MÉMOIRE
DÉTERMINER SI , DANS L’ÉTAT ACTUEL DE NOS CONNAIS¬ SANCES , ON PEUT ÉTABLIR UNE CLASSIFICATION REGU¬ LIERE DES MÉDICAMENS, FONDÉE SUR LEURS PROPRIETES MÉDICALES.
. Etant donné un être naturel quelconque,
déterminer à priori l’effet que chacune de ses parties aura sur le corps humain, lorsqu'elle sera appliquée dans des circonstances données.
Ç DECANDOLLE , Essai sur les propr. méd. des plantes , 2,e édit* p. %.
L’ESPRIT d’analyse est le génie des sciences; lui seul répand la lumière sur les routes difficiles qui conduisent à la vérité. De toutes les branches des connaissances humaines, la médecine fut peut-être la dernière à se saisir de son flambeau; mais à peine la méthode analytique fut -elle introduite dans sa philosophie, qu’un nouveau jour sembla se lever pour elle , et l’éclat de ses rayons éclipsa pour jamais les fausses lueurs de tous les vains systèmes qui l’avaient précédé. Dégagée enfin des entraves d’une doctrine surannée , cette belle science voit s’ouvrir devant elle une carrière plus vaste et
plus brillante. Son essor, fruit des travaux des Barthez , des Bichat et des Cabanis , se développe, s’agrandit chaque jour, tandis que les progrès de toutes les sciences naturelles semblent à l’envi applanir sa route, assurer sa marche et lui préparer de nouveaux succès.
Mais toutes les parties de l’art de guérir ne s’avancent point d’un pas égal, toutes ses branches ne s’élèvent pas à la meme hauteur ; quelques-unes même sont restées comme stationnaires au milieu de cette tendance générale vers le perfectionnement. Telle est surtout la matière médicale , et la question qui va nous occuper en est pour nous une preuve trop évidente. En effet , mettre en problème ce qui semble avoir été résolu tant de fois , n’est- ce pas reconnaître qu’aucun des nombreux traités que nous possédons sur cette matière n’en a donné de solution satisfaisante? . C’est ap¬
peler les méditations de l’homme studieux sur un sujet important,, envisagé jusqu’à ce jour sous un faux point de vue; c’est déclarer que, repoussant les vagues théories et tous les rêves de l'imagination, la science doit reposer à l’avenir sur des faits certains , sur des observations mille fois constatées; c’est demander enfin dans
quel ordre ces données une fois acquises devront être disposées pour en faciliter l’étude et en diriger l’application; c’est ainsi, du moins, que nous avons interprété la question proposée par la Société de Médecine de Paris, et à laquelle nous allons noùs efforcer de répondre.
Exposer rapidement les causes qui ont retardé les progrès de la science des médicamens;
Prouver que l’état de nos connaissances actuelles ne nous permet pas d’établir une classification des médicamens , fondée sur leurs propriétés médicales ;
Indiquer la marche qu’il nous semble convenable de suivre pour parvenir quelque jour à établir cette classification :
Tels sont les points que nous nous proposons de développer successivement, et qui formeront les principales divisions de ce mémoire.