du cer^ veau , dans lequel ce genre d'altération était porté à un degré très-considérable. Notons encore une observation d'encéphalite aiguë , remarquable par le retour fréquent

(i) Ohsen'ations on diseases of the Brriin , with cases nnd dissection y etc. , analys. ilans les yinnales de la Litt. méd, étrang. de Kluyskens, T. ii et 12,

d'accès épileptiformespendanttoiilela durée de la maladie» On trouva à la partie antérieure des lobes cérébraux , une adhérence intime , de l'étendue d'une pièce de six francs , entre les méninges et le cerveau, dont la substance ramollie au-dessous, fut arrachée avec les membranes.

Le même auteur décrit, dans un autre travail (i), mais d'une manière incomplète, un cas d'ulcération du cervelet.

Un article de Th. Beddoes^ (2) relatif , en grande partie, à des allections cérébrales , contient quelques observations curieuses quoiqu'incomplètes , mais qui ne peuvent intéresser que comme faits isolés (5). Nous ne le citons ici que parce que Tauteur a été conduit par ses observations à regarder Tinflammation du cerveau et celle de l'estomac comme étant intimement liées Tune à l'autre [Foir Annales de K luiskens ^ VII, 5i5). Il n'a d'ailleurs rien ajouté, non plus que le précédent , à l'histoire des rapports qui existent entre les lésions du cerveau et les symptômes qu'elles occasionnent.

C'est encore en France , et à un autre élève de M. Récamier qu'il faut revenir pour voir l'étude de l'inflammation du cerveau acquérir plus de précision. Dans une Thèse trop courte , mais basée sur des faits bien observés , M. Ducrot (4) établit avec bien plus d'exactitude les caractères de la céphalite, et les signes qui peuvent la faire

(i) Ohs, and Cases illustratwe of ihe effects produced by tJie Solar heat , etc,

(2) Jtccount of sonie Cases and Dissections in the nied. and pjiysic. Journal. 1808, T. XX, p. 407-

(3) Nous pouYoïis indiquer, au même titre, une observation bien détaillée d'abcès enkyste dans le cerveau , rapportée par James Clarke dans son Médical Report, de Thôpital de Nottingham.

(4) Essai sur la Céphalite ou Inflammat. du Cerveau, Paris, iSia.

dislinguer de rinflamnialion des méninges , ou de tonte autre uîaladic (i).

Les recherches de Bayle sur le ramollissement du cerveau paraissent être de la même époque , ou peut-être antérieures; mais l'auteur ne les a fait connaître qu'incomplètement , et h l'occasion d'une maladie d'un genre fort différent. (Diction, des se. méd. art. Cancer, p. 648. ) Les premières que nous ayons à signaler, sont donc celles de M. Rochoux. Dans ses excellentes recherches sur Capo^ plexie, (Paris i8i4); il a consigné des observations importantes sur le ramollissement du cerveau. Outre la distinction qu'il établit entre les altérations de cette espèce selon qu'elles se forment rapidement ou qu'elles ont une marche chronique , (2) il admet un ramollissement qui précède l'apoplexie, et eu est, en quelque sorte, la cause prochaine, et un autre qui peut être consécutif à l'hémorrhagie cérébrale ou exister isolé. A l'égard du premier, qui environne les parois des cavernes apoplectiques récentes , voici ce qu'en dit M. Rochoux : « Ces cavernes

(1) Voici le résume de ces obsei^vations :

Inflammation du cen^eau. Manifestation lente et successive d'accidens he'miple'giques, avec contraction plus ou moins douloureuse des muscles paralyses, alte'ration idiotique de quelques unes des faculteis intellectuelles et sensoriales, sorte cVaspect ^tupide du visage.

apoplexie sanguine. Accidens hémiple'giques, le'sion des faculte's intellectuelles et sensoriales, mais invasion brusque et non-successive.

Arachnitis. Ce'phaialgie , de'lire violent , spasmes, tremblemens , fièvre plus ou moins violente, injection du visage et des yeux.

(2) Les caractères distinctifs qu'il assigne à ces deux formes de la maladie sont-ils suffisamment fondes? Dans Tune, dit-il, la partie de l'organe affectée est molle, jaunâtre , pulpeuse, et très- peu miscible à l'eau ; dans l'autre elle est d'un jaune grisâtre , pour le moins aussi molle et mêle'e de portions puriformes plus ou moins considorâbles, qui se laissent facilement entraîner par un courant d'eau ^ page II 5.

Sont entourées par une couche de substaiic e cérébrale ^ d'une à trois lignes d'épaisseur , d'un jaune serin pâle , très-molle , h peine plus consistante que certaines crèmes , et peu miscible à l'eau. La couleur et la mollesse de cette couche, plus marquées en dedans, diminuent sensiblement en dehors , ensorte qu'il est impossible de déterminer précisément le lieu où le cerveau reprend l'intégrité de sa texture. Quelquefois on trouve, entre les parois de la caverne et cette couche jaune, une autre couche, d'un jaune moins pale, tout aussi molle, de deux à quatre lignes d'épaisseur, remplie d'un grand nombre de petits épanchemens de sang gros comme des têtes d'épingles, et ibrt rapprochés, (page 88). Dans le ramollissement isolé, la substance du cerveau se présente réduite en une espèce de pulpe jaunâtre, mêlée de pus rassemblé dans de petits foyers irréguliers , ou dans un véritable état de suppuration, (p. ii4, 120). M. Rocheux a bien vu que c'était surtout dans les symptômes primitifs qu'on devait chercher au ramollissement des signes distinctifs de l'apoplexie. On a contesté à notre auteur que le ramollissement précédât jamais l'apoplexie, et l'on a considéré cette lésion comme étant toujours l'effet et jamais la cause de l'hémorrhagie. Mais la rapidité avec laquelle sont morts quelques apoplectiques chez qui l'on a trouvé ce ramollissement, rendrait infiniment plausible l'opinion de M. Rocheux , quand des raisons d'un autre ordre ne tendraient pas à l'établir (1).

Nous ne ferons qu'indiquer en passant, les observations curieuses , mais souvent incomplètes , publiées par Aber- Crombie en 1818 , pour nous empresser d'arriver aux ouvrages de MM. Rostan et Lallemand.

(i) Voyez le mémoire de M. Serres , sur une nouvelle, dwision des Apoplexies, dans FAnnuaire de.i hôpitaux; p. 246; et Lallemand, Rcclierches sur V Encéphale ^ T. I, v. <ji.

Personne n'avait encore embrassé le sujet dans toute son étendue, n'avait envisagé la maladie dans toutes ses formes; à peine tous les travaux réunis que nous avons indiqués, et ceux que leur date a dû exclure de cette revue eussent-ils pu fournir des matériaux suffisans pour en faire une histoire à -peu-près complète; ce que n'avaient pas fait tant de recherches successives, deux jeunes médecins l'entreprirent h la fois , et tous deux remplirent avec honneur, mais chacun à sa manière, la tâche qu'ils s'étaient imposée. Nous ne séparerons point deux ouvrages qu'un même zèle , une môme position de leurs auteurs et les besoins de la science ont fait naître à la fois; et qui peut-être ont besoin l'un de l'autre pour conserver toute leur valeur,

La partie anatomique de Thistoiredu ramollissement du cerveau est à-peu-près la même dans les recherches de M. Rovtan (i) et dans les lettrées de M. Lallemand.

Les caractères extérieurs ou symptomatiques qu'ils as-

(i) Le ramollissement varie selon les degrés de consistance de la substance ce'rebrale , sa couleur, le siège , l'étendue et le nombre des alte'rations. Les membranes sont très -souvent infiltre'es de se'rosite qui présente i?n aspect ge'latineux , mais elle n''existe pas toujours, quoicfu^il soit rare qu'on ne Fobserve pas. Dans ces cas , fort rares, les membranes sont sèches , sans changement manifeste de couleur ; quelquefois elles sont rouges, inj^'cte'es; elles sont rarement couvertes de suppuration j ces membranes adhèrent quelquefois avec la partie du cerveau ramollie. La consistance morbide de l'ence'phale varie depuis celle de la bouillie la plus liquide jusqu'à une fermeté approchant de celle qui est naturelle à cet organe. La couleur de la portion ramollie peut être jaunâtre, verdâtre, rose'e , rouge, marron, lie de vin, et d'un blanc mat. Le ramollissement peut être superficiel ou profond. Silale'sion est superficielle, on trouve les circonvolutions de'forme'es , comme boursoufîle'es , dans un point circonscrit, ou dans la totalité d'un he'misphère, rarement dans les deux , mais toujours d'une manière plus ou moins ine'gale. Mais il n'est pas rare que l'alte'ration soit situe'e plus profonde'ment : les corps strie's , les couches optiques en sont le plus fre'quemment affectes , et après eux la partie moyenne des hémisphères (lobule moyen). Rostan , p. f\^'j;.

(6; ) signent l'un et Tautre à celte espèce de lésion ne présentent, par rapport à un certain ordre de faits, (ceuxaux^ quels M. Rostan reconnaît un caractère inflammatoire ) , que d'assez légères différences , et M. Lallemand a exposé avec un art admirable l'ordre naturel de leur développement et les lois de leur production (i) ; mais il

(i) Nous rapporterons ce passage des lettres sur l'eticéphale , parce qu'il renferme indirectemeDt Tapologie la plus brillante qu'on puisse faire de l'anatomie pathologique , et qu'on y peut appre'cier avec justesse ce que l'histoire des maladies du cerveau doit à ce genre d'investigation.

« Fluxion ou congestion ce're'brale brusque, rapide, distension des vaisseaux, vertiges, ëblouissemens, ëtourdissemens, illusions d'optique, tintemens d'oreille, etc. Si elle est plus e'nergique et si les vaisseaux i-ësistent , coup de sang , paralysie ge'ne'rale , parce que l'injection vasculaire est générale ; mort prompte , ou disparition rapide des symptômes. Si dans l'intervalle de ces espèces d'accès les vaisseaux restent plus ou moins engorge's, ëtat de somnolence habituelle , stupeur, diminution des facultés intellectuelles. A la suite de ces fluxions re'pëte'es , dilatation habituelle des vaisseaux , affaiblissement de leurs parois. Si la congestion est plus e'nergique , ou concentrée vers un point du cerveau, ou que les vaisseaux résistent moins, kémorrhagiey épanchement de sang plus ou moins considérable , désorganisation et compression subite du cerceau: paralysie instantanée j apoplexie proprement dite. Si la congestion est moins rapide, plus continue, infiltration j espèce de combinaison du sang avec la substance cérébrale, épanchement de quelques gouttes de sang ; l'hèmorrhagie est incomplète , avorte'e , la congestion continue : ramollissement, désorganisation du cen^eau , e'tat interme'diaire à l'apoplexie et à l'inflammation ; la paralysie est moins rapide dans sa marche et accompagnée de symptômes nerveux. Si la congestion est encore plus lente, plus régulière ; d'abord, injection sanguine, symptômes d'irritation, convulsions, douleur, raideur, etc. ; ensuite altération de la substance cérébrale, engourdissement, paralysie successive des membres supérieurs, puis des inférieurs; enfin, désorganisation complète, résolution , flaccidité des membres comme dans l'apoplexie.

«Une première congestion brusque amène un épanchement sanguin : paralysie avec résolution ; plus ou moins long-temps après , nouvelles congestions, la présence d'un corps étranger augmente l'irritation, inflammation des parois du foyer, ramollissement consécutif :

( ^>8 ) est des cas , et en grand nombre, suivant M. Rostan , dans lesquels la maladie se présente sous un aspect tout particulier, et où rien n'autorise, ni l'étude dos symptômes , m celle des lésions organiques , à la considérer comme inflammatoire. Tantôt la substance cérébrale ramollie est d'un blanc plus mat , plus brillant que dans l'état sain , et ce ne peut-être alors ni du pus, ni du sang qui la pénètrent; tantôt elle est d'un rouge livide lie-de-vin, et présente exactement l'apparence de taches , d'ecchymoses scorbutiques; et, dans ces cas il n'a existé durant la vie des malades aucun signe de réaction ; il n'y a eu ni contracture , ni convulsions , ni douleur des membres , ni délire, ni symptômes fébriles; le malade s'est éteint sans présenter , en aucun temps de la maladie , autre chose que la diminution de la contractilîté et de la sensibilité, la paralysie, la stupeur, l'inertie de l'intelligence (s).

Quand les opinions ne seraient point encore partagées, nous ne nous bazarderions pas à prononcer entre le pro-

si le caillot n'est pas assez conside'rable pour ane'antir les fonctions de cette moitié du cerveau , contraction des muscles paralyse's , dou" leur, mouvemeus conyulsifs, etc., c'est-à-dire, symptômes conse'cutifs de ramollissement ou d'inflammation du cerveau. Si ce caillot est plus volumineux, et par conse'quent la compression du reste de riiemisphère plus considérable; alors maigre le ramollissement, c'est-à-dire l'inflammation des parois d . foyer, les fonctions de cette moitié' du cerveau e'tant ane'anties, point de phe'nomènes nerveux, point de symptôme d'irritation ce're'brale dans les parties paralyse'es : c'est le cas le plus commun dans les apoplexies. Ainsi le ramollissement du cerveau ou l'inflammation, pe t avoir lieu en même temps que l'he'morrhagie ce're'brale ou apoplexie, et par l'effet d'une même cause , la congestion pre'ce'der ou suivre l'e'panchement , être par conse'quent tantôt cause, tantôt effet. » (Lallemand f Op. cit. , p. 98. ) Ces re'sultats ont besoin d'être confirme's par de nouvelles observations; mais si l'avenir les ve'rifîe , combien l'anatomie pathologique ne se sera-t-elle pas ëlevëe au-dessus des chefs-d'œuvre de la me'decine antique ?

(i) Rostan , op, cit*, p. i65, 461.

(6o) fesseur de Montpellier et le médecin de la Salpélrière; et si l'on songe à la différence de leurs malades , il sera peutêtre permis de penser que ces deux excellens observateurs peuvent avoir également raison.

M. Laliemand ne s'est point borné à l'étude du ramollissement du cerveau. Poursuivant l'inflammation de ce viscère dans les désorganisations qu'elle entraîne à sa suite, il a donné, des abcès du cerveau , soit aio;us , soit enkystés, une histoire aussi neuve que complète (i).

Trois des internes des hôpitaux les plus distingués , MM. Délaye, Foville et Pinel Grandchamp, instruits à l'école de M. Rostan , crurent pouvoir annoncer, diaprés d'assez nombreuses observations, que la précision du diagnostic des maladies cérébrales pouvait être porlée beaucoup plus loin qu^on ne Pavait cru jusqu'alors. Ils établirent, dans un premier travail (2) que les troubles de l'intelligence dépendaient de la lésion de la substance grise ou corticale du cerveau, tandis que le dérangement des fonctions cérébrales relatives au mouvement, dépendait d'une altération de la substance blanche. Un second mémoire, publié Tannée suivante (3) , contient des observa-

(i) Page 438.

(2) Considérations sur les causes de la Folie — et sur le siège spécial de cette maladie, nouv. Journal de me'decine , oct. 1821 , p. 110.

(3) Recherches sur le siège spécial de différentes fonctions du systerne Jien^eux , par Foville et Pinel Grandchamp. Mars 1823. in-8°. On peut tirer, disent les auteurs, des observations et des expe'riences rapportées dans ces Mémoires , les conclusions suivantes : 1° Le cerveau est le siège de l'intelligence et de la motilite'. 2° Le corps strié et les fibres me'dullaires correspondantes à cette masse nerveuse, pre'sident auxmouvemens de la jambe. 3° La couche optique et les fibres me'dullaires auxquelles elle correspond, c'est à-dire celles du lobule poste'rieur tiennent sous leur dépendance les mouvemens du braS. 4° L'hémiplégie complète résulte d'une lésion également profonde des parties qui président aux mouvemens du bras et de celles qui président aux mouvemens de la jambe. L'hémiplégie incomplète ou

( 70 ) lions desquelles il résulte que dans les cas où le corps strié d'un côté était ramolli ou autrement altéré, le membre inférieur du côté opposé avait été paralysé , tandis que la paralysie du bras, au contraire, avait dépendu de la lésion de la couche optique opposée.

M. Serres et M. Lacrampe-Loustau soutinrent la même opinion et l'appuyèrent de leurs observations particulières.

Après avoir cité les recherches de MM. Pinel fds , (i) Gaudef (2) et Bouillaud (3) , sur l'endurcissement du cerveau; les observations de M. Sçoutetten (4) sur l'ulcération superficielle et sur l'hypertrophie de ce viscère , genre de lésion déjà étudié par M. Jadelot et par Laennec, {Journ. de méd. , juin 1806, ) et dont M. Dance a fait le sujet d'un mémoire intéressant , [Repert. cTanat» pathoL) il me sera permis de passer sous silence une multitude d'observations d'abcès , de ramollissemens , etc. consignées dans les journaux de médecine, et dont l'intérêt principal consiste ei) ce qu'elles ont confirmé les résultats exposés dans les ouvrages que nous avons fait connaître.

M. Bouillaud a su mettre à profit ceux de ces travaux qui renfermaient des vues neuves ou des opinions particulières, pour donner une monographie de l'encéphalite (5).

celle qui affecte inégalement le bras et la jambe, tient à ce que Falte'ration n'est pas porte'e au même degré dans la couche optique ou le corps strie'. 5° Le cervelet est le foyer delà sensibilité', et non, comme le pense M. Flourens, le re'gulateur des mouvemens.

(i) Recherches danatoniie pathologique sur l'endurcissement du système ner^^eux, Paris, 1822.

(2) Recherches sur l'endurcissement général de l'Encéphale considéré comme l'une des causes desjîèi^res dites ataxiques. Thèse inaug. i3 mai 1825.

(3) Archives de Médecine, T. VIII, p. 475.

(4) Archi^^es, T. VII, p. 3i.

(5) Traité clinique et physiologique de l'Encéphalite et de ses sui- ^ç;^ , etc», Paris , 1825. iiî-8.

Son livre ne se fiiitpas seulement remarquer parle nombre des observations propres à l'auteur , par beaucoup de méthode et de clarté , et , en général par l'excellent esprit dans lequel il est rédigé; plus qu'aucun de ses prédécesseurs , M. Bouillaud a fait des efforts pour localiser > si l'on peut ainsi parler, les symptômes des affections cérébrales (i). Nous devons signaler, en ce genre, ceux qui tendent à établir que la mémoire des mots, et la source de la faculté que l'homme possède de transmettre sa pensée au moyen de la parole, sont des attributs de la partie antérieure des lobes cérébraux, et leurs dérangemens plus ou moins complets des effets toujours proportionnés aux lésions de ces parties; les observations qui sembleraient prouver que dans le cervelet réside la faculté régulatrice des mouvemens volontaires. Toutefois nous ne dissimulerons point que parmi la multitude d'observations que nos recherches nous ont fait passer sous les yeux, il en est un assez grand nombre qui ne s'accordent pas avec les opinions

(i) On avait déjà fait depuis long-temps des tentatives analogues pour la localisation des symptômes des maladies cére'brales. Ferè compertum videtuVy dit Borsieri ( Inst. méd. prat. , T. III , p. 72 ) , ex anatomicoruin industriel , certis in cerehro sedibus aJJ'ectis certas in, corpore partes paralyticas reddi. jI compressis aiit aliter vitiatis nervoruin opticorum thalamis oritur amaurosis, siwe gutta serena , para" lysis nenipè nerworinn opticorum , et retinœ. M^illisius notauit si corpora striata aliquo modo lœdantur, crura motu et sensu priwari {De

anima hrutor, cap. IX.) Quod si caussa , ut interceptio sanguinis

in venis ad cerehri hasin , ners^os, qui indè ad linguam protendnntur comprimât, utplurimum aphoniam , et jactationes gignit , animadvertente Lancisio ( De subit, mortib. L. I, cap. VIII , ^§. IX, X). Imo si ad cerebri basin , cerebellumque descendat , nen^os que omnes inde egredientes obruat , eoque magis si ad Jieruorum usque ceruicalium , a quibus major pars cardiacorum prouenit originem propagatur , vita ipsa, motu nempè cor dis et thoracis penitus intercepto , penitus extirtr

guatur necesse est quod si injîstulam qua recoîiditur medullaspi-

nalis, irruat , et supremas prœsertim vertebras inundet , atqae occupet , paraplegiam gigni ferme omnibus persuasum est.

( 72 ) (le M. Bouilland, et qu'on admettant qu'il y ait eu dans bien des cas inattention dans i'examen des malades , inexactitude dans la description des symptômes, en reconnaissant même que les lésions simples et bien limitées de l'encéphale sont loin d'être communes , et que ce sont celles dont on trouve le moins d'exemples dans les auteurs, il resterait encore matière à bien des doutes.

De l' Apoplexie*

il a été question plusieurs fols dans l'article précédent , sur l'inflammation du cerveau et les principales altérations qu^elle entraîne à sa suite, de la perte plus ou moins complète du sentiment, et de la paralysie partielle ou générale. Nous avons donc traité , au moins en partie , de ce que tous les nosologistes du dernier siècle , et un bon nombre de ceux qui vivent encore, désignent sous le nom d'apoplex,ie. Nous ne voulons parler en ce moment que de Thémorrhagie intersticielle du cerveau (i). Ce n'est pas ici le lieu de discuter la question de savoir si les maladies comateuses , dysaesthétiques , paralytiques , considérées^ sous un point de vue plus philosophique que celui qui n'envisage que ieurs apparences extérieures , obligent le pathologisteà les distinguer en plusieurs classes essentiellement différentes , ou l'autorisent à n'y voir que des va-

(i) Est-il nécessaire de faire remarquer combien est impropre le nom d'apoplexie , pris dans cette acception particulière, et combien il est ridicule quand on l'emploie pour de'signcr une alte'ration analogue dans un autre organe que le cerveau? Nous avons dû nous en servir , parce que, dans les sciences, la nomenclature est elle-même de l'histoire. Et à ce propos, nous placerons ici une remarque qu'on aurait bien souvent occasion de répéter : c'est que, pour juger sans^ illusion du progrès des connaissances, il faut d'abord faire la part de ce qui n'est qu'un changement d'acception dans la valeur des irnols.

( 7^^ ) rîélés plus oa moins distinctes d'une afteclion idenlîque dans sa nature; nous n'examinerons même pas, pour lo moment, si c'est à l'anatomie pathologique qu'il faut demander la solution de ce problême ; quelque opinion qu'on ait à cet égard, on jugera sans doute que l'esprit et la méthode de la science dont nous étudions les progrès permettent ou prescrivent peut-être de classer à part les recherches sur l'apoplexie , et que l'importance de ces recherches, au moins pour le diagnostic , en réclame une exposition particulière.

Si l'on veut apprécier avec impartialité les progrès de l'anatomie pathologique dans la connaissance de l'hémorrhagie cérébrale depuis trente années , et déterminer avec précision l'influence de ces progrès sur ceux de la médecine pratique, il est juste de ne comparer les notions acquises sur cette hémorrhagie qu'avec celles qu'on s'était faites avant cette époque sur l'apoplexie sanguine. Long-temps avant le milieu du dernier siècle , Fréd. Hoffmann , éclairé par les observations de Wepfer et les siennes propres , considérait cette espèce d'apoplexie comme une affection distincte de toute autre, en traitait dans une section h part , et lui assignait , sous le titre d'Hœmorrhagia cerebrij les caractères suivans : Apopiexia quœ ab effusione cruorts in cerebro ex ruptis ibi , cltrà violcntiam extcrnam , vasculis , oritur, et subito fonctiones ani^nales et vitales qiioque pessurndat et extinguit. {Opp, omn., t. II , p. 240.)

Morgagni mit bien plus de précision qu'on n'avait fait avant lui dans la description de l'hémorrhagie cérébrale. Il détermina , avec une exactitude que les observations ultérieures ont confirmée, le siège le plus ordinaire de la maladie. Quoique moins avancé sur ce point que Brunner, Zeller et Camerarius, il donna une description exacte des cavernes qu'on trouve chez les sujets frappés autre-

fois d'apoplexie, et dont le nombre égale celui des attaques qu'ils en ont éprouvées.

La fin du siècle n'ajouta rien d'important aux travaux de l'illustre anatomiste de Padoue. Leurs résultats passèrent dans les traités généraux de médecine; dans ceux de Borsieri et de J. P. Frank, par exemple; mais beaucoup moins, il faut le dire, dans ceux qui parurent en France.

Jean Hunter pourrait bien être le premier qui ait observé le ramollissement de la substance cérébrale dans l'endroit où s'opère l'hémorrhagie. Baillie, qui rapporte cette remarque (i), ne dit point à quelle époque son maître l'avait faite. Est-ce ce dernier, ou le disciple luimême, à qui l'on dut de savoir que, chez la plupart des apoplectiques, les vaisseaux du cerveau sont rendus friables par le dépôt entre leurs tuniques d'une matière terreuse ou osseuse (2)? Il pensait que, sans cette altération, les hémorrhagies cérébrales seraient bien moins fréquentes.

Nous passerons sous silence plusieurs ouvrages publiés depuis le commencement du siècle avec la prétention d'enseigner du nouveau, mais ne contenant rien qui ne se trouve avec autant ou plus d'exactitude et de précision dans des productions antérieures. Qu'on ne prenne point pour un oubli de notre part de ne pas trouver ici même une simple indication de plusieurs ouvrages sur l'apoplexie dont nous ne contestons point l'importance; mais qui n'appartiennent qu'à l'histoire de la pathologie ou de la thérapeutique , et nullement à celle des progrès de l'anotomie pathologique. Dans l'ouvrage de M. Prost (3) %

(i) Baillie. A/iat. pnthol. i8o3 , p. 433.

(2) Baillie. Anat. pathoL p. 433.

(3) Médecine éclairée par l'obseruatioJi et l'ouverture des corps ï*aris, i8o4 y in-8.« , 2 vol.

( 75 ) publu^. en i8o4 , on trouve des remarques intéressantes sur la fréquente liaison des irritations gastro-intestinales avec l'apoplexie , et des observations , qui pouvaient encore passer pour neuves à cette époque, sur le ramollissement et les cavernes apoplectiques (i).

Ces cavernes, et même les cicatrices qui succèdent k leur oblitération , étaient bien connues de Marandel. Ce médecin , enlevé trop tôt à la science qu'il promettait d'enrichir, aurait sans doute décrit avec détail ces lésions du cerveau , s'il avait eu à tr aiter ce sujet d'ime manière spéciale ; mais ce n'est qu'indirectement qu'il a eu occasion d'en parler, et voici ce qu'on lit dans sa dissertation inaugurale (2) : « L'épanchement est peu-h-peu resserré sur lui-même par la concrétion du liquide qui le forme; les parois du foyer, qu'on voyait d'abord rouges, présentent une couleur jaune très-marquée; elles se rapprochent h mesure que le liqiiide diminue, au point de ne présenter, dans un temps plus ou moins long, que des parois de cavité qui se réunissent , et on ne trouve dans ce lieu qu'une tache jaune. J'^i trouvé quelquefois dans ces cavités un liquide légèrement jaune , sans saveur ni odeur, et toujours en très-petite quantité. »

Si l'on rapproche de ce qui précède quelques vues pathologiques consignées dans la thèse que nous avons citée

(i) (c On trouvait , à la partie postérieure de rhëmisphére droit, une cavité' de la grandeur d\ine petite noix , remplie de se'rosite' rousse , laquelle e'tait loge'e dans la substance me'dullaire et dans la corticale, desquelles une espèce de kyste très-mince la se'parait ; il semblait se continuer avec la pie-mère à la partie poste'rieure de la scissure de Sylvius : le cerveau avait dans cet endroit la même fermeté que dans le reste de son étendue; seulement, dans tout le contourde cette cavité, sa couleur était jaunâtre, w

{;i) Marandel. Essai sur les irritations. Paris, 1807, in-4.** p. 67

( 76 ) ailleurs de P. A. Dan de la Vauterie (i) , on aura un résumé à -peu-près complet de l'état de la science en 1807. J'ignore pourquoi on n'a point cité au nombre de ceux qui ont contribué à porter le diagnostic et l'anatomie pathologique de l'hémorrhagie cérébrale au point où on les voit aujourd'hui , l'auteur d'une excellente Dissertation sur l' apoplexie sanguine ^ soutenue à Paris le 5o mai 1811. M. Jean Rivière a su faire entrer dans un petit nombre de pages beaucoup plus de remarques neuves qu'on n'en trouve dans de gros ouvrages publiés à la même époque, et assez de foits pour servir de base aux opinions qu'il voulait établir. C'est de ces observations qu'il fait sortir, par une rigoureuse analyse , les caractères extérieurs , constans , ou variables , auxquels on reconnaît la maladie , et l'énoncé des lésions intérieures qui la constituent. En voici le résumé :

A. Invasion brusque, instantanée; perte plus ou moins complète de connaissance qui peut aller jusqu'à la stupeur la plus profonde; résolution d'un des côtés du corps, de la langue au moins, ou de tous les membres.

Pouls fréquent ou rare, petit ou grand, fort ou faible^ dur ou mou.

Respiration stertoreuse , ou seulement peu gênée ^ ou naturelle.

Fisagerouge, ou pâle , verdâtre , ou violet , jaune , Livide; pupilles immobiles y contractées ou dilatées , tê plus souvent mobiles,

B. Les symptômes que l'on observe dans l'apoplexie reconnaissent pour cause un épanchement de sang à l'extérieur du cerveau ou dans sa propre substance , produit par un déchirement des vaisseaux avec altération plus ou moins profonde de la pulpe cérébrale.

(i) Dissertation sur V apoplexie , oonside! ëe spécialement comme y effet d'une phleiimasi e de la substance ce'rëbralc. Paris, 1807, in-4.

M. Rivière regardait dans tous les cas répanchement de sérosité ( lorsqu'il existait avec l'apoplexie ) comme consécutif, et très-analogue à ceux que l'on voit dans la poitrine ou dans l'abdomen, à la suite d'une lésion organique de quelques-uns des viscères de ces cavités.

Tou« ces résultats sont plus précis, plus fixes que ceux qu'on avait donnés jusqu'alors.

Si quelqu'un peut se flatter d'y avoir encore ajouté, c'est assurément M. Rocheux. Dans sa ihèse, d'abord, soutenue en 1812 , puis dans ses Reekerclies sur l^ apoplexie ^ si connues et si dignes de l'être, il marqua, dès 181 5, les limites qu'on n'a guère dépassées depuis. C'est là qu'on trouve, pour la première fois, l'histoire complète du ramollissement du cerveau , considéré comme condition immédiate, nécessaire, de l'hémorrhagie. Nous avons indiqué ailleurs (1) la description que l'auteur donne de ce genre de lésion. 11 réussit , et ce devait être , mieux que Dan de la Vauterie et Rivière , à établir comme un principe qui ne souffre que de rares exceptions , que des signes constans , et facilement reconnaissables , correspondent toujours aux lésions qu'il avait si bien décrites, et que l'hémorrhagie cérébrale ne doit être confondue , par la communauté de nom , avec aucune autre maladie (2). M. Rocheux décrivit encore , mieux qu'on n'avait fait avant lui , les cavernes apoplectiques ; mais c'est Riobé (5) qui fit le mieux connaître tout ce qui se rapporte à leur formation, au développement de la mem-

(ij Ployez Farticle précèdent.

(2) C'e'taît là, sans doute, le moment de substituer une de'nomination particulière au nom d'apoplexie, qui sera long-temps une source de me'prise ou de discussions oiseuses.

(3) Observations propres a résoudre cette question : l'apoplexie daus laquelle il se fait un épancJiement dans le cerveau , est-elle susceptible de guérison ?

( 78 ) brane qui les tapisse , et aux changemens successifs /juî s'opèrent dans leur intérieur (i).

La thèse de M. E. Moulin (2) , soutenue en 1819 , résume avec précision les observations antérieures , et les confirme par celles de l'auteur, mais n'enrichit l'anatomie pathologique d'aucune acquisition nouvelle. Vers la même époque parut un travail qui semblait devoir refaire à neuf toute la science. Renverser d'abord le principe qui servait de base à toute doctrine pathologique de l'apoplexie ; dépouiller de toute importance la circonstance principale de la maladie, sur laquelle on eût jusqu'alors fondé le diagnostic; reconnaître à des signes spéciaux > sur le vivant > si l'aflbction avait pour siège les méninges, le cerveau, ou le cervelet; déterminer la partie de chacun de ces organes, le point précis de cette partie qui était affecté j et à quel degré ; ce n'était là qu'une partie des merveilles annoncées dans le mémoire de M. Serres (5). Et qu'on ne croie point qu'il s'agisse de vues théoriques

(i) Les conclusions de sa tl/èse sont : i.° que l'apoplexie dans laquelle le sang s'e'panche au milieu du cerveau est susceptible de gue'rison 2.° Qu'il se développe quelquefois une membrane particulière autour du sang e'panche'. 3.° Que cette membrane sc'crète un fluide se'reux qui baigne et dissout le sang e'panche'. 4-° Q»^^^ 1^ sang ainsi dissous est re'sorbe' par les vaisseaux de la membrane accidentelle, et qu'il finit par être repris en entier. 5.° Qu'un grand nombre de paralysies , dont le sang épanche' dans le cerveau est la cause matérielle , disparaissent peu à peu , à mesure que ce liquide est résorbe.

(•2) Dissertations sur V apoplexie, ou hémorrhagie cérébrale, considérations nouvelles sur les hydroce'phales, description d'une hydropisie cérébrale j)articulière aux vieillards. Paris, 18 19, in-4.° et in-8.^

(3) Essai d'une nouvelle division des apoplexies , dans V Annuaire médico-chirurgical des hôpitaux de Paris. Paiis, 1817 , in-4«° -^etherches sur les maladies organiques du cervelet , dans le Journal de physiologie de M. Magendie. Tome ÏI , pages 172 et 249.

( 79 ) établies sur les espérances de ravenir bien plus que sur rcxpérience du passé : tout ce que M. Serres exposait, il l'avait vu; toutes ses distinctions, il les avait faites dans sa pratique avant de les exposer dans son mémoire. Dans je ne sais combien de centaines d'apoplecti([ues qu'il avait vus, dans une foule d'expériences auxquelles il avait soumis des animaux des diverses classes, il avait rencontré ou produit des cas de toutes les espèces. Pour arriver h de tels résultats, il fallait, dit J. P. Frank, du tonde l'incrédulité , il fallait véritablement des yeux de lynx; et comme l'auteur ne pouvait communiquer les siens en même temps que ses observations, les médecins qui ont voulu vérifier ces dernières n'ont pu voir ce qu'avait vu M. Serres. MM. Jerm Jacques Tallard (i) et Magendie répétèrent ses expériences sur des animaux, et obtinrent des résultats opposés; des observateurs fort exercés eurent occasion de mettre h l'épreuve les caractères distinctifs de quelqîies apoplexies , non tels sans doute que les saisissait le tact médical de M* Serres, mais tels qu'il les avait exposés, ils les trouvèrent en défaut; des lecteurs scrupuleux voulurent remonter aux sources indiquées par M. Serres , et étudier dans les originaux les observations qu'il avait empruntées à divers auteurs, ils les y trouvèrent quelquefois un peu différentes de ce qu'elles étaient dans V Annuaire des hôpitaux ; et quand M. Serres les avait traduites d'une langue étrangère , ils entendirent assez souvent le texte un peu autrement que lui.

Quoi qu'il en soit de ces dissidences, que l'histoire doit faire connaître, mais dont nous ne saurions dévoiler les causes, le mémoire de M. Serres doit fixer l'attention de

(i) Considérations sur la natiirs de l'apoplexie, suiines de quelques réflexions sur le traitement de cette maladie; thèse soutenue à la Faculté de Médecine de Paris le 3o décembre 1820,

( 8o ) tous les praticiens, et provoquer de Ie»ir part des recherches sur toutes les questions qu'il soulève. Est-il vrai , par exemple , que la compression qu'exerce sur le cerveau la matière d'un épanchement sanji;yin , opéré subitement, ne soit pour rien dans la détermination de l'état comateux d'un apoplectique ? L'assertion qu'en donne M. Serres a trouvé un adhérent dans Abercrombie (i) , mais autant d'opposans que de médecins qui ont eu occasion d'en par* 1er, soit en France soit à l'étranger, celui-là seul excepté» Les dix années qui viennent de s'écouler n'ont point été , pour l'objet qui nous occupe , une époque stérile; on a publié une multitude d'observations d'apoplexies : les recherches sur le ramollissement inflammatoire du cerveau ont jeté du jour sur la pathologie des hémorrhagies de ce viscère , et nous l'avons déjà dit ailleurs ; plusieurs dissertations intéressantes sur l'apoplexie (2) ont vu le jour dans l'intervalle de temps dont nous par - Ions; mais nous n'y trouvons rie.'i qui puisse arrêter les regards de celui qui n'y cherche que des découvertes d'anatomie pathologique.

Maladies des enveloppes du cerveau,

i. C'était une opinion très-répandue dans l'antiquité, et peut-être la plus généralement adoptée, que le délire reconnaissait pour cause l'inflammation des méninges. Les discu.^sions fréquentes des médecins des derniers siècles, qui n'admettaient pas cette manière de

(1) Pailiol. atid pract. research. on dlseas. of the brain and s pin. Edimbourg, 1828, in-8.<^ 2.*^ part.

{p.) Nous citerons , par exemple , la suivante : Essai sur l'apoplexie, thèse soutenue le 7 août 1823 par J. G. Yitry. Beaucoup d'autres sont intéressantes, mais sous d'autres rapports que celui cïe Fanatomic ])îiîbolor:'.(fne.

( 8i ) Voir, prouvent que les avis ont de tout temps été parlagés , et les résultats en apparence contradictoires fournis par les autopsies , à une époque où on n'avait pas encore appris à tenir compte de quelques nuances fugitives des symptômes , ne pouvaient faire cesser cette dissidence.

L'exposition historique que fait Pinel des opinions des principaux médecins du XVIII. ^ siècle, qui se sont occupés do ce sujet , est assez exacte , quoique insuffisante et incomplète. Pour éviter des répétitions, nous nous bornerons à y renvoyer le lecteur; il y trouvera de quoi se convaincre de l'état d'incertitude auquel on était réduit dans le plus grand nombre des cas.

Ce n'est que de nos jours , et dans l'espace de temps dont nous avons à apprécier les travaux , que l'étude du siège de la phrénésie^, se liant à un système général de localisation, a été poursuivie avec constance, et est venue témoigner pour sa part de l'utilité des recherches d'anatomie pathologique. Les symptômes si bien décrits par Cœlius Aurelianus , et même par Hippocrato, sous le nom de phrénésie , étant donnés, quel est l'organe dont la lésion détermine l'agitation et Le désordre intellectuel qui caractérisent la maladie? Telle est la question qu'on s'est faite; et l'on peut dire qu'aujourd'hui la réponse est à-peu-près unanime. C'est dans les méninges qu'on place le siège du mal , dans l'arachnoïde et la pie-mère surtout, et dans le tissu cellulaire qui les sépare. De là le nom d'arachnoïdite , qui ne convient peut-être à aucun cas, et celui de méningite. Les médecins étrangers ne sont pas ceux à qui la science a le plus d'obligations pour les lumières dont ce sujet vient d'être éclairé ; les travaux des médecins français ont été foits sous la direction, ou du moins sous l'influence de Pinel , de Bichat , et plus tard de M. Récamier. Nous allons en donner un résumé

rapide. Dans une thèse soutenue en 1802 (1) , M. Lavergne Lacombe, après avoir décrit trois espèces de phrônésie , l'îdiopathique , la métastatique et la sympathique, les rapporte à l'inflammation des méninges^ et les distingue de l'inflammation du cerveau. Du reste, cette thèse ne contient qu'un fait propre à l'auteur, qui discute en général plutôt les opinions du siècle précédent qu'il n^en fournit lui même de nouvelles. L'année suivante, Herpin (2) , considérant l'inflammation des enveloppes du cerveau comme essentiellement distincte de celle de ce viscère, et rapportant à la première de ces phlegmasies le délire des phrénétiques, proposa positivement d'abandonner le nom de phrénésie , qui ofi're beaucoup trop de prise aux suppositions, et d'adopter celui de méningite. Herpin fît un examen companUifdes symptômes de cette maladie et de ceux de l'encéphalite , et il rapporta , à la suite de ce parallèle, seize observations, dont huit appartiennent à la méningite simple et huit autres à la méningo-céphalite. Ces observations , qui ne sont pas toutes également précises , sont la plupart tirées des écrivains antérieurs, Pott , Morgagni et autres.

Pinel exprime parflûtement l'état dMncertitude où se trouvait la médecine à cette époque (3j. Il serait bien utile , dit-il , en commençant l'ordre des phlegmasies des membranes séreuses par celle des méninges , de constater, par une suite de faits , les lésions précises de l'entendement , qu'entraîne une pareille phlegmasie considérée indépendamment de toute autre, en s'éclairant de l'autopsie cadavérique. Mais au lieu de pouvoir produire un

(1) Essai sur la phrénésie. Paris.

(2) Thèse sur la méningite. Paris , i8o3 , in-8.°

(3) Wosog. philos. , 2.^ édition, Paris, i8o3 , T. II, p. 180.

( 83 ) |)areil tableau, quelle confusion no trouve-t-on point dans les écrits de médecine, soit par l'indication de certains délires ou phrénésies purement symptômatiques , soit par des lésions de l'entendement qui correspondent à certaines lésions simultanées de la dure-mère, de l'arachnoïde , de la pie-mère , de la substance du cerveau , soit enfin par la variété des symptômes qui accompagnent séparément l'une et l'autre de ces lésions, comme délire , affection comateuse , mouvemens convulsifs , hémiplégie , etc. !

Dans sa thèse soutenue en 1817, M. Deslandes pénétra plus avant que ses prédécesseurs dans les difficultés du sujet. Il admet et décrit jusqu'à sept variétés de méningites , mais il ne dit pas précisément si ces variétés tiennent à des différences dans le siège de l'inflammation, à la convexité plutôt qu'à la base, dans le crâne plutôt que dans le rachis. Sa thèse contient douze observations, dont trois se rapportent à l'hydrocéphale interne.

Ce ne fut qu'en 182 3 que MM. Parent-Duchalelet et Martinet se hasardèrent à traiter ce sujet sous toutes ses faces , et à donner une histoire complète de l'inflammation de Tarachnoïde cérébrale et spinale. Leur ouvrage , qu'on peut considérer comme contenant la doctrine de M. Récamier , renferme jusqu'à cent quarante observations recueillies la plupart par eux-mêmes. Il nous est impossible d'exposer ici tous les résultats auxquels ils sont parvenus. Nous dirons seulement que ce qui caractérise leur important ouvrage , c'est d'abord qu'on s'efforce d'y préciser les symptômes qui appartiennent aux affections du cerveau, et ceux qui caractérisent l'inflammation de ses enveloppes ; puis d'avoir cherché à démontrer par des faits que la phlegmasie de chacune des principales portions de l'arachnoïde manifeste son existence

( 8i ) par des signes parLiculiers( i ) ; que le délire et l'agitation correspondent à Celle de la convexité , l'obtusion des sens et la somnolence à celle de la base; que l'arachnitis générale se distingue également des phlegmasies partielles. Ils reconnaissent enfin une arachnitis spinale; mais, comme nous le verrons plus loin , il ont confondu ensemble l'inflammation de la moelle et celle de ses enveloppes , et ont rapporté, à la lésion de l'arachnoïde, des symptômes quî ne lui appartiennent pas. On peut du reste, comme nous allons le voir bientôt , leur adresser un reproche analogue pour n'avoir tenu compte que de l'état de l'arachnoïde , dans l'étude des enveloppes du cerveau.

Le seul auteur qui ait publié, depuis MM. Parent-DuchateletetMartinet,un traitéspéciaisurla méningite, M. Senn(2) n'a point évité complètement ce défaut, quoiqu'il ait cherché , dans plusieurs cas, à faire ressortir la gravité des lésions de la pie-mère, et du tissu sous-séreux qui l'attache à l'arachnoïde. Du reste , son ouvrage étant fondé sur des observations recueillies chez des enfans , forme un supplément nécessaire au précédent. Quoique l'auteur adopte partout la distinction de l'arachnitis en celle de la convexité et celle de la base , et qu'il les caractérise Tune et l'autre dans son résumé général, par les mêmes signes que leur ont assignés MM. Parent-Duchatelet et Martinet , nous devons dire qu'un bon nombre de ses observations contredisent ce principe , et qu'il reste encore à ce sujet bien de l'incertitude.

II. Il s'en (aulhien que r arachnitis soh la seule maladie des enveloppes de l'encéphale; mais jusqu'ici les lésions aussi variées que nombreuses qu'elles peuvent présenter

(i) Op. cit,, p. 204 , 207, 229.

(2) De la Méningite aiguë des enfans, etc. Paris, 1825, in t.

( 85 ) n'ont point clé décrites dans leur ensemble. 11 en est même plusieurs dont l'existence est à peine indiquée conjme possible, quoique les archives de la science en contiennent assez d^exemples pour qu'on pût espérer, avec du temps et de la patience, d'en tracer une histoire assez étendue. C'est là ce qui nous engage à consigner ici l'extrait d'un mémoire important que M. Ménière a eu la complaisance de mettre à notre disposition. Ce travail, qui valut à son auteur la médaille d'or des hôpitaux , en 1827 , et qui forme un traité presque complet des maladies du centre cérébro-spinal et de ses enveloppes , est basé sur plusieurs centaines d'observations recueillies à l'Hôtel-Dieu par M. Ménière lui-même, pendant un internat de quatre années. 11 est peu d'observations récentes d'anatomie pathologique qui n'aient été répétées par M. Ménière , peu de remarques relatives au diagnostic qu'il n'ait eu occasion de vérifier. L'extrait de son travail sera donc un aperçu à-peu-près complet des découvertes dont cette partie de la médecine s'est enrichie dans noire siècle. L'auteur examine successivement les lésions de chacune des enveloppes de l'encéphale, depuis les os du crâne jusqu'à la pie mère; nous le suivrons dans les principales divisions de son ouvrage , mais nous écarterons ce qui se rapporte aux maladies qui étaient bien connues il y a trente ans.

A la suite de la suppression brusque d'une blennorrhagie, M. Ménière a trouvé, entre le crâne et la dure-mère, des tumeurs arrondies disposées suivant le trajet des principales branches de Tartère méningée moyenne ; elles avaient le volume d'un pois et contenaient du pus concret. Tout le système lymphatique central était altéré de la même manière. La dure-mère ne lui a jamais présenté d'injection ramiforme ou de plaques , suite de phlegmasie aiguë ou chronique ; mais il a trouvé une fois cette

membrane parsemée d'une immense quantité de petits disques lenticulaires, fibreux, très-durs, et légèrement saillans à sa face externe. La table interne des os du crâne était crib'ée de petites excavations correspondantes. Il a rencontré une fois aussi, dans les sinus veineux, plusieurs petites concrétions dures et arrondies , du genre de celles qu'on a nommées phlébolithes , et fréquemment des caillots fibrineux plus ou moins organisés. Nous devons rappeler à cette occasion que M. Tonnelet , élève interne des hôpitaux , a lu dernièrement à l'Académie royale de Médecine , un mémoire fort intéressant sur les maladies des sinus cérébraux. Il a étudié les altérations de leurs parois , et celles du sang qu'ils contiennent. Il a fait voir que ces conduils s'enflamment , suppurent , s'oblitèrent par l'accumulation d'un fluide plastique et de concrétions polypiformes (i).

Entre la dure-mère et le feuillet externe de l'arachnoïde existe une couche fort mince d^un tissu cellulo-vasculaire très-serré. Les vaisseauxqui le parcourent ne reçoivent de sangrougequedansl'étatmorbide.C^està l'engorgement de ces vaisseauxqu'est duelarougeurarborisée ou par plaques que l'on aperçoit à la face interne de la dure-mère. Dans ces cas le tissu cellulaire inter- membraneux a toujours perdu de sa cohésion , et les deux membranes peuvent être séparées sans beaucoup de peine. M. Ménière y a vu de petits épanchemens lenticulaires , et trois fois des épanchemens apoplectiques fort considérables. Il n'y avait pas d'altération appréciable des membranes séreuse et fibreuse , qui étaient décollées dans un espace de plusieurs pouces de diamètre , le tissu cellulaire intermédiaire seul était

(i) Le travail de M. Tonntlel est ie résumé de i5oo ouvertures.

( 8/ ) injecté en rouge et raiiioili. Howship (i) avait déjà publié une observation analogue; nous en avons trouvé quelques autres dans divers recueils, et M. Serres en a consigné une dans son Mémoire sur les apoplexies (2).

Un examen attentif plusieurs fois répété a prouvé à M. Ménière que les plaques cartilagineuses osseuses ou même pétrées que l'on rencontre si souvent dans la faulx

(i) Op. supra citai,

(2) Annuaire des hôpitaux , p. 3o3. Un ecclésiastique âgé de 63 ans, avait eu dans le cours de sa vie plusieurs menaces d'apoplexie. Le 7 janvier i8i4 , après s'être expose long-temps nue-tête à Fair , il se coucha , se plaignant d'e'prouver une douleur de tête sourde et un e'tat d'ivresse qu'il n'avait jamais ressentis. Le lendemain il présentait l'état suivant : la face était décolorée , la respiration rare , entrecoupée , courte ; le pouls très-fréquent et en même temps très-petit ; dans certains momens la respiration manquait tout-à-fait , et, ce qui s'observe assez rarement, la face ne perdait nullement sa pâleur.

Les sinapismes, les sangsues aux jugulaires furent sans effet. Le soir, la face , le nez , les extrémités supérieures et inférieures étaient glacés ; la respiration était continuellement stertoreuse , le pouls d'une petitesse et d'une fréquence qui permettaient à peine d'en compter les pulsations. Depuis l'attaque, le malade avait été plongé dans un état comateux , dont rien n'avait pu le tirer. Mort à huit heures et demie du soir. Ouverture du cadavre vingt-huit heures après la mort. Face colorée , violette , principalement du côté droit , côté sur lequel avait eu lieu le décubitus du cadavre. La peau du crâne enlevée , on voyait s'écouler des gouttelettes sanguines provenant des canaux veineux des os du crâne. Celui-ci ouvert, et la dure-mère incisée , il s'écoula environ huit onces d'un liquide sanguinolent qui était interposé entre la dure-mère et l'arachnoïde ; ce sang était fluide , sans caillots ; exposé à l'air et par le repos , il ne se forme point de coagulum , la pie-mère était très-rouge , ses vaisseaux trèsdilatés , etc.

Quoique nous ayons cru devoir rapporter cette observation , nous ne pouvons passer outre sans faire remarquer que la description du siège de l'épanchement est bien incomplète, et que, dans la bouche de tout autre que d'un habile anatomiste, l'absence de détails graphiques pourrait jeter quelque incertitude sur cette description si courte Le sang était interposé entre la dure-mère et l'arachnoïde.

cérébrale ou la tente du cervelet , ont leur siège primitif dans le tissu cellulo-vasculaire sous-séreux. La présence de ces corps étrangers donne lieu à Tatrophie de l'arach^ noïde qui les revêt , et à l'usure de la dure-mère qui leur prête un appui, de la même manière que les concrétions tophacées des artères détruisent les tuniques des vaisseaux qu'elles ont envahi. C'est encore la même couche cellulovasculaire qui paraît être le siège des tumeurs connues sous le nom de fongus de la dure-mère. M. Ménière a vu une énorme masse encéphaloïde qui s'était développée dans cette couche inter-membraneuse : la dure-mère était saine ; le feuillet séreux avait été écarté lentement , et le fongus en était enveloppé dans les trois-quarts de sa circonférence. Le fongus ayant le volume d'un œuf de poule , s'était creusé une loge dans l'hémisphère cérébral , sans cependant contracter d'adhérences avec lui. Dans un second cas, la tumeur, ayant la grosseur d'une balle de pistolet, était également située entre les deux membranes non altérées. C'est ici le lieu de citer un cas observé par M. Dance , dans lequel le corps pituitaire était remplacé par une masse cancéreuse.

M. Ménière a va plusieurs fois des caillots sanguins dans la cavité de l'arachnoïde. Ils étaient étendus sous forme de membranes , et deux fois sur trois le caillot adhérait au feuillet pariétal qui était pointillé en rouge vif. Les malades avaient succombé avec des symptômes apoplectiformes. Bang , dans le recueil d'observations que nous avons cité plusieurs fois , rapporte un cas analogue fort remarquable , et M. Serres , qui en a fait une espèce du genre des apoplexies méningées , en a publié ou indiqué plusieurs autres. Ce médecin assigne pour caractère à ces apoplexies de ne présenter dans leur cours aucun symptôme de paralysie.

Les épanchemens purulens à la face interne de l'arach^

( 89 ) noïdc sont rares (i). Dans quatre cas observés par M. Méliière, les seuls qui se soient présenlésà lui sur plus de 5oonécropsies, le pus , réuni en petites collections circonscrites , se trouvait au voisinage et dans la direction des troncs veineux; il n'y en avait pas sur le trajet des artères. Le feuillet pariétal offrait, comme dans les cas d'exhalation sanguine, un beau pointillé rose, avec addition d'une couche plastique , qui rendait la séreuse plus épaisse ; rien de semblable n'existait sur le feuillet viscéral. Nous répétons que les cas de ce genre , de même que les adhérences entre ces deux feuillets, sont fort rares, et qu'on a souvent décrit sous le nom d'arachnitis purulente , l'inflammation de îa pie-mère et du tissu cellulo-vasculaire sousséreux. Ce qui en a imposé en pareil cas , c'est la transparence de l'arachnoïde qui permet d'apercevoir les corps sous jacens, et la facilité avec laquelle cette membrane prend la teinte des organes conligus, ou peut s'imbiber de sang. L'arachnoïde augmente d'épaisseur sans que cela soit dû à la juxtà-position de fausses membranes , comme cela arrive en général pour les autres tissus de même ordre. Elle perd en même temps sa transparence; mais

(i) Nous lisons cepetidant dans la thèse d'un excellent obserTateur , M. Reynaud, le passage suivant qui n'est que l'expression du re'sultat de ses propres recherches : (c II n'est pas rare de rencontrer dans les ouvertures de cadavres, l'arachnoïde pre'sentant des altérations notables qui n'existent qu'à la surface parie'tale. Lorsque , après avoir incise' la dure-mère on en examine la surface interne avec attention, on la trouve enduite d'une couche pseudo-membraneuse , le plus souvent de couleur jaunâtre , tantôt presque liquide ou puriforme, tantôt semblable à une membrane extrêmement mince, lisse , facile à enlever au moyen d'un le'ger grattage, sans tr^ce d'organisation , ou parcourue par de très-petits vaisseaux sanguins. Dans ces cas, le feuillet de l'arachnoïde qui revêt les hemi" sphères paraît entièrement sain. )> (Propositions d'anatomie patholo gique et de diagnostic médical. Thèse soutenue le 1 4 juillet 1829.)

( 9^> ) elle conserve son poli de telle sorte que l'altération paraît exister surtout ^ sa face externe. Dans des cas d'inllanimation très-aiguë et générale de la pic-mère , l'arachnoïde, amincie par suite du volume qu'avait pris le tissu sousjacent , était tellement friable qu'elle se déchirait au moindre contact. Il y avait en même temps un état de sécheresse fort remarquable. Dans les phlegmasies chroniques des méninges , au contraire , la séreuse était opaque , grisâtre et très-dure.

La pie-mère est, de toutes les parties contenues dans le crâne, celle dont les lésions sont le plus nombreuses ; elles jouent le principal rôle dans les maladies cérébrales , et trop souvent on a attribué à l'arachnoïde ce qui n'appartenait qu'à la membrane vasculaire. Les artères qui la parcourent ont présenté fréquemment des plaques stéatomaleuses ou cartilagineuses, des ossifications ou des concrétions calcaires. En tirant avec précaution les nombreuses branches qui pénètrent directement de bas en haut dans le plancher des ventricules latéraux , on voit ces ar^ tères sortir tortueuses, inégales, pleines de nodosités et détaches jaunes. Nous avons déjh dit que c'est-làla source la plus fréquente des apoplexies. L'inflammation des veines n'est pas fort rare; elles se présentent alors épaissies, opaques, entourées d'une gaine de pus concret, d'où l'on peut facilement les extraire, le vaisseau se dépouillant de ses adhérences, comme cela arrive pour une anse d'intestin , dans un cas de péritonite.

La pie-mère est souvent aflectée d'inflammation, et les caractères anatomiques de cette maladie varient comme sa marche et ses symptômes. Quand la phlegmasie n'a duré que peu de temps , le rouge vif qui la caractérise s'accompagne d'un double état de sécheresse et de friabilité de la membrane qui pourrait facilement échapper à l'observateur s'il n'en était prévenu. Si la phlogose s^est

(9' ) prolongée, il y a infiltration de lymphe plastique , épnii^sissement; la friabilité se retrouve encore. Enfin, si l'inflammation a été très-violente, et qu'elle ait duré huit jours , quinze jours et plus , on trouve alors la pie-mère remplie de pus jaune ou verdâtre, les prolongemens qui s'enfoncent entre les circonvolutions ont pris un volume considérable. La membrane est épaisse , résistante , on l'enlève en larges lambeaux, et même en totalité, ce qui est dû en partie à l'extrême friabilité des rameaux artériels qui pénètrent dans le cerveau.

Les irritations chroniques ou inflammations lentes de la pie-mère sont accompagnées de l'hypertrophie de cette membrane; en même temps l'arachnoïde a pris plus da consistance , et le tissu cellulaire placé entre elles se remplit de sérosité limpide. Cet état , très-commun chez les aliénés, a toujours été considéré comme le résultat d'un arachnitis; M, Ménière regarde au contraire comme démontré qu'il dépend: d'une inflaïaamXion de la dure-mère. Un état opposé à celui dont nous venons de parler, c'està-dire, une véritable atrophie de la pie-mère , se rencontre chez ces vieillards que Page ou les maladies ont fait tomber dans une imbécillité absolue. Ces malheureux s'éteignent lentement , et présentent à peine dans les derniers jours de leur vie un état soporeux que l'on attribue à des congestions séreuses ou sanguines. On trouve le cerveau flétri, d'un vohime moindre que la capacité du crâne; l'arachnoïde est plus ou moins épaisse et assez dure; mais la pie-mère a perdu la plus grande partie de son épaisseur. Elle est réduite à quelques filamens vasculaires d'une excessive ténuité , privés de sang pour la plupart.

Nous terminerons ce que nous avons à dire des maladies des méninges , par le résumé d'un cas fort c(irieux observé par M. Menière. Il s'agit d'un fungus, hœmatodes

( 9-2 ) qui avait envahi une multitude de points de l'encéphale. Il y avait cela de remarquable , que chaque tumeur formée par une intrication de petits vaisseaux en forme de houpe , tenait aux prolongemens de la pie-mère, et paraissait une dépendance de cette membrane. Ces masses , dont quelques-unes avaient le volume d'une noix, s'étaient creusé des cavités profondes dans le cerveau , mais chacune d'elles conservait une communication évidente avec la pie-mère , de telle sorte qu'en enlevant cette dernière, la tumeur fongueuse suivait immédiatement. Ces tumeurs , que le docteur Carswell a représentées dans un beau dessin , contenaient en outre une énorme quantité de matière mélanique diffluente , analogue à la matière colorante du sepia. On trouva chez le même sujet plusieurs tumeurs en tout point semblables à celles du cerveau. Elles occupaient le bord libre du grand épiploon , et conservaient des rapports très-intimes avec les vaisseaux de cette membrane. Il y en avait également sur la muqueuse de l'estomac , sur le bord de plusieurs ulcérations situées dans l'iléon , et enfin autour du conduit auditif gauche qui était rempli par des tubercules encéphaloïdes.

Tous ces détails a natomico -pathologiques sont pleins d'exactitude et de précision ; par malheur on est forcé de dire, avec un médecin que nous avons déjà cité, M. Reynaud, que « dans l'état actuel de la science il n'existe aucun symptôme qui , isolé ou même réuni à d'autres , puisse devenir un signe certain d'une lésion déterminée du cerveau et de ses membranes , et à l'aide duquel il soit possible de parvenir à la connaissance de la nature * et du siège de la lésion qu'on y rencontre après la mort, x

Hydrocéphale aiguë.

Il est peu de maladies dont la connaissance positive date d'une époque moins reculée que celle de l'hydrocéphale. Ettmuller (i) a eu tort, il est vrai , de prétendre qu'avant Vesale on n'avait connu sous ce nom qu'une infiltration du tissu cellulaire épicranien; car il est certain qu'Hippocratc (2), Galien(3), Paul d'Égine (4),Albuca-sis et Guillaume de Salicet, étaient presque aussi avancés que l'illustre régénérateur de l'anatomie, dans la connaissance de l'hydropisie intra-cranienne ; mais ce n'est que beaucoup plus tard qu'on a eu des idées exactes sur la maladie; et jusqu'à Sauvages, Rob , Whytt (5) et Fothergill (6), à peine trouve-t-on quelques observations isolées sur l'hydrocéphale aiguë.

Il faut réunir les observations de ces deux derniers médecins pour avoir une description à-peu-près complète de la maladie ; car la marche que lui assigne Rob. Whytt prouve qu'elle ne s'est montrée à lui qu'à l'état sub aigu , tandis que Fothergill l'avait toujours vue marcher avec assez de rapidité pour être tenté de mettre en doute l'exactitude des observations de son compatriote. Il résulte de leurs recherches, ainsi que de celles de Wil. Watson (7), qu'à l'ouverture des cadavres on trouve les ventricules latéraux , et même les troisième et quatrième ventricules du cerveau , distendus par un li-

(i) ColL pract., T. II , L. I, § 21 , ch. 3 , art. 3.

(2) Lib. II. De Morhis, cap. VI, Hipp. opp. T. II . p. 61. Ed. Pierer.

(3) Finition, niédic*

(4) Lib. VI , cap. 3.

(5) Voyez Obseri^, et Recherches des Médecins de Londres, trad. par CauUet de Veaumorel.

(6) Diss. trad. par Bidault Devilliers.

(7) Obserç, et Rech. des méd. de Londres,

( 94 ) fjîiide transparent , incolore , incoagulable par la chaleur et les acides minéraux , et s^évaporant sans laisser de résidu. Les parois ventriculaires, dans un état de flaccidité , présentent une apparence de bouillie. En coupant le cerveau par tranches, on voit apparaître un nombre considérable de points rouges. Whytt a rencontré une fois , dans l'épaisseur d'une couche optique , une tumeur volumineuse , d'une consistance assez ferme et de couleur jaunâtre. Ces résultats sont d'accord avec ceux obtenus par Th. Percival, Ludwig ()) et Quin (2); quoique ce dernier ne pense point comme les autres sur la nécessité ^ ou même sur la fréquence de l'épanchement dans les ventricules.

Odier (5) a vu dans un cas l^épanchement si considérable, que le liquide s'était creusé, de chaque côté des ventricules , des sinus très-profonds dans la substance médullaire; dans un autre cas, la sérosité était renfermée dans une hydatida de la grosseur d'une petite pomme , percée par un trou rond , et logée dans le ventricule droit, sans aucune adhérence ; ensorte qu'au moment où l'on ouvrit le ventricule , elle glissa et tomba à terre. Le sujet de l'observation était un homme de 55 ans, et les symptômes n'avaient point été précisément ceux de l'hydrocéphale. Un malade, que M. Odier avait guéri , étant mort un an après d'une autre maladie , ce médecin en fît Touverture. Il était curieux de voir si l'on pourrait retrouver

(i) De H f drop, cerebri pueroriun. Leipzick, 1774 ■> in-4°- I^ecjis. in Baldinger, Sylloge opusc. , T. II.

(2) Diss. de Hfdrocephalo interno. Edimbourg, 1779,111-8''. Treatise on the Dropsi of the Brain, Londres, 1791, in-4°« La nature de la maladie consiste , selon Quin , dans une congestion sanguine active.

(3) Mém. sur l'Hydrocéphale interne. Soc. Pioy. de Me'd., ann. 1779. 3Iém. , j). ig4.

(95) dans le cerveau c]jiei(jiies traces de l'hydrocéphale; mais après rexainca le plus miaalieux et le plus exact , il n'en trouva aucun vestige; tous les ventricules étaient à sec et de grandeur naturelle (i). Ce renseignement a toute l'authenticité désirable ; car Odier connaissait fort bien et a parfaitement décrit la maladie. C'est lui qui a le premier fait connaître celte espèce A^ oscillation convulsîve ^ par laquelle la pupille se resserre à l'approche d'une vive lumière, pour se relâcher bientôt après , quoique la bougie reste placée en face du malade. Il a aussi insisté sur les mouvemens convulsifs du globe de l'œiL

Ceux qui considèrent l'hydrocéphale comme une simple méningite n'ont pas assez rendu justice à Baumes , qui , plus de quinze ans avant le commencement de ce siècle , avait soutenu d'une manière positive la nature inflammatoire de la maladie , et pressenti le siège qu'elle occupe dans une membrane qui n'était encore qu'imparfaitement connue (2).

Les recherches d'un foule d'observateurs distingués , les investigations anatomiques , les théories même qu'on avait hasardées sur la nature de la maladie, avaient répandu , dans le monde médical , des notions assez étendues sur l'hydrocéphale aiguë ; mais le diagnostic de cette

(i) L'histoire de Fhydroce'phale de ce malade se trouve dans le Mémoire d'Odier, p. 224.

(2) Cette idée consigne'e dans un travail qui fut offert à la Soc. des Se. et B.-Lett. de Montpellier vers 1783, fut reproduite, par l'A-uteur , dans un Me'nioire sur la constitution me'dicale des saisons, couronne par la Soc. Roy. de Me'd. de Paris, f^oy. Annales de la Soc. de Méd. de MontpeU. T. I, p. 21. On trouve dans le tom. VI de ce Journal un Me'moire de M. Gondinet sur l'hydrocëpliale interne, où l'on remarque une assertion singulière de l'auteur qui déclare la maladie plus fréquente chez les adultes que chez les enfans ; et une observation qui serait curieuse, si la description des symptômes n'etaJé copiée , presque mot pour mot , de R. Whytt ! !

( 9^ ) affection redoutable était encore loin d'avoir acquis asse:^ de précision pour la faire reconnaître et permettre de l'attaquer dès sa première période. Morbus atroclssimiis ^ disait J. P. Frank, dum medicinam admitteret ^ hattd satis dignoscitur , atque dmn certior quldquani ejusdem. fit diagnosis ^ auxUiuin vix non omne excludit.

Aucune monographie n'avait encore paru dans notre langue au commencement de ce siècle , et la France , fort en arrière de ses voisins d'outre mer , se laissait encore devancer par l'Allemagne et par les médecins de Genève. Les dissertations de MM. Coutanceau et Chardel renferment, il est vrai , plusieurs observations intéressantes , mais ne traitent du sujet qui nous occupe que d'une manière indirecte. La thèse de Collinet , quoiqu'on y trouve un certain nombre de faits , est écrite avec trop peu d^ordre , et avec un esprit d'indécision trop marqué pour avoir pu être fort utile.

Les mémoires de MM. Bouvier, Collinet , Bard, Ducasse et Marc (i) , servirent la science en appelant l'attention des médecins sur un sujet trop négligé , mais n'ajoutèrent rien d'ailleurs aux notions acquises jusqu'alors sur la nature de la maladie. Les observations de M. Jadelot et les remarques de Laennec sur un mémoire de Matthey (2) , ont plus de valeur, et contiennent des faits intéressans sous d'autres rapports. Quant au mémoire du médecin de Genève que nous venons de nommer, il contient , de même que celui qu'il publia l'année

(i) Journal général de Méd, , Chir. et Pharm. T. 3o, Si^ 32, 35, 38.

(2) Jourrial de Con^isart , Leroux et Boyer. T. II , p. G66. Laennec explique la différence des symptômes de l'hydrocéphale et des compressions ordinaires, par la circonstance que, dans la maladie qui nous occupe, la compression s'établit de l'intérieur à l'exteVieur du cerveau.

(97 ) suivante (i) , des remarques importantes , sinon tout-à^ fait neuves. De nombreuses observations l'ont convaincu de l'extrême difficulté d'établir un pronostic assuré sur la nalure du désordre, sur l'époque de l'épanchement , et celle de la mort du malade. Il pense que le liquide épanché dans le cerveau n'est pas la causé première ou efficiente de la maladie; mais qu'il doit plutôt erl être regardé comme l'eirct, comme un effet même qui n^est pas toujours nécessairement produit dans les cas d'affection , même mortelle , puisqu'on a vu souvent les ventricules dans l'état de vacuité , quoique pendant la vie des malades les symptômes eussent fait présager l'épanchement. Matthey conclut que la cause première de la maladie consisté en une modification spéciale et inconnue du cerveau. On remarque , dans son second mémoire , Tobservalion d'un enfant de trois ans ^ mort au 44«^ ]^^^ ^^ '^ nialadie , chez lequel l'épanchement avait été assez considérable pour déterminer un accroissement rapide du volume de la tête, et un élargissement des sutures du crâne (2).

L'auteur d'une des monographies les plus estimées qui aient été publiées sur l'hydrocéphale aiguë , John Cheyne (5), n'a réellement ajouté que bien peu de chose aux connaissances acquises par ses devanciers. Chez cinq sujets dont il a fait l'autopsie , il a trouvé des traces évidentes d'inflammation dans le tube intestinal ; le foie était comme tuberculeux. Les vaisseaux sanguins de la tête étaient très-développés : un épanchement de sérosité plus ou moins considérable existait sous l'arachnoïde et entré

(i) ^nn. de la Soc. de Montp, T. X, p. 188.

(2) Op, cit., p. 194. Dans le tom. I du même Journal, Baumes avait rapporte un cas analogue suivi de gue'rison.

(3) Essay on Hydrocephalus acutiis or dropsy in the Brain. Edimb.,

1808 , in-8° — On trouve une analyse fort étendue de cet ouvrage dans

le Journal uniw des Se* méd. T. ï , p. 263.

( 9« ) les circonvolutions du cerveau , et distendait les ventricules.

S'il est permis d'en juger par le savant Traité de médecine-pratique , où J. Frank résume tous les travaux importans de ses prédécesseurs , l'auteur d'une monographie de l'hydrocéphale» classique en Allemagne fGoelis , i8i 5 ) , n'a rien ajouté par lui-même aux notions anatomico-pathologiques acquises jusqu'alors (i). Il faut arriver jusqu'à Coindet ('i) pour voir l'hisloire anatomique de l'hydrocéphale s'enrichir de quelques observations nouvelles (o). On peut ciler comme telle la remarque

(i) Voici, d'apics J. Frank, le tableau de toiiles les lésions observées (jusqu'en 1816). Cadavera ex liydrocephalo aciilo defunciorum exhihere soient : inaculas cœruleas , lU^ores ad cap ut , dorsum , pectus et hrachia. (Ludwig). — Suturas coloratas. (Goelis).; — Integunienta capitis incisa plus soluto cruore nianantia , — copiosmn sœpe sérum mox adaperto cranio prosiliens, — taie extrav^asatuni sub arachnoïdeâ ^ circa tentorium et foramen occipitale , quin eliam ad ipsuni cohunnœ ijertehralis initiwn , — ' piani matrein cuni vasis sanguiferis ac si aire injecta essent , nonnunquam menini^es crassiores inter se cohœrentes j cum lympha coagulabili aliisque prœgressœ inflammationis notis j alias J prœter ijasorum sanguiferoruni turgoreni , ac extrai^atum , nil qviod de prœvio processu inflaininatorio testaretur , — < cerehri suhstan-^ tiam mollem , flav'iusculam , punctis ruhris insignitam , ^^ sinus ple~ rumque vacuos , iientriculos cerehri anleriores ., sœpè vohunine quani maxime auctos , sero ad plures uncias repletos , aliquando sérum in alterutro solum liorum ventriculorum , — rarius in ventriculo tertio et quarto (Odier, Wensel , J. Frank.) — Plexus choroïdes pallidos j granosos , extenuatos , turgidos ^ sœpè cum hydatidibus. — Pulmonein dextrum ab hepate volumine aucto in angustum spatium pulsuni, (Herbersk). Hocce uiscus coloris rosei, tubereulis albidis r^efertum , et intestina a'iquando subinflammala. (Clieyne). Praxeos Med. Prœcepla Part. Il, vol. I, sect. I, p. 291.

' i'i) Méin. sur l' Hydrencéphnle ou Céplialite interne hydrencépha" liqne, Paris et Genève. 1817 , in-S^.

(3) Si nous ne citons pas la Dissertation bien connue et fort estimable de ^l. Bricheteau, c'est que, relativement à Fanatomie patholopiqao, elle ne fait qp.c confirmer de:^ résultats déjà connus. Nous

( 1)9 ) faite par ce médecia , dti l'exislciicc conslanle d'un épancheiiient dans le canal rachidicn , en môme temps que dans les ventricules du cerveau. Coindet est un de ceux qui ont le mieux reconnu la nécessité de ne point borner ses investigations au cerveau et à ses dépendances , mais d'examiner scrupuleusement les autres viscères. lia parlé des akérations du système lymphatique du foie et du mésentère , comme d'un objet qui mérite de fixer l'attention des observateurs. Il signale comme un fait non moins remarquable , un épanchement dans le péricarde , dont on n'a souvent aucun motif de soupçonner l'existence, mais qui s'est quelquefois annoncé par une chaleur reuiarquable dans la région du cœur.

Coindet n'a vu souvent dans l'arachnoïde , soit cérébrale , soit ventriculaire , aucune trace de lésion quelconque; il n'y a trouvé de légères traces d'inflammation ou de toute autre altération, que dans les endroits qui correspondaient à la substance cérébrale elle-même altérée. Les lésions de cette substance sont bien plus communes ; elles consistent en un ramollissement plus ou moins considérable qui peut approcher d'une entière désorganisation. Coindet a plus insisté qu'on n'avait fait avant lui , sur un véritable travail de résorption qui s'exerce sur la substance cérébrale elle-même , et dont l'extrême amincissement de cette substance , plusieurs fois observé , ne permet guèresde douter. On trouve aussi des lésions d'un autre ordre dans le cerveau , qui sont des causes déterminantes, mais non constitutives , de l'hydrocéphale , tels que des kystes, des tubercules, et autres altérations organiques chroniques.

en dirons autant d'une foule d'articles, d'iiillears interessans, re'pandus dans les Journaux, et particulièrement dans la Bibliothèque BrflrtnJiim.'C,

( loo ) De ses observations, Coîndet déduit, sur la nature de la maladie, une doctrine particulière que nous allons faire connaître; doctrine qui a été copiée aussi bien que les recherches historiques de l'auteur^ par des écrivains que nous signalerons assez en ne les nommant pas parmi ceux auxquels la science a , sous le rapport qui nous occupe , quelques obligations. Coindet considère l'hydrencéphale^ comme étant due à une inflammation ordinairement active ou quelquefois passive , dont le siège est probablement dans la substance cérébrale qui forme les parois des ventricules , et peut-être , par suite , dans la membrane qui les tapisse. Cette inflammation j suivant lui , a quelque chose de particulier qui a beaucoup d'analogie avec les inflammations membraneuses ou érysipélateuses; elle peut être comparée à ce qui se passe dans certains cas d'inflam^ mation du péricarde ou de la poitrine, dus a une goutte rétrograde ou à une répercussion de dartre ^ qui se terminent par un épanchement séreux et non purulent, et dont la cause , les effets et le traitement sont différons des phlegmasies essentielles. Notre auteur est porté à croire que c'est une inflammation des systèmes exhalans, plutôt que des extrémités capillaires artérielles. Il pense que cette opinion doit paraître infiniment probable si l'on réfléchit que la substance médullaire du cerveau est seule altérée, mais d'une manière différente de l'inflammation purulente; qu'on ne trouve de traces d'altération dans le tissu de l'arachnoïde qu'autant que la substance cérébrale médullaire, avec laquelle elle est en contact, est elle-même altérée; que dans les cas rares d'une inflammation vraie de la portion de l'arachnoïde qui tapisse les ventricules , on trouve cette membrane épaissie avec des adhérences ou des épanchemens purulens dans ces cavités , état qui ne se rencontre jamais dans l'hydrocéphale sans complication; que le fluide contenu dans le cerveau est incoagu-

lable par la chaleur , qualité opposée à celle des produits fournis par les membranes séreuses , etc. Coiudct a Lien vu que la compression exercée sur le cerveau par l'épanchement , ne suffisait point pour expliquer les symptômes de la maladie. Ces symptômes spéciaux n'ont lieu qu'autant que l'épanchement est l'effet d'une action morbide particulière des ventricules, et non d'une gêne dans la circulation du cerveau, ou de quelque affection organique , etc. , car dans ces cas , la maladie se présente sous un tout autre aspect (i)»

Tel n'est point le sentiment d'un jeune médecin , compatriote de celui dont nous venons d'exposer les opinions. M. Senn (2J ne voit dans l'hydrocéphale aiguë qu'une simple inflammation des méninges sans caractère spécial, et les observations qu'il rapporte sembleraient confirmer sa manière de voir; mais il est bon de remarquer qu'il est douteux que la plupart de ces observations appartiennent véritablement à la maladie décrite sous le nom d'hydrocéphale aiguë par les meilleurs observateurs. Nous en dirons autant des faits contenus dans un mémoire publié en 1828, par Levrat aîné, de Lyon (5). Si ce médecin ne donnait aux mots hydrocéphale aiguë une acception beaucoup plus étendue que celle à laquelle il convient de les restreindre , il est douteux qu'il pût s^applaudir , comme il le fait , de ne perdre qu'un douzième des sujets atteints de cette maladie.

Les observations récentes de Giraud (4) , Mitivîé (5) ,

(i)Gompar. Brachet , JE s s ai sur l Hydrocéphalite , ou hydropisie aiguë des V^entricules du Cerceau. Paris, 1818, in-S°.

(2) Recherches anatomico-patho logiques sur la Méningite aiguë des Enfans y et ses principales complications» Hydrocéphale aiguë des auteur. Vslt\s, 1825, in-8*'.

(3) aperçus théoriques et pratiques sur les causes ^ la natute et le traitement de l Hydrocéphale aiguë , etc. Lyon, 1828, in-8°.

(4) Thèse inaiig. Paris , 18 18.

(5) Thèse inaug. Paris, 1820.

( io. ) Brioheteau (i) , pour ne rien dire d'une multitude d'autres, qui ont été recueillies par les auteurs dont il a été question dans cet article , ou publiés dans les journaux , prouvent que dans certains cas ( et ce sont ceux où les symptômes ont été précisément ceux indiqués comme type par les auteurs) , on n'a trouvé dans les méning;e3 nul épaississement , nulle opicité, nulle rougeur , nulle exsudation sur l'arachnoïde , nulle infiltration au-dessous; que la portion de cette membrane qui tapisse les ventricules , si tant est qu'elle pénètre dans ces cavités , était très-saine. Et qu'on ne dise pas , comme l'a fait M. Senn , que peut-être les observateurs n'ont pas examiné l'arachnoïde qui revêt la base du cerveau. Un grand nombre d'enlr'eux au contraire ont eu la précaution de dire que dans cette partie ils n'avaient rien rencontré; comme aussi ils ont dit que , quand d y avait complication d'arachnitis , épanchement de sérosité plus ou moins trouble à la base , on trouvait un épaisissement de la séreuse , surtout vers la protubérance annulaire et l'entrecroisement des nerfs optiques , à la face inférieure du cervelet , infiltration albumineuse, concrète, quelquefois séro-purulente , dans la portion de la pie-mère qui correspond aux mêmes endroits , etc. {'2}.

Au reste, l'inflammation des enveloppes du cerveau , dans l'hydrocéphale aiguë, paraît être beaucoup plus fréquente chez l'adulte que dans le jeune âge. C'est ce qu'on regardera du moins comme probable , si l'on compare ce qui précède avec l'extrait d'un travail inédit de M. Dance, par lequel nous allons terminer ce paragraphe. Nous devons à l'extrême obligeance de ce médecin distingué , d'avoir pu consigner ici sur le diagnostic et l'anatomie

(i) Journal compl.

(u) Giraud, p. 27.

( io3 ) palhol()gl(jiifî (lo i'hydrooépiialo tiignc , di)6 rcsuUab pitis précis que ceux publiés jusqu'à présent, et même une remarque fort curieuse et entièrement neuve, sur les rapports de la paralysie avec la position dans laquelle le malade se trouve placé. Ce qui suit est le résumé de quiazs cas d'hydrocéphale aiguë, recueillis chez des adultes par l'excellent observateur que nous venons de nommer.

Le plus âgé avait 3i ans ; le moins âgé 12 ans; la plupart présentaient les attributs du tempérament lymphatique, trois avaient coïncidemment des tubercules puimo ^ naires. La maladie chez tous s'est développée sans cause appréciable, chez deux à l'époque delà puberté, au moment où la menstruation paraissait devoir s'établir ; cette circonstance semble avoir favorisé son explosion : 1.° Elle a débuté chez la plupart, par une céphalalgie violente, sujette à exaccrbation , occupant le front ou toute la cavité du crâne, comparée par quelques-uns à un bandeau étroit qui aurait comprimé le crâne , et cette céphalalgie a cessé d'être accusée par les malades , lorsqu'ils sont arrivés à la période comateuse ot a reparu de temps à autre , lors que ces malades recouvraient l'usage de leurs sens. Chez un malade, l'hydrocéphale a été précédée par des douleurs dans les membres; chez un autre, outre la céphalalgie, il y avait une douleur qui occupait toute la longueur du rachis. Ce dernier avait une inflammation dans les membranes vertébrales. 2.° à la céphalalgie se sont joints des vomissemens sympathiques, mais tous n'en ont pas éprouvé, ce sont les plus jeunes qui , en général , ont présiîuté ce symptôme. 3.°Le pouls dans cette période a présenté une lenteur remarquable, souvent accompagnée d'inégalités, parfois on n'a compté que l^o , 5o pulsations par minute chez des sujets de i5, yo ans. La peau n'offrait en même tnips aucune chaliMir fébrile, la respiration était calme: cette tranquillité dans la circulation et la calorification ,

( io4 )

comparée à Tardeur fébrile propre à tant de maladies in^ flammatoires , en ont imposé plusieurs fois , et ont empêché de pousser !e traitement avec l'activité nécessaire en pareil cas. 4«** Dans cette première période , l'expression de la face dénote souvent l'hébétude, la stupidité , la concentration , et par momens des cris aigus instantanés font sortir le malade de son état d'engourdissement. 5.^ L'inspection des yeux a été d'une grande importance: conjonctives rouges, œil larmoyant, quand Tarachnite a prédominé sur l'épanchement ; pupilles dilatées , quand l'épanchement a été abondant : cette dilatation est variable, ne s'accroît pas graduellement du commencement à la fin de la maladie, quelquefois inégale entre les deux yeux , accompagnée d'oscillations dan^ l'iris , circonstance qui, quoique très-fréquente, ne paraît pas propre à l'hydrocéphale. Cette dilatation pupillaire a été en résumé un des phénomènes les phis constans : mais on a vu les pupilles étroites , quoique l'épanchement fût abondant; les globes oculaires ont été convulsés, déviés de leur direction normale quand Tépanchement a co-existé avec une arachnite de la base. 6.** Fonctions cér rébrales. — Il n'y a pas eu à proprement parler de délire chez ces malades , il n'a consisté chez quelques-uns qu'en une excitation et divagation passagères; il y a eu plutôt affaissement que perversion des facultés intellectuelles. La connaissance a persisté dans la première période , plus tard elle a été abolie, mais avec des variations en plus, en moins , et il n'a pas été rare de voir les malades recouvrer cette connaissance quelques jours avant la mort. ( Bon à noter pour le pronostic ). Mais alors le pouls de lent était devenu très 'fréquent; cette fréquence du pouls succédant à la lenteur , a toujours paru de mauvais augure. 7."* Troubles de la motilité. — La raideur du cou , du dos, des avant-bras , a existé le plus souvent quand il y avait

( io.5 ) complication de méningite de la base, ou pîilegmasic de» membranes vertébrales. Dès que la deuxième période so manifestait, à l'époque où l'on peut présumer que l'épanchement était formé dans les ventricules, on observait une diminution notable dans l'action musculaire , les membres semblaient paralysés ; soulevés , ils retombaient par leur propre poids; mais si on les sollicitait par le pincement, on voyait que la perte du mouvement n'était pas complète , et qu'à l'instar des facultés intellectuelles , il y avait plutôt diminution qu'abolition d'action. Cette espèce de paralysie était répartie à degré égal sur chaque moitié du corps, elle a varié quelquefois en plus ou en moins comme les facultés intellectuelles. Dans deux cas nous l'avons vue limitée pendant deux jours à la moitié du corps; alors la tête des malades reposait sur le côté opposé à la paralysie, et nous avons pensé qu'elle était due à la pression plus forte exercée en vertu de cette position de la tête par le liquide des ventricules sur le même côté du cerveau. Cette présomption s'est changée presque en certitude , quand nous avons vu la paralysie cesser ou s^amoindrir en ramenant la tête sur l'occiput, quand ensuite nous avons trouvé à l'ouverture des cadavres , une libre communication entre les ventricules, par suite de la destruction de leur cloison. 8.^ La respiration lente, douce au début, devient plus tard inégale, et sur la fin gênée, quelquefois stertoreuse. 9.° Les sécrétions pour l'ordinaire suspendues , selles , sueurs , urines rares. 10.® La mort est arrivée en général sur la fin de la troisième semaine , nous n'avons observé qu'un cas de guérison , coïncidant avec l'apparition d'une parotide. Le traitement a consisté en émissions sanguines, qui ont apporté quelque soulagement, en applications de glace sur la tête, qui nous ont paru très-désavantageuses quand elles n'étaient pas employées au début; en calomel à l'intérieur, qui a produit

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ih'ô selles verdàtrcs san.s rcsalîat, eu vésicatoircs au)C cuisses et même sur la tête, sans succès encore, de telle sorte que cette partie de l'histoire deriiydroccphale aiguë qui est la plus importante, nous semble la p(us en arrière. 1 1.° Les caractères anatomiques de cette maladie apprennent qu'elle ne consiste pas seulement dans un épanchement dans les ventricules; toutes les parties contenues dans l'encéphale peuvent être compromises en même temps. Dans un seul cas nous n'avons trouvé qu'un épanchement avec œdème du cerveau; dans tous les autres il y avait outre ces lésions des traces de méningite; des ramollissemens des portions moyennes de l'encéphale. Pour plus de méthode , nous allons exposer ces lésions en procédant des enveloppes au parenchyme : A. Dure mère tendue singles circonvolutions; arachnoïde sèche, friable, pie-mère plus ou moins injectée à la base , présentant souvent des dépôts pseudo-membraneux partiels , et situés le plus souvent entre les scissures deSylvius, autour du ca rré des nerfs optiques, de la protubérance annulaire, sur le limbe du cervelet; B. Circonvolutions cérébrales applaties , tassées les unes contre les autres , quelquefois colorées à leur superficie , après avoir enlevé la pie-mère. G. Substance cérébrale très-souvent d'un blanc plus pâle que dans l'état naturel, et dans un état d'œdème, humide , relaxée, moins consistante que d'habitude. Cette infiltration séreuse du parenchyme cérébral, est surtout trèsmarquée chez les sujets lymphatiques, (quelquefois la congestion est plus sanguine que séreuse, et le cerveau présente des ponctuations rouges); cette lésion nous parait jouer un certain rôle dans la production des symptômes. D. Ventricules cérébraux, distendus en tous sens; quelquefois un épanchement plus ou moins abondant , le plus souvent un peu trouble , dans lequel on voit nager quelques débris de substance cérébrale ramollie ; cetépan-

( '"7 ) chement est variable, quelquefois très-peu abondant, quoique les symplôrnes eussent été à-peu-près les mêmes que ceux indiqués plus haut; il occupe en plus grande quantité les ventricules latéraux, mais s'étend quelquefois au moyen et au quatrième ventricule, et delà reflue dans le canal vertébral. E. Très-souvent, huit fois environ sur neuf, la cloison et le trigone cérébral sont ramollis à tel point que la cloison oa\ est détruite vers sa partie inférieure. Ce ramoHissement est d'un blanc crémeux, une fois seulement nous l'avons trouvé coloré. Ce ramollissement peut exister quoiqu'il y ait très-peu ou presque pas de liquide dans les ventricules , ce qui prouve qu'il ne dépend pas de la présence de ce même liquide. Il est possible que la perforation de la cloison dépende quelquefois de ce que le corps calleux étant refoulé en haut par l'épanchement, la cloison qui lui adhère soit refoulée dans le même sens, et enfin rompue à sa partie inférieure qui est la plus mince. Un ramollissement analogue existe souvent sur les parois des ventricules, un filet d'eau versé sur ces parois rend le ramollissement très-apparent. Enfin, dans plusieurs cas, à ces lé ions cérébrales s'associaient des épanchemens rachidiens au-dessous de l'arachnoïde vertébrale, quelquefois des traces d'inflammation dans les méninges rachidiennes , et dans un cas , un véritable ramollissement de la moelle épinière.

En résumé, cette forme d'inflammation cérébrale diffère de l'arachnite et de la céphalite simples par ses symptômes , et doit être étudiée à part.

Maladies de la moelle épinière.

I. Il n'est pas d'organe dont on ait négligé aussi longtemps d'étudier les altérations que la moelle épinière. C'est évidemment aux travaux des modernes que l'oa

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doit de connaître l'influence réelle de cette partie du système nerveux sur les difierens actes de la vie organique et de la vie de relation , de même que les phénomènes qui résultent des altérations qu'elle est susceptible d'éprouver. Les anciens , depuis Hippocrate^ Celse , Aretée, Galien , avaient bien reconnu que la paralysie des membres pouvait dépendre d'une lésion de la moelle épinière , et encore c'était l'observation des effets produits par les lésions traumatiques de cet organe qui avaient été pour eux la source de ce diagnostic. Mais on chercherait inutilement dans leurs écrits des notions sur les autres points de la pathologie de la moelle épinière. Baillou , et après lui Hoflmann en particulier (i), ont attribué à l'affection de cet organe quelques-uns des symptômes généraux de la fièvre , mais sans s'appuyer sur des recherches directes : ce dernier pensait que ces phénomènes résultaient de l'irritation des membranes de la moelle. Ludwig (2) considéra l'irritation de la moelle épinière ellemême comme la cause d'un assez grand nombre de phénomènes morbides , tels que les douleurs dorsales trèsvives qui accompagnent souvent les coliques intestinales, les douleurs qui semblent remonter le long du dos dans certains cas d'hémorrhoïdes et dans les affections squirrheuses et cancéreuses du rectum , le sentiment de tension dans les lombes et le dos , qui se manifeste dans le« menstruations difficiles , dans quelques grossesses ; enfin , les lassitudes spontanées et les douleurs vagues dans les membres et la région dorsale au début de la fièvre , dépendent, suivant lui , de la difficulté de la circulation dans les vaisseaux de la pie-mère , du cerveau et de la moelle.

(i) Med. rat. Sys. p. III, sect. I, cap. 4? ihid. Pars prima, proleg,

" Dissert, de Motuuni feh. , etc. §. II.

(2) Advers, Med. Pract. Tom. I, p. 711. Leipsick, 1769 — yS.

( ^^9 ) Ces réflexions , fort judicieuses sans doule , n'étaient soutenues par Ludwig d'aucune preuve positive; néanmoins elles auraient pu conduire à des recherches importantes, mais elles ne frappèrent pas les esprits. Pierre Frank (i) est le premier auteur qui , vingt ans plus tard , ait été amené à ces idées par l'observation clinique, et probablement aussi par les lumières de Tanatomie pathologique. Ses remarques sont trop importantes pour que nous ne les consignions pas ici. La quantité assez considérable de sang qu'on trouve assez fréquemment dans les veines et les sinus de la colonne vertébrale , la distribution de ces vaisseaux dans lesquels le sang circule contre son propre poids et sans être secondé par l'action de valvules, tandis que son cours est libre dans le thorax et l'abdomen, sont autant de circonstances qui avaient fixé l'atlention de P. Frank , et qui lui servent à expliquer les douleurs dorsales et lombaires qui se développent lors de la suppression d'un flux habituel , comme les règles ou les hémorrhoïdes , et dans les derniers temps de la gestation , de même que dans certaines afleclions chroniques de l'abdomen. N'est-ce pas encore, ajoule-t-il , à la congestion et à la distension des sinus vertébraux et des veines vertébrales qu'il faut attribuer certaines douleurs du dos et des membres inférieurs , quelques névralgies sciatiques , certaines claudications , divers tremblemens et mouvemens convulsifs, la stupeur ou la paralysie de ces membres, ainsi que plusieurs phénomènes épjleptiques et tétaniques? Frank rappelle à cette occasion les paralysies incomplètes et passagères qu'on observe chez certains sujets affectés d'hémorrhoïdes fluentes, un peu avant leur apparition , et signalées par Ilippocrate; il a

(i) De vertebralis Columnœ lu morhis di^nUate; insère dans le Delect. OpuscL Med. Tom. ïîj au 1792.

vu «ne paralysie des deux bras survenir après un mouvement violent, et se dissiper spontanément au bout de quelques heures. Frank avait soupçonné l'influence directe que la respiration exerce sur la circulation rachi dienne : il pensait qu^'elle devait être la même que sur celle du cerveau, et il en concluait, avec raison, qu^une gêne plus ou moins prolongée de l'action des poumons produisait dans le canal vertébral une pléthore momentanée.

On ne se refusera pas sans doute à trouver très-rationnelle l'explication des divers phénomènes morbides indiqués par P. Frank ; mais on objectera avec raison qu'elle ne repose pas sur des argumens fournis par l'ouverture des cadavres. Ces argumens, M. le docteur Ollivier (d'Angers) les a réunis, et il a le premier traité l'histoire des congestions sanguines rachidiennes d'une manière aussi complète que le permet l'état actuel de la science (i). Ses nombreuses recherches prouvent qu'il a été conduit aux mêmes conséquences que Frank , par l'observation des malades et l'anatomie pathologique , et les réflexions que lui ont suggérées ses premières observations annoncent même qu'il ne connaissait pas d'abord les remarques d'Hoffmann et de P. Franke Ainsi , plus de trente années s'étaient écoulées sans qu'on eût rappelé à l'attention les opinions remarquables du célèbre médecin de Vienne.

M. OUivier, ayant observé plusieurs individus affectés d'une paralysiequelquefois générale, mais incomplète, sans lésion des facultés intellectuelles, et chez lesquels la sensibilité et le mouvement revenaient après un temps plus ou moins long, a trouvé, dans ces différons cas, des cail-

(i) Traité de la Moelle épinière et de ses Maladies. Tom. IL

Paris, 18^7.

ois Qbrîaoîîx pinson moins gros alslondini une partie ou la lolaNié des veines rachidieniîes , lesquelles comprimaient notablement les nerfs spinaux à leur passage par les trous iuter-vertébraux. Il a remarqué aussi quMl y avait d'autant plus de sérosité dans le canal vertébral , qu'il existait une congestion sanguine plus considérable dans les veines du rachis et des méninges d^ la moelle, ensorle qu'on rencontrait une véritable hydropisîe (hydrorachis) résultcmt de la lenteur et de la difficulté du cours du sang veineux.

M. Hutin a confirmé, par des observations récentes (i), les recherches de M. Ollivier sur les congestions rachidiennes.

Ces congestions peuvent déterminer, comme on vient de le voir, un épanchement séreux dans le canal rachidien. Deux observations, publiées par Lecat (2), prouvent avec quelle rapidité peut se reproduire la sérosité des méninges de la nioelle; Cotugno (5) , dont on paraissait avoir complètement oublié les recherches , avait bien connu les variations de quantité du liquide spinal; M. Magendie (4) étudia avec le plus grand soin tout ce qui se rapporte aux différons états de ce liquide ; mais , malgré ces observations et celles de M. Ollivier, l'art du diagnostic n'a point marché, suivant la remarque de ce der nier auteur, d'un pas égal avec la physii^logie et l'analomie pathologique. Il n'exi'ste encore que le fait recueilli par Genga (5) qui prouve la possibilité du développement

(i) WoiLif. Bibl. méd. , février 1828.

(2 j Traité de V existence , de la nature et des propriétés du Fluide des Werfs , etc..,. an 17 53.

(3) De Ischiade nen^osd. — Dans le Jliesaur. Dissert, de Sandifortf an. 1764.

. (4) Journal de Phjsiol, Janvier 1826.

(5) Morgagni, de Sed. et Caus. Epist. Xlî , sect. 9.

( i>2 ) d'une tumeur spinale , comme dans l'hydro-rachis congénitale, à la suite d'une hydropisie rachidienne développée chez l'adulte. Cet épanchement peut avoir lieu subitement dans l'hydrocéphalie , quand le liquide cérébral vient à pénétrer tout-à-coup dans le canal vertébral , comme l'a vu M, Itard (i), et alors, aux phénomènes dô compression du cerveau , tels que l'assoupissement, succède une paraplégie plus ou moins complète. Morgagnî a cité aussi des exemples d'épanchemens rachidiens consécutifs à ceux du crâne.

L'étude des hydropisies du canal rachidien se rattache, comme on voit , à celle des congestions de cette portion du système circulatoire , mais aux congestions veineuses peu intenses. Quand, au contraire, la congestion est plus active , et qu'elle occupe à-la-fois les vaisseaux des méninges et de la moelle elle-même , il eii résulte des symptômes d'excitation très-prononcée , des douleurs aiguës dans le dos et les lombes. L'on conçoit quC;, sous l'influence d'une concentration active et continue du sang dans ces vaisseaux, ce liquide puisse luimême s'épancher dans la cavité des enveloppes de la moelle; de là une seconde classe d'épanchemens rachidiens, désignés par M. OUivier sous le nom à' héinatGvacliis ^ et sur laquelle ce médecin a fourni des observations et des remarques dignes d'attention. Ces épanchemens , comme les précédens , peuvent aussi résulter d'une hémorrhagie cérébrale, ou d'un épanchement sanguin dans le crâne : des exemples rapportés par l'auleur en fournissent des preuves.

Enfin , la moelle épinière elle même peut être le siège d'un épanchement de sang circonscrit, d'une apoplexie; mais autant l'hémorrhagie cérébrale est commune, autant

il I I iii I I ——I I I I " I II

(t) Dict. des Se. méd. Art. Hrdrorachis,

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esl rare celle de la moelle épinière. M. OUivîer est le premier qui en ait traité d'une manière particulière. La moelle alongée esl presque le seul point du cordon spinal où l'on ait trouvé des épanchemens sanguins circonscrits , des foyers apoplectiques en un mot, comme si la moelle épinière participait d'autant plus aux altérations propres au cerveau, qu'elle se rapproche davantage de cet organe (i). Souvent ces petits épanchemens de la moelle alongée coïncident avec de semhlables épanchemens dans le cerveau , ensorte que leur présence n'apporte pas alors de changement appréciable dans les symptômes résultant de l'apoplexie cérébrale. Mais il arrive aussi que l'hémorrhagie n'a lieu que dans la moelle alongée, et alors elle donne naissance à des symptômes qui varient suivant le point oii elle s'opère. Ainsi , quand l'épanchemeot est borné à l'un des pédoncules cérébraux (2), il en résulte une hémiplégie du côlé opposé , coinme si l'épanchement occupait le corps strié et la couche optique correspondans. L'hémorrhagie , au contraire , a~t-elte fait irruption de manière à désorganiser toute l'épaisseur de la moelle alongée ^ on trouve alors le quatrième ventricule rempli de sang, et l'individu , avant de succomber, a été frappé d'une paralysie générale des quatre membres , et du mouvement seulement.

Quand M. Ollivier publia ses recherches , il n'existait pas d'exemple bien constaté d'apoplexie de la moelle dans les autres points de la longueur de cet organe. M. Hutin en a rapporté un dans ces derniers temps (5) : deux foyers apoplectiques existaient dans la région cer-

(i) Loc. cit. Pag, 5i5 et siiiv,

{1) Loc. cit. Obs. I.XV.

(3) Recherches et Ohs. pour sennr h l'Histoire anat. pliysiol, et paîhol. de la Moel'e épinière, insérées dans la lYouv. Bibliot. méd» Février 1828.

vicale et dans le haut de la région dorsale de la moelle. La mort avait eu lieu subitement. M. le professeur Cruveilhier vient d'en observer plus récemment un autre exemple , qu'on trouve décrit dans le troisième fascicule de son Atlas d'anatomie pathologique. Ce fait curieux montre que les caractères anatomiques de l'apoplexie de la moelle, sont exactement les mêmes que ceux de l'apoplexie du cerveau; il prouve , en outre, que l'épanchement peut s^'effectuer dans une moitié seulement de la moelle , en donnant lieu à la paralysie du même côté : le foyer apoplectique occupait la région cervicale , au niveau de la troisième vertèbre environ.

Nous avons cru devoir insister sur les divers points de l'histoire pathologique de la moelle épinière qui viennent de nous occuper, parce que ce sont autant de questions qui , jusqu'à ces derniers temps , avaient été à peine étudiées , et dont la plupart n'avaient même pas été indiquées , et qu'on doit les progrès qu'on a faits à l'anatomie pathologique.

II. L'élude des congestions rachidiennes nous a servi en quelque sorte d'introduction à celle de la méningite et de la myélite , ou inflammation de la moelle. La première , l'inflammation des méninges , ou méningite rachidienne , w'est bien connue que depuis ces derniers temps. Brera (i) , Bergamascbi (2), Abercrombie (3), Lallemand (4) , ont publié des exemples de cette phlegmasie, et MM. Parent-Duchâtelet et Martinet, y ont consacré un chapitre dans leur Traité de l'inflammation de C arachnoïde. Mais ces derniers auteurs ajoutent

(i) Délia RadiiaLg Lie j Cenni pathologici , etc.

(2) Gioriiale dcl. Soc. méd. chir. di Parma. Juin 1810.

(3) Edimb, Med. o^uinv/meSJrr.. 181

(4) Letlressur l Encéphale, Obs. N". 5o, p. .ÎjS.

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n'avoir pas rencontré d'arachnilis bornée à la seule cavité vertébrale; toujours il existait en même temps un arachnitis de la base du cerveau ou de sa totalité. C'est , en effet , ce qui a lieu très-fréquemment , mais cette inflammation peut être bornée au rachis. L'altération, dit M. Ollivier, consiste le plus souvent dans une exsudation puriforme intermédiaire à la pie-mère et à l'arachnoïde, et quelquefois à l'intérieur de la cavité de cette dernière membrane : quant à l'inflammation de l'arachnoïde , il est bien démontré aujourd'hui qu'il n'y existe jamais de vaisseaux , soit dans l'état sain , soit dans l'état morbide , et que tous les phénomènes qu'on lui attribue se passent dans le tissu cellulaire qui lui est sousjacent. Ce point d^anatomie normale et pathologique a été mis hors de doute par les recherches de Béclard, Gordon, MM. Ribes et Ollivier. Quelquefois l'inflammation des méninges rachidiennes ne donne lieu qu'à une infiltration gélaliniforiue et rougeâtre, et même à un épanchement de sang dans le tissu cellulaire extérieur à la dure-mère; est plus rare de trouver les membranes de la moelle offrant une teinte rouge. La méningite rachidienne peut coïncider avec la myélite; on a vu plus haut qu'elle était souvent consécutive à une méningite cérébrale. Elle donne lieu quelquefois à une hydropisie aiguë ou à une exhalation sanguine abondante. Cette inflammation laisse rarement après elle des adhérences celluleuses entre le feuillet séreux de la dure-mère, et celui qui correspond à la piemère. Ces productions celluleuses, communes dans les autres membranes séreuses h la suile de leur inflammation chronique , sont ici bien moins fréquentes , mais celte phlegmasie parait être la source d'une production particulière k l'arachnoïde rachidienne , et qui consiste dans la formation de lamelles cartilagineuses souvent très-nombreuses , et qu'on n'a encore trouvées que dans cette seule

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membrane. Ces plaques cartilagineuses , indiquées par M. Esquirol (i) et M. Chaussard (s) , décrites pour la première fois avec exactitude par M. Ollivier (3) , ne sont pas rares chez les épileptiques , elles sont assez communes chez les individus qui ont été tourmentés long-temps de douleurs considérées comme rhumatismales , dans les lombes, le dos et les épaules (4)<.

(i j Bulletin de la Fac, de 3Iéd. de Paris , T. V, 4*26.

(2) Recherches sur l'organisation des vieillards ; Dissert, inaug» Paris , 1822.

(3) Lac, cit. P. 780 et suiv.

(4) Les faits rassembles par M. Ollivier inontrent que Tinflammation des me'ninges de la rwoelle est caracte'risëc habituellement par une contraction ge'ne'rale des muscles du tronc, et cette contraction tétanique se manifeste avec plus d'intensité' quand on imprime des mouvemens aux malades. Les mouvemens des membres restent libres ; il est assez commun de voir des re'missions plus ou moins complètes de ces accidens, qui se réveillent ensuite spontanément. Quelquefois la roideur du tronc est continue jusqu'à la mort. Un second symptôme de la méningite racliidienne est une douleur variable dans son intensité, qui paraît en gëne'ral partir du point où Finflaramation est le plus violente, et qui offre, comme la rigidité', des re'missions et même des intermittences irre'gulières : cette douleur n'est pas augmentée par la pression , mais parles mouvemens. Ce plie'nomène est constant dans la me'ningite ; il coïncide tantôt avec le pre'ce'dent, tantôt il existe seul. On observe en même temps des symptômes d'une exaltation morbide de la sensibilité. Le pouls conserve toujours sa re'gularite' ; des sueurs abondantes couvrent le malade pendant les accès, M. Ollivier s'est attache' surtout à établir le diagnostic diiîërentiei de la me'ningite et de lamye'litc, et ses observations e'claircissent beaucoup de points de symptomatologie. Une circonstance remarquable sur laquelle M. Ollivier a appelé l'attention, c'est que la phlegmasie suit dans sa marche une progression ascendante , c'est-à-dire qu'elle se propage toujours en remontant vers le cerveau. Quand l'inflammation est chronique, elle ne donne lieu le plus souvent qu'à des douleurs dorsales sourdes , accompagnées d'un engourdissement profond dans la région du dos, et d'un sentiment habituel de fatigue dans les membres. Les malades ressentent, de temps en temps, de légères exacerbalions dans ces douleurs, qui peuvent se dissiper après plusieurs mois; d'autres fois elles deviennent aiguës, et les malades succombent en offrant

(»'7) ÎII. L'élude de la myélite , ou inflammation de la moelle épinière, avait toujours été négligée, lorsque les observations de Polt sur la carie vertébrale (en 1779 et 1783) vinrent fixer l'attention des praticiens sur ce sujet , d'une manière particulière; les phénomènes qui accompagnent cette affection , et les succès remarquables obtenus par l'application des cautères , faite à propos , éveillèrent l'observation sur les lésions de la colonne vertébr-de. De cette époque datent une multitude de faits insérés dans les recueils scientifiques , et venant «^ l'appui des remarques du célèbre chirurgien anglais; mais il n'est mention que très-accessoirement de la lésion concomitante de la moelle (1). Cependant les recherches dirigées sur l'altération de la colonne vertébrale ne pouvaient manquer de jeter quelque lumière sur les maladies de l'organe qu'elle renferme. En effet, peu de temps après la publication des mémoires de Pott , M. Latour père, médecin en chef de î'Hôtel-Dieu d'Orléans, fit voir que la paralysie des membres inférieurs, qu'on supposait alors dépendant de la courbure de l'épine dorsale , dérivait de la lésion de la moelle épinière ; qu'elle pouvait exister avec ou sans vice vertébral , et qu'on la guérissait par l'application des cautères sur les côtés de l'épine. Dans un cas où la mort fut la suite de la maladie, M. Latour trouva une infiltration gélatiniforme dans les enveloppes de la moelle , et un ramollissement purulent d'une portion de son tissu. Le mémoire fort intéressant de M. La-

ies symptômes indiques plus haut. Dans cette espèce de plilegmasie, comme dans Celle de la moelle elle-même, il est très-ordinaire de voir se former rapidement des escarres profondes au sacrum.

(i) Cependant nous devons excepter ici M. Portai qui a rapporté quelques exemples d'altération isolée de la moelle dans son Anal, niécL Tom. IV.

( n8 ) tour fait partie de la collection des Mémoires de la Société médicale d'émulation (i). En 1810, deux médecins italiens, Brera (2) , et Bergamaschi (3) , publièrent des observations sur l'inflammation de la moelle épinière .: mais l'un et l'autre ont décrit simultanément l'inflammation de la moelle et de ses membranes , et les faits qu'ils rapportent éclairèrent peu le diagnostic de la myélite en particulier.

Toutefois les faits qu'on recueillait fournissaient chaque jour de nouvelles lumières. Nous citerons ici le travail de M. Macari , qui renferme des observations intéressantes (4) , de même que la thèse de M. Desf»\iy (5) , sur le spinitis , soutenue en 18s 3 à la Faculté de Médecine de Paris, dans laquelle on voit aussi l'étude des phénomènes de l'inflammation de la moelle isolée de celle de !a carie vertébrale , que l'auteur indique au contraire comme pouvant être causée par l'inflammation de la moelle dont il décrit avec soin certains symptômes. Le diagnostic de cette affection a été éclairé par Copeland (6) , qui a indiqué un moyen de reconnaître le siège précis de l'altération , en promenant le long du dos une éponge imbibée d'eau chaude : le malade ressent une douleur brûlante par le contact de l'éponge , seulement là où existe le mal : J. Frank a plusieurs fois obtenu par ce procédé trèssimple , des notions plus précises sur le siège de l'inflammation (7). Quelques années après Copeland , Abercrom-

(i) Tom. VI. Paris, 1806.

(2) Délia Rachialgite. Aiti delV Acad. ital. di se. Livourne, i8io.

(3) Osserw- sut inJiajnniazio7ie délia midol. spin.VsLYie , 1810.

(4) Annales de la Soc. méd. de Montpellier. Tom. II, p. 5.

(5) Essai sur le Spinitis. Dissert, inaug. Paris, i8i3.

(6) Obs. on the Sympt. and treat. ofthedis. of Spin.y etc, Londres, î8i5.

(7) Prnxeos med. uni^^. Prœcep. Tom» VI, p. ?6. éd. Turin, 1822.

(»'9) bîô publia des observations nouvelles (i) sur' la myélite; mais ses descriptions d'anatomie pathologique sont généralement vagues, et l'on voit surtout qu'il confond dans une seule et même maladie l'inflammation desjnéninges et celle de la moelle. La partie de l'ouvrage récemment publié par Abercrombit^ , relative aux maladies de la moelle,est une réimpression du mémoire qu'il avait inséré en 1818 dans le Journal d'Edimbourg , augmenté d'observations et de remarques tirées de l'ouvrage de M. Ollivîer. Rachetti (2) avait faitparaîlre deux ans auparavant un ouvrage sur !a pathologie de la moelle, uiais on y trouve à peine quelques recherches qui lui soient propres : son livre consiste en commentaires sur les écrits publiés antérieurement. Une thèse soutenue à Montpellier en 1820, par M. Clot (3) , conlient plusieurs observations intéressantes propres à éclairer le diagnostic de la maladie qui nous occupe , et divers exemples qui montrent jusqu'à quel point la myélite est la source de certaines affections considérées vaguement comme des névroses.

Harles, si Ton juge de son ouvrage d'après Hildenbrand (4) qui l'a suivi , n'a rien ajouté de nouveau à l'histoire anatomique de l'inflammation de la moelle. KIohss (5), dans sa dissertation sur la myélite, donne quel • ques remarques utiles sur le diagnostic de cette aflection. M. Pinel fils (6) a rapporté plusieurs exemples de la même ma-

(i) Edimhurgh, Med. Journ. ; trad. dans les Annales cliniq, de Montpellier. Tom. IV, 2.^se'rie, 1819.

(1) Délia Striitt. délia funzioni , etc, , délia midolla spin. Milan , 1816, in-8^

(3) Recherches et Ohs. paihoL sur le Spinitis , ou Inflammation de la Moelle éplnière. Montpellier, juillet 1820.

(4) Inst, med, pract.

(5) Dissert, de Myelltide. Halle, 1820.

(6) Journal de PhysioL Janvier 1821.

( i^^o ) ladiequî ontfoit connaître plus particulièrement les phénomènes résultans de l'inllammation qui a son siège dans la portion dorsale de la moelle épinière. Les observations de Earl (i) se rapportent au même point , et montrent que l'intensité plus grande des symptômes résulte de l'étroitesse de cette région du canal rachidien.

En considérant ces différons travaux ainsi rapprochés , on pourrait croire que l'étude de la maladie qui nous occupe n'avait pas été aussi négligée que nous l'avons dit en commençant; mais si l'on examine chacun de ces mémoires en particulier , on voit combien les documens qu'ils renferment laissaient encore de lacunes dans l'histoire d'une affection aussi grave. Ce fut à cette époque (1822) qu'une société savante, frappée de l'état arriéré de nos connaissances sur les maladies de la- moelle épinière , en proposa la description pour sujet de prix , et couronna le mémoire qui lui fut adressé par M. Ollivier (d'Angers). Dans ce travail , que l'auteur publia peu après (2) , il s'attacha à présenter l'état de la science , et des faits qu'il rassembla et auxquels il joignit beaucoup d'observations qui lui sont propres , il fît ressortir l'histoire de chacune des lésions que la moelle épinière est susceptible d'éprouver ; il s'attacha surtout à établir le diagnostic différentiel de l'inflammation des méninges rachidiennes et de celle du tissu de la moelle, phlegmasies que tous les auteurs avaient confondues , ainsi que nous l'avons déjà dit. L'anatomie pathologique lui montra que le ramollissement de la moelle est le résultat de son inflammation , et le siège de l'altéra-

(i) Traiisact. philos. 2.^ part. , année 1822.

(2j De In Moelle épinière et de ses Maladies. Ouvrage couronne' par la Soc. Royale de Mëd. de Marseille. Paris, 1824? in-8°. Avec plancher.

lion , plus fréquente dans les points où la substance grise est plus abondante, vint corroborer celte opinion. Sous ce rapport , M. Olliviera fait sur le ramollissement de la moelle épinière , ce qu'a fait M. Lallemand sur le ramollissement cérébral. Ses recherches ultérieures, consignées dans la seconde édition de son ouvrage (i)^ Pont même conduit h reconnaître que ce ramollissement commence toujours par le centre de la moelle, c*est-à-dire, dans la substance grise; la vascularité très-grande de cette partie du tissu nerveux, confirme ce qui précède sur la nature de la maladie. Toutefois, ce que nous avons dit en traitant de cette altération dans le cerveau , trouve ici son application , relativement à certains ramollissemens dans lesquels on n'observe aucune trace d'inflammation , et qui paraissent être le produit d'une altération spéciale du tissu nerveux (2).

Les faits recueillis par M. OHivier , démontrent encore que la myélite chronique détermine une modification tout opposée dans la substance nerveuse, un endurcissement qui a quelquefois beaucoup d'analogie avec le blanc-d'œuf durci par l'ébullition. Les observations de ce médecin n'ont pas seulement fait mieux connaître les nuances diverses que l'altération de la moelle présente dans la myélite ; elles ont surtout servi à établir d'une manière exacte le diagnostic jusqu'alors très-obscur de cette maladie (3).

(i) Traité de la Moelle épinière et de ses Maladies, etc. Paris, 1827, in-8°., 2 vol.

(2) On peut consulter à ce sujet le travail publie récemment par M. Calmeil. Une partie des observations que rapporte ce médecin prouve en effet que le ramollissement de la moelle épinière peut être d'une nature spéciale , et non-inflammatoire. Du reste il arrive pour le diagnostic , aux résultats déjà indiques jiar M. Ollivier. (Voy. Journ, des progrès, T. XIÎ , an. 1828. )

(3) Elle s'annonce le plus souvent par un engourdissement des doigts

Enfin , Paperçu rapide qui termine Touvrage de M. 01livier, achève de prouver que la lésion de cet organe est souvent le point de départ des phénomènes morbides dont

ou des orteils , accompagne' de gêne dans les mouvemens , et par fois d'un sentiment de froid desagre'able ; plus rarement on observe au de'but, des convulsions ge'ne'rales ou partielles; tantôt en même temps, tantôt plus tard, le malade se plaint d'une douleur profonde et plus ou moins vive dans un point de la longueur du rachis^ qui n'est pas exaspe'ree ordinairement parla pression ni par les mouvemens , à moins qu'il n'y ait en même temps me'ningite rachidienne : ce n'est aussi que dans cette dernière circonstance qu'on remarque une exaltation morbide de la sensibilité'. Dans quelques cas où les fourmilîemens des membres et un le'ger affaiblissement des mouvemens sont les seuls phe'nomènes appre'ciables pour le malade , il arrive qu'en promenant le long du racliis une e'ponge humide et chaude, comme l'a conseille' Copeland , ou en exerçant, suivant la remarque de M. Ollivier , des pressions successives et me'nage'es avec l'extre'mite du doigt sur les apophyses e'pineuses, on fait de'velopper une douleur locale jusque-là inaperçue parle malade, et qui indique le point qu'occupe la myélite. Tantôt la paralysie suit une marche ascendante , tantôt elle s'e'tend des membres supérieurs aux infe'rieurs. Tantôt le mouvement seul est affaibli ou détruit, la sensibilité restant intacte; tantôt, mais plus rarement, la sensibilité seule est abolie. Ordinairement la paralysie se manifeste d'abord seulement dans un côté du corps, puis dans l'un et dans l'autre, et alors le pied ou la main devient isolément le siège de fourmilîemens ou de stupeur , suivant la marche ascensionelle ou descendante de la myélite. . . Le degré de lésion du sentiment et du mouvement dépend de celui de l'altération des cordons postérieurs ou antérieurs de la moelle. Enfin , les quatre membres peuvent être frappés simultanément de paralysie quand le ramollissement occupe la moelle alongée au-dessus de l'entrecroisement des pyramides antérieures. Au milieu de ce trouble des fonctions locomotrices , les facultés intellectuelles restent intactes. Aux symptômes généraux de la myélite , dont nous venons de tracer un tableau abrégé , d'après M. Ollivier , se joignent des phénomènes variables, suivant le point de la moelle qui est affecté ; nous ne reproduirons pas ici l'historique détaillé qu'en donne cet auteur, * de même que celui des symptômes qui accompagnent ordinairement la myélite chroni-

* Loc. cit. , p. 700 et suiv.

( i^^5 ) la réunion constitue un assez grand nombre de maladies considérées comme nerveuses par les pathologistes , telles que le tétanos, la chorée , l'épilepsie, l'hydrophobie , certaines coliques, etc. ; c'est ici qu'on peut apprécier toute rimportanc3 de l'étude de l'anatomie pathologique , et juger de l'influence que ses progrès récens doivent exercer sur la médecine-pratique.

En 1894, M. Barbier, d'Amiens, inséra dans la seconde édition de son Traité de matière médicale {\) , de longues réflexions sur les maladies de la moelle épinière , parmi lesquelles il en est quelques-unes d'intéressantes. L'année suivante , M. Velpeau (2) publia diverses observations sur les altérations de cet organe , qu'il cite , à l'exception d'une seule , comme autant d'exemples du peu de rapport qu'ail est possible d'observer entre les symptômes et les altérations de ce centre nerveux. Nous ne ferons que citer une Thèse de M. Petronelli (5), soutenue à Montpellier en 1826, parce qu'elle ne contient qu'une seule observation propre à l'auteur, le reste du travail consistant dans un extrait de Touvrage de M. Ollivier. Cette observation , si du reste elle est exacte , tend à prouver que Tinflammation peut détruire complètement une portion de la moelle dans très-peu de jours. On doit à M. Fages , agrégé près la Faculté de médecine de Montpellier (4), quelques consi-

que. Nous renvoyons à l'ouvrage lui-même, où Ton trouvera une foule de documens qui de'montrent que cette maladie est dans beaucoup de cas la source de phe'nomènes sympathiques très-propres à induire le médecin en erreur sur la véritable nature des accidens qu'il a à combattre.

(1) Paris, i8'24. 3 vol. in-8.

(2) Archwes gén, de Méd.,'ï. Wl, an. 182 5.

(3) Ohs. et Réflexions sur quelques lésions de la moelle épinière ^ Montpellier, août 1826, in-Zj-

(4) Ephémérides méd. de Montpellier, fév. 1827.

dératîons sur les lésions du rachis et de la moelle épiuière , où l'auteur se livre à une discussion approfondie sur divers points du diagnostic des maladies de cet organe. Enfin , récemment M. le docteur Hutin inséra dans un Journal (i) une série d'observations curieuses sur les alté" rations de la moelle épinière , et plus récemment encore, M. Calmeil (2) s'est livré h des recherches intéressantes sur le même sujet , et spécialement sur le ramollissement du cordon rachidien. Ses observations tendent , comme nous l'avons dé)^ dit, h établir que cette altération peut être indépendante de l'inflammation , et semblable à celle que M. Rosian a décrite pour le cerveau.

Maladies des nerfs»

Il serait naturel de penser, quand l'observation ne l'aurait pas appris , que les rameaux de l'arbre nerveux doivent être sujets aux mêmes maladies que le tronc dont nous venons de faire l'histoire anatomico-pathologique. II n'est pas un genre de lésion , observé dans le cerveau ou la moelle épinière , ou dans leurs enveloppes , dont or ne put retrouver quelque exemple pour les nerfs. Ramollissement ou endurcissement de leur substance ou de leur névrilème , suppuration ou gangrène , infdtra tiens séreuses, sanguines ou purulentes 5 ulcérations ou fongosités , dégénérations diverses, tubercules, cancers , tumeurs ou concrétions variées, etc. : tout cela a été vu dans les nerfs comme dans l'encéphale. Vouloir consigner ici les résultats de tant d'observations dispersées dans une foule d'ouvrages, ce serait s'engager dans un travail qui sortirait

(i) Nouv, Bihlioth. méd, , janv. et fev. 1828. Voyez aussi dans le même journal (mars 1828), deux observations très -intéressantes , publiées par M. Gassaud.

(2) Journal des j)i'Ogrès , etc. , T. XJl 1828. '

( Ï25 ) des bornes d'une revue historique; ce serait, de plus' s'écarter de l'objet qui nous est prescrit, en ce que la plupart de ces observations sont d'une date antérieure à celle qui nous occupe , qu'un bon nombre d'entre elles n'ont pas été rassemblées en corps de doctrine, et n'ont point, pour ainsi dire, pris rang dans la science, et qu'elles n'ont exercé que peu d'influence sur les travaux modernes, car elles n'ont point fixé l'attention comme elles auraient dû le faire. Nous ne toucherons donc que quelques articles de ce chapitre trop peu étudié de la pathologie , enchaîné , comme nous devons l'être, sur les traces des auteurs dont nous exposons les travaux et les découvertes.

Les anatomo-pathologistes ne sont nullement d'accord sur les caractères qui spécifient telle ou telle altération des nerfs. Pour commencer par celle dont la nature inflammatoire a été le plus généralement reconnue , nous placerons d'abord l'exposition des recherches qui r5nt eu pour objet la phlegmasie aiguë du névrilème ou du tissu cellulaire qui l'unit à la pulpe nerveuse. Ces parties étaient , suivant Boerhaave , les seules qui fussent capables de s'enflammer (i). L'illustre professeur de Lcyde décrit les inflammalions variées, l'érysipèle , la suppuration, la gangrène, qui peuvent les atteindre : nous n'oserions garantir que ce soit toujours d'après l'observation," on trouve toutefois dans cet article quelques remarques que l'expérience a confirmées depuis , du moins pour quelques cas {"2). Après Boerhaave, mais avant la publi-

(t) Prœlect. de morb. ner^. Tom. I , p. 6t.

(2) Telie est, par exemple, la suivante : Boerhaave dit que , s'il se forme dans la tunique cellulaire une inflammation assez forte pour comprimer le nerf lui-même (le névrilème n'e'tant que très-peu extensible ) , il en résultera un obstacle au cours des esprits animaux et une paralysie des parties auxquelles le nerf se distribue. 11 peut

cation de l'ouvrage posthume de ce dernier, Zînn émit des idées fort analogues sur Finflammation du névrilème et du tissu cellulaire qui en double les parois (i). C'est là, suivant lui, la cause de ces accidens terribles qu'on avait coutume d'attribuer à la lésion des aponévroses , des tendons ou de leurs gaines, à la suite de la saignée ou de quelques blessures; la même phlegmasie du névrilème est encore, pour cet auteur, la source des douleurs intolérables du panaris : mais il ne donne tout cela que pour des conjectures , et non pour des observations d'anatomie pathologique.

Lesfaits consignés dans l'importante dissertation de Cotugno sur la névralgie sciatique {De tsehiadenervosâ.yienne , 1770, in-8.**) ont contribué à porter quelque lumière sur le sujet qui nous occupe; mais Tauteur ne connut point a nat ure de l'altération , si bien observée par lui , du tissu cellulaire sous-névrdématique. Il compensa par une erreur de pathologie la découverte anatomique qu'il avait faite du liquide céphalo-rachidien ; car c'est de cette source qu'il prétendit faire dériver la sérosité dont le nerf sciatique se trouvait infiltré.

L'auteur qui décrivit le mieux, à la fin du siècle dernier, les divers états par lesquels passent les nerfs irrités , piqués , contus, coupés ou déchirés, est Arnemann , dont l'ouvrage , classique en Allemagne, ne nous est connu que par des extraits insuffisans pour que nous puissions exposer les observations qu'il renferme (2). Nous sommes ré-

même arriver que , quand Finflammation se re'soudra , l'action du nerf ne se re'tablisse point, parce que la compression des filets qui le constituent et la stagnation des humeurs les ont colles et rendus imperméables. Op. cit. p. 64.

(i) Mémoires de UAcad. des Sciences de Berlin. T. IX, 17 53.

(2) Voyez particulièrement S. Th. Sœmmerring : De corporis hnmani fahrica. éd. lat. TJtrecht, T798, T. IV, p. 160.

( »27 ) duit à exprimer le même regret à l'égard d'une dissertation publiée à Halle en 1801, et qui ne peut manquer d'être intéressante , puisque Joseph Frank en propose l'auteur (1) comme un guide à suivre dans l'étude des maladies des nerfs, et comme un morlèle de l'exactitude scrupuleuse qu'exigent des recherches aussi délicates.

L'anatomie de Sœmmering est citée comme une source originale à l'égard des altérations des nerfs ; l'illustre doyen des anatomistes a dumoins répété les expériences d'Arnemann, et vérifié par lui- même les résultats principaux qu'elles avaient fournis. Les notions qu'il donne sur notre sujet doivent donc occuper ici quelques lignes. Les observations de Sœmmerring sur la névrite étant fondées sur des expériences , et liées à l'histoire des changemens divers qui se passent dans les nerfs après leur section ou ligature, nous ne séparerons point des phénomènes que l'observation a présentés réunis, et nous continuerons ensuite h embrasser dans un même coup-d'œil des objets peu susceptibles d'être isolés , et qui ne pourraient l'être sans entraîner dans des répétitions continuelles.

Un nerf fortement serré par une ligature , sur un animal vivant , dit Sœmmerring , éprouve au-dessus un renflement plus ou moins marqué (2). Coupé en travers, les deux bouts s'écartent un peu; ils fournissent, le supérieur surtout, une pulpe visqueuse, gélatiniforme , qui forme une saillie globuleuse. Quand la plaie commence h marcher vers la guérison, le bout supérieur du nerf est rouge ou grisâtre , inégal , renflé , recouvert d'une sorte de croûte; à mesure que l'inflammation diminue , il pâht ,

(1) Nasse. Biss. de neiiritide. Halle, 1801.

(2) Beaucoup d'expérimentateurs, qu'il serait inutile et trop lon^ (Vindir}uer , avaient dès long-temps fait la même observation.

devient brillant, noueux ^ criant sous le scalpel. Le bout inférieur, paralysé, ne présente les mêmes phénomènes qu'à un bien moindre degré , puis il s'amincit, perd ses plicatures naturelles , et devient lisse ; sa pulpe s'amollit , se liquéfie. Les deux bouts sont réunis par un tissu cellulaire rougeâtre. Le renflement survenu au-dessus de la section on de la ligature, examiaé au moyen de la macération ou de l'aclion de l'alcohol , se montre développé aux dépens du néyrilème , et non de la pidpe nerveuse qui a disparu plus ou moins complètement dans son intérieur. Les nerfs peu volumineux se cicatrisent assez bien pour reprendre l'exercice de leurs fonctions. Après l'amputation des membres , l'extréanté des nerfs présente les mêmes phénomènes , éprouve le même renflement que nous venons d'indiquer (i). Les nerfs résistent beaucoup plus qu'aucune autre partie molle aux causes d'inflammation; on les voit assez souvent traverser des foyers phlegmasiques ou purulens , sans prendre part à la maladie, et même, quelquefois, conserver encore leur vie et leur intégrité au sein d'une partie tombée en gangrène. L'atrophie les rend plus grêles , plus courts , plus denses , demi-transparcns , et comme cartilagineux.

(i) Ce fait , constate depuis long-temps par un assez grand nombre d'observations, vient de Fetre re'cemment dans un cas qui a pre'sentë le pbe'nomène au plus haut degré' de développement qu'il puisse peut-être acque'rir. En disséquant Tëpaule d'un soldat auquel M. Larrey avait pratique'vl'amputation du bras dans Fardrlc, après la bataille de Waterloo , M. Be'rarcî jeune a vu le pîexiis brachial se terminant, aux environs de la cicatrice, par trois renûemens de grosseur différente. Le plus volumineux, qui égalait une noix , recevait les nerfs médian , cubital et radial; un autre , du volume d'une noisette, surmontait le nerf muscnlo-cutane'; le plus petit, enfin , e'tait place' sur l'extre'mitë du nerf circonflexe. Ces renflemens , consistans et d'une couleur rougeâtre , tenaient à la cicatrice par une corde fibreuse très-courte et assez e'troite. {^Wou^elle Bihlioth. Méd. , juillet 1829 , p. -/?. ).

Nous ne voyons pas qu'on ait rien ajouté , pendant plus de vingt ans , aux notions qui précèdent. En 1818 parurent deux dissertations qui traitent de l'inflammation des nerfs; l'une à Paris, par J. Ed. Nolin , qui expose avec assez d'exactitude et de précision l'état de la science, surtout sous le point de vue de la thérapeutique; l'autre, à Halle, par Gust. Ferd. Wolff, qui est consacrée toute entière à la relation de huit expériences faites sur des chiens. Ces expériences confirment celles de Sœmmerring, en y ajoutant quelques détails anatomiques. Deux d'entre elles offrent des résultats fort curieux , que nous indiquerons , quoiqu'ils ne se rattachent qu'indirectement à notre sujet.

Gust. Ferd. Wolff mit à découvert, sur un chien, et coupa les nerfs sciatique et crural , le premier immédiatement à sa sortie de l'échancrure ischiatique : il en résulta les phénomènes ordinaires de la section de ces nerfs. Le membre perdit tout sentiment et tout mouvement, et ja température s'abaissa. L'expérimentateur enfonça avec violence un morceau de bois raboteux dans la patte de l'animal : il en résulta quelques contractions convulsives des muscles blessés, mais point de douleur. L'instrument vulnérant retiré , il s'écoula un peu de sang , puis il en suinta une lymphe ténue et impropre à déterminer une adhésion immédiate. Les lèvres de la plaie ne présentèrent point une rougeur inflammatoire franche; elles étaient livides , insensibles à toute irritation mécanique. L'humeur qui s'en écoulait sans cesse , d'abord aqueuse , puis rougeâtre el purulente, était toujours ténue. L'aspect de la plaie était terne et blafard. L'appHcatioa d'une solution de sublimé corrosif et de quelques autres excitans redonna un peu de ton à la blessure. Au sixième jour de ce traitement apparurent les premières granulations, soon^ gieuses et livides à la vérité, donnant du sang au moindre

contact, et nécessitant Tapplication de la pierre infernale poîîr en réprimer les végétations. Au bout de trois semaines, la cicatrice était complète, mais inégale, tuberculeuse, livide, et parfaitement semblable à celle d'un ulcère scrofuleux.

Sur un autre chien, WollF fit d'abord une plaie à la patte , de la même manière que dans le cas précédent. Il s'y établit bientôt une inflammation aiguë , avec augmentation de chaleur dans le membre , et fièvre inflammatoire continue. Les nerfs sciatique et crural furent alors mis h nud et coupés. A peine cette section était-elle pratiquée depuis une demi-heure, que déjà la rougeur inflammatoire de la plaie avait disparu pour faire place à une couleur jaunâtre et livide; le pus, auparavant de bonne qualité, devint séreux et tenu, et dès-lors la plaie offrit le môme aspect, et suivit la même marche que dans le cas précédent. Revenons à l'anatomie pathologique de l'inflammation des nerfs.

Le premier traité spécial qui se présente à notre examen est la Dissertation de M. Pierre-Jules Descot (i) , écrite sous la direction , et soutenue sous la présidence de Béclard. Nous devons toutefois nommer auparavant un auteur auquel le précédent a des obligations qu'il n'aurait pas dû taire. Nous voulons parler de Joseph Frank {2) , à qui on doit, sur la névrite et la névralgie, le chapitre le plus complet et le plus instructif qui existe dans aucun traité général de médecine pratique. La thèse de M. Descot renferme peu de remarques

(i) Disseriatioli sur les affedions locales des nerfs. Paris, 28 août 1822. Nous ne connaissons de la dissertation de Swan , sur les affections îocales des nerfs , que les observations nombreuses que lui a emprunte'cs M. Descot.

(2) Praxeos Mcd. Unw. prœcept. Part. II , vol. I, sect. 2, P^ig» 117-198.

( '3» ) neuves , mais la plupart des observations importantes des écrivains antérieurs y sont textuellement rapportées; les résultats obtenus par les divers observateurs ou expérimentateurs qui se sont livrés à des recherches sur le même objet y sont rapprochés les uns des autres, et les plus importans sont confirmés par des expériences et des observations nouvelles. Dans l'article consacré à la neuritîs y Fauteur a eu tort de ne pas rappeler que plusieurs des lésions décrites dans ceux qui précèdent se rapportent à l'inflammation des nerfs; il résulte de cet oubli, que l'histoire de cette maladie se trouve présentée d'une manière fort incomplète. Un travail beaucoup plus important sur ce point que celui de M. Descot , est le mémoire inséré par M. Martinet dans la Revue Médicale du mois de juin 1824. Un heureux hasard avait présenté à ce dernier, dans un assez court espace de temps, plusieurs exemples de la forme la plus rare de l'inflammation des nerfs , de la phlegmasie aiguë primitive , et M. Récamier lui en avait communiqué plusieurs autres. D'après ces faits , qui sont au nombre de dix , il a pu tracer , avec plus de précision qu'on n'avait fait jusqu'alors, les caractères extérieurs ou symptômatiques , et les traces matérielles de la maladie. Toutes les fois , dit-il , qu'il a été possible de constater, par la vue, l'état des nerfs affectés d'inflammation , on a trouvé une rougeur plus ou moins considérable de leur tissu , laquelle tenait à l'injection des vaisseaux sanguins du névrilème ou du tissu cellulaire qui l'entoure ; on y a rencontré des ecchymoses partielles , des infiltrations séro-sanguinolentes , et des traces de suppuration évidente. Dans la plupart des cas, les nerfs étaient augmentés de volume , mais leur densité était peu altérée , et ce n'est que très-rarement que le nerf a présenté un ramollissement sensible. Il a toujours été facile de se convaincre que c'est au névrilème et au tissu

( 'S'i ) cellislaire que doivent élfi) rappoilées ces diverses altérations. ^

Les phénomènes par lesquels cette phlegmasie s'est exprimée, consistaient dans la diminution plus ou moins complète des fonctions des nerfs, et dans une douleur presque toujours invariable par sa nature, se bornant à la sensation de déchirement , d'engourdissement ou d'élancemens , fort analogue à celle qui s'observe dans les cas de compression de ces organes. Elle se rapproche de celle qui accompagne l'inflammation des tissus fibreux , avec cette circonstance , que le trajet qu'elle parcourt se fait le long des ramifications nerveuses. L'engourdissement qu'elle provoque est porté quelquefois jusqu'à la paralysie. Lors des rémissions , qui sont peu marquées , la douleur est sourde , mais jamais elle ne cesse brusquement , comme jamais ses paroxysmes ne se développent instantanément. On l'exaspère à volonté par la pression exercée sur le nerf malade; enfin, il existe un rapport constant entre la violence et la durée de la douleur, et l'inflammation dont elle est l'effet. Ces caractères distinguent assez nettement la névrite de la névralgie; les observations ultérieures n'ont rien ajouté à leur précision; et nous pouvons borner à cela ce que nous ont appris sur ce sujet les recherches anatomico-pathologiques.

Nous avions eu l'intention de placer ici un aperçu des recherches qui ont eu pour objet la tumeur des nerfs connus sous les noms de névrômes ou de ganglions ; mais ce travail a déjà été fait par M. Descot (i) , et surtout par M. Aronssohn (2) ; et nous nous dispensons d'autant plus de le refaire, que ce que l'on sait aujourd'hui sur cette matière se réduit , à peu de chose près , à

(i) Op,cit.

(2) Obs, STtr des timif^urs clé^>eloppécs dans la nerfs. Diss. Stras-

bourg j 1822.

( i35 ) ce que Ton savait déjà vers la fin du siècle dernier (i)»

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