Denkm.y III
3. Louvre, Musée Charles X, salle funéraire, momie de ff ^ "^^T H^^'R^*
i. On peut dire en effet que PeTou NeTeRou sont deux noms en construction, et que le second se trouve ainsi au génitif. Mais si le sens de seigneur des dievx, chef des dieux était le véritable, le verbe qui aurait ^V pour sujet devrait être au singulier, et c'est précisément ce^ui n*a pas lieu. Ainsi , on lit sur une des murailles du temple de Médinet-Abou : IVO l^^P ^ ^!^\'^'^^ ï^, elle seigneur les dieux, ente servanf, ils donneront à toi des glorifications. (Voy. Gramm. ég., p. 292.) L'expression PeTou NeTeRou est donc le sujet collectif du verbe donner, et il résulte de cette explication que le génitif après Vr est impossible. — Le terme | ne peut être non plus un simple
adjectif placé , dans l'exemple w | après w , ce que prouve la variante w | J | (/}rwArw., m, 134). ^ ^ ^- .
cette singulière expression pour désigner la divinité donne le Seigneur les dieux y c'est-à-dire que le titre de Thoth sera traduit, nos plus par Thoth le secrétaire de justice des autres dieux j mais par Thoth le secrétaire de justice du Seigneur les dieux.
Or, qui ne s'aperçoit que nous arrivons ici à une expression à travers laquelle perce le dogme dont nous cherchons la trace, le dogme de l'unité de Dieu? Cette expression le Seigneur les dieux est en eifet celle-là même que le texte hébreu de la Bible, en disant Jéhovah les dieux, a employée pour nommer l'Être suprême, créateur de toutes choses. Les Nétérou seraient donc les Elohim de la Bible, et ce serait là précisément que se trahirait, dans le vague de l'expression destinée à le cacher au vulgaire, le secret de la croyance des Égyptiens. Je ne sais si le PeTou NeTeRou, qui ne paraissent sous la xvui® dynastie qu'après la venue d'Abraham, ont été empruntés par l'Egypte aux Hébreux, ou si Moïse en a emporté le dogme avec Jui en quittant les bords du Nil. Cette question, toute vitale qu'elle soit, n'a pour nous, en ce moment, qu'un intérêt secondaire. Ce qu'il nous importe de constater dès à présent, c'est que l'Egypte, pour désigner l'ensemble de ses dieux, a employé conmie la Bible une expression collective dans laquelle le singulier prend la première place, et que, derrière cette expression, tout aussi bien que derrière les Elohim de la Bible, se cache un Dieu unique considéré dans la diversité de ses puissances ^. L'Egypte aurait, par conséquent, admis conmie principe de sa théologie cette même unité de Dieu proclamée par Jamblique.
4. Voyez Vacherot, Hitioire criiiquede VÊcde d'Alexandrie, 1. 1, p. 431.
Mais là où l'Hébreu, dans sa contemplation du Dieu ineffable, invisible et sans substance, dit Jéhovah les dieiLX créa, l'Égyptien, par une différence dont l'esprit saisit facilement la portée , écrit le . Seigneur les dieiix créèrent. Voici j dit la légende du colosse d'Aménophis, voici le discours du Seigneur les dieux; voici ce qu'ils répondent... etc. ^. Ici apparaît, dans son plus intime développement, le panthéisme égyptien. Ce n'est plus le Dieu inaccesible et abstrait que nous avons devant nous; c'est la divinité placée dans l'être immense au sein duquel nous vivons; c'est l'univers et Dieu confondus en un seul être; c'est tout devenu Dieu, et le mot tout écrit dans la langue sacrée par l'hiéroglyphe même du mot seigneur, la corbeille ^'mt^. Mais l'Egypte panthéiste, on le voit ici, ne sait pas s'arrêter à temps. Sur la pente rapide où elle est engagée, elle glisse jusqu'à l'abîme même du panthéisme, c'est-à-dire qu'en vertu de ses propres doctrines, elle cède au besoin de séparer et de personnifier chacun des attributs divins qu'elle voit se manifester dans le monde, et qui, sous ses yeux, se répartissent entre les différents êtres. L'Egypte a donc aussi ses émanations du sein de Dieu. Le principe de tout ce qui est, est bien toujours pour elle le Dieu ineffable, le seul vrai Dieu. Mais de ce Dieu émane ce que Plotin devait appeler plus tard les puissances de Dieu, 8uvà(X£t;. — Ce n'est pas qu'à son tour le mosaîsme ait ignoré cette théorie des émanations dont l'abus est si frappant en Egypte. Dès le début de la Genèse, se